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s'ensuivait pas que Dieu le Père a souffert : ainsi Sabellius ne méritait pas le nom de pa- Iripassien. Mais est-il bien sûr que ses sec'atcurs se sont toujours exprimés comme lui, qu'aucun d'eux n'a parlé comme Noët et comme Praxéas, et que les Pères ont eu tort de donner aux sabelliens le nom de patripassiehs? Il n'y eut jamais une secte d'hérétiques dont tous les membres pensassent et parlassent de même. Beausobre a donc tort à tous égards do prétendre que les Pères en général nous ont mal représenté les erreurs des anciens hérétiques. Aujourd'hui les trois principales sectes protestantes ont si bien varié, défiguré, tourné et retourné leur doctrine, que nous ne savons plus ce que chacun croit ou ne croit pas.
Moshcim, Hist. christ. , sec. n, § G8, a suivi en très-grande partie les idées de Le Clerc et de Beausobre; mais ces tro:s critiques ne nous paraissent avoir réussi qu'à montrer leur prévention contre les Pères de l'Eglise en général, et contre Tertullien en particulier.
Soit que Praxôas ait envisagé le Père, le Fils et le Saint-Esprit comme trois aspects, trois noms ou trois opérations de la même Personne divine, et non comme trois êtres subsistants, soit qu'il ait dit que Jésus-Christ était Fils de Dieu par son humanité seulement, et que le Père s'était fait une seule et même Personne avec lui, il était toujours également hérétique; et quand Tertullien n'aurait pas parfaitement entendu des sectaires qui ne s'entendaient pas eux-mêmes, il n'y aurait pas encore lieu de s'en prendre à lui.
PltÉADAMITES, habitants de la terre, que quelques auteurs ont supposé avoir existé avant Adam. En 1G55, Isaac de la Perreyre lit imprimer en Hollande un livre dans lequel il prétendait prouver qu'il y a eu des hommes avant Adam, et ce paradoxe absurde trouva d'abord des sectateurs; mais la réfutation que Desmarais, professeur de théologie a. Croningue, lit de ce livre l'année suivante, étouffa cette rêverie dès sa naissance, quoique la Perreyre eût fait une réplique.
Celui-ci donne le nom (ïadamites aux Juifs qu'il suppose descendus d'Adam, et de préaaamiies aux gentils qui, selon lui, existaient déjà longtemps avant Adam. Convaincu que l'Ecriture sainte était contraire à son système, il eut recours aux histoires fabuleuses des Egyptiens et des Chaldéens, que les incrédules nous opposent encore aujourd'hui, et aux imaginations ridicules de quelques rabbins qui ont feint qu'il y avait eu un autre monde avant celui dont parle Moïse. Il fut pris en Flandre par des inquisiteurs qui Je condamnèrent; mais il appela de leur sentence à Borne, où il alla et où il fut reçu avec bonté par le pape Alexandre VII; il y lit imprimer une rétractation de son livre, et s'étant retiré à Notre-Dame des Vertus, il y mourut converti. — Les preuves et les raisonnements de cet auteur sont trop absurdes pour valoir la peine de les rapporter en détail; non-seulement il prétend que tous les
peuples différents des Hébreux ne sont pas descendus d'Adam, mais que le péché d'A ■ dam ne leur a pas été communiqué, que le déluge n'a pas été universel, qu'il ne s'étendit que sur les pays habités par la race d'Adam.
L'auteur de cet article de l'ancienne Encyclopédie a eu tort d'assurer que Clément d'Alexandrie, dans ses Hypotyposes, a enseigné le même système que la Perreyre, qu'il a cru la matière éternelle, la métempsycose et l'existence de plusieurs mondes avant celui d'Adam. A la vérité Photius reproche ces erreurs et plusieurs autres à Clément d'Alexandrie; mais il est évident que Photius était tombé sur un exemplaire d*s Hypotyposes altéré par les hérétiques. Butin le pensait ainsi, et Photius le soupçonnait lui-même, puisqu'il dit en parlant de ces erreurs, soit qu'elles viennent de Vauteur luimême ou de quelque autre qui a emprunté son nom. Il reconnaît que Clément d'Alexandrie enseigne le contraire dans les ouvrages que nous avons, et que le style en est différent; cod. 109, 110, 111. En effet, ce Père, dans son Exhôrt. aux Gentils, c. k et 5, enseigne clairement la création de la matière. 11 y a donc tout lieu de croire que le prétendu livre des Hypotyposes a été faussement supposé sous le nom de Clément u'A'exandrie; Tilletnont, Mém., t. II, p. 191 et suivantes.
PRÊCHEURS oi PRÉDICATEURS (Frères). \o\j. Dominicains.
PRÉDESTINATION. Ce terme signifie à la lettre une destination antérieure ; mais dans le langage théologique il exprime le dessein que Dieu a formé de toute éternité de conduire par sa grâce certains hommes au salut éternel.
Il y a d s Pères de l'Eglise qui ont pris quelquefois le terme de prédestination en général, tant pour la destination des élus à la grâce et à la gloire, que pour celle des réprouvés à la damnation ; mais cette expression a paru trop dure : aujourd'hui ce mot ne se prend plus qu'en bonne part pour l'élection à la grâce et à la gloire ; le décret contraire se nomme réprobation. Saint Augustin, dans son livre du Don de la persévérance, c. 7, n. 15, et ch. \k, n. 35, définit la prédestination, « la prescience et la préparation des bienfaits par lesquels sont certainement délivrés ceux que Dieu délivre; » et c. 17, n. 41 : «Dieu dispose ce qu'il fera luimême selon sa prescience infaillible : voilà ce que c'est que prédestiner, rien de plus. » Selon saint Thomas, i" part., q. 23, art. 1, la prédestination est la manière dont Dieu conduit la créature raisonnable à sa fin, qui est, la vie éternelle.
Comme Dieu ne conduit l'homme au salut éternel que par la grâce, les théologiens distinguent la prédestination à la grâced'avec la prédestination à la gloire; celle-ci, disent-ils, est une volonté absolue par laquelle Dieu fait choix de quelques-unes de ses créatures [tour les faire régner éternellement avec lui dans le ciel, et leur accorde eonséquemneut les grâces efficaces qui les conduiront infail-
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liblement h cette fin. La prédestination à la grâce est de la part de Dieu une vo'onté absolue et efficace d'accorder à telles de ses créatures le don de la foi, de la justification, et les autres grâces nécessaires pour arriver au salut, soit qu'il prévoie qu'elles y parviendront en effet, soit qu'il sache qu'elles n'y parviendront pas. Tous ceux qui sont prédestinés à la grâce ne sont pas pour cela prédestinés h la gloire, parce que plusieurs résistent à la grâce et ne persévèrent pas dans le bien. Au contraire, ceux qui sont
I prédestinés à la gloire le sont aussi à la grâce; )ieu leur accorde le don de la vocation à la loi, Je la justification et de la persévérance, commel'expliquesaintPaul,/îom.,c. vin,v.30.
Il est important sur cette matière do distinguer les vérités dont tous les théologiens catholiques c nviennent, d'avec les opinions sur lesquelles ils disputent; or tous tombent d'accord, 1° qu' 1 y a en Dieu un décret de prédestination, c'est-à-dire une volonté absolue et efficace de donner le royaume dos deux à tous ceux qui y parviennent en effet. Epist. synod. episcop. Afric, cap. 14. 2° Que Dieu, en les prédestinant à la gloire éternelle, leur a aussi destiné les moyens et les grâces par lesquelles il les y conduit infailliblement. Saint Fulgence, de Verit. Prœdestin., 1. m. 3' Que co décret est en Dieu de toute éternité, et qu'il l'a formé avant la création du inonde, comme le dit saint Paul, Ephes., c. i, v. 3, k et 5. 4° Que c'est un effet de sa bonté pure; qu'ainsi ce décret est parfaitement libre de lapait de Dieu, et exempt de toute nécessité. Ibid., v. Cet 11. 5° Que ce décret de prédestination est certain et infaillible, qu'il aura infailliblement son exécution, qu'aucun obstacle n'en empêchera l'effet; ainsi le déclare Jésus-Christ, Joan., c. x, v. 27, 28, 29. G" Que sans une révélation expresse, personne ne peut être assuré qu'il est du nombre des prédestinés ou dos élus ; on le prouve par saint Paul, Philipp., c. n, v. 12; / Cor., c. iv, v. 4; et le concile de Trente l'a ainsi décidé, sess. 6, c. 9, 12, 10, ci chï\. 15. 7* Que le nombre des prédestinés est [\\q et immuable, qu'il ne peut être augmenté ni diminué, puisque Dieu l'a fixé de toute éternité, et que sa prescience ne peut être trompée. Joan., c. x, v. 27 ; S. Aug., 1. de Corrept. et Gratta, cap. 13. 8" Que le décret de la prédestination n'impose, ni par lui-même ni par 1 s moyens dont Dieu se sert, pour l'exécuter, aucune nécessité aux élus de pratiquer le bien. Ils agissent toujours très-librement, et conservent toujours, dans le moment même qu'ils accomplissent la loi, le pouvoir de ne pas l'observer. Saint Prosper, Respons. ad G object. Gallor. 9° Que la prédestination à la grâce est absolument gratuite; qu'elle ne prend sa source que dans la miséricorde de Dieu; qu'elle est antérieure à la prévision de tout mérite naturel; c'est la doctrine de saint Paul, Rom., c. xvi, v. G. 10° Que la prédestination à la gloire n'est pas fondée sur la prévision des mérites humains, acquis par les seules forces du libre arbitre; car enfin, si Dieu trouvait dans
le mérite de nos propres œuvres le motif de notre élection à la gloire éternelle, il ne serait plus vrai dédire avec saint Pierre, qu'on ne peut être sauvé que par Jésus-Christ. 11° Que l'entrée dans le royaume des deux, qui est le terme de la prédestination, est tellement une grâce, Gratia Dei, vita œterna, Rom., c. vi, v. 23, qu'elle est en môme temps un salaire, une couronne de justice, une récompense des bonnes œuvres faites par le secours de la grâce, puisque saint Paul l'appelle merces, bravîum corona justitiœ, lITim.,c. iv,v. 8; Philipp., c. m, v. 14.
Tels sont les divers point de doctrine touchant la prédestination, qui sont ou formellement contenus dans l'Ecriture sainte, ou décidés par l'Eglise contre les pélagiens, les semi-pélagiens et les protestants ; pourvu qu'une opinion quelconque ne donne atteinte à aucune de ces vérités, il est permis à un théologien de l'embrasser et de la soutenir. Or, on dispute vivement dans les écoles catholiques, pour savoir si le décret de la prédestination à la gloire est antérieur ou postérieur à la prévision des mérites sur naturels de l'homme aidé par la grâce. Il est question de savoir si, selon notre manière de concevoir, Dieu veut en premier lieu, d'une volonté absolue et efficace, le salut de quelques-unes de ces créatures ; si c'est en conséquence de cette volonté ou de ce décret qu'il résout de leur accorder des grâces qui leur fassent infailliblement opérer de bonnes œuvres ; ou, au contraire, si Dieu résout d'abord d'accorder à ses créatures tous les secours de grâces nécessaires au salut; et si c'est seulement en conséquence de la prévision des mérites qui résulteront du bon usage de ces grâces, qu'il veut leur donner le bonheur éternel.
Suivant le premier de ces deux sentiments, le décret delà prédestination estabsolu, antécédent, gratuit à tous égards; suivant le second, ce décret est conditionnel et conséquent, mais toujours gratuit dans ce sens, qu'il ne suppose que des mérites acquis par des grâces gratuites. Par le s;mple exposé de la question, il est clair qu'elle n'est pas fort importante, puisqu'il ne s'agit que de la manière d'arranger les décrets de Dieu suivant nos faibles idées : c'est, dit Bossuet, une précision peu nécessaire à la piété. En effet, il est difficile de voir quel acte de vertu peut nous inspirer le zèle ardent pour la prédestination absolue.
Cependant il n'est point de question théulogi que sur laquelle on ait écrit davantage et avec plus de chaleur; d'un côté, les augustiniens, vrais oufaux, etlest'omistes, tiennent pour la prédestination absolue et antécédente; de l'autre, les molinisles ou congruistes sont pour la prédestination conditionnelle et conséquente. Nous exposerons les raisons des deux partis, sans en embrasser aucun. En premier lieu, disent les augustiniens, il est inutile de distinguer deux décrets delà part de Dieu, l'un de prédestination à la grâce, l'autre do prédestination à la gloire; il n y en a qu'un seul qui envisage la gloire
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comme la fin, et lés grâces comme les moyens d'y parvenir. En effet, tout agent sage se propose d'abord une fin, ensuite il v. it les moyens d'y parvenir, et il les prend. Or, la gloire est la fin que Dieu se propose d'abord, la distribution des grâces et les mérites qui s'ensuivront sont les moyens d'y parvenir; donc Dieu a voulu et a décerné la gloire éternelle d'une créature, avant d'envisager ses mérites. En second lieu, de l'aveu de tous les théologiens, la volonté générale de Dieu de donnera tous les hommes des grâces et des moyens de salut supposa en D'eu un décret général de les sauver tous; donc la volonté particulière de donner à quelques-uns des grâces de choix, des grâces efticaces, surtout la grâce de la persévérance finale, suppose aussi un décret particulier de Dieu de les sauver par préférence, et qui précède la prévision de l'effet que produiront ces mêmes grâces. En troisième lieu, la grâce delà persévérance finale est inséparable de la concession de la gloire étemelle, et cette grâce est purement gratuite; c'est le sentiment de saint Augustin et de toute l'Eglise, opposé à celui des semipéia^ieus; donc le déere do Dieu de donner la gloire éternelle est aussi gratuit et indépendant d ! tout mérite, q ;e le décret d'accorder le don di' la persévérance finale. En quatrième lieu, saint Augustin a envisagé la prédestination dans sa totalité, comme un seul et môme décret de Dieu purement gratuit; il assure que telle est la croyance de l'Eglise, et qu'on ne peut l'attaquer sans tomber dans l'erreur; îib. de Dono persev., c. 19, n. 48; e. 23, n. G5. Tous les Pères da i'Eglise postérieurs à saint. Augustin, et attachés à sa doctrine, ont pensé et parlé do même. En cinquième lieu, suivant cette môme doctrine, qui est celle de saint Paul, par un funeste effet du péché d'Adam, tout le genre humain est une masse de perdition et de damnation; Dieu en tire ceux qu'il juge à pmpos, et y laisse qui il lui plaît, sans que l'on puisse en donner d'autre raison que sa volonté; donc cette volonté ou ce décret n'a ni pour raison ni pour motif, la prévision des mérites de l'homme. En sixième lieu, saint Paul, Rom., c. vin, v. 30, arrange les décrets de Dieu de la môme manière que les partisans de la prédestination absolue. Ceux que Dieu a prédestinés, dit-il, il les a appelés , ceux quil a appelés, il les a justifiés ; et ceux quil a justifiés, il les a glorifiés. Voilà le décret de prédestination placé avant toutes choses; il ay donc de la témérité à vouloir le concevoir autrement. Enfin, malgré toutes les subtilités mises en usage par les molinisles, ils ne sont pas encore parvenus à pallier les inconvénients de leur opinion, ni à montrer clairement en quoi elle est différente de celle des semi-pélagiens touchant la prédestination. Saint Paul demande à tous les hommes : Quis te discernit? Or, dans le système des cong uistes, c'est l'homme qui, en consentant à la grâce, se discerne d'avec celui qui n'y obéit pas. Si nous connaissions quelques arguments plus
forts des augustîniens, nous 1 s rapporte ions avec la même fidélité.
