CUV
OEUV
ior
autrement. Dieu, après avoir reproché aux Juifs leurs crimes, leur dit par la bouche d'Isaïe, c. i, v. 10 : « Cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, exercez la justice, soulage/ les opprimés, défendez la veuve et li> pupille, venez ensuite et recoure/ à moi. Quand vos péchés seraient rouges comme l'écarlate , ils deviendront blancs comme la neige. » Dieu sans doute ne leur commandait pas de^ péchés. Dieu eut égard aux humiliations, au jeûne, aux mortifications d'Achab (111 Reg. xxi, 27); aux prières et au repentir de Manassès (II Parai, in , 12); a la pénitence des Ninivites (Jon m , 10); et Jésus-Christ a cité cette pénitence ( Luc. xi, 32). Daniel dit à Nabuchodonosor : « Rachetez vos péchés par des aumônes, peut-être Dieu aura pitié de vous (Dan. v, 23). » 11 est donc faux que Dieu ne tienne aucun compte aux pécheurs de leurs bonnes œuvres, et que ce soient de nouveaux péchés. Il faut avoir perdu le sens, pour soutenir qu'un homme qui n'est pas encore justilié, pèche en détestant ses péchés et en demandant pardon à Dieu.
2° Le concile de Trente enseigne, ib., c. 8, que les dispositions dont nous venons de parler sont nécessaires pour la justification, mais qu'aucun ne peut la mériter. Ainsi il est toujours vrai de dire que nous sommes justifiés gratuitement, comme saint Paul ledéclare (Rom. m, 24). Cet apôtre ajoute que nous sommes justifiés par la foi, parce que la foi est la racine et le fondement de toute justification. Mais ce même concile condamne ceux qui prétendent que nous sommes justifiés par la foi seule, can. 9, parce que saint Paul ne le dit point. Au contraire, nous lisons dans l'Epître de saint Jacques, c. n, v. 2i : «Vous voyez que l'homme est justifié par les œuvres , et non par la foi seulement. » A l'article Foi, § 5, nous avons fait voir ce que saint Paul entend par la foi justifiante, comment son texte se concilie avec celui de saint Jacques , et nous avons montré l'abus que les protestants ont fait des paroles de saint Paul. Cependant les théologiens disent que les bons sentiments et les bonnes œuvres, qui précèdent la justification , ont un mérite de congruité ou de convenance; cont; edisent-ils en cela la décision du concile de Trente ? Nullement; ils entendent seulement, comme ce concile, que ce sont des dispositions nécessaires à la justification , que Dieu y a égard par miséricorde, qu'elles sont utiles pour fléchir sa justice, qu'il pardonne plus aisément à un pécheur qui fait de bonnes œuvres qu'à celui qui n'en fait point , puisque lui-même les commande et les inspire par sa grâce. Ce n'est donc ici qu'un mérite improprement dit, et les protestants ont tort de chicaner sur ce terme. Voy. Mérite.
3° Ce même concile déclare, c. 8 et 10, que les bonnes œuvres faites dans l'état de grâce ou par un homme déjà justifié, conservent et augmentent en lui la justice ou la grâce sanctifiante, et méritent la vie éternelle; et il le prouve par plusieurs passages de l'Ecriture sainte. De là il conclut qu'il faut proposer aux justes ce bonheur, comme
une grâce qui nous est miséricordieuseinent promise par les mérites de Jésus-Christ , et en même temps comme une récompense, un salaire, une couronne de justice , ainsi que s'exprime saint Paul. Conséquemment , can. 25 et 30 , il condamne ceux qui enseignent que le juste, dans toutes ses œuvres , pèche au moins véniellemcut , et que c'e.4 un péché de faire de bonnes œuvres en vue de la récompense éternelle. Le concile n'emploie point le terme de mérite de condignité; mais, au mot Mérite, nous avons fait voir que cette expression des théologiens n'a rien de répréhensible. Lorsque 1 e synode de Dordrecht a soutenu que nous ne pouvons faire aucune bonne œuvre qui ne soit souillée par le vice de la chair, et qui ne soit digne de châtiment, il contredit saint Paul qui déclare qu'il ne reste plus aucun sujet de condamnation dans ceux qui sont en Jésus- Christ, et qui ne vivent plus selon la chair (Rom. vm, 1). Quand ce synode a ajouté que le souvenir d'un seul péché subirait pour faire rejeter de Dieu nos bonnes œuvres, il a fermé les yeux h la promesse que Dieu a faite par Ezéchiel, c. xviii, v. 21 : « Si l'impie fait pénitence de tous ses péchés, et garde mes commandements , je ne me souviendrai d'aucune de ses iniquités , etc. » De quel front les protestants , qui ne cessent d'en appeler à l'Ecriture sainte , osent-ils la contredire aussi formellement?
