‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 128 sur 228 · NEO · texte numérisé non relu

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neurs de la nation juive, qui ont contribué à la rétablir dans la terre sainte après la captivité de Babylone. On ne doit pas dire qu'il fut le successeur d'Esdras, puisque ces deux chefs ont gouverné ensemble pendant plusieurs années : il parait qu'Esdras, en qualité de prêtre, était principalement occupé de la religion et de la loi de Dieu , et que Néhémie était chargé de la police et du gouvernement civil. Le premier objet de la commission qu'il avait obtenue du roi de Perse, avait été de faire rétablir les murs de la vide de Jérusalem, et il en vint à bout , malgré les obstacles que lui suscitèrent les ennemis des Juifs. Cet événement est remarquable dans l'histoire juive, puisque c'est à l'époque à laquelle on devait commencer à compter les soixante et dix semaines d'années, ou les 490 ans qui devaient encore s'écouler jusqu'à l'arrivée du Messie, selon la prophétie de Daniel. C'est aussi à peu près à la môme date que se consomma le schisme qui régnait entre les Juifs et les Samaritains, et que la haine entre ces deux peuples devint irréconciliable. C'est enfin à ce môme temps que Prideaux rapporte l'établissement des synagogues chez les Juifs. Histoire des Juifs, 1. vi, tome I, p. 229.

Néhémie est sans contestation l'auteur du livre qui porte son nom, et que l'on appelle plus communément le second livre d'Esdras; mais la plupart des critiques pensent que le xne chapitre de ce livre, depuis le v. 1 jusqu'au v. 26, est d'une main plus récente : ce n'est qu'une liste de prêtres et de lévites qui avaient servi dans le temple depuis le retour de la captivité, et qui est poussée plus loin que le temps de Néhémie. Elle interrompt le cours de son histoire, mais elle ne forme aucun préjugé contre la vérité des faits ni contre l'authenticité du livre. Les protestants se persuadent qu'à cette époque, ou immédiatement après, le canon ou catalogue des livres de l'Ancien Testament fut clos et arrêté pour toujours ; et ils en concluent que ceux qui ont été écrits depuis ce temps-là, tels que les livres de la Sagesse, de l'Ecclésiastique et les deux des Machabées, ne doivent pas y être placés. Ce n'est qu'une conjecture formée par nécess té de système, et qui n'e*t fondée sur aucune preuve positive. On ne voit pas pourquoi les chefs de la nation postérieurs à Esdras et à Néhémie n'ont pas eu autant d'autorité qu'eux, ni pourquoi les écrivains plus récents ont été privés du secours de l'inspiration. Ce n'est pas sur le simple témoignage des Juifs que nous recevons comme divins des livres de l'Ancien Testament, mais sur celui de l'Eglise chrétienne, instruite par Jésus-Christ et par les apôtres. Voyez Bible d'Avignon , t. V, p. 786.

NÉOMÉN1E, fête de la nouvelle lune. Ces fêtes ont été célébrées par toutes les nations. Moïse nous en montre l'origine dans l'histoire de la création, lorsqu'il dit que Dieu a fait le soleil et la lune pour être les signes des temps, des jours et des années (Gen. i, 14). Dans le premier ûge du monde, lorsque les

hommes ne savaient pas encore tirer le môme secours que nous des lumières artificielles, il leur était naturel de voir avec joie la lune reparaître au commencement de la nuit, et c'est de ce moment que l'on comptait un nouveau mois. Rien n'était done plus innocent dans l'origine que la fête dehné'oménie. Voy. YHistoire religieuse du Calendrier, c. 10, p. 281.

Lorsque les peuples se furent avisés de diviniser les astres, les fêtes de la nouvelle lune devinrent un acte d'idolâtrie et une source de superstitions. Moïse ne défendit point cette fête aux Juifs, elle était plus ancienne qu'eux; il leur prescrivit au contraire les offrandes et les sacrifices qu'ils devaient faire (Num. xxvm, 11): mais il défendit sévèrement toute espèce de culte rendu aux astres (Deut. iv, 19). Dans le psaume lxxxi v. 4, il est dit : « Sonnez de la trom; ette à la néoménie. » C'était pour annoncer le nouveau mois et les fêtes qu'il y aurait à célébrer pendant sa durée; on annonçait encore plus solennellement le premier jour de l'année. Ce n'était point là une imitation des fêtes païennes, comme le prétend Spencer, mais un usage très-raisonnable plus ancien que le paganisme. A la vérité les Juifs imitèrent souvent dans cette occasion les superstitions des païens; alors Dieu leur déclara qu'il détesiait ces solennités et que ce culte lui était insupportable (Isa. î, 13 et 14). Les chrétiens mêmes , dans plusieurs contrées, eurent d'abord de la peine à renoncer aux folles réjouissances auxquelles les païens se livraient le premier jour de la lune; il fallut les défendre dans plusieurs conciles. Quand on connaît les mœurs des peuples de la campagne et la facilité avec laquelle la jeunesse se livre à tout ce qui excite la joie, on n'est pas surpris des obstacles que les pasteurs ont eus à vaincre dans tous les temps pour déraciner tous les désordres. Voy. Trompettes.