Mais leurs adversaires ne les laissent pas sans réponse. Ils disent, pour détruire le premier, que la gloire éternelle doit être moins envisagée comme une fin que Dieu se propose , que comme une récompense qu'il veut accorder. Dieu, ajoutent-ils, a de toute éternité prédestiné les choses comme il les exécute dans le temps ; or, il donne la gloire éternelle k cause des mérites de l'homme, et il inflige la peine éternelle à cause des démérites; Matth.,c. xxiv,v. 35 et 41; donc il les a prédestinés de même. Peut-on dire qu'il a regardé la peine éternelle des réprouvés comme une fin qu'il se proposait ? La seule prédestination absolue et gratuite que l'on puisse admettre, est celle des enfants qui meurent immédiatement après leur baptême ou avant l'âge de raison ; Dieu n'a prévu en eux aucun mérite : aussi le ciel leur est accordé, non comme récompense, mais comme héritage d'adoption ; il n'y a aucune comparaison a faire entre leur prédestination et celle des a iultes.
A la seconde preuve des augustin'ens, ils répondent : Les grâces que Dieu accorde aux prédestinés ne sont censées grâces particulières, grâces de choix, grâces efficaces, que parce qu'elles sont données sous la direction de la prescience uivine ; or cette prescience ne suppose pas un décret, elle le précède. L'argument que l'on nous oppose, continuent les congruistes , n'est bon qu'en supposant la grâce efficace par elle-même, ou la grâce prédéterminante; or nous n'en reconnaissons point de cette espèce.
A la troisième, ils disen', 1° que, suivant saint Augustin, 1. de Dono persev., c. G, n. 10, l'homme peut mériter ce don par ses prières : Hoc ergo Dei donum suppliciter emereri potest. Epist. 486, ad Paulin., c. 3, n. 7. Le saint docteur enseigne que la foi mérite la grâce de faire le bien ; donc eLe mérite aussi la grâce d'y persévérer. Lorsque les semi-pélagiens l'ont soutenu a psi, saint Augustin ne les a repris qu'en ce qu'ils disaient que la foi vient de nous, 1. de Dono persev. ,c. 17, n. 43;c.21,n. 5G. 2° En avouant même que la grâce de la persévérance finale est purement gratuite, et que le bonheur éternel en est une suite nécessaire, c la n'empêche pas néanmoins que ce bonheur ne soit une récompense : il n'y a donc point de justesse à soutenir que le décret de donner 'a persévérance est 1 ■ même que le décret d'accorder la récompense éternel e, et que Dieu veut gratuitement accorder ce qu'il don: e par justice.
A la quatrième, les congruistes nient que saint Augustin dans ses livres de la Prédestination des saints et du Don de la persévérance, ait parlé de la prédestination à la gloire; entre les pélagiens ou les semi-pélagiens et saint Augustin , il n'a jamais été question que de la prédestination à la grâce, à la foi, à la justification. Ces théologiens prétendent le prouver, en comparant la lettre de saint Prosper à saint Augustin touchant
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les semi-pélagiens, h la réponse que le saint docteur y a l'aile dans les deux livres dont nous parlons. Voy. Semi-Pélagiens. Par les saints, disent-ils, saint Augustin a entendu, comme saint Paul, les fidèles, les hommes baptisés, et non les bienheureux. Cela est encore démontré parla comparaison que fait le saint docteur entre ce qu'il nomme la prédestination des saints, et la prédestination de l'humanité de Jésus-Christ à l'union hypostatique; or celle-ci n'a certainement pas é é une récompense, non plus que la vocation des juifs ou des gentils à la foi ; au lieu que le bonheur éternel en est une. Il en est de même quand on compare la prédestination des aduitesalagloire,avecceIle desenfants au baptême. Toutes ces comparaisons ne sont justes que quand il estqueslion de la prédestination des adultes à la grâce de la foi et de la justification ; donc c'est C3 que saint Augustin a entendu par prédestination des saints .- autrement il aurait déraisonné dans tout son ouvrage. 11 dit que la prédestination ne doit pas nous causer plus d'inquiétude que la prescience; que l'on peut taire contre l'une les mômes objections que contre l'autre ; 1. de Dono persev., c 15, n. 3S; c. 22, n. 57 et 6!. Cela ne serait pas vrai, si le décret de la prédestination à la gloire était antérieur à la prescience. Dans ses livres de la prédestinalion des saints et du Don de la persévérance, saint Augustin répète sans cesse, ou qu'il faut a Imettre la prédestination telle qu'il l'a prêche, ou qu'il faut soutenir que !a grâce est donnée aux mérites de l'homme : or, en admettant la prédestination à la gloire non gratuite, il ne s'ensuit pas pour cela que la grâce n'est pas donnée gratuitement. Donc la prédestination soutenue par saint Augustin ne regarde point la gloire, mais la grùce. Au sujet de la cinquième preuve, les congruistes se récrient sur l'équivoque de laquelle les augustiniens abusent. Le génie humain tout entier serait sans doute une masse de perdition et de damnation, s'il n'avait pas été racheté par Jésus-Christ ; mais c'est manquer de respect à ce divin Sauveur que de soutenir que, malgré la rédemption, le genre humain tout entier est encore dévoué aux flammes éternelles, et qu'il faut un décret absolu de prédestination pour tirer de celte masse de damnés un petit nombre d'hommes pour lesquels Dieu daigne avoir de la prédilection. Cela ne peut être afdrmé que contre les sociniens et les pél igiens, qui n'admettent qu'une rédemption métaphorique. Lorsqu'un homme a été baptisé, osera-t-on soutenir qu'd n'a pas été tiré de la masse de damnation , à moins qu'il ne soit prédestiné au bonheur éternel? Les calvinistes le disent, mais un catholique ne le pensera jamais. Basnage , Ilist. de l'Eglise, 1. xxvi, c. 5, § 19. Saint Paul a comparé la totalité du genre humain plongé dans l'infidélité, à une masse d'argile de laquelle le potier tire des vases, les uns pour servir d'ornement, les autres pour de vils usages ; il appelle vases d'ornements préparés pour la gloire, ceux que Dieu a appelés à la foi, soit
d'entre les juifs , soit d'entre les gei» ils, Rom., c. ix, v. 21 et 24. Or, ces appelés n'étaient pas tous prédestinés au bonheur éternel. On change donc le sens des termes de saint Paul, quand on appelle masse de perdition et de damnation tous ceux qui ne sont pas prédestinés à persévérer dans la grâce. Ce n'est point là le sens de saint Augustin non pins que celui de saint Paul ; Mail'ei, Hist. théol. dogmat. et opin. de divina Gratia, 1. xm, § 6, n. 2 et suiv., pag. 218.
Quant à la sixième preuve, qui est le passage de saint Paul, Rom., c. vm, v. 29, les congruistes soutiennent qu'il est pour eux et contre leurs adversaires. Ceux que Dieu a prévus, dit l'Apôtre, il les a aussi prédestinés à être conformes à l'image de son Fils... Or, ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu'il a appelés , il les a justifiés ; et ceux qu'il a justifiés, il les a glorifiés. » Saint Paul met la p:év.sioa avant toutee que Dieu a fait pour ceus. qu'il nomme les saints.
Mais si l'on y fait bien attention, il ne s'agit point ici de prédestination à la gloire ; s'il en était question, saint Paul n'aurait pas dit des prédestinés que Dieu les a glorifiés : il aurait dit, Dieu les glorifiera; et nous venons de voir que l'Apôtre nomme vases d'ornement préparés pour la gloire , tous ceux auquels Dieu accorde le don de la foi : ainsi ce [.assage ne prouve ni pour ni contre la prédestination gratuite au nonheur éternel. Cette question était absolument étrangère au dessein que saint Paul se proposait dans l'Epi! re aux Romains. Saint Augustin l'a trèsbien compris, puisqu'il dit, en citant ce passage ue l'Apôtre : Enarr. 2. in Ps. xvm, n. 3 : Gloria Dei qua suivi facti sumus , qua creati in bonis operibus sumus. In Ps. xxxix, n. k, Deus quando nos glorificat, facil nos honoratiorcs.Cti n'est donc point ici la gloire éternelle. L. u, contra duas Episl. Pelag.,c. 9, 22, il explique le passage de saint Paul de la prédestination à la foi, et non de la prédestination à la gloire. Voy. Vocation.
Ce n'est pas une grande difficulté pour les congruistes de montrer la différence entre leur système et celui des semi-pélagiens. Ceux-ci disaient que le commencement de la foi ne vient point de Dieu ni de sa grâce, mais de l'homme et de ses bonnes dispositions naturelles ; qu'ainsi Dieu prédestine à la foi tous ceux dont il -prévoit les bonnes dispositions. Dans cette hypothèse, la foi n'est plus un don gratuit,. une pure grâce, mais une récompense des bonnes dispositions de l'homme. A Dieu ne plaise, disent les congruistes, que nous pensions ainsi 1 nous croyons avec toute l'Eglise que le don de la foi est de la part de Dieu une pure grâce, un bienfait absolument gratuit, et nous ne reconnaissons dans l'homme aucun mérite proprement dit avant qu'il ait la foi. Entre les semi-pélagiens et l<s théologiens catholiques il était question de la prédestination à la foi; entre les augustiniens et nous il s'agit de la prédestination à la gloire; où est donc la ressemblance entre l'opinion des semi-pélagiens et la nôtre ?
