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sieurs de ses successeurs ont imité sa conduite. Cependant Mosheim soutient en général que ces prétendues conversions sont intéressées et simulées, qu'elles n'ont d'autre motif que la pauvreté et l'espérance d'obtenir de l'argent de Rome pour se racheter des vexations des mahométans ; que si les libéralités du pape viennent à cesser, le catholicisme de ces nouveaux prosélytes s'é vanouit. Nous ne doutons pas que plusieurs évoques nestoriens n'aient donné lieu à ce reproche, mais il n'est pas de l'intérêt dos protestants d'insister sur la mauvaise foi de gens qu'ils auraient désiré d'avoir pour frères, et dont ils ont défiguré la doctrine pour la concilier avec la leur. L'inconstance et la dissimulation de quelques prosélytes ne forment aucun préjugé contre la pureté du zèle des missionnaires et des souverains pontifes. Les apôtres mômes ont trouvé des hypocrites parmi ceux qu'ils avaient convertis. Un trait plus odieux de la part &a Mosheim est de dire que la cour de Rome et les missionnaires sont de bonne composition sur le christianisme de ces peuples; que pourvu qu'ils reconnaissent à l'extérieur la juridiction du pontife romain, on leur laisse la liberté de conserver leurs erreurs, et de pratiquer leurs rites, quoique très-opposés à ceux de l'Eglise romaine. Pure calomnie. N'a-t-on pas vu les souverains pontifes condamner hautement les rites m ilabares, indiens et chinois, qu'ils ont jugés supers itieux ou pernicieux, et défendre rigoureusement aux missionnaires de les tolérer? Les ni ssionnaires français, espagnols, allemands et portugais, ne sont pas soudoyés par le pape, et ils n'ont aucun intérêt à se rendre coupables d'une prévarication. Quant aux rites innocents, et dont l'origine est très-ancienne, pourquoi ne les conserverait-on pas, quoique différents de ceux de l'Eglise romaine? Ici l'entêtement des protes au!s brille dans tout son jour; ils ont censuré avec aigreur le zèle des missionnaires portugais qui vous lurent tout réformer chez les nestoriens du Malabar, et substituer les rites <ie l'Eglise latine aux anciens rites des églises syriennes ; à présent ils blâment les missionnaires de la Mésopotamie qui, mieux instruits que les Portugais, jugent qu'il ne faut réformer chez les nestoriens que ce qui est évidemment mauvais. Ils ont paru appla idir au zèle des nestoriens qui portèrent ÎEvangile et fondèrent des églises dans la Tartane et à la Chine, et ils ont cherché à rendre suspects les missionnaires catholiques qui ont entrepris les mômes travaux. Cependant ces apôtres nestoriens, pendant sept cents ans de missions dans la Tartarie, ont négligé un soin que les protestants jugent indispensable ; ils n'ont pas traduit en tartare l'Ecriture sainte, pas même le Nouveau Testament ; il a fallu que ce fût un religieux franciscain qui en prit la peine au xiv* siècle. Voy. Tartakes. Ces censeurs opiniâtres ne se lasserontils jamais de se contredire et de fournir des armes aux incrédules, en exhalant leur bile contre l'Eglise romaine ? Ils n'ont pas été
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plus ôquitables en parlant des nestoriens du Malabar qu'en peignant ceux de la Perse et de la Mésopotamie.