NÉOPHYTE, terme grec qui signifie nouvelle plante; on nommait ainsi les nouveaux chrétiens ou les païens convertis depuis peu à la foi, f arce que le baptême qu'Js recevaient était regardé comme une nouvelle naissance. Séant Paul ne veut pas qu'on élève les néophytes aux ordres sacrés, de peur que l'orgueil n'ébranle leur vertu encore mal affermie (/ Tim. m, 6). Il y a néanmoins dans l'histoire ecclésiastique quelques exemples du contraire, comme la promotion de saint Ambroise à l'épiscopat ; mais ils sont rares. On appelle encore aujourd'hui néophytes les prosélytes que font les missionnaires chez les infidèles. Les néophytes du Japon, sur la lin du xvic et au commencement du xvue siècle, ont montré dans les persécutions et les tuurments un cou;a,eet une fermeté de loi dignes des premiers siècles de l'Eglise : il en a été de même de piusii'iirsChinois nouvellement convertis. On a enfin nommé autrefois néophytes les clercs ordonnés depuis peu, et les novices dans les monastères.

N ERG AL, ou NERC.EL, nom d'une idole

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«les Assyriens. Il est dit (IV Beg. xvn), que le roi d'Assyrie, après avoir transporté dans sos Etats les sujets du royaume d'Israël, envoya, pour repeupler la Samarie, des Babyloniens, des Cuthéens, des peuples d'Avah, d'Emath et de Sapharvaïm ; que ces étrangers joignirent au culte du Seigneur le culte des idoles, auquel ils étaient accoutumés; que les Babyloniens firent Socoth-Benoth , les Cutliécns Nergel, les Emathéens Asima, les Hévéens Nébàhaz et Tharthac; que ceux de Sepharvaïm brûlaient leurs enfants à l'honneur d'Adramelcch et Anamélech leurs dieux. Il n'est pas aisé d'assigner précisément les diverses contrées de l'Assyrie desquelles ces différents peuples furent tirés, et il est encore plus difficile d'expliquer les noms de leurs dieux. Selden, dans son traité de Dits Syriis, pense que Socoth-Benoth signifie des tentes pour les filles ; c'était un lieu de prostitution. Nergal ou Nergel est la fontaine du feu; c'était un pyrée dans lequel les Perses rendaient un culte au feu, comme font encore aujourd'hui les parsis. On ne doit pas écouter les rabbins, qui prétendent que Asima, Nébahaz et Tharthac sont trois idoles, dont la première avait la tète d'un bouc, la seconde la tète d'un chien, la troisième la tète d'un âne ; il est plus probable que ce sont trois noms assyriens, qui désignent lo sol il, aussi bien que Anamélech et Adramélech ; ces deux derniers signifient le grand roi, le souverain de la nati.re. On ne sait pas si ces nouveaux habitants de la Samarie ont persévéré pendant longtemps dans le culte des faux dieux. Deux cents ans après leur arrivée, lorsque les Juifs furent de retour de leur captivité, Esdras et Néhémie, quoique ennemis des Samaritains, ne leur reprochent point l'idolâtrie; le temple, que ces derniers bâtirent à cette époque sur le mont Garizim, paraît avoir été élevé à l'honneur du vrai Dieu, et à l'imitation de celui de Jérusalem. Jésus-Christ dit à la Samaritaine (Joan. iv, 22) : Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; mais cela ne prouve point que les Samaritains aient adoré de faux dieux. Voy. Samaritains.

NESTORIANISME, NESTORIENS. Ce qui regarde cette héiésie est sujet à plusieurs discussions. Il faut, 1" la considérer dans son origine et telle que Nestorius l'a enseignée; 2° voir si c'est une hérésie réelle ou seulement apparente; 3° l'examiner sous la nouvelle forme qu'elle prit dans la Perse et dans la Mésopotamie au v* siècle; k" la suivre aux Indes sur la côte de Malabar, où elle a été retrouvée au xvi*.

Nestorius, auteur de l'hérésie qui porte son nom, était né dans la Syrie, et avait embrassé l'état monastique; il fut placé sur le siège de Constantinople l'an 428. Il avait de l'esprit, de l'éloquence, un extérieur modeste et mortifié, mais beaucoup d'orgueil, un zèle très-peu charitable, et presque point d'érudition. 11 commença par faire chasser ds Constantinople les ariens et les macédoniens, lit abattre leurs églises, et obtint de l'empereur Théodose le Jeune des édits ri-