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Los congruistcs n'en demeurent pas là ; ils nllèguent à leur tour, en faveur de leur sentiment, des preuves diverses qui sont autant d'objections contre celui des augustiniens. Ils disent : 1° Dans toute l'Ecriture sainte il n'est jamais ques ion de prédestination gratuite à la gloire éternelle ; nous délions n. s adversaires de citer un seul passage qui prouve directement leur opinion: ils ne l'appuient que sur des conséquences forcées qu'ils tirent du texte sacré ; jamais question n'a donné lieu à un plus grand abus de la parole de Dieu, surtout des Epitres de saint Paul. Voy. Romains. 2° Cette prétendue prédestination est un sentiment inouï parmi les Pères de l'Eglise des quatre premiers siècles ; tous ont conçu la prédestination à la gloire éternelle comme fondée sur la prévision des mérites de l'homme acquis par la grâce : aucun n'a conçu comment Dieu pouvait prédestiner autrement une récompense, un prix, un salaire. Nous pouvons citer à ce sujet saint Justin, saint Irénée, Clément d'Alexandrie, Origène, saint Jean Clirysostome, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Jérôme, seint Cyrille d'Alexandrie, Théodoret, etc. Saint Prosper est convenu du fait, Epist. ad Aug., n. 8, saint Augu.4;n ne l'a pas nié : il a seulement dit, 1. de Prœd. sanct., c. 14, n. 27, que ces Pères n'avaient pas eu besoin de traiter expressément cette qucsiion ; mais il a toujours fait prohssion de suivre leur doctrine, et 1. de Dono persev., cap 19 et 20, n. 48, 51, il ajoute que les anciens Pères ont suffisamment soutenu la prédestination gratuite, en enseignant que toute gr<:ce de Dieu est gratuite. 3° En eff t, l'on a vu les définitions q ie ce saint docteur a données de la prédestination, 1. de Dono persev., c. 7, n. 15. « C"est, dit-il, la prescience et la préparation des bienfaits par lesquels sont certainement délivrés ceux que Dieu délivre. » 11 le répète, c. 14, n. 35; c, 17, n. 41 ; de Pecc. merit., 1. n, n. 47; in Ps. lxviii, serm. 2, n. 13; de Spir. et LU t., n. 7; ad Simplician., 1. i, § 2, n 6; 1. de Prœdest. sanct., n. 19; De Civitate Dei, lib. xi, 19 et 23; in Joan., Tract. 48, n. 4, et Tract. 83, n. 1. Selon lui, la prescience marche toujours avant le décret de Dieu. 11 parle de môme de la réprobation, I. de Perfcct. Just.,e. 13, n. 31 ; Epist. 186, z. 7, n. 23. Or personne, excepté les calvinistes, ne s'est avisé d'admettre un décret de réprobation antérieure à la prescience des démérites des réprouvés. 4° llien de plus inutile, continuent les congruistes, qu'un décret absolu et particulier de prédestination, indépendant de la prescience. Dieu de toute éternité prévoyant le péché d'Adam, a résolu de racheter par Jésus-Christ, le monde, la nature humaine, le genre humain, par conséquent tous les hommes sans exception. En quoi consiste ce rachat, sinon dans la possibilité dans laquelle tous les hommes sont rétablis par Jésus-Christ, de récupérer le bonheur éternel et d'éviter la damnation ? Voilà donc une prédestination générale de tout le genre humain au bonheur éternel , en vertu de laquelle Dieu veut donner à tous, par Jé-
sus-Christ, des moyens de salut plus ou moins prochains, puissants et abondants pour y parvenir, mais d'en accorder à qui Iques-uns plus et de plus puissants qu'aux autres ; cette volonté est évidemment une; prédestination pa ticulière et très-gratuite en faveur de ceux-ci, etc'est celleque saint Paul a soutenue dans son épître aux Romains. En môme temps que Dieu a résolu de donner des moyens à tous, il a prévu l'usage qu'en ferait chaque particulier : il a donc résolu en mô.sie temps d'accorder en effet le bonheur éternel à ceux qui correspondraient à ses grâces, et de punir par un supplice éternel ceux qui en abuseraient. Qu'avons-nous besoin d'un autre décret antérieur? Le plan de prédestination ainsi conçu s'accorde exactement avec les dix ou douze vérités que nous avons établies au commencement de cet article ; on ne peut y faire voir aucune opposition. Dans ce môme plan, la puissance, la bonté, la sagesse, la miséricorde de Dieu, éclatent également. Dieu pouvait damner le monde entier, il a voulu le sauver; le pouvoir et l'espérance qui! lui donne de récupérer lo sahit par Jésus-Christ est une pure grâce; \\ laisse à l'homme toute la faiblesse qu'il a contractée par le péché, mais il veut y remédier par ses grâces, et chacune de ces grâces est un bienfait purement gratuit, mérité par Jésus-Christ et non par l'homme. Ici point de grâce prétendue naturelle, point de grâce pélagienne, point de mérite humain ; le salut n'est plus une affaire de justice rigoureuse, mais de miséricorde infinie. Nous demandons si le système de la prédestination absolue est plus sublime, plus digne de Dieu, plus consolant, plus propre à nous porter à la vertu que celui-ci. 5° Le premier est sujet à des difficultés insurmontables; ses partisans ont beau dire que par son décret Dieu tire les prédestinés de la masse de perdition, mais qu'il y laisse les réprouvés; que le décret de prédestination est positii, mais que le décret de réprobation n'est que négatif; un mot ne suffit pas pour trancher la difficulté. Nous avons vu que saint Augustin a parlé de l'un de ces deux décrets comme de 'autre ; en effet, on ne conçoit pas comment 'un est plus positif que l'autre, comment 'un est antérieur à la prescience, et l'autre postérieur ; ces distinctions subtiles n'ont été forgées que pour pallier l'embarras dans lequel on se trouvait. A entendre raisonner les augustiniens, il semble que Dieu soit aveugle à l'égard des réprouvés , ou qu'il ferme les yeux pour ne pas les voir et nepas penser à eux. Mais ces malheureux sontils mieux traités par un décret négatif que par un décret positif? Dans le tableau du jugement dernier, Jésus-Christ fait prononcer par son Père contre les réprouvés une sentence aussi positive que celle qu'il rend en faveur des prédestinés; il faut ilonc que l'une et l'autre aient été résolues de toute éternité par un décret également positif. Dans ce système on ne conçoit plus en quel sens Dieu veut sauver tous les hommes et icur donner des grâces à tous, ni eu quel
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sens Jésus-Christ est mort pour tous. 6° Pour trouver dans saint Augustin le système d'une prédestination indépendante do la prescience, il faut absolument entendre ce qu'il a dit dans le môme sens que l'entendent les calvinistes ; entre ceux-ci et les augustiniens il n'y a de différence que dans les conséquences qu'ils tirent des expressions du saint docteur. Ces derniers font aux congruistes les mômes reproches que font les premiers contre le concile de Trente et contre les théologiens catholiques en général ; on peut voir dans Basnage qu'ils ne veulent admettre aucun milieu entre le prédestinatianisme rigide de Calvin et le semi-pélagianisme ; il est fâcheux que les augustiniens semblent autoriser cette erreur en accusant toujours leurs adversaires d'être semi-pélagiens. Basnage, Hist. de l'Eglise, 1. xi, c. 9, § 1. Nous savons très-bien, continuent les congruistes, que saint Augustin, 1. de Corrept. et Grat., c. 7, n. IV, a dit que Judas a été prédestiné ou élu pour verser le sang de Jésus-Christ, tout comme les autres apôtres l'ont été pour obtenir son royaume : lllos debemus intelligerc electos per misericordiam, illum per judicium ; illos ad oblinendum regnum suum, illum ad fundendum sanguincm suum. .Mais faut-il prendre pour la profession de foi de ce saint docteur une phrase échappée dans la dispuic, et qu'il a contredite dans ses autres ouvrages ? 7° Enfin le système de la prédestination alisoiue ne peut aboutir qu'à augmenter l'objection des incrédules touchant la permission du mal inoral ou du péché d'Adam, duquel Dieu prévoyait les suites horribles, et qu'il a cependant laissé commettre pendant qu'il pouvait l'empêcher sans nuire à la liberté de l'homme. C'est une des objections sur lesquelles Bayle a le plus insisté dans ce qu'il a écrit à ce sujet, et les déistes ne cessent de la renouveler pour attaquer la révélation. On ne vo't pas où est la nécessité de leur fournir une arme de plus.
Telles sont les principales objections des congruistes contre le système de la prédestination absolue et antécédente à la prescience de Dieu ; nous les exposons avec impartialité, sans les adopter pour cela, et sans prendre parti pour ni contre, parce qu'il n'y a aucune nécessité. Cette question fut vivement débattue au concile de Trente entre les franciscains et les dominicains ; mais le concile s'est abstenu très-sagement de p,ononcer sur cette contestation ; il s'est borné à condamner les excès dans lesquels étaient tombés ies protestants sur cet article.
Luther et Calvin avaient poussé l'entêtement pour la prédestination absolue jusqu'au blasphème. Suivant leur doctrine, Dieu, ue toute éternité , par un décret immuable , a partagé le genre humain en deux parts, l'une d'heureux favoris auxquels il veut absolument donner le bonheur éternel , auxquels il accorde des grâces efficaces par lesquelles ils font nécessairement le bien; l'autre d'objetsde sa colère qu'il adestinés au feu éternel, et dont il dirige tellement les actions , qu'ils
fout nécessairement le mal, s'y endurcissent et meurent dans cet état. Celte doctrine horrible fut soutenue par Bèze et par d'aidres réformateurs. Mélanchthon, plus modéré, en eut horreur et tâclia de l'adoucir. Parmi les sectateurs de Calvin, quelques-uns persévérèrent à soutenir comme lui qu'antérieurement même à la prévision du péché d'Adam, Dieu a prédestiné la plupart des hommes à la damnation. Ils furent nommés supralapsaires ; d'autres enseignèrent que Dieu n'a fait ce décret de réprobation que conséquemment à la prévision du péché de notre premier Père : on leur donna le nom d'mfralapsaires. Us ne disaient pas, comme les précédents, que Dieu avait tellement résolu la chute du premier homme, qu'Adam ne pouvait pas éviter de pécher ; mais ils prétendaient que depuis cette chute ceux qui pèchent n'ont pas le pouvoir de s'en abstenir.
Quoique toute cetle doctrine fasse horreur, ele a été dominante chez les calvinistes presque jusqu'à nos jours. Ils ont persisté à soutenir que c'est la pure doctrine de l'Ecriture sainte , et que saint Augustin l'a défendue de toutes ses forces contre les pélagiens. Sur la On du dernier siècle, Bayle assurait qu'aucun ministre n'osait enseigner le contraire ; que si quelques-uns avaient paru s'en écarter, ce n'était qu'en apparence, qu'ils avaient changé quelques expressions des prédestinatiens rigides, afin de ne pas clfaroLiclier les esprits ; mais que le fond du système était toujours le même. Rép. aux quest. d'un Prov. , n€ part. , c. 170 , et 183.
En 1601, Jacob Van Marmine, connu sous le nom dArminius , professeur en Hol.ande, atiaqua ouvertement la prédestination absolue; il soutint que Dieu veut sincèrement sauver tous les hommes , et qu'il donne à tous sans exception des moyens suffisants de salut, qu'il ne réprouve que ceux qui ont abusé de ces moyens et qui ont résisté. Arminius eut bientôt un grand nombre de sectateurs. Mais Gomar, autre professeur, soutint opiniâtrement la doctrine rigide des premiers réformateurs , et conserva un parti puissant. Ainsi le calvinisme se trouva divisé en deux factions , l'une des arminiens ou remontrants, l'autre des gomaristes ou contre-remontrants. C'est pour terminer cette dispute que les états généraux de Hollande convoquèrent, en 1618, un synode national à Dordrecth; les gomaristes y furent les plus forts; ils condamnèrent les arminiens, et il fut défendu d'enseigner leur doctrine. Mais cette décision, loin de calmer les esprits, ne servit qu'à les diviser davantage; elle ne trouva aucun partisan en Angleterre ; elle fût rejetée dans plusieurs contrées de la Hollande et de l'Allemagne ; elle n'a pas même été respectée à Genève. Mosheim nous assure que depuis ce moment la doctrine de la prédestination absolue déclina d'un jour à l'autre, qu'insensiblement les arminiens ont repris le dessus. Hist. ecclés. , xvir siècle, sect. 2, n* part., c. 2, n. 12. En effet, la plupari des théologiens calvinistes , loin d'être
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augustimens , sont devenus pélagiens , et •plusieurs tombe t dans le socinianisme. Voij. Arminiens, Gomaristes, Dordrecth, Ixkra-
LAPSAIRES , SuPRALAPSAIRES , UnIVKRSALIS-
tes, etc.
il est étonnant que des hommes, qui prétendent toujours avoir l'Ecriture sainte pour seule règle de leur croyance, y aient vu successivement des dogmes si opposés ; cela nous paraît démontrer la fausseté du fait et l'abus continuel que les protestants font de la pa oie de Dieu. 11 n'est pas moins étrange qu'un bon nombre de théologiens, qui se disent catholiques , veuillent faire de la prédestination absolue et gratuite un dogme sacré, un point essentiel de la doctrine de saint Aug istin, approuvée par l'Eglise; qu'ils osent traiter de pélagiens et d'héréti -ues leurs adversaires, et qu'ils se donnent le litre orgueilleux de défenseurs de la grâce ; défenseurs perfides qui livrent aux déistes les vérités les plus saintes de notre religion, et qui persévèrent dans leur fanatisme, pendant que les calvinistes rougissent aujourd'hui de la frénésie des premiers réformateurs. Nous savons très-bien qu'il y a des partisans de la prédestination gratuite qui sont beaucoup plus modérés , et qui rejettent toutes les conséquences erronées que l'on voudrait tirer de leur opinion : nous n'avons garde de les confondre avec les faux augustiniens , mais ils devraient démontrer cpie c'est à tort qu'on leur impute ces conséquences.
PRÉDESTINATIENS. L'on désigne quelquefois par ce nom tous ceux qui soutiennent la prédestination absolue et indépendante de la prescience de Dieu; mais il faut nécessairement en distinguer deux espèces , savoir, les prédestinatiens mitigés et catholiques, et les prédestinatiens rigides ou hérét ques. Les premiers tiennent la doctrine de la prédestinât on absolue , sans attaquer et sans nier aucune des vérités théologiques que nous avons posées sur ce sujet dans notre article précédent; ils enseignent que Dieu veut sincèrement sauver tous les hommes, et que Jésus-Christ est mort pour tous, conséquemment que Dieu donne à tous , môme aux réprouvés , des grâces su. lisantes pour parvenir au salut ; qu'en prédestinant
s uns au bonheur éternel , et en leur donnant des grâces efficaces pour faire le bien , il ne leur ôte pas le pouvoir ni la liberté de résister à ces grâces ; qu'en réprouvant les autres négativement, il ne les détermine pas pour cela aux péchés qu'ils commettent; qu'au contraire il leur donne les grAces nécessaires pour s'en préserver , grâces auxquelles ils résistent. Les prédestinatiens rigides soutiennent , au contraire , que Dieu ne veut sincèrement sauver que les prédestinés, et que Jésus-Christ n'est moit que pour eux ; que les grâces efficaces qui leur sont accordées les mettent dans la nécessité de faire le bien et d'y persévérer, puisque jamais l'homme ne résiste à la grâce intérieure ; que néanmoins ils sont libres, parce que pour l'ôlre il suffit d'agir volon-
tairement et sans contrainte ; çonséquernment , ils pensent que les réprouvés sont dans l'impuissance de faire le bien , parce qu'ils sont ou déterminés positivement au mai par la volonté de Dieu, ou privés des grâces nécessaires pour s'en abstenir; qu'ils sont néanmoins punissables, parce qu'ils ne sont ni contraints ni forcés au mal, mais entraînés invinciblement par leur propre concupiscence.
Tels sont les sentiments absurdes et impies que des esprits opiniâtres ont osé, dans tous les temps , attribuer à saint Augus in. Au ve siècle , ceux que l'on nomma prédestinatiens ; au ix% Gotescalc et ses partisans ; au xiie, les albigeois et d'autres sectaires; au xive et au xve , les wicléfites et les hussites ; au xvi% Luther, Calvin et ses sectateurs ; au xvne, Jansénius et ses défenseurs, ont embrassé pour le fond le même système. Tous n'ont pas p ofessé clairement et distinctement toutes les erreurs qui en sont les conséquences; les premiers ne les ont peut-être pas aperçues ; les derniers, aguerris par douze siècles de disputes , ont fait tous leurs efforts pour les pallier ; mais ils ont beau faire , tous ces dogmes erronés se tiennent et forment une chaîne indissoluble ; dès que l'on en soutient un seul, il faut les admettre tous ou se contredire à chaque instant. Ce sont donc les écrits de saint Augustin contre les pélagiens qui ont donné
I eu à ces contestations toujours renaissantes. Cela nous paraît prouver que ces écrits ne sont pas fort clairs; il faut avoir beaucoup d'orgueil pour se liai ter de les mieux entendre que l'Eglise universelle.
Ceux qui ont traité de l'hérésie des prédestinatiens du ve siècle disent qu'elle à commencé dès le temps de saint Augustin dans le monastère d'Adrumet en Afrique , dont les moines prirent de travers plusieurs expressions de ce saint docteur. Peu de temps après, la même chose arriva dans les Gaules, où un prêtre nommé Lucidus enseigna, 1° qu'avec la grâce l'homme n'a rien à faire; 2° que depuis le péché d'Adam , le libre arbitre de la volonté est entièrement éteint ; 3° que Jésus-Christ n'est pas mort pour tous les hommes; k° que Dieu en force quelquesuns à la mort ; 5° que quiconque pècho après avoir reçu le baptême meurt en Adam ; 6° que les uns sont destinés à la mort , les autres pré estinés à la vie. Le cardinal Noris, qui rapporte ces propositions, Hist. Pelag. , c. 15, p. 182 et 183, dit qu'elles ont besoin d'explication, et il tâche de leur donner un sens orthodoxe ; mais il nous paraît y avoir assez mal réussi , et que son commentaire même a grand besoin de correctif.