IV. Etat du nestorianisme sur la côte de Malabar. Vers l'an 1500, lorsque les Portugais, après avoir doublé le cap de Bonne- Espéranee, pénétrèrent dans les Indes, ils furent fort étonnés d'y trouver de nombreuses peuplades de chrétiens : ceux-ci ne le furent pas moins de voir arriver des étrangers qui étaient de leur religion. Ces peuples, qui se nommaient chrétiens de saint Thomas, étaient pour lors répandus dans quatorze cents bourgs ou bourgades ; ils avaient pour unique pasteur un évèque ou archevêque qui leur était envoyé par le patriarche nestorien de Babylone ou plutôt de Mozul. Ils recherchèrent l'appui des Portugais, pour se défendre d s vexations de quelques princes païens qui les opprimaient, et ils mandèrent à leur patriarche l'arrivée de ces étrangers comme un événement fort extraordinaire. Ils étaient persuadés que leur christianisme subsistait depuis le rr siècle de l'Eglise, que leurs ancêtres avaient été convertis a la foi par l'apôtre saint Thomas, que c'est de lui qu'ils avaient tiré leur nom. A l'article Saint Thomas, nous ferons voir que cette tradition n'est pas aussi mal fondée que certains critiques l'ont prétendu, et que les autres origines auxquelles on a voulu rappor.'er le nom de chrétiens de saint Thomas sont beaucoup moins probables. Quoi qu'il en soit, ces chrétiens malabares étaient nestoriens, et il y a lieu de croire qu'ils avaient été engagés dans cette hérésie sur la fin du v* siècle. Les Portugais, qui avaient amené avec eux plusieurs missionnaires, conçurent le dessein de les réunir à l'Eglise catholique, de laquelle ils étaient séparés depuis mille ans. Cet ouvrage fut commencé par D. Jeand'Albuquerque, premier archevêque de Goa, et continué, en 1599, par D.Alexis de Ménézez son successeur. Secondé par les jésuites, il tint un concile dans le village de Diamper ou Odiamper, dans lequel il fit un grand nombre de canons et d'ordonnances pour corr ger les erreurs de ces chrétiens schismaliques, pour réformer leur liturgie et leurs usages, pour les rendre conformes à la doctrine et à la discipline de l'Eglise catholique.
L'histoire de cette mission a été écrite en portugais par Antoine Govea, religieux augustin, traduite en français et imprimée à Bruxelles en 1609, sous 'le titre d'Histoire orientale des grands progrès de V Eglise catholique, en la réduction des anciens chrétiens dits de saint Thomas. Govea leur reproche un grand nombre d'erreurs. l°Ils sont, dit-il, opiniâtrement attachés à l'hérésie de Nestorius touchant l'Incarnation; ils n'ont point d'autre image que la croix, et encore ne l'honorent-ils pas fort religieusement. 2° Ils assurent que les âmes des saints ne verront Diou qu'après le jour du jugement. 3° Ils n'admettent que trois sacrements, savoir, le baptême, l'ordre et l'eucharistie, et dans plusieurs de leurs églises ils administrent le
baptême d'une manière qui le rend invalide: aussi l'archevêque Ménézez les rebaptisa-t-il en secret pour la plupart. 4° Ils ne se servent point d'huile saine pour le baptême, mais d'huile de noix d'Inde, sans aucune bénédiction. 5° Ils ne connaissent pas même les noms de confirmation ni d'extrême-onction; ils ne pratiquent point la confession auriculaire ; leurs livres d'offices fourmillent d'erreurs. 6° Pour la consécration, ils se servent de pi tits gâteaux faits à l'huile et au sel, et, au lieu de vin, ils emploient de l'eau, dans laquelle ils ont fait tremper des raisins secs. Ils disent la messe rarement, etne se croient point obligés d'y assister les jours de dimanches. 7° Ils ne gardent point l'âge requis pour les ordres, souvent ils font des prêtres à l'âge de 15 ou de 20 ans; ceux-ci se marient même avec des veuves, et jusqu'à deux ou trois fois : ils n'observent point l'usage de réciter le bréviaire en particulier, ils se contentent de le dire à haute vnix dans l'église. 