DlCTIONN. DE TllÉOL. DOGMATIQUE. 111

goureux pour les exterminer. Instruit par les écrits de Théodore de Mopsueste, il y avait puisé une doctrine erronée sur le mystère de l'incarnation. Un de ses prêtres, nommé Anastase, avait prêché que l'on ne devait pas appeler la sainte Vierge mère de Dieu, mais seulement mère du Christ, parce que Dieu * ne peut pas naître d'une créature humaine. Cette doctrine souleva le peuple. Nestorius, loin d'apaiser le scandale, l'augmenta en soutenant la même erreur; il enseigna qu'il y avait en Jésus-Christ deux personnes, Dieu et l'homme; que l'homme était né de Marie, et non Dieu; d'où il s'ensuivait qu'entre Dieu et l'homme il n'y avait pas une union substantielle , mais seulement une union d'affections, de volontés et d'opérations. Celte nouveauté éehaufi'a et divisa les esprits nonseulement à Constantinople, mais parmi les moines d'Egypte auxquels les écrits de Nestorius furent communiqués. Saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, consulté sur cette question, répondit qu'd aurait été beaucoup mieux de s'abstenir de l'agiter; mais que Nestorius lui paraissait être dans l'erreur. Celui-ci, informé de cette décision, s'emporta contre saint Cyrille, lui fit répondre avec hauteur, et lui reprocha d'exciter des troubles. Le patriarche d'Alexandrie répliqua que les troubles venaient de Nestorius lui-même, qu'il ne tenait qu'à lui de les apaiser, en s expliquant d'une manière plus orthodoxe, et en tenant le même langage que les catholiques. Tous deux en écrivirent au pape saint Célestin, pour savoir ce qu'il en pensait ; ce pontife assembla, au mois d'août do l'an 430, un concile à Rome, qui approuva la doctrine de saint Cyrille, et condamna celle de Nestorius. Au mois de novembre suivant, saint Cyrille en assembla un autre en Egypte, où la décision de Rome fut approuvée ; il dressa une profession de foi et douze anathèmes contre les divers articles de la doctrine de Nestorius; celui-ci n'y répondit que par douze anathèmes opposés. Cette contestation ayant été communiquée à Jean, patriarche d'Antioche, et à Acace, évêque deBérée, ils jugèrent Nestorius condamnable, mais il leur parut que saint Cyrille avait relevé trop durement quelques expressions susceptibles d'un sens orthodoxe, et ils l'exhortèrent à étouffer cette dispute par son silence. Comme elle continuait de part et d'autre avec beaucoup de chaleur, l'empereur, pour la terminer , indiqua un concile général à Ephèse pour le 7 juin de l'an 431. Nestorius et les évêques d'Asie y arrivèrent les premiers; saint Cyrille s'y rendit avec cinquante évêques d'Afrique, et Juvénal, patriarche de Jérusalem, avec ceux de sa province. Pour Jean d'Antioche, qui était accompagné de quarante évêques, il ne se pressa pas d'arriver; il manda cependant à ceux qui étaient déjà réunis à Ephèse, que ni lui ni ses collègues ne trouveraient pas mauvais que le concile fût commencé sans eux. La première séance fut tenue le 22 juin ; saint Cyrille y présida, comme chargé ce cette commission far le pape Célestin. Nestorius, cité par le concile,

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refusa de comparaître avant que Jean d'Antioche et ses collègues fussent arrivés; mais l'absence de quarante évoques devait-elle en retenir deux cents dans l'inaction? Le concile, après avoir examiné les écrits de Nestorius, le condamna et le déposa, et approuva ceux que saint Cyrille avait faits contre lui. Jean d'Antiochc n'arriva que sept jours après. Sans attendre qu'onlui rendit compte de ce qu'avait fait le concile, sans vouloir même en écouter les députés, il tint dans son auberge une assemblée de quarante-trois évoques, dans laquelle il déposa et excommunia saint Cyrille. Qui lui avait donné cette autorité? Les députés du pape, qui arrivèrent quelques jours après, tinrent une conduite tout opposée; ils se joignirent à saint Cyrille et au concile, ils souscrivirent à la condamnation de Ncstorius et <\ la sentence (ie déposition que le concile prononça contre Jean d'Anlioche et contre ses adhérents. Ainsi la décision du concile d'Ephèse, loin de terminer la dispute, la rendit plus confuse et plus animée; les deux partis se regardèrent mutuellement comme excommuniés; ils écrivirent à l'empereur chacun de leur côté, et trouvèrent l'un et l'autre des partisans à la cour. Théodosc trompé voulait d'abord que Nestorius et saint Cyrille demeurassent déposés tous les deux ; mais, mieux informé, il exila Ncstorius et renvoya îe patriarche d'Alexandrie dans son siège. Trois ans après, Jean d'Antiochc reconnut son tort, se réconcilia avec saint Cyrille, engagea la plupart des évoques de sa faction à faire de môme; et comme Ncstorius, retiré dans un monastère près d'Antioche, dogmatisait et cabalait toujours, Jean demanda qu'il fût éloigné. L'empereur le relégua d'abord à Pétra dans l'Arabie, ensuite au désert d'Oasis en Egypte, où il mourut misérable, sans avoir voulu abjurer son erreur. Il faut remarquer que jamais Jean d'Antioche ni les évoques de son parti n'ont déclaré que la doctrine de Nestorius était orthodoxe; mais il leur paraissait que celle de saint Cyrille, dans les anathômes qu'il avait pronoircés contre Nestorius au concile d'Alexan Irie, en 430, ne l'était pas non plus. Lorsque saint Cyrille les eut expliqués, et eut satisfait ses accusateurs, ils reconnurent son orthodoxie. Pourquoi Nestorius ne ii : — il pas de môme, lorsque Jean d'Antioche l'y exhorîait? Un grand nombre de partisans île cet hérétique ne furent pas plus dociles que lui; proscrits par l'empereur, ils se retirèrent dans la Mésopotamie et dans la Perse, où ils fondèrent des églises schismatiques. Avant de considérer le ncslorianisme dans ce nouvel état, il faut examiner si la doctrine de Nestorius était vérilablemciit hérétique, ou s'il ne fut condamné que par un malentendu.