II n'est donc pas étonnant que Fauste, évoque de Riez en Provence , ait condamné ces propositions du prêtre Lucidus; que cette seiitence ait été confirmée par deux conciles, 1*1111 d'Ailes , l'autre de Lyon; et qu'en fin de cause , Lucidus ait été obligé de se rétracter.
Ces faits ont été prouvés par le P. Sirmond. dans l'histoire qu'il a donné* du pré'
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destinatianisme ; par Maffei, Hist. theol. dog- sait ses écrits, et pour lui parler d'un prématum et opin. de divina Gratia, etc., I. xvi, tendu concile tenu dans sa ville d'Arles, auc. 7, et par d'autres théologiens. Ils ont cité quel il avait dû présider, si ce concile était en preuve un livre intitulé Prœdestinatus, imaginaire; 2° qu'il est impossible qu'en qui porte le nom de Primasius , disciple de 475, trente évoques assemblés aient osé resaint Augustin; Gcnnade , prêtre de Mar- nouveler contre la doctrine de saint Augusseille , la Chronique de saint Prosper, et Ar- tin des reproches auxquels ils ne pouvaient nobe le Jeune, tous auteurs contemporains, ignorer que saint Prosper avait répondu, rjui affirment ou qui supposent l'existence surtout après la lettre que le pape saint Cèle l'hérésie des prédestinatiens. lestin avait écrite aux évoques des Gaules
Mais Jansénius et les faux augustiniens, pour imposer silence aux détracteurs de la qui enseignent encore les mêmes erreurs doctrine de saint Augustin ; et qu'il ne se que ces hérétiques, ont prétendu que toute soit pas trouvé pour lors un seul évêque celte histoire est une fable ; que Primasius , gaulois pour en prendre la défense. 3° C'est Gcnnade, Arnobe le Jeune et Faust de Riez une imposture de prétendre que la doctrine sont tous pélagiens ou du moins semi-péla- de Lucidus et des prédestinatiens était la giens; qu'ils ont osé nommer prédestinatiens môme que celle de saint Augustin ; elle n'y les vrais disciples de saint Augustin, et trai- ressemblait pas plus que celle de Calvin, de 1er d'hérésie la véritable doctrine de ce Jansénius et de leurs adhérents. 4d Saint Fui- Père ; que les prétendus conciles d'Arles et gence a écrit contre les ouvrages de Fauste de Lyon n'ont jamais existé ; que c'est une de Riez, mais on ne voit pas qu'il lui ait retramè tissue par Fauste de Riez , pour per- proche aucune imposture. 5° 11 y a un aveusuader que la doctrine de saint Augustin a glement inconcevable à ne vouloir reconété flétrie. Ils s'inscrivent de même en faux naître aucun milieu entre le prédestinatiacontre l'accusation d'hérésie intentée à Go- nisme rigide et le semi-pélagianisme; nous tescalc dans le ixc siècle; ils soutiennent avons fait voir le contraire en distinguant que c'est Hincmar de Reims, et Raban-Maur, les prédestinatiens catholiques d'avec les héévoque de Mayence , qui étaient eux-mêmes rétiques. Ces derniers auraient dû être nomhérétiques, et qui ont professé le semi-péla- mes réprobatiens, aussi bien que ceux d'augianisme en condanmant Gotescalc. Voyez ce jourd'hui, puisque , de leur pleine autorité , mot. ils [éprouvaient et damnaient le genre hu-
Cette apologie du prédestinatianisme, faite main tout entier, à la réserve peut-être d'un
d'abord par Jansénius, a été renouvelée par homme sur mille. Petau, de Jnrarn., I. xm,
le président Mauguin, dans une dissertation c. 7; Ilist. de VEgl. gall. , t. I, 1. m, an. 431
par laquelle il s'est proposé de réfuter en et 434 ; t. II, 1. iv, an. 475. détail l'histoire du P. Sirmond. Mais le P. ¥ nnirnircTivcc v û - Deschamps, en écrivant contre Jansénius, a PREDESTINES. Voy. Elus.
fait voir que ce novateur a emprunté d'un PRÉDÉTERMINATION. Dans le langage calviniste célèbre tout ce qu'il a dit pour des théologiens scolasliques, ce terme sign justifier les prédestinatiens ; de Hœresi Jan- lie une opération de Dieu qui fait agir les scn., disp. 7, c. G et 7. Comme il parait que hommes, qui les détermine ouïes fait se dé- Mauguin a puisé dans la même source , son terminer dans toutes les actions bonnes on livre s'est trouvé réfuté d'avance. Il est fà- mauvaises. On l'appelle autrement prémetiov cheux que le cardinal Noris ait ignoré ou physique ou décret de Dieu prédéterminait!. dissimulé ce fait, lorsqu'il a dit que les er- Tous les catholiques conviennent que pour reurs rétractées par le prêtre Lucidus , et faire une bonne œuvre, une action méritoire attribuées aux prédestinatiens par Gennade et utile au salut, l'homme a besoin du sede Marseille , sont les mêmes reproches que cours de la grâce; or, la grâce est une lul'on faisait contre la doctrine de saint Au- mière surnaturelle donnée h l'entendement, gustin, et auxquels saint Prosper a répondu; et une motion que Dieu imprime à la volonté Ilist. Pelag., c. 15, p. 182, 183; Rasnage , pour la rendre capable d'agir; rien n'émpê- Histoire de l'Eglise, 1. xii , c. 2, pense de che donc d'appeler la grâce une prémotion même; il avoue que le concile d'Arles, et ce- ou une prédéterminât ion, puisqu'elle nous lui de Lyon, l'an 475, ont condamné cette prévient et influe sur nos actions. Doit-ellu doctrine , parce que , suivant lui , ces deux être nommée prémotion physique ou seuleconciles étaient composés de semi-pélagiens. ment prédétermination morale? Au mol Comme ces évêques étaient les personnages Grâce, § 5, nous avons fait voir que ni l'une les plus respectables qu'il y eût alors dans ni l'autre de ces expressions n'est parfaitele clergé des Gaules, s'ils avaient été tous ment juste, parce que l'influence delà grâce imbus du semi-pélagianisme , il serait fort ne ressemble à celle d'aucune causs natusingulier que leurs successeurs eussent con- relie
damné unanimement cette erreur dans le On dispute dans les écoles pour savoir si
deuxième concile d'Orange, l'an 529. une prédétermination physique est nécessaire
Laissons donc de côté toutes ces imagi- à l'homme pour produire ses actions natu-
nations dont les unes détruisent les autres ; relies. La plupart des philosophes et des
tout homme sensé comprend , 1° qu'il est théologiens prétendent qu'il n'en est pas be-
impossible que Fauste de Riez ait été assez soin. Il est, disent-ils, de la nature d'une
insensé pour vouloir en imposer à Léonce faculté active et d'une cause libre de produire
d'Arles, son métropolitain, auquel il adres- ses actes par elle-même, sans l'intervention Dictions de Théol. dogmatique. III. 50
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d'aucune cause extérieure; on ne conçoit pas en quel sens elle se détermine elle-même, si elle est déterminée par un agent plus puissant qu'elle. D'ailleurs, si cette détermination est cause physique, il y a une connexion nécessaire entre cette cause et l'action qui s'ensuit, par conséquent l'action de la volonté n'est plus libre dans aucun sens; on ne conçoit pas môme que ce soit pour lors une action humaine : puisqu'elle vient de Dieu comme cause, l'homme n'est plus que l'instrument.
D'autre part, les thomistes soutiennent que la prédétermination physique est nécessaire pour rendre l'homme capable d'agir; telle est, disent-ils, la subordination ou la dépendance nécessaire de la cause seconde à l'égard de la cause première. Puisque Dieu a sur ses créatures non-seulement un domaine moral, mais un domaine physique, il doit avoir sur toutes leurs actions non-seulement une influence morale, mais une influence physique. Cette action de Dieu, loin d'être un obstacle à la liberté humaine, est au contraire un complément nécessaire de cette liberté, sans lequel l'homme ne pourrait pas agir. Dieu sans doute est assez puissant pour proportionner son action à la nature de l'homme; puisqu'il a fait l'homme libre, il le fait agir librement. Quand on leur demande en quel sens Dieu prédétermine la volonté humaine au péché, ils disent que cette action de Dieu se borne à ce qu'il y a de physique dans l'action de l'homme, et qu'elle ne touche point à ce qu'il y a de moral, ou, en termes de l'école, que Dieu influe sur le matériel du péché, et non sur le formel, c'est-à-dire sur ce qui constitue le péché. Comme il parait que les thomistes n'attachent point à la plupart des termes dont ils se servent le même sens que les autres théologiens, et qu'ils se croient en droit de rejeter toute comparaison que l'on peut faire entre la cause première et toute autre cause, il est probable que la dispute touchant la prédétermination physique ne finira pas sitôt.
PRÉDICATEUR, PRÉDICATION. Nous appelons prédication l'action d'annoncer la parole de Dieu en public, faite par un homme revêtu d'une mission légitime. Dans les premiers siècles de l'Eglise, les évoques seuls étaient chargés de cette fonction; à l'exemple de Jésus-Christ et de saint Paul, Joan., c. iv, v. 2 ; / Cor., c. i, v. 17, ils la regardaient comme la plus importante de leur ministère. Les premiers exemples que nous connaissions de prêtres chargés de prêcher, sont ceux d'Origène et de saint Jean Chrysostome dans l'Eglise d'Orient, de saint Félix de Noie et de saint Augustin en Occident : il n'est pas étonnant que l'on se soit écarté de l'usage ordinaire en faveur d'hommes aussi recommandâmes par leurs talents. Par les différentes révolutions qui sont arrivées dans l'Occident, les évoques se sont trouvés obligés de se décharger de cette fonction sur les prêtres. La mémo raison a fait accorder aux religieux le pouvoir de prêcher dans
toutes les églises où ils sonc appelés; autrefois il n'y avait que les pasteurs qui instruisissent le troupeau qui leur était confié. Dans l'Eglise romaine, il faut être au moins diacre pour avoir le pouvoir de prêcher. On appelle proprement prédications les discours que l'on fait aux infidèles pour leur annoncer l'Evangde; et sermons, ceux que l'on adresse aux fidèles pour nourrir leur piété et les exciser à la vertu.
Plusieurs auteurs ont écrit des traités sur l'éloquence de la chaire, plusieurs ont censuré avec assez d'amertume les défauts dans lesquels tombent trop souvent les prédicateurs; nous n'avons dessein de nous ériger ici ni en censeurs ni en apologistes, mais d'envisager les choses à charge et à décharge. Il nous paraît d'abord que le goût dépravé des auditeurs est la cause principale des fautes dans lesquelles tombent ceux qui annoncent la parole de Dieu ; ils y sont entraînés par le ton de leur siècle et par les applaudissements que l'on a la faiblesse de leur donner, lors môme qu'ils prêchent d'une manière évidemment vicieuse ; nous en sommes convaincus par des exemples récents.
De nos jours quelques philosophes se sont avisés de reprocher aux orateurs chrétiens qu'ils n'enseignaient pas une morale naturelle. Il n'en a pas fallu davantage pour séduire de jeunes orateurs; ils ont cessé de citer l'Evangile, ils ont laissé de côté la morale de Jésus-Christ, pour prêcher une morale prétendue philosophique; ils ont fait des harangues académiques au lieu de sermons, et les éloges qu'un certain public antichrétien leur a prodigués, ont achevé de pervertir leur goût; et l'exemple d'un seul suffit pour en gAter mille.
« C'est une chose déplorable, dit un écrivain très-sensé, que certains orateurs chrétiens, renonçant en quelque sorte aux principes de leur religion, semblent perdre de vue l'Evangile , et ne rougissent pas de lui substituer en chaire une morale purement païenne. Ce sont de nouveaux Sénèques, et non des disciples de saint Paul ou des ministres de Jésus-Christ. La philosophie est trop faible pour mettre un frein aux passions, pour donner au cœur de l'homme une consolation solide, pour montrer la vraie source des désordres et y appliquer des remèdes efficaces. Ce privilège est celui de la foi, il n'y a qu'elle qui puisse nous éclairer et nous fortifier, elle seule fournit ces grands motifs qui font préférer à toutes choses la pratique de la vertu. LesPères étudiaient et prêchaient l'Evangile; jamais ils n'ont cité les philosophes ; aussi leurs discours avaient-ils l'autorité et la force de la parole de Dieu : ils opéraient des conversions et faisaient germer la piété dans les âmes. »
Jésus-Christ, disait saint Paul, m'a envoyé prêcher, non sur le ton de l'éloquence profane, de peur d'anéantir la force de la croix
de Jésus-Christ Je suis venu vous
annoncer la loi de Jésus-Christ, non avec le talent des orateurs et des sages, mais ne sachant rien que Jésus crucifié... Ma prédi-
irsi
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cation et mes discours n'ont point été dans ie style persuasif de l'éloquence humaine, mais" accompagnés des signes de l'esprit et de la puissance de Dieu, afin que votre foi ne fût pas fondée Mir la sagesse des hommes, mais sur l'autorité divine, / Cor., ?.. i, v. 17 ; c. n, v. 1. Un des principaux arguments que nos anciens apologistes ont opposés aux païens, a été l'inutilité des leçons de leurs jhilosophes ; ces hommes si renommés pour eur éloquence n'avaient pas corrigé les nations d'un seul vice : la morale de Jésus- Christ, annoncée par des pécheurs et par des ignorants , convertissait les peuples, changeait les mœurs, faisait cesser les désordres les plus anciens. Entreprendra-t-on aujourd'hui d'arracher à notre religion ce caractère de divinité, ou de rétablir le paganisme, en nous donnant pour règle la morale de ses défenseurs? — D'autres ont reproché aux prédicateurs une basse adulation à l'égard de ceux qui gouvernent, un silence perfide sur leurs vices et sur les malheurs dont ils sont la cause. A l'instant nos jeunes orateurs se sont jetés sur les matières d'administration et de politique, se sont crus capables de régenter les rois et leurs ministres, n'ont plus envisagé dans les saints que leurs talents pour le gouvernement, ont parlé comme s'ils étaient appelés pour présider aux conseils des nations. Jésus-Christ ni les apôtres n'ont pas eu cette ambition : ils ont prêché la vertu et non la politique, les devoirs du commun des hommes et non les règles de la conduite des césars, la félicité de l'autre vie et non la prospérité des affaires de ce monde.