4° Enfin, le concile de Trente a répondu à toutes leurs plaintes et à tous leurs reproches. Il n'est pas vrai que la doctrine catholique déroge à la gloire de Dieu ni aux mérites de Jésus-Christ, puisque tout ce qn'il y a de bien en nous, soit avant , soit après la justification, vient de la grâce de Dieu, et que toute grâce nous est accordée par les mérites du Sauveur; d'où il résulte que tout mérite de l'homme est un don de Dieu, qu'en récompensant nos mérites Dieu ne fait que couronner ses propres dons. Il n'est pas vrai non plus q;;e nous mettions notre propre justice à la place de celle de Dieu, puisque c'est Dieu lui-même qui nous donne la justice et qui allume la charité dans nos cœurs par son Saint-Esprit. 11 ne l'est pas enfin que l'homme puisse se glorifier en luimême , s'enorgueillir de ses bonnes œuvres ou présumer de ses propres mérites, puisque non-seulement il n'a rien qu'il n'ait reçu, mais qu'il peut déchoir à tout moment de l'état de grâce par sa propre faiblesse.
Si c'est le mot de mérite qui choque les protestants, ils ont encore tort; nous avons fait voir qu'il est tiré de l'Ecriture sainte, Voy. Mérite. Quant aux œuvres que nous nommons de subrogation, il est faux que nous prétendions par là rendre à Dieu plus que nous ne lui devons , puisque nous lui devons tout; nous entendons seulement, par ce terme , des œuvres qui ne sont pas commandées en rigueur. Lorsque Jésus-Christ dit à un jeune homme : Si vous voulez être parfait , allez vendre tout ce que vous possédez , donnez-le aux pauvres et venez me suivre (Malth. xix, 21), lui faisait-il un coin-
OEUV
ŒUV
mandement rigoureux, sous peine de dam nation? Il lui proposait une œuvre de perfection, qui lui aurait valu une plus grande récompense. Il en est de môme de ceux qui ont renoncé au mariage pour le royaume des cieux (Matth. xxix, 12). Nous savons très-bien que plus nous avons fait de bonnes œuvres, plus nous sommes redevables à Dieu, qui nous les a fait vouloir et accomplir : mais il ne s'ensuit pas de là que toutes ces œuvres nous sont commandées, et que nous péchons si nous ne les faisons pas. 11 serait singulier que nous fussions coupables en les ometlant , et que nous le fussions encore en les faisant , comme le veut le synode de Dordrecht. Il swfiit de comparer la doctrine des protestants avec celle de l'Eglise catholique, pour voir laquelle des deux est la plus propre à exciter en nous l'amour de Dieu, la reconnaissance , la confiance et le zèle des bonnes œuvres. L'expérience peut encore en décider; il se fait certainement plus de bonnes œuvres de toute espèce parmi les catholiques que chez les protestants.
Depuis le concile de Trente, quelques théologiens ont soutenu que toutes les bonnes œuvres faites par des infidèles ou par des hommes qui n'ont pas la foi en Jésus-Christ, sont des péchés ; ils ont môme poussé l'entêtement jusqu'à enseigner, comme les protestants, que toutes celles qui sont faites en état de péché mortel sont de nouveaux péchés; ces deux erreurs sont évidemment contraires aux passages de l'Ecriture que nous avons cités , et aux décisions de ce concile. Voy. Infidèles, Péché, etc. Mais n'y a-t-il pas contradiction entre les deux leçons que Jésus-Christ nous donne touchant les bonnes œuvres ? Matlh., c. v, v. 16, il dit : Que votre lumière luise aux yeux des hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père céleste. Et c. vi , v. 1, il dit : Gardezvous de faire vos bonnes œuvres devant les hommes, afin d'en être vus ; autrement vous n'aurez pas de récompense à espérer de votre Père céleste. Si l'on veut y faire attention, Jésus-Christ ne condamne que le second de ces motifs; autre chose est de faire de bonnes œuvres devant les hommes, afin qu'ils en soient édifiés et glorifient Dieu; autre chose de les faire devant eux, afin d'en être vu, estimé et honoré; le premier de ces motifs est louable , le second est vicieux : c'est un trait d'orgueil et d'ostentation, souvent d'hypocrisie. De nos jours, la philosophie publie et vante ses bonnes œuvres, les fait annoncer dans les nouvelles publiques; la charité chrétienne cache souvent les siennes , ne veut avoir que Dieu pour témoin. Sur cette seule différence on peut juger laquelle des deux en fait le plus et en fera le plus longtemps.