8° Ils ont un très-grand respect pour le patriarche catholique nestorien de Babylone; ils ne veulent point que l'on nomme le pape dans leur liturgie. Souvent ils n'ont ni curé ni vicaire, et c'est alors le plus ancien laïque qui préside à l'assemblée, etc. On a pu présumer que cette liste d'erreurs était trop chargée, que Govea prit pour des défauts et des abus tout ce qu'il n'était pas accoutumé h voir. Depuis que les théologiens catholiques ont appris à mieux connaître les différentes sectes de chrétiens orientaux, surtout les Syriens, soit nestoriens, soit jacobites, soit melchitcs, soit maronites, que l'on a comparé leurs liturgies et leurs rites, que l'on a consulté leurs livres de religion, l'on a reconnu que les Portugais condamnèrent dans les nestoriens du Malabar plusieurs choses innocentes, plusieurs rites que l'Eglise romaine n'a jamais réprouvés dans les autres sectes ; que, s'ils n'avaient pas eu l'entêtement de vouloir tout réformer, ils auraient réussi plus aisément à réconcilier ces schématiques à l'Eglise. Quant aux erreurs sur le dogme, Assémani, loin de contredire Govea, en attribue encore d'autres aux nestoriens de la Perse, Bibliolh. orient., tom. III, p. 695. Us omettent, dit-il, dans la liturgie ., les paro'es de la consécration ; ils offrent un gâteau à la sainte Vierge, et croient qu'il devient son corps; ils regardent le signe de la croix comme un sacrement. Quelques-uns ont enseigné que les peines de l'enfer auraient un terme; ils placent les âmes des saints dans le para lis terrestre, et ils disent que les âmes ne sentent rien, séparées des corps. L'an 596, un de leurs synodes a défini qu'Adam n'a pas été créé immortel, et que son péché n'a point passé à ses descendants, etc.
La Croze, zélé protestant, a fait exprès son Histoire du Christianisme des Indes, pour rendre odieuse la conduite de l'archevêque de Goa et des missonnaires portugais; il tire avantage des reproches quelquefois mal fondés de Govea ; il soutient que les chrétiens de saint Thomas avaient précisémentla même
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croyance que les protestants, qu'ils n'admettaient comme eux que deux sacrements, savoir le baptême et la cène, qu'ils niaient formellement la présence réelle et la transsubstantiation , qu'ils avaient en horreur le culte des saints et des images, qu'ils ignoraient la doctrine du purgatoire, qu'ils rejetaient les prétendues traditions et les abus aue l'Eglise romaine a introduits dans les erniers siècles, etc. Assémani, Biblioth. • orient., t. IV, c. 7, § 13, a pleinement réfuté ' le livre de La Croze ; il le convainc de douze ou treize erreurs capitales. Pour éclairer les faits, et savoir à quoi s'en tenir, il a fallu consulter des titres plus authentiques que les relations des Portugais, savoir, la liturgie et les autres livres des nestoriens, soit du Malabar, soit de la Perse, d'où ils tiraient leurs évoques. C'est ce qu'ont fait l'abhé Renaudot, Assémani et le Père Le Brun, et ils ont démontré que La Croze en avait grossièrement imposé. On trouve dans le VIe tome du Père Lebrun la liturgie des nestoriens malabares, telle qu'elle était avant les corrections qu'y fit faire l'archevêque de Goa; cet écrivain l'a confrontée avec les autres liturgies nestoriennes que l'abbé Renaudot avait fait imprimer, et qui ont été fournies par les nestoriens de la Perse. 11 en resuite que les uns et les autres ont toujours cru et croient encore la présence réelle de Jésus- Christ dans l'eucharistie et la transsubstantiation; que du moins plusieurs admettent sept sacrements comme l'Eglise romaine ; que dans leur messe ils font mémoire des saints, prientpour les morts, etc. Les lecteurs peu instruits, qui se sont laissé séduire par le ton de confiance avec lequel La Croze a parlé, doivent revenir de leur erreur.