La fonction respectable de prédicateur demande non-seulement un talent naturel pour la parole, mais une connaissance très-étendue de la morale chrétienne, par conséquent une étude assidue de l'Ecriture sainte et des ouvrages des Pères de l'Eglise, une connaissance suffisante des mœurs de la société , des passions et des vices du cœur humain, des moyens qui soutiennent la vertu et la piété, des dangers et des tentations auxquelles elles succombent. Les pasteurs et les missionnaires, qui ont joint à de longues études l'expérience que l'on acquiert dans le tribunal de la pénitence et dans la conduite des âmes, sont infiniment plus capables d'instruire et de toucher les auditeurs, que de jeunes orateurs qui ne sont munis d'aucun de ces secours. Mais comme cette fonction est en elle-même très-dificile, il est nécessaire de s'y exercer de bonne heure ; on ne doit donc pas blâmer les premiers essais de ceux qui entrent dans cette carrière, lorsqu'ils donnent lieu d'espérer qu'ils se perfectionneront dans la suite.
Ceux qui ont dit que les sermons ne devraient être que des leçons de morale, ont eu tort. L'Evangile n'a pas été seulement destiné à nous prescrire ce que nous devons faire, mais aussi à nous enseigner ce que nous devons croire ; et les Pères de l'Eglise, non plus que ies apôtres, n'ont jamais séparé le dogme d'avec la morale. Il n'est aucun des
articles de notre croyance duquel il ne s'ensuive des conséquences morales; et toutes les fois qu'il est arrivé des erreurs sur lo dogme, la morale n'a jamais manqué de s'en ressentir. L'ignorance des vérités de la foi est beaucoup plus commune que l'on no pense, même parmi ceux qui se croient fort instruits, puisque les philosophes incrédules, qui ont attaqué de nos jours le christianisme, ont méconnu et défiguré la doctrine qu'il enseigne. Qu'ils l'aient fait par ignorance ou par malice, il ne s'ensuit pas moins qu'il faut enseigner en public aussi bien qu'en particulier, aux adultes non moins qu'aux enfants, les vérités chrétiennes telles qu'elles sont. — On peut assurer en général qu'un sermon qui a pour base l'Ecriture sainte, qui en est une explication suivie comme les homélies des Pères, qui expose clairement ie dogme et en fftit sentir les conséquences morales, sera toujours solide, édifiant, utile, approuvé par tous ceux qui n'ont pas le goût dépravé, quand même le prédicateur n'aurait pas d'ailleurs les talents d'un orateur profane, pourvu qu'il ait l'esprit et les vertus de son état, et qu'il soit pénétré lui-même des vérités qu'il enseigne aux autres. On demandait au bienheureux Jean d'Avila, l'apôtre de l'Andalousie, des règles sur l'art de prêcher. Je ne connais, répondit-il, d'autre art que l'amour de Dieu et le zèle pour sa gloire.
Barbeyrac ennemi déclaré des Pères de l'Eglise, a trouvé très-mauvais qu'on les proposât pour modèle aux orateurs chrétiens ; suivant son avis, leurs sermons sont nonseulement remplis d'erreurs en fait de morale, mais composés sans art et sans méthode ; leur éloquence est affectée et vicieuse, leur style boursoufflé, orné de figures déplacées et superflues ; ce sont des déclamations de rhéteurs plutôt que des discours édifiants, sensés et raisonnables. Il faut avoir une forte dose de présomption pour se flatter de pouvoir détruire une réputation établie depuis douze ou quinze siècles, et consacrée par Sa vénération de l'Eglise entière. Du moins, pour y réussir, il ne faudrait pas commencer par se contredire , comme font les protestants. Parmi les Pères, surtout les plus anciens , il y en a dont les écrits ne sont ni polis ni recherchés, mais de la plus grande simplicité ; leurs censeurs ont grand soin de le faire remarquer, d'en conclure que c'étaient des idiots très-peu propres k nous instruire de la croyance et de la morale chrétienne. Quant à ceux qui ont étudié les lettres humaines et l'art de l'éloquence, qui ont fait l'admiration de leur siècle , même des philosophes païens, ces critiques atrabilaires nous les donnent pour des rhéteurs et des sophistes.
Nous leur demandons: ces hommes célèbres que vous déprimez, ont-ils été écoutés, suivis, respectés et admirés de leur temps, ou ne l'ont-ils pas été ? Leurs discours ontils été inutiles ou efficaces, sans effet ou suivis de conversions? S'ils ont produit du fruit comme toute l'antiquité l'atteste, dont: les Pères ont eu, suivant le temps, les lieux.
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les mœurs et le goût des peuples, le genre d'éloquence qu'il fallait pour remplir dignement leur ministère. Les ministres protestants voudraient-ils répéter aujourd'hui les sermons de Luther, de Zwingle, de Calvin, et des autres premiers prédlcants ? Que diraient-ils, si nous nous donnions la peine de recueillir dans leurs écrits toutes les erreurs, les absurdités , les grossièretés, les sottises dont ils sont remplis, comme ils ramassent eux-mêmes dans les Pères de l'Eglise tout ce qui leur parait un sujet de blâme? Ils regardent cependant les premiers comme des apôtres suscités de Dieu pour réformer et endoctriner l'Eglise.
Nous voudrions être en état de faire un parallèle entre les discours des orateurs proteslants les plus estimés et les plus admirés parmi eux, et les sermons de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Jean Chrysostome, de saint Ambroise, de saint Augustin, que Barbeyrac ose mépriser; nous verrions de quel côté nous trouverions le plus de science, de pensées sublimes et de véritable éloquence.
Fleury, Mœurs des chrét., § 39, en parlant de l'ordre de l'ancienne liturgie, de laquelle le sermon de l'évêque faisait toujours partie, a suffisamment justifié la manière de prêcher suivie par les Pères de l'Eglise.
PRÉEXISTANT, chose qui existe avant une autre. Comme les anciens philosophes n'admettaient pas la création, ils croyaient que Dieu avait fait toutes choses d'une matière préexistante et éternelle comme lui. Quelques-uns ont dit que Dieu a tout fait de ce qui n'existait pas, ex non exstantibus ; cette expression paraît d'abord signifier qu'il a tout fait de rien, par conséquent qu'il a tout créé ; mais les critiques modernes soutiennent que par non exstantia ils entendaient la matière, et que cela signifiait seulement que Dieu avait donné une forme à ce qui n'en avait point. Au reste, une matière préexistante, éternelle et sans forme, est pour le moins aussi difficile à concevoir que la création ; la matière a-t-elle pu exister sans dimensions ou sans étendue, et les dimensions ne sont-elles pas une forme? Voy. Création.
Les pythagoriciens et les platoniciens ont cru la préexistence des âmes humaines, c'està-dire que les âmes avaient existé dans une autre vie avant d'être envoyées dans des corps pour les animer; ils ajoutaient que l'union de ces âmes à des corps qui sont pour elles une espèce de prison, était une punition des péchés qu'elles avaient commis dans une vie précédente. On accuse Origène d'avoir eu la même opinion, et il semble quelquefois la soutenir; mais le savant Huet a observé qu'Origène, aussi bien que saint Augustin, est demeuré dans le doute touchant la véritable origine de l'âme. Origenian., 1. h, c. 6, n. 1. D'ailleurs les philosophes, qui ont admis la préexistence des âmes, ont cru qu'elles étaient sorties de la .substance de Dieu par émanation, au lieu qu'Origène a certainement admis la créa-
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tion des esprits aussi bien que celle des corps ; nous l'avons fait voir au mot Emanation.
PRÉFACE, partie delà messe qui précède immédiatement le ennon, et qui commence par ces mots, Sursum corda. Les écrivains liturgistes nous apprennent que celte prière ou action de grâces, qui sert de préparation à la consécration, se trouve dans tous les vieux sacramentaires et dans les liturgies les plus anciennes, dans celles de saint Jacques, de saint Basile, de saint Jean Chrysostome, des Constitutions apostoliques, etc. Déjà, au nr siècle, saint Cyprien en a parlé dans son traité de YOraison dominicale, et les Pères du ivc en font souvent mention. Dans le Sacramcnlaire de saint Grégoire, il y a des préfaces propres, comme des collectes, presque pour toutes les messes : on n'en a retenu que neuf dans le missel romain; mais dans les nouveaux missels des divers diocèses, on en a placé de propres pour toutes les grandes fêtes, et qui ont été composées sur le modèle des anciennes. Dans le rite gothique, la préface est appelée immolation, dans le mozarabique illation, dans le gallican contestation. Il est étonnant que les protestants aient osé rejeter comme superstitieuses des prières aussi respectables, aussi anciennes, et qui, suivant la croyance de tous le siècles, datent du temps des apôtres. Lebrun, Explic. des cérém. de la Messe, t. II, p. 378.
PRÉJUGÉS de religion. Les incrédules nomment ainsi les notions religieuses qu'un homme a reçues dans son enfance; on les prend, disent-ils, sans connaissance, on les conserve par habitude, sans réflexion et sans examen; et il en est de même dans toutes les religions du monde. Si donc un croyant tient la vérité, c'est par hasard; nous ne voyons pas en quoi sa foi peut être louable et méritoire. — Lorsque les incrédules voudront être de bonne foi, ils conviendront que c'est aussi par hasard qu'ils ont embrassé tel ou tel système d'incrédulité; ils sont sociniens, déistes, athées, matérialistes, sceptiques ou indifférents, suivant l'opinion des maîtres qui les ont endoctrinés, et suivant les livres qui leur sont tombés par hasard entre les mains. Déjà ils conviennent qu'un très-grand nombre de leurs prosélytes sont incrédules sur parole, et sont très-peu en état d'approfondir une question. Lorsque le déisme était à la moJe, tout incrédule était déiste; lorsque l'athéisme a été prêché, tous sont devenus athées, et bientôt après pyrrhoniens. Ceux qui sont parvenus à ce degré, sont donc convaincus qu'ils se sont déjà trompés deux fois; nous voudrions savoir par quel moyen ils sont certains de ne pas être encore trompés pour la troisième.
Il y a une ditlérence essentielle entre eux et les croyants. Parmi ceux-ci, tous ceux qui ont été en état de faire un examen réfléchi des preuves de la religion, l'ont fait par le désir de connaître la vérité et d'avoir un puissant motif d'être vertueux; ce motif est certainement louable. Ceux au contraire qui se vantent d'avoir fait cet examen sans
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préjugé, et de ne pas avoir trouvé des raisons suffisantes de croire, étaient déjà prévenus contre la religion; ils désiraient de >ouvoir en secouer le joug pour mettre leurs cassions plus à l'aise; la plupart étaient déjà ibertins de cœur, avant de l'être par l'esprit. Nous demandons laquelle de ces deux dispositions est la plus capable de nous conduire à la vérité. S'il n'y a pas de mérite à l'avoir reçue dès l'enfance, il y en a du moins à la conserver au milieu des pièges que lui tendent les incrédules, et des efforts t u'ils font pour la détruire. Ce n'est pas d'aujourd'hui, c'est dans tous les siècles que les mécréants se sont vantés d'avoir mieux examiné la religion que les croyants, et plus ils ont débité dabsurdités, plus ils se sont flattés d'être supérieurs aux autres hommes. Nous savons très-bien que les idées et les opinions que l'on a reçues dès l'enfance ont une très-grande forcé, et qu'il est trèsdifficile de s'en détacher; c'est pour cela môme que nous aimons à excuser, autant qu'il est possible, l'aveuglement de ceux qui ont été élevés dans une fausse religion; mais il ne nous appartient pas de décider jusqu'à quel point ils sont innocents ou criminels, excusables ou punissables devant Dieu; lui seul est leur juge. C'est aussi ce qui doit nous inspirer la plus vive reconnaissance pour la grâce que Dieu nous a faite en nous faisant naître clans le sein de la vraie religion. Voy. Examen.
Préjugés légitimes. Voy. Prescription.
PREMICES. Ce sont les premiers fruits de la récolte annuelle, d'une terre nouvellement défrichée, d'un arbre nouvellement planté, et les premières productions de la fécondité des animaux. Suivant l'ancienne loi, tout cela devait être offert au Seigneur; c'est un commandement souvent répété dans les livres de Moïse et dans ceux des prophètes. Chaque Israélite devait porter au moins une partie de ces fruits au tabernacle, et ensuite au temple, y adorer le Seigneur et le remercier, attester qu'à son égard Dieu avait accompli les promesses qu'il avait faites à son peuple, manger ensuite cette offrande avec les lévites, les étrangers et les pauvres, Deut., c. xxvi, v. 1 et suivants.
Ordinairement les païens offraient les prémices à leurs dieux ; les Egyptiens à Isis, qu'ils regardaient comme la déesse de la fécondité ; les Grecs et les Romains à Cérès ou à Diane qui, de même qu'Isis, était la lune. Cette superstition venait probablement de ce que tous les animaux portent pendant un certain nombre de mois ou de lunes, et que, selon l'opinion populaire, la lune influe beaucoup sur la température de l'air. Pour préserver les Israélites de ces vaines observances, Dieu voulut que les prémices fussent censées lui appartenir. Ainsi cette loi était établie, 1° afin de les faire souvenir que Dieu seul est le distributeur des biens < e ce monde, et que nous en sommes redevables à sa bonté; 2° afin de perpélucr le souvenir des prodiges que Dieu avait opé-
rés en faveur de son peuple, et de la manière dont il l'avait mis en possession de la terre promise; le témoignage qu'en rendaient tous les Israélites à cette occasion, était un monument de la vérité des faits d<* l'histoire sainte; 3° afin d'entretenir entre eux l'esprit de fraternité et de charité envers les pauvres; h" pour modérer en eux l'esprit de propriété et l'empressement de jouir des biens de la terre. Pour cette mémo raison, il leur était ordonné de rejeter comme impurs les fruits que portait un arbre pendant les trois premières années; ceux do la quatrième seulement étaient censés les prémices consacrés au Seigneur. Lcvit., c. xix, v. 23 et 24. L'expérience sans doute avait convaincu Moïse qu'avant quatre ans un arbre ne pouvait porter des fruits sains et d'une maturité parfaite.
Reland, Antiq. sacr. vet. Ilcbr., m* parlM c. 8, met une distinction entre les fruits primitifs et les prémices des fruits; mais elle ne paraît fondée que sur des traditions rabbiniques, qui ne méritent aucune attention.