* Œuvre des six jours. Nous croyons devoir rapporter ici l'œuvre des six jours de la création telle que Moïse nous l'a transmise.
1. Au commencement de tous les temps, Dieu qui de tonte éternité avait résolu de faire de rien les choses qu'il a faites, créa le ciel et la terre. — 2. La terre, en sortant du néant, était informe et toute nue, sans arbres, sans fruits et sans aucuns ornements ; les
ténèbres couvraient la face de l'abîme d'eau, où la titre était comme absorbée, et l'esprit de Dieu élait porté sur les eaux, les disposant à produire les créatures qu'il en voulait former. — 3. Or Dieu, voulant tirer cette matière informe des ténèbres où elle était ensevelie, dit : Que la lumière soit faite. Et à l'instant la lumière fut faite. — 4. Dieu vit ensuite que la lumière était bonne et conforme à ses desseins ; ainsi il l'approuva; et il sépara la lumière d'avec les ténèbres, ordonnant qu'elles se succédassent l'une à l'autre. — 5. Il donna à la lumière le nom de jour, et aux ténèbres le nom de nuit, et du soir et du matin se fit le premier jour. — 6. Dieu dit aussi : Que le firmament soit fait au milieu des eaux, et qu'il sépare tes eaux de la terre d'avec les eaux du ciel. — 7. Et Dieu lit le firmament, et il sépara les eaux qui étaient sous le firmament de celles qui étaient audessus du firmament. Et cela se fit ainsi. — 8. Et Dieu donna au firmament le nom de ciel, et du soir et du malin se fit le second jour. — 9. Dieu dit encore : Que les eaux qui sont restées sous le ciel, et qui couvrent la face de la teire se rassemblent en un seul Heu, et que l'élément aride paraisse. Et cela se fit ainsi. — 10. Dieu donna à l'élément aride le nom de terre, et il appela mers toutes ces eaux rassemblées. El il vit que cela était bon et conforme à ses desseins. — 11. Dieu dit encore : Que la terre \roduhe de l'herbe verte qui porte de la graine, et des arbres fruitiers qui portent du fruit, chacun selon son espèce, et qui renferment leur semence en eux-mêmes, chacun selon son espèce. Et Dieu vit que cela élait bon et conforme à ses desseins. — 15. Et du soir et du matin se fit le troisième jour. — 14. Dieu dit aussi : Que des corps de lumière soient faits dans le firmament du ciel, afin que, par l'inégalité de leur éclat, ils séparent le jour et la nuit; et que, par leurs mouvemmt régies, ils servant de signes pour marquer les temps et les saisons, les jours et les années. — 15. Qu'ils luisent dans le firmament du ciel, cl qu'ils éclairent la terre. Et cela fut fait ainsi. — 16. D;eu lit donc deux grands corps lumineux, l'un plus grand, pour présider au jour, et l'autre moindre, pour présider à la nuit. Il fit aussi les étoiles. — 17. Et il les mil dans le firmament du ciel, où il les créa, pour luire sur la lerre. — 18. Or, Dieu fit ces corps de lumière pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière d'avec les ténèbres ; et Dieu vit que cela était bon et conforme à ses desseins. — 11). Et du soir et du matin se fit le quatrième jour. — 20. Dieu dit encore : Que les eaux produisent des animaux vivants, qui nagent dans l'eau, et des oiseaux qui volent sur la lerre, sous le firmament du ciel;. — 21. Dieu créa donc les grands poissons et tous les animaux qui ont vie et mouvement dans les eaux, que les eaux produisirent par son ordre, chacun selon son e p ce ; et il créa aussi tous les oiseaux que les eaux produisirent de même, chacun selon son espèce. Et il vit que cela élait bon et conforme à ses desseins. — 22. El il les bénit, en disant: Cioissezet multipliez-vous, et remplissez /es eaux de la mer, et que les oiseaux se multiplient ainsi sur la lerre. — 25. Et du soir et du matin se fit le cinquième jour. — 24. Dieu dit aussi : Que la terre produise des animaux vivants, chacun selon son espèce, les animaux domestiques, les reptiles et Us bêtes sauvages de la lerre, selon leurs différentes espèces. Et cela se fit ainsi. — 25. Dieu fit donc les bètes sauvages de la terre selon leurs espèces, les animaux domestiques et tous les reptiles chacun selon son espèce. El Dieu vit que cela était bon et conforme à ses desseins. — 20. 11 dit ensuite : faisons l'homme à notre image ei à notre ressemblance ; donnons-lui un esprit intelligent, immortel, capable de connaître et d'aimer; cl qu'il commande aux pohsons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux bêtes , à toute ta lerre et à tous les reptiles qui se remuent sur la terre. — 27. Dieu créa donc l'homme à son image ; il le créa à l'image de Dieu, l'ayant rendu capable de béatitude, de cou-