Quand nous serions forcés de nous en rapporter à Govea, il serait encore évident que la croyance des nestoriens malabares était très-opposée à celle des protestants. Ceux-ci croient-ils, comme les Malabares, qu'il y a deux Personnes en Jésus-Christ, et que les saints ne verront Dieu qu'après le jour du jugement ? Les Malabares ont toujours regardé l'ordre comme un sacrement; et quoiqu'ils n'attendissent pas l'âge prescrit par les canons, Govea ne les accuse point d'avoir donné les ordres d'une manière invalide. Il ne dit pas en quoi consistait l'invalidité de leur baptême ; on n'a jamais douté de la validité de celui qui est administré par les nestoriens persans ou syriens. Leur foi touchant l'eucharistie est constatée par leur liturgie ; Govea ne leur fait aucun reproche sur ce point. S'ils mêlaient de l'huile et du sel dans le pain destiné à la consécration, ils en donnaient des raisons mystiques, et cet abus ne rendait pas le sacrement nul. Quoique le suc des raisins trempés dans l'eau fût une matière très-douteuse, ils ne refusèrent point de se servir du vin que les Portugais leur fournirent. Ils ne disaient la messe que le dimanche , et ils ne se croyaient pas rigoureusement obligés d'y assister; ils la regardaient néanmoins comme un vrai sacrifice; ils n'en avaient pas horreur comme les pro-
testants. Ils négligeaient beaucoup la confession ; cependant ils croyaient l'efficacité de l'absolution dos prêtres, par conséquent le sacrement de pénitence. Ce n'est pas là du calvinisme. Ils ne rendaient pas à la sainte Vierge, aux saints, à la croix, un culte aussi éclatant et aussi assidu que les catholiques ; mais ils ne condamnaient pas ce culte comme superstitieux. Ils n'avaient pas d'images dans leurs églises, parce qu'ils étaient environnés de païens idolâtres et de pagodes; s'ensuit-il qu'ils regardaient l'honneur rendu aux images comme une idolâtrie? Le concile de Trente, en enseignant que l'usage des images est louable, n'a pas décidé qu'il était absolument nécessaire. Ces chrétiens étaient soumis au patriarche nestorien de Mozul, et non au pane, qu'ils ne connaissaient pas ; donc ils admettaient un chef spirituel et une hiérarchie; ils ne soutenaient pas, comme les protestants, que toute autorité ecclésiastique est une tyrannie. Ils ont toujours célébré l'office divin en syriaque, langue étrangère pour eux; jamais ils n'ont célébré en langue vulgaire. Ils observaient religieusement l'abstinence et le jeûne du carême ; leurs évoques n'étaient pas mariés; ils ont toujours estimé et respecté la profession religieuse : où est donc leur protestantisme ? Si les Portugais étaient demeurés en possession du Malabar, il est très-probable que toute cette chrétienté serait aujourd'hui catholique ; mais depuis que les Hollandais s'en sont emparés, ils ont favorisé les schismatiques , et n'ont pris aucun intérêt au succès des missions. M. Anquetil, qui a parcouru cette contrée en 1758 , a trouvé les Eglises du Malabar divisées en trois portions, l'une de catholiques du rite latin, l'autre de catholiques du rite syriaque, la troisième de Syriens sebisrnatiques. Celle-ci n'est pas la plus nombreuse ; de deux cent mille chrétiens, il n'y a que cinquante mille schismatiques. Le Père Lebrun et La Croze n'avaient donné l'histoire de ces Eglises que jusqu'en 1063, époque de la conquête de Cochin par les Hollandais ; M. Anquetil, dans sou discours préliminaire du Zend- Avesta, p. 179, l'a continuée jusqu'en 1758. 11 nous apprend qu'en 1685 les Malabares sebisrnatiques avaient reçu de Syrie, sous le bon plaisir des Hollandais, deux archevêques consécutifs, un évêque et un moine, qui tous étaient Syriens jacobites , et que ceux-ci avaient semé leur erreur parmi ces chrétiens ignorants , de sorte que ces malheureux, après avoir été nestoriens pendant plus de mille ans , sont devenus, sans le savoir, jacobites ou eutychiens, malgré l'opposition essentielle qu'il y a entre ces deux hérésies. La Croze , qui ne l'ignorait pas, n'a témoigné y faire aucune attention. En 1758 ils avaient pour archevêque un caloyer ou moine syrien fort ignorant, et un chorévêque de même religion un peu mieux instruit. Ce dernier fit voir à M. Anquetil les liturgies syriaques, et lui laissa copier les paroles de la consécration ; il lui donna ensuite sa profession de foi jacobite dans la