PREMIER, dans l'Ecriture sainte, ne se dit pas seulement 1° à l'égard du temps; il signifie encore 2° celui qui donne l'exemple aux autres. / Esdr., c. ix, v. 2, il est dit : La main des magistrats fut dans cette première transgression; c'est-à-dire que le mauvais exemple vint principalement de leur part. 3° Ce qu'il y a de meilleur. Exod., c. xxx, v. 33; myrrha prima est la myrrhe la plus pure et la plus excellente. 4° Le premier en dignité ; dans ce sens saint Pierre est appelé le premier des apôtres; Jésus- Christ dit : Si quelqu'un veut être le premier, qu'il commence par se mettre le dernier. 5° Premièrement ou en premier lieu. I Machab., c. i, v. 1, il est dit d'Alexandre, primas regnavit in Grœcia, il régna premièrement dans la Grèce. 6° Avant que ; Luc, c. ii, v. 2, nous lisons que le dénombrement de la Judée fut fait premier que, ou avant que Cyrinus fût gouverneur de Syrie. Vainement les incrédules ont argumenté sur cette expression pour prouver que saint Luc avait contredit l'histoire.
PREMIER-NÉ. Voy. Aîné.
PRÉMONTRÉ, ordre de chanoines réguliers, institué en 1120, par saint Norbert, prêtre, né à Senten, dans le diocèse de Cologne, et ensu'te archevêque de Magdebourg. Ce pieux ecclésiastique, .touché de voir le relâchement qui s'était introduit dans la plupart des chapitres de chanoines, entreprit d'y mettre la réforme et d'y rétablir toutes les observances religieuses , l'abstinence , le jeûne, le dépouillement de toute propriété, l'assiduité aux offices divins et à la prière, le zèle pour le salut du prochain ; avec le secours des évoques et des souverains pontifes, il en vint à bout dans une bonne partie de l'Allemagne et de la France, et il voulut que les maisons de son ordre fussent des espèces de séminaires pour former des ouvriers évangéliques.
La première de ces maisons fut bâtie dans
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10 diocèse et au voisinage de Laon, ville de Picardie, dans un lieu que lo saint fondateur nomma Prémontré, Prœmonstratum. Le nombre s'en accrut tellement que, trente ans après, cet ordre nouveau possédait plus de cent abbayes tant en France qu'en Allemagne; et après avoir été d'abord d'une pauvreté excessive, il devint opulent, par la multitude de donations qui lui furent faites.
11 fut approuvé par Honoré II l'an 1126, et confirmé dans la suite par plusieurs papes. Saint Norbert établit aussi des religieuses qui pratiquaient les mêmes observances que les chanoines réguliers. Les travaux apostoliques de cet homme zélé réparèrent les ravages qu'avaient faits dans les Pays-Bas les erreurs d'un nommé Tanquelin, hérétique qui y avait répandu sa doctrine et y avait causé plusieurs séditions.
Si nous en croyons le traducteur de l'Histoire ecclésiastique de Mosheim, l'ordre de Prémontré, dans le temps de sa prospérité, a possédé mille abbayes, trois cents prévôtés, un plus grand nombre de prieurés, et cinq cents couvents de religieuses ; il a eu trentecinq maisons en Angleterre, et soixantecinq abbayes en Italie. Quoi qu'il en soit, le succès de saint Norbert, la rapidité avec laquelle son ordre s'est répandu, la quantité de chapitres qu'il a réformés, les secours qu'il a reçus de la part des évoques et des souverains pontifes, nous paraissent prouver qu'au xii* siècle le clergé séculier n'était pas aussi corrompu et aussi gangrené que les protestants le prétendent. Des ecclésiastiques sans mœurs et sans principes, sans honte et sans religion, n'eussent pas consenti aussi aisément à se réformer; et dans un siècle perverti à tous égards, un réformateur n'aurait pas trouvé autant d'appui. Pour corriger les abus et rétablir la régularité, saint Norbert n'employa ni les déclamations, ni les discours séditieux, ni la calomnie, ni la violence, comme ont fait les prétendus réformateurs du xvr° siècle ; la douceur, la charité, les exhortations paternelles, le bon exemple, de ferventes prières pour implorer le secours de Dieu, la patience, furent les seules aimes dont il se servit. Hist. de VEgl. Gallic.,%. VIII, 1. xxiv, ann. 1120. A la vérité, le bien qu'il a produit ne s'est pas soutenu pendant plusieurs siècles; l'an 12'+5, le pape Innocent IV se plaignit durelàchement qui s'était introduit dans l'ordre de Prémontré; il en écrivit au chapitre général, et il y a lieu de présumer que cette remontrance ne fut pas inutile. En 1288, le général Guillaume demanda et obtint du pape Nicolas IV la permission de manger de la viande pour les religieux de son ordre qui seraient en voyage; preuve que l'abstinence était pratiquée dans les maisons. En 1460, à la prière du général, Pie II accorda la permission générale de manger de la viande, excepté depuis la Septuagésime jusqu'à Pâques. Comme dans tous les pays de l'Europe et dans tous les temps les aliments maigres ont toujours été plus rares et plus chers (pue la viande, la pauvreté des monas-
tères a été souvent une juste raison d'user d'indulgence envers plusieurs ordres religieux. Mais si celui de Prémontré a été sujet au relâchement, il s'y est fait aussi plusieurs réformes : il y en a eu une en Lorraine où ces religieux possèdent et desservent plusieurs cures; elle a commencé à Sainte- Marie-aux-Bois et à Verdun; le chef-lieu est la maison de Pont-à-Mousson. Paul V, Grégoire XV, Urbain VIII, Innocent X et Innocent XII l'ont approuvée. Il s'en est fait une en Espagne qui est beaucoup plus ancienne et plus austère; Grégoire IX et Eugène IV l'ont confirmée. Les prémontrés ont un collège à Paris, et peuvent prendre des degrés dans la faculté de théologie.
PRÉMOTION. Voy. Prédétermination.
PRÉPUCE. Voy. Circoncision.
PRÉSAGE, signe par lequel on prétend connaître l'avenir; c'est une des espèces de divination. L'on sait quelle a été dans tous les temps la curiosité des hommes, surtout de ceux qu'une passion violente agitait, combien de moyens absurdes et criminels ils ont employés pour pénétrer dans un avenir que la Providence divine a trouvé bon de nous cacher pour notre repos et notre plus grand bien. Mais, à parler exactement, toutes les manières de prévoir l'avenir ne sont pas comprises sous le nom de présage; il en est qui sontappeléesautrement. — L'on s'estflatté de pénétrer dans l'avenir par l'aspect des astres et par les phénomènes de l'air, c'est Yastrologie judiciaire; par le vol, le cri, les attitudes, l'appétit des oiseaux, ce sont les auspices; par l'inspection desentrailles des animaux, ce sont les aruspices; par les songes, par les sorts, par les oracles ou par les réponses de certaines personnes auxquelles on supposait un esprit prophétique; par les réponses des morts, c'est la nécromancie. Nous parlons de ces différentes espèces de divination sous leur nom particulier.
Ce que l'on appelait proprement présage était d'une autre espèce. On prétendait pouvoir juger de l'avenir, 1° par les paroles fortuites que l'on entendait prononcer. Un homme, qui sortait de chez lui le matin pour commencer uneaflàire, écoutait avec soin le? paroles de la première personne qu'il rencontrait, ou il envoyait un esclave écouter ce que l'on disait dans la rue, et sur des mots proférés à l'aventure il jugeait du bon ou du mauvais succès futur de son dessein. 2° Par le tressaillement de quelque partie du corps, comme du cœur, des yeux, des sourcils.
3° Par l'engourdissement subit de quelque membre , par le tintement des oreilles.
k° Par les éternuements; on les croyait de bon ou de mauvais présage, suivant l'heure à laquelle ils arrivaient; de là l'usage de faire un souhait heureux à ceux qui éternuent. 5° Une chute imprévue dans une entreprise était censée présager un malheur. 6° Il en était de même de la rencontre fortuite de certaines personnes , comme d'un nègre, d'un eunuque, d'un nain, d'une personne contrefaite ou de certains animaux. 7° Parmi les différents noms que l'on don-
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nait aux enfants, ou par lesquels on commençait une affaire, on préferait ceux qui signifiaient quelque chose d'agréable à ceux dont le sens était fâcheux; on évitait même de prononcer ces derniers dans le discours ordinaire, et l'on usait d'une périphrase. 8° L'on prenait à mauvais augure certains événements fortuits, comme de se trouver treize à table, de renverser une salière, etc. Mais il ne suffisait pas d'observer simplement les présages; il fallait de plus les accepter lorsqu'ils paraissaient favorables, en remercier les dieux, leur en demander la confirmation et l'accomplissement. Lorsqu'ils étaient fâcheux, l'on avait grand soin de les rejeter, de prier les dieux d'en détourner l'effet, de cracher promptement pour en témoigner de l'horreur; H ist. de VAcad. des Inscript., lom. I, in-12, p. G6.
11 n'est pas inutile de connaître toutes ces absurdités : elles nous montrent jusqu'où est allée la faiblesse, ou plutôt la folie de l'esprit humain, chez les peuples mômes qui j tassaient pour les plus éclairés et les plus sages.
Dieu, dans la loi de Moïse, avait défendu aux Israélites toutes ces superstitions, en proscrivant toute espèce de divination quelconque. Levit., c. xix, v. 31; Deut., c. xvm, v. 20; Num., c. xxm, v. 23; Jerem., c. x, v. 2. L'on a tort de penser que la multitude de lois cérémonielles qui leur étaient imposées devait être pour eux un joug insupportable; à le bien prendre, il l'était moins que celui dont les païens se chargeaient par superstition. Une bonne partie de ces terreurs paniques et de ces vaines pratiques subsistent encore chez les nations qui ne sont pas éclairées des lumières de la foi. — Elles auraient dû sans doute cesser absolument parmi les chrétiens, surtout après l'extinction du paganisme; mais les habitudes et les préjugés populaires, nourris par la peur, par l'intérêt sordide et par la crédulité, ne sont pas aisés à déraciner. Les Pères de l'Eglise, en particulier saint Jean Chrysostome et saint Augustin , ont souvent déclamé contre ces restes d'idolâtrie, en ont démontré l'absurdité et l'opposition aux vérités de la foi ; il en est toujours demeuré quelque teinture dans les esprits timides et ignorants. Les barbares idolâtres, sortis des forêts du Nord et répandus dans l'Europe entière, en ont ramené une bonne partie avec eux. Les censures des conciles, les leçons des évoques et des autres pasteurs ont diminué le mal, sans le déraciner entièrement; et, à la honte de l'esprit humain, notre siècle, qui se prétend si éclairé , n'en est pas encore parfaitement guéri.
La philosophie, disent les incrédules, la connaissance de la nature et des causes physiques, est le seul remède efficace contre cette contagion. Cela est faux. Les anciens philosophes connaissaient déjà suffisamment la nature pour sentir l'absurdité des erreurs populaires; et loin de s'opposer à la superstition des présages, ils l'ont confirmée par leurs écrits et par leurs exemples. Cic, 1. n,
de Divinat., in fine. Les épicuriens, qui n'admettaient point de dieux, étaient les plus mauvais physiciens de tous; et, parmi les athées modernes, il s'en est trouvé qui croyaient à la magie, aussi bien que les épicuriens. La religion chrétienne, bien enseignée et bien connue, est d'une toute autro efficacité que la philosophie. Voy. Devii» Bingham, Orig. ecclés., 1. xvi, c. 5.
PRÉSANCTIFIÉS. On appelle messe des présanctifiés celle dans laquelle le prêtre offre à l'autel et consomme à la communion les espèces eucharistiques consacrées la veille ou quelques jours auparavant, dans laquelle par conséquent il ne se fait point de consécration. Cette messe n'est en usage dans l'Eglise latine que le jour du vendredi saint; mais dans l'Eglise grecque elle a lieu pendant tout le carême. L'ancienne coutume des Grecs est de ne consacrer l'eucharistie en carême que le samedi et le dimanche, jours auxquels ils ne jeûnent point, et le jour de l'Annonciation de la sainte Vierge. Cette discipline est établie par le concile de Laodicée, tenu vers l'an 363, can. 49; par le concile in Trullo, tenu en 692, et par d'autres monuments. Lebrun, Explic. des cerém., t. IV, p. 373; Bingham, Orig. ecclés., 1. xv, c. 4, § 12; Ménard, Notes sur le Sacrant, de S. Grégoire, p. 75.
Cet usage de conserver l'eucharistie pour les jours suivants avec un profond respect, et les prières que foi;t les Grecs dans la messe des présanctifiés , démontrent qu'ils n'ont point, touchant l'eucharistie, le même sentiment que les protestants. Us ne pensent point, comme ces derniers, que c'est simplement une cérémonie commémorative de la cène que Jésus-Christ fit avec ses apôtres la veille de sa mort ; ils croient au contraire, comme les catholiques, que les espèces consacrées sont véritablement et substantiellement le corps et le sang de Jésus-Christ; que ce divin Sauveur y est présent, nonseulement dans l'action de communier, mais d'une manière permanente, et que l'action de l'offrir à Dieu est un véritable sacrifice.
PRESBYTÈRE. Anciennement l'on nommait ainsi le chœur des églises, parce que les prêtres seuls avaient droit d'y prendre place; la nef était-pour les laïques. Dans saint Paul, / Tirn., c. iv, v. 14, le presbytère signifie l'assemblée des prêtres. Parmi les catholiques, l'on appelle encore ainsi la maison du curé de la paroisse, parce qu'il y est le seul prêtre en titre.
PRESBYTÉRIEN. Voy. Anglican.