IL Le nestorianisme est véritablement une hérénie. Les protestants, défenseurs-nés de toutes les erreurs et de tous les hérétiques, ont fait ce qu'ils ont pu pour justifier Nestorius. Ils ont dit que cet homme péchait plutôt dans les expressions que dans le fond des sentiments; qu'il ne rejetait le titre de

mère de Dieu qu'à cause de l'abus que l'on en pouvait fa ire; que cette hérésie prétendue n'aurait pas fait tant de bruit sans le caractère ardent, brouillon, ambitieux et arrogant de saint Cyrille: que ce patriarche d'Alexandrie se conduisit par orgueil et par jalousie contre Nestorius et contre Jean d'Antioche, plutôt que par zèle pour la foi ; que sa doctrine était encore moins orthodoxe que celle de son adversaire. Ils ont soutenu que ie concile d'Ephèse avait agi dans cette affaire contre toutes les règles de la justice, etava:t condamné Nestorius sans vouloir l'entendre. Luther, premier auteur de cette accusation, a entraîné a sa suite la foule des protestant-', Bayle,Basnage,Saurin,LeClerc,LaCroze,etc.

Mosheim plus modéré avait également blAmé Nestorius et saint Cyrille; son traducteur l'a trouvé très-mauvais; il excuse Nestorius et rejette toute la faute sur le patriarche d'Alexandrie. A l'article Saint Cyrille , nous avons justifié ce Père, et nous avons fait voir qu'ila eude justesmotifsdefaire ce qu il a fait. Pour rendre sa conduite odieuse, ses accusateurs passent sous silence plusieurs faits essentiels. Ils ne parlent ni des raisons qu'eut saint Cyrille d'entrer dans cette dispute, ni des lettres très-modérées qu'il écrivit à Nestorius, ni des réponses injurieuses de celui-ci, ni de sa condamnation prononcée à Rome sur ses propres écrits, ni de l'invitation que lui fit Jean d'Antioche son ami de s'expliquer avant le concile d'Ephèse, ni de la commission que saint Cyrille avait reçue du pape de présider à ce concile, ni de la paix qui se conclut trois ans après entre ce Père et les Orientaux qui abandonnèrent Nestorius. Mosheim méprise YHistoire du Nestorianisme, donnée par le Père Doucin; mais cet historien a pris toutes ses preuves dans Tillemont. qui cite tous les faits et les pièces originales. Mém., t. XIV, p. 307 et suiv. Au mot Ephèse, nous avons prouvé que le concile, qui y fut tenu en 431, a procédé selon toutes les lois ecclésiastiques; que Nestorius refisa opiniâtrement d'y comparaître , et résista aux invitations de ses amis; que sa doctrine était très-connue des évoques, par ses propres écrits, par ses sermons, par les discours môme qu'il avait tenus à Ephèse, en conversant avec eux; que l'absence affectée de Jean d'Antioche et de ses collègues ne forme aucun préjugé contre la décision, puisqu'aucun d'eux n'a jamais osé soute: ;ir que la doctrine de Nestorius était orthodoxe. Enfin, au mot Menu de Dieu, nous avons montré que ce titre donné à Marie est très-conforme à l'Ecriture sainte, que c'est le langage des anciens Pères, qu'il ne peut donner lieu à aucun abus, à moins qu'il ne soit mal interprété par malice.

Il nous reste à prouver que l'opinion de Nestorius était une hérésie formelle et trèspernicieuse, contraire à l'Ecriture sainte et au domine de la divinité' de Jésus-Chr.st. Saint Jean dit (i, 1 et 14), que Dieu le Verbe s'est fait chair. L'ange dit à Marie (lue. m, 15: : Le Saint qui naîtra de vous sera appelé,

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o» sera le Fils de Dieu. Selon saint Paul, le Fils de Dion a été l'ait ou est né du sang de David selon la chair (Rom. i, 3). Dieu a envoyé son Fils fait d'une femme [Galat. iv, 4). Saint Ignace, disciple des apôtres, dit dans sa lettre aux Ephésiens, n. 7, que Notre- Seigneur Jésus-Christ est Dieu existant dans l'homme, qu'il est de Marie et de Dieu; n. 18, que Jésus-Christ notre Dieu a été porté dans le sein de Marie. Suivant ce langage apostolique, ou il faut confesser que la Ï>ersonne divine, Dieu le Verbe , Dieu le "ils, est né de Marie et que Marie est sa mère, ou il faut admettre en Jésus-Christ deux personnes, la personne divine et la personne humaine, dont la seconde est née de Marie, et non la première. Alors en Jésus- Christ la (iivinité et l'humanité ne subsistent plus dans l'unité de personne, l'union qui est entre elle n'est plus hypostatique ou substantielle. Il ne peut y avoir entre les deux personnes qu'une union spirituelle, une inhabitation, un concert de volontés, n'affections et d'opérations, comme il y en avait une entre le Saint-Esprit et Marie, lorsqu'il descendit en elle. Dans cette hypothèse, on ne peut pas dire avec plus de vérité que Jésus-Christ est Dieu, qu'on ne peut le dire de sa sainte mère. Jésus-Christ n'est p'us ni un homme-Dieu ni un Dieuhomme, mais seulement un homme uni à Dieu. Il n'y a pas plus d'incarnation dans Jésus-Christ que dans la sainte Vierge. Nestorius, quo;que mauvais théologien, le comprit, lorsque le prêtre Anastase eut dit en chaire : « Que personne n'appelle Marie mère de Dieu; Marie est une créature humaine : Dieu ne peut naître d'une femme. » Nestorius ne désavoua pas plus la seconde proposition que la première ; il soutint également l'une et l'autre dans ses écrits. Il ajouta : Je nappelleraijamais Dieu un enfant de deux ou trois mois. Eva^re, Hist ecclés., 1. i, c. 2. On prétend qu'il répéta ces mêmes paroles à Ephèse dans une conférence qu'il eut avec quelques évêques. Socrate, liv. vu, c. 3i. Conséquemmcnt il fut obligé d'admettre deux Christs, l'un Fils de Dieu, l'autre Fils de Marie. Vincent. Lirin.Commonit., c. 17.

