‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 212 sur 228 · GI · texte numérisé non relu

GI

d'ailleurs par des leçons de vive voix. En second lieu, il est constant que l'usage des Pères et des conciles a été de nommer imposition des mains le rit de plusieurs sacrements, et môme leur forme, puisqu'ils (lisent, manus impositions sunt verba mystica. Ce nom est donné non-seulement à la confirmation, mais encore à la pénitence et à l'absolution: en parlant de la réconciliation des hérétiques à l'Eglise, ils disent indifféremment manus eis imponantur in pœnitentiam ou in Spiritum sanctum. Le baptême est ainsi nommé par le concile d'Elvire, can. 39, et par le premier concile d'Arles, can. 6. Il n'y aurait donc pas lieu de s'étonner quand la porrection des instrum nts dans l'ordination des prêtres, avec la formule qui l'accompagne, aurait été appelée imposition des mains par les auteurs ecclésiastiques antérieurs au xue siècle. En troisième lieu, l'on assure mal à propos que les Grecs suppriment cette porrection dans leur ordination; mais ils la réunissent à l'imposition des mains. L'évoque assis devant l'autel met la main sur la tète de l'ordinand qui est à genoux près de lui, et il lui applique le front contre l'autel chargé des instruments du saint sacrifice, en lui disant : La grâce divine élève ce diacre à la dignité du sacerdoce ; ainsi la porrection des vases se trouvant réunie a l'imposition des mains, elle détermine les paroles de la forme à signifier le double pouvoir du sacerdoce.

11 faudrait donc que les théologiens qui soutiennent que cette porrection n'est point de l'essence de l'ordination, fussent en état de prouver qu'avant le xie siècle, dans l'Eglise latine, les vases n'entraient en aucune manière dans la cérémonie ; que l'imposition des mains se faisait sans que l'ordinand fût près de l'autel chargé des vases pleins , comme il l'est chez les Grecs. 11 est évident que la présence et la proximité de ces vases suffit pour que l'on puisse dire avec vérité qu'ils sont présentés à l'ordinand, et que cette présentation fait partie de l'ordination.

Il ne servirait à rien de répliquer que les auteurs qui ont parlé de l'ordination des Grecs, qui nous ont donné leur rituel et leur eucologe, n'ont fait mention ni de la proximité ni de la présence des vases sacrés dans cette cérémonie; on sait que ces auteurs ont souvent manqué d'attention et d'exactitude dans les relations qu'ils ont données du cérémonial et de la croyance des Grecs et des autres sectes orientales, et que ce défaut a induit en erreur plusieurs théologiens. En effet , les Orientaux croient comme nous que l'eucharistie est un vrai sacrifice, que les prêtres seuls ont le pouvoir de l'offrir, que Jésus-Christ a donné à ses apôtres, qui sont les premiers prêtres, deux pouvoirs, l'un sur son corps naturel, l'autre sur son corps mystique, qu'il a exprimé l'un par ces paroles, Faites ceci en mémoire de moi ; l'autre, en leur disant, Recevez le Saint-Esprit, etc. Il serait donc étonnant qu'ils n'eussent pas senti la nécessité

Dictions «ë Tuéol. dogmatique. NI.

d'exprimer l'un et l'autre de ces pouvoirs dans l'ordination de la prêtrise. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans le Sacrameniaire de saint Grégoire, il est fait mention du pouvoir d'offrir le saint sacrifice dans les [trières de l'ordination des prêtres. Saint Grégoire, Liber Sacram., p. 238, et notes du P. Ménard, p. 291.

Ce n'est point à nous de décider si ces raisons du P. Merlin sont péremptoires; mais elles nous paraissent mériter toute l'attention des théologiens. Si elles avaient été mieux connues, ceux qui ont traité des ordinations anglicanes n'auraient pas avancé, comme ils ont fait, que la porrection de vases du saint sacrifice n'est pas en usage chez les Grecs pour l'ordination des prêtres.

Page 1