PRESCIENCE , connaissance certaine et infaillible de l'avenir. Une des vérités que la révélation nous enseigne est que Dieu, de toute éternité, a connu certainement tout ce qui arrivera dans toute la durée des siècles, soit les événements qui dépendent des causes physiques et nécessaires, soit les actions libres des créatures intelligentes. Deut.> c. xxxi, v. 21 : Je sais, dit le Seigneur, tout ce nue feront les Israélites lorsqu'ils seront dans le pays que je leur ai promis. En effet, Dieu venait de le prédire dans les versets urôoé-
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dents. / Reg., e. n, v. 3 : Le Seigneur est le de celui qui la fait'? 11 est impossible, disent Dieu des connaissances ; 7ios pensées lui sont ces raisonneurs, que ce que Dieu a prévu présentes d'avance. Ps. cxxxvin, v. 3 et '«-, le n'arrive pas; nous en convenons; mais il li Psalmiste dit à Dieu : Vous avez connu de est impossible aussi que l'action que nous l>>in mes pensées, et vous avez prévu toutes voyons présente ne se fasse pas actuellemes actions. Isaïe, c. su, v. 23, défie les faux ment. La certitude que nous en avons nuitdieux des nations de prédire l'avenir, parce elle à la liberté de celui qui agit? La concilie cette connaissance est réservée au seul naissance certaine et infaillible que Dieu a vrai Dieu : Annoncez-nous ce qui doit arri- de ce qui arrivera dans mille ans d'ici n'inver dans l'avenir, et nous saurons que vous flue pas plus sur la nature des événements êtes des dieux. On pourrait citer vingt autres ni sur les volontés humaines que la connaispassages. — Sur cetto connaissance de Dieu sance certaine et infaillible qu'il a de ce qui est fondée la certitude des prophéties : con- se passe actuellement. Dieu voit 1 s choses séquemment, Tertullien a fort bien dit que présentes telles qu'elles sont, et les futures la prescience de Dieu a autant de témoins telles qu'elles seront; il les voit nécessaire*, qu'elle a formé de prophètes. Or, Dieu a fait si elles doivent être l'effet nécessaire des aux hommes des prédictions depuis le coin- causes physiques; il les voit libres, si ce sont mencement du monde. En punissant Adam des actions qui dépendent de la volonté de sa désobéissance, il lui promit un Ré- humaine. Elles seront donc libres, puisque dempteur qui en réparerait les effets : ce Dieu les voit ainsi. C'est le raisonnement de n'était point un événement qui dépendît de saint Augustin, 1. m de Lib. Arb., c. 3 et k. causes nécessaires. Il instruisit Abraham de Ceux qui nous apprennent que les socila destinée de sa postérité, quatre cents ans niens refusent à Dieu la prescience ne nous avant que les événements commençassent à disent point comment ces sectaires conçois'accomplir; il accorda le don de prophétie à vent la toute-puissance de Dieu et son i°m- Jacob, à Joseph, à Moïse, etc. On peut dire mutabilité, ni ce qu'ils pensent de la multique le peuple de Dieu, depuis sa naissance tucie de prophéties dont l'Ecriture sainte est jusqu'à sa destruction, a été conduit et gou- remplie. S'ils admettent un Dieu qui n'est ni verné par des prophéties. tout-puissant ni immuable, s'ils ôtent à la
ii n'est pas possible do concevoir en Dieu religion chrétienne les prophéties, qui sont une providence, k moins qu'on ne lui sup- une des preuves principales de sa divinité, pose une connaissance parfaite de l'avenir et s'ils disent que, quand Jésus-Christ a prédit «ies actions libres de toutes les créatures, des actions libres, il ne parlait que par con- Sans cela, cette providence se trouverait à jecture, nous ne voyons pas en quel sens on tout moment déconcertée dans ses desseins peut encore les mettre au nombre des direct arrêtée dans l'exécution de ses volontés tiens. Mais on sait que, de conséquence en par les actions imprévues des hommes; on conséquence, le socinianisme conduit ses ne pourrait plus lui attribuer la toute-puis- partisans jusqu'au dernier période de l'insance, encore moins l'immutabilité : conti- crédulité.
nuellement Dieu serait obligé de changer La prescience de Dieu se nomme aussi ses décrets, d'en former de tout contraires, prévision. Les théologiens disputent pour sapa rce qu'il se rencontrerait des obstacles voir si cette prescience suppose toujours un qu'il n'aurait pas prévus. Son gouvernement décret de la part de Dieu, s'il n'y a rien de serait sujet à peu près aux mômes inconvé- futur que ce que Dieu a positivement résolu, nients que celui des hommes. En premier lieu, lorsqu'il est question des
Plusieurs anciens philosophes ont refusé à péchés, l'on ne conçoit pas en quel sens
Dieu la science de l'avenir, parce qu'ils ne Dieu les rend futurs par un décret. Si l'on
pouvaient pas en concilier la certitude avec dit que c'est par le décret de les permettre
la liberté des actions humaines. Si elles sont ou de ne pas les empêcher, l'on joue sur les
infailliblement prévues, disaient-ils, elles arri- mots, puisqu'une simple permission est plu-
veront donc infailliblement; il ne sera pas plus tôt la négation d'un décret qu'un décret po-
possible à l'homme de s'en abstenir que de sitif. D'ailleurs, la volonté de permettre une
tromper la prescience divine. Les marcionites action que l'on prévoit future suppose déjà
renouvelèrent ce sophisme. Aujourd'hui les qu'elle est future, et qu'elle sera si Dieu n'y
sociniens raisonnent encore de même, plus met point obstacle. En second lieu, lorsqu'il
coupables en cela que les anciens philoso- s'agit d'actions purement indifférentes, on ne
plies, qui n'avaient pas été instruits comme voit pas la nécessité de pareils décrets pour
eux par la révélation. Ils ne font pas atten- chacune de ces actions. Dès que Dieu a donné
lion que Dieu, par son éternité, est présent à l'homme le pouvoir d'agir, l'on comprend
à tous les instants de la durée des créatures, que l'homme agira sans qu'il soit besoin que
comme par son immensité il est présent à toutes ses actions soient déterminées par un
tous los lieux. Il n'y a donc à son égard ni décret particulier.
passé ni avenir; il voit toutes choses comme Ilya une différence quand on parle des
présentes : c'est pour cela môme que saint actes de vertu, des bonnes œuvres utiles au
Augustin et saint Grégoire, pape, ne vou- salut, puisque l'homme ne peut en faire sans
1. tient pas que cette connaissance de Dieu fût le secours actuel de la grâce divine; il est
appelée prescience, mais simplement science clair qu'aucune n'est future qu'en vertu du
ou connaissance. Or, en qu à la connaissance décret que Dieu a fait de donner la grâce,
d'une action présente nuit-elle à la liberté Mais à moins que l'on ne suppose li grâce
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prédéterminante, ou ne peut pas, en bonne logique, prétendre que la bonne action est future par la nature même de la grâce. Puisque le décret de Dieu n'ùte point à l'homme le pouvoir de résister, on ne comprend pas comment ce décret seul rend futur ce qui demeure toujours contingent.
Au reste, il y a plus de subtilité dans c- tte question que d'utilité. Il nous suffit de savoir qu'aucun décret de Dieu, non plus que sa
Î rescience, ne nuit à la liberté de l'homme. )ieu a vou'u que l'homme fût libre, afin qu'il fût capable de mérite et de démérite, de récompense et de châtiment; Dieu contredirait ce décret s'il en faisait un autre incompatible avec cette lil>!"'té, s'il usait de sa toute-puissance pour détruire ce qu'il a sagement établi. Yoij. Prédéteuuination, Science de Dieu.
PRESCRIPTION. Tertullien a fait au 111e siècle un ouvrage qu'il a intitulé : Prescriptions contre les hérétiques. Il entend sous ce nom ce que l'on appelle au barreau fin de non-receroir, c'est-à-dire raisons par lesquelles il est prouvé, sans entrer dans le fond des questions, que l'adversaire ne doit pas être admis à disputer. C'est ce que les eontroversistes modernes ont nommé préjugés légitimes contre les hérétiques. Voici les raisons alléguées par Tertullien. 1" La méthode des hérétiques est de disputer contre nous par les Ecritures; or, je soutiens que l'on ne doit pas les y admettre. Avant de contester sur la lettre et sur le sens d'un titre, il faut commencer par examiner à qui il appartient. Or, c'e>t à l'Eglise et non aux hérétiques que Dieu a donné les Ecritures; elle seule peut savoir quelles sont les vraies Ecritures; c'est d'elle seule que les hérétiques peuvent l'apprendre ; elle en a ri çu l'intelligence des apôtres, qui les lui ont données. De quel droit les hérétiques prétendent-ils les mieux entendre qu'elle? La dispute parles Ecritures ne peut rien terminer. Telle secte d'hérétiques rejette certaines Ecritures, ajoute ou retranche à celles qu'elle reçoit, en pervertit le sens à son gré. A quoi peut aboutir une contestation dans laquelle on ne convient pas du titre sur lequel on doit se fonder? Il faut donc remonter plus haut, voir de quelle source, par quel canal, à quelle société et de quelle manière sont venues les Ecritures et la foi chrétienne. Où se trouvera la vraie foi et la vraie manière de la recevoir, là se trouvera aussi la véritable Ecriture et la vraie manière de l'entendre. — 2° La doctrine chrétienne est une doctrine révélée; Jésus-Christ i'a reçue de son Père ; les apôtres l'ont reçue de Jésus-Christ, et ils l'ont fidèlement transmise aux Eglises qu'ils ont établies. La seule manière de juger si une doctrine est chrétienne, c'est de voir si elle est conforme à la croyanee des Eglises fondées par les apôtres. Toutes ces Eglises sont une seule et même Eglise, qui est la première et la seule apostolique, tant qu'elles conservent l'unité, la paix, la fraternité et le sceau de l'hospitalité. Puisque les apôtres ont enseigné les Egli-
ses, tant de vive voix que par écrit, elles seules peuvent rendre témoignage de ce qu'ils ont proche. Toute doctrine qui ne s'accorde pas avec la leur est étrangère à la foi; elle est fausse dès qu'elle ne vient ni des apôtres ni de Jésus-Christ. Or, telle est la doctrine des hérétiques. — 3"L'i catholicité, ou l'uniformité de doctrine et de foi entre la m ultdude des Eglises dispersées sur la terre, en démontre clairement la vérité. Comment tant de sociétés différentes auraient-elles pu altérer la foi d'une manière uniforme? Lorsque plusieurs personnes se trompent, chacun le fait à sa manière : le résultat ne peut être le même. C'est ce qui arrive aux dill'érentes sectes d'hérétiques : il n'en est pas deux qui s'accordent. De même que l'unité de croyance entre les Eglises catholiques prouve qu'aucune d'elles ne s'est trompée, ainsi la diversité de doctrine entre les sectes d'hérétiques démontre que toutes sont dans l'erreur. — 4° La doctrine chrétienne est plus ancienne que les hérésies, puisque celles-ci ne sont que différentes altérations de la doctrine enseignée par les apôtres; il y avait des chrétiens avant Marcion, Valentin et les autres chefs de secte. Ces premiers chrétiens étaientils dans l'erreur? Ce serait donc en faveur de l'erreur que le baptême, la foi, les miracles, les dons du Saint-Esprit, la mission divine, le sacerdoce, le martyre, ont été accordés à l'Eglise. Dieu a développé toute sa puissance pour établir dans le monde la religion de Jésus-Christ, sans daigner la faire connaître à ceux qui l'embrassaient, sans faire enseigner ce qu'il voulait que l'on crût, et sans rien faire pour perpétuer celte croyance. Viendra-t-on à bout de nous le persuader? Non : la doctrine vraie est celle qui a été enseignée la première; celle que l'on a forgée depuis est étrangère et fausse. Que les hérétiques commencent donc par nous montrer l'origine de leurs Eglises, la succession de leurs évoques et de leurs pasteurs depuis les apôtres jusqu'à nous. Do même que les apôtres n'ont point enseigné une doctrine différente l'un de l'autre, les hommes apostoliques ne se sont point écartés de la doctrine de leurs maîtres; autrement ils se seraient séparés du tionc apostolique. Nos Eglises les plus modernes ne sont pas moins apostoliques que les anciennes, parce qu'elles ont reçu la doctrine des apôtres par un canal qui n'a pas été rompu. 11 en est tout autrement des sectes hérétiques ; on sait queis ont été leurs fondateurs; ce n'a été ni des apôtres, ni des disci, les des apôtres, ni des hommes attachés au corps apostolique. Ce sont des étrangers nouveauxvenus qui disputent la succession paternelle aux enfants légitimes. — 5° Une doc rine que les apôtres ont condamnée ne vient certainement pas d'eux ; or ils ont condamné d'avance la doctrine de Marcion , d Appelles, de Valentin , des gnostiques , des candies, des ébionites, des n colaïtes, etc. Tertullien le fa.t voir eu détail. Ces mêmes apôtres nous ordonnent de nous défier des hérétiques, de ne point les écouter, de rompre
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même toute société avec eux. 6° La conduite de ces derniers est évidemment l'effet des passions ; ils ne défèrent à aucune autorité, a aucune tradition, ils ne suivent que Leur propre sens ; par là on peut juger du mérite de leur foi. La diversité d'opinions parmi eux est comptée pour rien, pourvu que tous se réunissent à combattre contre la vérité. Tous élèvent le ton , promettent la vraie science, sont docteurs avant d'être instruits ; les femmes même chez eax disputent , décident, dogmatisent, usurperaient volontiers toutes les fonctions du sacerdoce. L'ambition des hérétiques n'est pas de convertir les païens, mais de pervertir les fidèles. Pour nous , c'est la chaîne des témoignages , la constance de la tradition , l'uniformité de l'enseignement dans toutes les églises chrétiennes qui nous subjuguent et nous dirigent. Tertullien répond ensuite aux objections des hérétiques et aux prétextes sur lesquels ils fondaient leur opposition à la doctrine catholique. Saint Cyprien et saint Augustin ont répété, contre les schismatiques et les hérétiques plusieurs des raisonnements de Tertullien.
Dans le siècle passé, nos controversistes à leur tour se sont servis de la même méthode contre les protestants. En particulier, les frères de Wallembourg, t. I, tract. 7, de Prœscriptionibus catholicis, ont fait voir qu'il n'est pas un seul des arguments de Tertullien qui n'ait une égale force tant contre les protes!ants que contre les hérétiques des premiers siècles, et ils le prouvent en détail. — Nicole , dans ses Préjugés légitimes contre les calvinistes, a fait aux protestants en général plusieurs reproches à peu près semblables à ceux que Tertullien élevait contre les premiers hérétiques ; il démontre par le caractère personnel des prétendus réformateurs, par la manière dont ils ont établi leur secte, par les moyens dont ils se sont servis, par les effets qui en ont résulté, que cette révolution n'a pas été l'ouvrage de Dieu, mais celui des passions humaines.
Nous exposerons ces raisons en abrégé au root Protestants. Le ministre Claude entreprit de réfuter ce livre; Nicole répliqua par deux additions à son ouvrage. — Quelques autres théologiens se sont bornés à prouver, contre ces mêmes sectaires, l'autorité de l'Eglise, seul moyen de terminer les disputes en matière de foi et de doctrine, seul tribunal établi par Jésus-Christ pour maintenir l'intégrité de sa doctrine, et contre lequel les hérétiques se soulèvent sans aucune raison légitime.