Marius Mercator a conservé plusieurs des sermons de Nestorius. Dans le second qu'il lit pour soutenir son erreur, il prétendait qu'on ne doit pas dire que Dieu le Verbe soit né de la Vierge ni qu'il soit mort, mais seulement qu'il élait uni à celui qui est né et qui est mort. Tillemont, ibidem., pag. 316, 317. Dans un autre, il soutenait que le Verbe n'était pas né de Marie, mais qu'il habitait et était uni inséparablement au fils de Marie, pag. 318. 11 parlait de même dans son septième sermon qu'il envoya par bravade à saint Cyrille , page 338. Dans ceux qu'il adressait au pape Célestin, il disait qu'il admettrait le terme de mère de Dieu, pourvu qu'on ne crût pas que le Verbe est né de la Vierge, parce que, dit-il, personne n'engendre celui qui était avant lui. Dans une lettre au même pape, il se plaignait de ceux qui

attribuaient au Verbe incarné les faiblesses de la nature humaine. Dans le premier des anathèmes qu'il opposa à ceux de saint Cyrille, il anathématise ceux qui diront que Emmanuel est le Verbe de Dieu, et que la sainte Vierge est mère du Verbe. Dans le cinquième, ceux qui diront que le Verbe, après avoir p;is l'homme, est un seul Fils de Dieu par nature. Dans le septième, il soutient que l'homme né de la Vierge n'est point le Fils unique du Père, mais qu'il reçoit seulement ce nom par participation, à cause de son union avec le Fils unique. Dans le dixième, il soutient que ce n'est point le Verbe éternel qui est notre pontife, et qui s'est offert pour nous, p. 3V3, 3\k, 369, etc Or cette union qu'il admettait entre le Verbe et le Fils de Marie était seulement une union d'habitation, {Je puissance, de majesté, etc. ; jamais il n'a voulu admettre une union hypostatique ou substantielle. Selon lui. on ne )cut pas dire que Dieu a envoyé le Verbe* ). 3G7, 368. Voilà ce qui scandalisa les fidèes de Constantinople, ce qui fut condamné h Rome, ce qui fut réfuté par saint Cyrille, par Marius Mercator et par d'autres, môme par ïhéodorel, ce qui fut anathématise par le concile d'Ephèse, et ensuite par celui de Chalcédoine; j ornais Nestorius n'en a voulu rétracter un seul mot. Nous demandons a. ses apologistes s'il y a une seule de ses propositions qui ne soit pas formellement contraire à l'Ecriture sainte, et qui soit susceptible d'un sens catholique.

Quand nous n'aurions pas les écrits originaux de Nestorius, pourrait-on nous persuader que les papes saint Célestin et saint Léon, les conciles de Rome, d'Ephèse et do Chalcédoine, les amis mêmes de Nestorius, comme Jean d'Antioche, Théodoret, Ibas, évêque d'Edesse, etc., qui, après avoir présumé d'abord sa catholicité, l'ont enlin abandonné à son opiniâtreté, n'ont rien compris à sa doctrine, ou l'ont mil interprétée, aussi bien que saint Cyrille? Nous verrons ciaprès que la doctrine professée aujourd'hui par les nestoriens est encore la môme que celle qu'enseignait le patriarche de Constantinople ; ces sectaires ont toujours révéré Nestorius, Théodore de Mopsueste et Diodore de Tarse, comme leurs trois principaux maîtres. Les apologistes de Nestorius disant que l'on peut abuser du titre de mère de Dieu ; que Nestorius le rejetait uniquement parce qu'il lui paraissait favoriser 1 hérésie d'Apollinaire. Mais l'on peut abuser également des passages de l'Ecriture sainte que nous avons cités; c'est de ces passages mêmes qu'Apollinaire abusait pour appuyer son erreur. 11 soutenait que le Verbe divin avait pris un corps humain et une âme, mais privée d'entendement humain, et que la présence du Verbe y suppléait; quelques-uns de ses disciples enseignaient que le Verbe divin avait pris un corps humain sans âme, parce que saint Jean a dit quo le Verbe s'est fait chair, et saint Paul, que le Fils de Dieu a été fait du sang de David selon la chair, sans faire mention d'une âme humaine. Il