OFF
OFF
iosii
naissance et d'amour; et il les créa mâle et femelle (connue on le dira dans la suite). — w28. Et Dieu, après les avoir créés, les bénit, et il leur dit : Croissez et multipliez-vous ; remplissez la tene, et vous ïassujetl ssc:, et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du cid et sur tous les animaux qui se meuvent Sur la terre. — 29. Dieu leur dit encore : Je vous ai donné toutes /es herb s qui portent leur graine sur la terre, et tous les arlres qui renferment en eux-mêmes les semences, chacun selon son espèce, afin qu'ils vuus servent de nourriture.— 30. Et à tous les animaux de la terre, à tous les oiseaux du ciel et à tout ce qui se meut sur la terre et qui est vivant et animé, afin qu'ils aient de quoi se nourrir. Et cela se lit ainsi. — 31. Dieu vit toutes les choses qu'il avait faites, et il les approuva, parce qu'elles étaient très-bonnes, étant conformes aux desseins de sa sagesse et de sa boulé. Et du soir et du matin se lit le sixième jour. « Ce récit de la création, ditBossuet, nous découvre ce grand secret de la philosophie qu'en Dieu seul résident la fécondilé et la puissance absolue. Heureux, sage, tout-puissant, seul suffisant à lui-même, il agit sans nécessité, comme il agit sans besoin. Jamais contraint ni embarrassé par sa matière, dont il fait se qu'il veut, parce qu'il lui a donné par sa seule volonté le fond de son être. Par ce droit souverain, il la tourne, il la façonne, il la meut sans peine ; tout dépend immédiatement de Dieu ; et si, selon l'ordre établi dans la nature, une chose dépend de l'autre, par exemple, la naissance et l'accroissement des plantes, de la chaleur du soleil, c'est à cause que ce même Dieu, qui a fait toutes les parties de l'univers, a voulu les lier les unes aux autres, et faire éclater sa sagesse par ce merveilleux enchaînement («). >
OFFENSE. Les philosophes incrédules, qui ont écrit qu'un être aussi vil que l'homme ne peut offenser Dieu, ont joué sur une équivoque. L'homme, sans doute, ne peut troubler la souveraine félicité de Dieu, ni lui causer aucune émotion capable d'altérer son immutabilité; mais il peut faire ce que Dieu défend, braver ses menaces, mériter punition ; c'est ce que l'Ecriture sainte appelle offenser Dieu, déplaire à Dieu , provoquer sa colère , être son ennemi, etc. Nous ne pouvons exprimer la conduito de Dieu à l'égard des créatures, que par les mômes termes qui peignent la conduite des hommes. Voy. Anthropopathie. Lorsque Dieu a donné l'être à des créatures intelligentes et raisonnables, ce n'est pas qu'il en eut besoin ou qu'il en pût tirer quelque avantage, mais parce qu'il voulait leur faire du bien, et il n'en est aucune à laquelle il n'en ait fait. 11 a voulu attacher leur bonheur à la verlu et non au crime , à l'obéissance et non à la révolte ; peut-on se plaindre de cette sage conduite ? Les incrédules voudraient qu'il nous eût accordé le bonheur absolument, sans aucune condition, sans rien exiger de nous; Dieu n'a pas trouvé bon de les satisfare, il nous a imposé des lois. S'il nous avait prescrit ce que nous devons faire, sans nous proposer des peines et des récompenses , il nous aurait donné des leçons et des conseils, mais ce ne seraient pas des lois. S'il nous avait ôté le pouvoir d'y résister, il aurait anéanti la vertu et sou mérite, puisque la vertu consiste à soumettre
(a) Ce récit a donné Kpii a des objections que nous avons résolues aux mois Création, Cojmogo.me, Joirs de la