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n'y a aucune prouve que les apollinaristes se soient jamais servis du titie de mère de Dieu pour étayer leur opinion* Par là on voit évidemment l'ignorance ou la mauvaise foi de Nestorius, qui traitait ses adversaires d'ariens et d'apollinaristes ; c'est lui-même qui tombait dans l'arianisme, puisqu'il s'ensuivait de sa doctrine que Jésus-Christ n'est pas réellement et substantiellement Dieu, qu'en lui l'humanité n'est point substantiellement unie à la Divinité, mais moralement. La vi aie raison de l'entêtement de cet hérésiarque est qu'il était imbu des erreurs de Théodore de Mopsueste et de Diodoro de Tarse. Aussi s'emportait-il contre ceux (|ui attribuaient au Verbe incarné les faiblesses de la nature humaine, et à Jésus-Christ homme les apanages de la Divinité. Tilleiiiont, ibid., p. 343, 3VV. S'il avait raison, les apôtres ont eu tort de dire que le Fils de Dieu est né d'une femme, qu'il est né du sang de David, que le sang du Fils de Dieu nous purifie de nos péchés (/ Joan. i, 7) ; ipie le Verbe s'est fait chair, etc. Voilà les faiblesses rie l'humanité attribuées au Fils de Dieu, au Verbe incarné. Jean d'Antioche, ii mi de Nestorius, était très-bien fondé à lui représenter qu'il avait tort de rejeter le titre de mère de Dieu, dont les Pères s'étaient servis, qui exprimait la foi de l'Eglise, et que personne n'avait encore blâmé; que s'il rejetait le sens attaché à ce terme, il était dans une grande erreur, et s'exposait à ruiner entièrement le mystère de l'incarnation. Tillemont, ib., p. 35'r, 355. Mais Nestorius ne voulait recevoir des conseils de personne. Une chose remarquable est que nous voyons les protestants plus ou moins portés à justifier Nestorius, à proportion de leur inclinalion au socinianisme. Plusieurs théologiens anglicans conviennent sans difficulté que Nestorius fut légitimement condamné; Mosbeim, qui n'était que luthérien, blâme également Nestorius et saint Cyrille; son traducteur, qui est pour le moins calviniste, absout le premier, condamne absolument le second, et lui attribue tout le mal qui est arrivé. C'est la manière de penser des sociniens. Richard Simon avait accusé saint Jean Chrysostome d'avoir parlé de Jésus- Christ, comme Nestorius. M. Bossuet dans sa Défense de la tradition et des Pères, 1. iv, c. 3, a justifié saint Jean Chrysostome ; il a fait voir que, selon Nestorius et selon Théodore de Mopsueste son maître, Jésus-Christ n'était Dieu que par adoption et par représentation.

III. Etat du nestorianisme après le concile d'Ephèse. Le savant Assémani en a fait exactement l'histoire, Biblioth, orient., tome IV, c. k et suiv. Nous avons déjà remarqué qu'après la condamnation de Nestorius dans ce concile, sa doctrine trouva des défenseurs opiniâtres, surtout dans le diocèse de Constantinople et dans les environs de la Mésopotamie. Proscrits par les empereurs, ils se retirèrent sous la domination des rois de Perse, et ils en furent protégés en qualité de transfuges mécontents de leur souverain. Un

certain Barsumas, évêque de Nis;be , parvint, par son crédit à la cour de Perse, à établir le nestorianisme dans les diff rentes parties de ce royaume. L s nestoriens, pour répandre leurs opinions , firent traduire en syriaque, en persan et en arménien, les ouvrages de Théodore de Mopsueste ; ils fondèrent un grand nombre d'églises ; ils eurent une école célèbi e à Edesse et ensuite à Nisibe, ils tinrent plusieurs conciles à Séleucie et à Ctésiphonte ; ils érigèrent un patriarche sous le nom de catholique ; sa résidence fut d'abord à Séleucie, ( t ensuite à Mozul. Ces sectaires se tuent nommer chrétiens orientaux, soit parce que plusieurs de leurs évoques étaient venus du patriarcat d'Antioche, que l'on appelait le diocèse d'Orient, soit parce qu'ils voulaient persuader que leur doctrine était l'ancien christianisme des Orientaux, soit enfin parce qu'ils se sont étendus plus loin vers l'Orient qu'aucune autre secte chrétienne; mais dans la suite ils ont été plus connus sous le nom de chaldécns, et souvent ils ont rejeté celui de nestoriens. Lorsque les mahomélans subjuguèrent la Perse au vu* siècle, ils souffrirent plus volontiers les nestoriens que les catholiques, et leur accordèrent plusde liberté d'exercer leur religion. 11 y a des preuves positives que, vers l'an 535, ils avaient déjà porté leur doctrine aux Indes sur la côte de Malabar. Cosme Indicopleustes, qui était nestorien, dans sa topographie chrétienne , décrivit l'état où étaient les membres de cette secte soumis au catholique ou patriarche de la Perse. Au vu" siècle, ils envoyèrent des missionnaires à la Chine, qui y firent des progrès, et l'on prétend que le christianisme qu'ils y établirent y a subsisté jusqu'au xiu\ fis ont encore eu des églises a Samarcande et dans d'autres parties de la Tartane. Nous verrons ailleurs en quel temps le nestorianisme a été banni de ces contrées; mais depuis longtemps il a commencé à déchoir; 'ignorance et la misère de ses pasteurs 'ont réduit presque à rien. Voy. Tabtakes.

La principale question agitée entre les protestants et nous est de savoir quelle a été et quelle est encore la croyance de ces nestoriens ou chaldéens, séparés de l'Eglise catholique depuis plus de douze cents ans. « Il est constant, dit l'abbé Ilenaudot, que les nestoriens d'aujourd'hui sont encore dans le même sentiment que Nestorius touchant l'incarnation. Us soutiennent que , dans Jésus-Christ, Dieu et l'homme ne sont pas la même personne, que l'un est Fils de Dieu, l'autre Fils de Marie : qu'ainsi Marie ne doit pas être appelée mère de Dieu, mais mère du Christ; que le Verbe de Dieu est descendu en Jésus-Christ au moment de son baptême. Ainsi, selon eux, l'union de la divinité et de l'humanité en Jésus-Christ n'est point substantielle : c'est seulement une union de volontés, d'opérations, de bienveillance , de communication , de puissance, etc. Us disent formellement qu'il y a en Jésus-Christ deux personnes et deux natures unies par l'opération et par la vo-

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toute. Cela est prouvé non-seulement par les ouvrages de plusieurs de leurs théologiens, el par leurs livres liturgiques, mais parles écrits desjacobites et des mclchites qui ont combattu les nestoriens el qui leur attribuent communément- celte doctrine.

C'est pour cela môme quo les nestoriens ont été soufferts dans la Perse par les mahornét.ms [dus aisément que les autres chrétiens, parce que la manière dont les premiers s'expriment au sujet de Jésus-Christ est conforme à ce que Mahomet en a dit dans l'AIcoran, et que môme plusieurs nestoriens ont cité les paroles de ce faux prophète, pour plaire aux mahométans. « Perpét. de la foi, t. IV, 1. i, c. 5. Nous verrons ci-après (pie ce tableau est confirmé par Assémani, Biblioth. orient., t. 111 et IV. Malgré ces preuves, Mosheim a tâché de les disculper. Dans son Hist . ecclés. du \' siècle , ne part. , c. 5, § 12, il dit que dans plusieurs conciles de Séleucie les nestoriens ont décidé « qu'il y avait dans le Sauveur du monde deux hypostases (ou personnes), dont l'une était divine, l'autre humaine, savoir l'homme Jésus : que ces de ix n'avaient qu'un seul aspect, Ttpo<7wo-j; que l'union entre le Fils de Dieu et le Fils de l'homme n'était pas une union de nature ou de personne, mais seulement de volonté et d'affection ; qu'il faut par conséquent distinguer soigneusement Christ de Dieu qui habitait en lui comme dans son temple, et appeler Marie mère de Christ et non mère de Dieu. » Ceh est clair, et c'est précisément la doctrine que nous avons vue soutenue par Nestorius lui-môme. Il n'est pas vrai, quoi qu'en dise Mosheim, qu'en cela les nestoriens ont changé le sentiment de leur chef. Mais, dans son Hist. du xvr siècle, sect. 3, i" partie, eh. 2, § 15, il cherche a les excuser. « Il est vrai, dit-il, que les chaldéens attribuent deux natures, et même deux personnes à Jésus-Christ; mais ils corrigent ce que celle expression a de dur, en ajoutant que ces natures el ces personnes sont tellement unies, qu'elles n'ont qu'un seul aspect (barsopa). » Or ce mot signitie la môme chose que le grec Kpô- <t'.)7tov, et le latin persona ; d'où l'on voit que par deux personnes ils entendent seul ment deux natures.

Sans recourir au témoignage des auteurs syriens, anciens ou modernes, et aux preuves produites par l'abbé Renaudot, il est évident que Mosheim s'esl aveuglé lui-môme ou qu'il a voulu en imposer. 1° Cette explication ne peut s'accorder avec les décisions des conciles de Séleucie qu'il a citées luimême. 2° 11 résulterait de ce palliatif, que, selon les nestoriens, il y a en Jésus-Christ deux natures et deux personnes; cette absurdité est lroplbrte.3"Nousconvenonsquelegroc7rfocri>-' jrov et le latin persona, dans leur signification •rimitive, ne signifient point personne dans e sens théologique, mais personnage, caractère, aspect, apparence* extérieure ; et que les nestoriens prennent barsopa dans ce dernier sens. Ainsi leur sentiment est qu'il y a dans Jésus-Christ deux natures et deux per-

sonnes, ou deux natures subsistant chacune en elle-même, et par elle-même,, savoir. Dieu et l'homme, mais qu'elles sont tellement unies qu'il n'en résulte qu'un seul personnage, un seul et unique caractère, une scide apparence personnelle de Jésus-Christ, parce qu'en lui les volontés, les sentiments, les affections, les opérations de la divinité et de l'humanité sont toujours parfaitement d'accord. Or ce sens, qui est celui de Nestorius, est hérétique. Le dogme catholique est qu'il y a dans Jésus-Christ deux natures, la divinité el l'humanité, mais une seule personne; que l'humanité en lui ne subsiste point par elle-même, mais par la personne du Verbe auquel elle est substantiellement unie, de manière quo Jésus-Christ n'est point une personne humaine, mais une personne divine. Autrement Jésus-Christ ne pourrait Ôtre appelé Dieu-homme ni homme-Dieu, il ne serait pas vrai de dire que le Verbe s'est fait chair, que le Fils de Dieu est né d'une femme, qu'il est mort, qu'il nous a rachetés par son sang, etc. Quelque subtilité qu'on emploie, l'on ne parviendra jamais à concilier l'opinion des nestoriens, ni leur langage avec celui de l'Ecriture sainte. Mosheim ajoute, quà l'honneur immortel des nestoriens, ils sont les seuls chrétiens d'Orient qui aient évité cette multitude d'opinions et de pratiques superstitieuses qui ont infecté l'Eglise grecque et latine.

Cependant ils sont accusés, 1* d'enseigner, comme les Grecs schismatiques, que le Saint-Esprit procède du Père et non du Fils ; 2° de croire que les dînes sont créées avant les corps, et de nier le péché originel, comme Théodore de Mopsuesle ; 3* de prétendre que la récompense des saints dans le ciel et la punition des méchants dans l'enfer sont différées jusqu'au jour du jugement; que jusqu'alors les âmes des uns et des aut ri s sont dans un état de sensibilité; k° de penser, commme les origénistes , que les tourments des damnés finiront un jour. Il serait à souhaiter, pour l'honneur immortel des nestoriens, que Mosheim les eût justifiés sur quelqu'un de ces articles. Il aurait voulu, comme les autres protestants, nous persuader que les nestoriens n'ont jamais eu la même croyance que l'Eglise romaine touchant les sept sacrements, la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, la transsubstantiation, le culte des saints, la prière pour les morts, etc.; mais l'abbé Renaudot, dans le tom. IV de la Perpétuité de la foi ; Assémani, dans sa Biblioth. orient., tom. Ilî, ne part.; le Père Lebrun, dans son Explication des cérémonies de la messe, t. VI, prouvent le contraire par des titres incontestables, auxquels les protestants n'ont rien à opposer.

En se séparant de l'Eglise catholique, les nestoriens emportèrent avec eux la liturgie de l'Eglise de Constantinople, traduite en syriaque, et ils ont continué de s'en servir. A présent ils en ont trois; la première, qu'ils appellent la liturgie des apôtres, parait être plus ancienne que l'hérésie de Nestorius;

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la seconde est celle de Théodore de Mopsueste ; la troisième, celle de Nestorius. Celte dernière est la seule dans laquelle ils ont glissé leur erreur touchant l'Incarnation ; les deux autres sont orthodoxes. On y trouve, comme dans toutes les autres liturgies orientales, l'expression de la présence réelle et delà transsubstantiation, l'adoration de Feuoharis'ie, la commémoration de la sainte V erge et des saints, la prière pour les morts. Les nestoriens ont toujours célébré en îangue syriaque et non en langue vulgaire, dans tous les pays où ils ont eu des églises, et ils ont toujours a Imis le même nombre de livres de l'Ecriture sainte que les catholiques. D'où l'on conclut qu'au v* siècle, lorsque les nestoriens ont commencé h faire bande à part, toute l'Eglise chrétienne croyait et professait les mômes dogmes que les protestants reprochent à l'Eglise romaine comme une doctrine nouvelle et inconnue à toute l'antiquité. Voy. Liturgie. On a tenté plus d'une fois do faire renoncer les nestoriens à leur schisme. L'an 130'»., Jaballaha, patriarche des nestoriens, envoya sa profession de foi orthodoxe au pape Benoît XL Au xvr siècle, sous les panes Jules ÏII et Pie IV, le patriarche nestorien Jean Sulaka fit de même ; son successeur, nommé Abdis^i, Abdjésu ouEbedjésu, vint à Rome deux fois, y fit son abjuration, envoya sa profession de foi au concile de Trente, reçut du souverain pontife le pallium, et, de retour en Syrie, travailla avec succès à la conversion des schisma tiques. Il était savant dans les langues orientales, et il a composé plusieurs ouvrages. Un autre envoya encore sa profession de foi à Paul V ; mais on prétend que ses députés ne furent pas sincères dans l'exposition de leur croyance ; ils pallièrent leurs erreurs afin de se rapprocher des catholiques, et rendirent mal le sens des expressions de leurs docteurs. Ainsi en a jugé l'abbé Renaudot, Perpét. de la foi, tom. IV, 1- 1, c. 5.

Suivant la gazette de France, du 5 juin 1771, art. Rome, les dominicains, missionnaires en Asie, ont ramené à l'unité de l'Eglise le patriarche schisinatique des nestoriens résidant à Mozul, et cinq autres évêques de la môme province. Sur la fin du siècle passé, il y avait encore quarante mille nestoriens dans la Mésopotamie : Etat de l' Eglise rom., par le prélat Cerri, p. 155. Ces conversions ne pouvaient manquer de déplaire aux protestants. Mosheim dit que les missionnaires vont semer exprès le schisme et la discorde parmi les sectes orientales, afin de pouvoir débaucher l'un des deux partis.

Selon lui, le préjécesseur d'Ebedjésu n'eut recours à Rome que pour obtenir l'avantage sur son compétiteur, qui lui disputait le patriarcat. Mais on sait qu'il n'est pas besoin de l'influence des missionnaires pour faire naître de nouvelles divisions parmi les schismatiques, puisqu'il n'y a aucune secte qui n'en ail vu éclore plusieurs dans son sein. Lbedjésu n'a donné aucun motif de douter de la sincérité de son catholicisme, et plu-

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