Le savant Bossuet s'y est pris d'une autre manière : il a posé pour principe qu'une société qui se prétend chrétienne , et qui varie dans sa doctrine, qui suit tantôt une opinion et tantôt une autre en matière de foi, n'a point la véritable doctrine de Jésus- Christ ; il a montré ensuite que les protestants n'ont pas cessé pendant plus d'un siècle de changer de croyance et de réformer leurs confessions de foi. Ce fait est d'ailleurs muontestable, puisqu'aujourd'hui la plupart
des luthériens et des calvinistes ne suivent plus en plusieurs choses les opinions de Luther et de Calvin, pour lesquelles cependant ces prétendus réformateurs ont fait schisme avec l'Eglise. Voy. Variation.
On conçoit que les protestants ont dû faire tous leurs efforts pour parer aux conséquences fâcheuses que l'on tire contre eux de ces divers arguments. En parlant de l'ouvrage de Tertullien, ils ont dit que la méthode de prescription pouvait n'être pas blâmable dans son siècle, lorsque la tradition était encore, pour ainsi dire,, toute fraîche, et que les différentes Eglises fondées par les apôtres subsistaient encore, mais qu'il n'en est plus de même aujourd'hui. La prescription, ajoutentils, ne peut être un argument solide que quand il s'agit d'une doctrine établie par les apôtres ou par leur autorité. Mosheim, Hist. ecclésiast., \n° siècle, ne part. , c. 3, § 10, note du traducteur, tome I, pag. 290. Mais ces critiques font peu de réflexion à ce qu'ils disent. 1° La tradition descendue des apôtres n'était pas moins fraîche au ive siècle qu'au me, puisque tous ceux qui étaient chargés de la transmettre convenaient et prolestaient qu'il ne leur était pas permis de l'altérer ; s'ils l'avaient fait, les peuples ne l'auraient pas souffert ; cela leur était même impossible , puisqu'ils étaient placés à cinq ou six cents lieues les uns des autres, et qu'il ne pouvait y avoir aucun concert entre eux. On a démontré contre les incrédules, que la certitude morale ou historique qui est latradition des faits ne perd rien de sa force par le laps des siècles ; nous soutenons qu'il en est de même de la tradition des dogmes, puisque celle-ci porte sur un fait public, éclatant, facile à vérifier ; au ive siècle, toute la question se réduisait à demander : Qu'enseignait-on dans V Eglise pendant le siècle passé? 11 en a été de même de tous les siècles suivants. L'on a toujours dit comme au nr , nihil innovetur , nisi quod traditum est. 2° Au ive siècle, toutes les Eglises fondées par les apôtres subsistaient encore ; peut-on prouver qu'alors elles étaient moins attachées à la doctrine des apôtres qu'au ine ; qu'elles avaient perdu de vue les leçons des pasteurs du nr, qui leur avaient recommandé de ne pas s'en écarter , et le précepte de saint Paul qui l'a défendu ? II Thess., c. h, v. \k, etc. C'est néanmoins au ave siècle que les protestants soutiennent que se sont faits les prétendus changements dans la doctrine des apôtres qu'ils reprochent à l'Eglise catholique. D'ailleurs ils oublient une remarque essentielle de Tertullien, c'est que toutes les Eglises particulières plus récentes, mais unies de communion et de croyance avec les Eglises apostoliques, étaient ellesmêmes apostoliques comme les premières, puisqu'elles tenaient aussi fermement les unes que les autres à la doctrine des apôtres. Il n'est donc pas vrai que les Eglises apostoliques ne subsistent plus aujourd'hui ; et puisque l'Eglise de Rome, fondée immédiatement par les apôtres, n'a jamais cessé d'exister et d'enseigner, toute l'Eglise unie de
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communion avec elle est véritablement aussi apostolique que celles dont parlait Tertullien. La constance d'une Eglise dans la doctrine des apôtres n'a pas dépendu de la question de savoir si, dans l'origine, elle avait élé fondée par un des apôtres ou par un de leurs disciples, puisque plusieurs, quoique fondées par un apôtre, ont fait naufrage dans la foi ; mais alors cet écart a été remarqué, a fait du bruit, a excité les réclamations et les anathèmes du corps en ier de l'Eglise. 3° Entre les protestants et nous, il s'agit d'une doctrine que nous soutenons avoir été établie par les apôtres ou par leur autorité ; c'est donc le cas de leur opposer l'argument de la prescription. Quand nous ne pourrions pas prouver par un texte clair, formel, exprès, tiré des écrits des apôtres, que tel article a éîé établi par eux ou par leur autorité, nous en serions encore certains par un argument solide ; c'est que dans le temps auquel nous voyons cet article formellement et publiquement professé dans l'Eglise, on faisait aussi profession de ne point s'écarter de ce que les apôtres avaient enseigné et établi. Contre cette protestation publique, que prouve l'argument négatif des protestants, qui consiste à dire : Nous ne voyons pas cet article couché clairement et formellement dans les écrits des apôtres; nous ne le trouvons professé hautement qu'au m" ou au ive siècle ; donc ce ne sont pas les apôtres qui l'ont établi? Pour que cet argument pût détruire le nôtre, il faudrait commencer par prouver que les apôtres ont tout écrit, qu'ils ont défendu de prêcher ce qui n'était pas écrit. Les prolestants, qui veulent tout voir dans l'Ecriture, n'y trouveront certainement pas cette défense, puisque nous y voyons le précepte contraire, 11 Thess., c. ii, v. 14. Ces mêmes critiques disent, en parlant de nos controversistes, qu'ils ne disputaient pas de bonne foi avec les protestants ; ils voulaient que ceux-ci prouvassent leur doctrine par des passages de l'Ecriture sans se donner la liberté de les expliquer, de les commenter, d'en tirer des conséquences ; ils se bornaient à soutenir leurs prétentions, sans montrer les principes sur lesquels elles étaient fondées; ils imitaient le procédé d'un homme qui, étant depuis longtemps en possession d'une terre, refuse de montrer ses titres, et exige que ceux qui la lui disputent prouvent qu'ils sont faux. Mosheim, Hist. codés., xvir siècle, sect. 2, i" p., c. 1, § 15, note du trad., t.. V, pag. 133. Mais en accusant de mauvaise foi les controversistes catholiques, ne sontce pas nos adversaires qui s'en rendent euxmêmes coupables? Le principe fondamental des protestants est que l'Ecriture sainte est la seule règle de croyance que l'on doit suivre ; lorsqu'ils veulent établir un point de doctrine contraire à celle de l'Eglise, avonsnous tort d'exiger qu'ils le prouvent par l'Ecriture seule, sans lui donner un sens arbitraire ? Des explications, des commentaires, des argumentations, ne sont plus ÏEcriturc seule, ne soni leurs propres imaginations;
lorsque nous leur donnons des explications fondées sur une tradition constante, ils les rejettent, et ils veulent que nous admettions les leurs qui ne sont fondées sur rien.
Il est faux que nos controversistes aient jamais manqué de montrer et de prouver nos principes. Ils ont d'abord établi îe principe opposé à celui des protestants ; savoir, que l'Ecriture sainte n'est pas la seule règle de foi , mais qu'il faut encore consulter la tradition, soit pour suppléer au silence de l'Ecriture , soit pour prendre le vrai sens de ce qu'elle dit ; et ils ont prouvé ce principe par l'Ecriture sainte elle-même, aussi bien que par l'usage constant suivi dans l'Eglise depuis sa naissance jusqu'à nous, et par des raisonnements tirés de la nature même des choses. Voy. Ecriture sainte.
Dans la discussion des diverses questions particulières, nos controversistes n'ont jamais manqué de prouver la vérité de la croyance de l'Eglise par l'Ecriture sainte , aussi bien que par la tradition. Il est donc absolument faux que nous ayons jamais refusé de produire nos titres; mais nous avons toujours soutenu et nous soutenons encore que les protestants n'avaient aucun droit d'exiger de nous cette complaisance, parce que ce sont des agresseurs injustes, sans caractère et sans mission. Des plaideurs condamnés par les magistrats ont-ils droit de forcer le:irs juges à prouver la justice de leur arrêt par le texte des lois, et à répondre à toutes les objections que l'on peut leur opposer?
Mosheim et son traducteur disent que Nicole et d'autres établirent la défense du papisme sur le seul principe de la prescription. Si par prescription l'on entend seulement la possession dans laquelle l'Eglise catholique était de sa doctrine depuis quinze siècles, le fait avancé par ces deux critiques est faux. Lorsque nous rapporterons, au mot Protestants, les arguments de Nicole, on verra qu'il a insisté sur cinq ou six autres raisons très-solides. Plusieurs calvinistes à la vérité ont essayé de lui répondre, principalement le ministre Jurieu, dans un livre intitulé : Préjugés légitimes contre le papisme, qui n'est qu'un recueil d'accusations calomnieuses.
Le ministre Claude voulut prouver qu'un protestant, avec l'esprit le plus borné, pouvait plus aisément se convaincre de la vérité de sa religion qu'un catholique ; c'est un paradoxe dont la fausseté saute aux yeux.
Touchant Y Histoire des variations , composée par le savant Bossuet, ils soutiennent que l'Eglise romaine, mais surtout les papes, ont souvent varié dans leur doctrine et clans leur discipline, que c'est le sentiment des théologiens français. Pure calomnie. Ils disent que YExposition de la Foi catholique, composée par le même auteur, fut d'abord condamnée par un pape, et ensuite approuvée par un autre ; qu'elle fut censurée par l'université deLouvain, et même parla Sorbonne en 1671. Trois faits absolument faux. Basnage a fait son Histoire de l'Eglise en deux volumes in-folio, pour prouver que l'E
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Elise catholique a varié sur la plupart des articles de sa doctrine; il était bien sûr qu'aucun théologien catholique ne ferait deux volumes in-folio pour le réfuter.
Cependant nos adversaires sont forcés d'avouer que les travaux des controversées catholiques fuient suivis de la conversion de plusieurs princes, et même de plusieurs savants protestants ; mais ils prétendent que ce fut moins un effet des raisons théologiques que des motifs temporels. Ils ont donc lu dans les cœurs de tous ces .iivers personnages, pour connaître la vraie cause de leur changement de religion?
PKESENCE RÉELLE. Voy. Eucharistie, § 1 et suivants.
PRÉSENTATION DE JÉSUS - CHRIST AU TEMPLE. Voy. Purification.
Présentation de la sainte Vierge , fête qui se célèbre dans l'Eglise romaine, le 21 novembre, en mémoire de ce que la sainte Vierge fut dans son enfance présentée au temjile, et consacrée à Dieu par ses parents. C'est une ancienne tradition qu'il y avait, dans le temple de Jérusalem, déjeunes filles qui y étaient élevées dans la piété, et qui y vivaient dans la retraite. Il est dit dans le second livre des Machabées, c, m, v. 19, que quand Héliodore voulut enlever par violence les trésors du temple, les vierges renfermées couraient vers le grand prêtre Onias. De ce nombre ont été Josabeth, femme de Joiada, IV Reg., c. xi, v. 2, et Anne fille de Phanuel, Luc, c. ii, v. 37. L'on a présumé qu'il en était de môme de la sainte Vierge; c'est le sentiment de saint Giégoire de Nysse, Serm. in Nat. Christi, 779, et c'est ce qui a fait instituer la fète de la Présentation de la sainte Vierge.
Elle était déjà célébrée chez les Grecs dans le xne siècle ; l'empereur Emmanuel Commène en parle dans une de ses ordonnances rapportée par Balsamon ; nous avons sur cette fète plusieurs discours de Germain et de saint Turibe, patriarches de Constantinople. Le pape Grégoire XI, informé de cet usage des Grecs, l'introduisit en Occident l'an 1372 ; trois ans après, le roi Charles V la fit célébrer dans sa chapelle, et en 15S5 Sixte-Quint oi donna que l'on en récitât l'office dans toute l'Eglise. Vies des Pères et des Martyrs, loin. XS, pag. 3153 ; Thomassin, Traité des fêtes, livre n, chap. 20, n. 7. Présentation de Notre-Dame ; c'est le nom de trois ordres de religieuses. Le premier fut projeté en 1G18 par une fille pieuse, appelée Jeanne de Cambrai; mais il ne fut pas établi. Le second le fut en France vers l'an 1627, par Nicolas Sanguins, évoque de Senlis ; il fut approuvé par Urbain Vlil, mais il ne lit pas de progrès. Le troisième fut institué en lG6i par Frédéric Boiromée, visiteur apostolique de la Valteline. Ayant obtenu des habitants de Morbegno, bourg de cette contrée, un lieu relire et solitaire, ce prélat y établit une congrégation de filles, sous le titre de la Présentation de Notre-Dame, et il leur donna la règle de saint Augustin. Celles qui ont une maison à Paris sous le
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même titre sont des bénédictines mitigées. Hélyot, Histoire des Ordres rclig. [édition de Migne].
PRÊTRE. Ce nom signifie en général un homme destiné à remplir les fonctions du culte divin; te! est le sens du latin sacerdos, donné ou voué aux choses sacrées, et du grec hpôç , homme sacré. UpscS-jr^coç , mot duquel nous avons fait celui de prêtre, signitie non-seulement un ancien, un vieillard, mais un homme respectable et constitué en dignité. L'état et les fonctions des prêtres oui été différents dans les diverses religions, soit vraies, soit fausses; nous sommes obli* gés de les considérer sous ces différents aspects.
I. Il n'est aucune nation connue, soit dans les premiers temps , soit dans les derniers siècles , qui n'ait eu une religion , et par conséquent des prêtres; le bon sens a suffi pour leur faire comprendre qu'il ne convenait pas à toute personne de présider au culte de la Divinité , que par respect cette fontion devait être réservée au personnage le plus éminent d'une famille ou d'une société. Ainsi, dans les premiers âges du monde, les pères de famille étaient les ministres du culte sacré ; nous voyons Noé , Job, Abraham , Isaac, Jacob , offrir des sacrifices. Suivant cette coutume , aussi ancienne que le monde , les aînés des Israélites étaient naturellement destinés au sacerdoce , mais Dieu leur substitua la tribu entière des Lévites , parce que chez une nation qui allait se civiliser et former une société politique , il était convenable que les prêtres fussent un ordre séparé du peuple. — Les auteurs profanes sont d'accord avec les écrivains sacrés pour nous apprendre qu'originairement le chef de la iociété était le prêtre de sa tribu. M< lchisédech , Anius , les rois d'Egypte , de Sparte, de Rome, étaient souverains pontifes. Dans la suitelesempereursromainsvoulurent être revêtus de celte dignité : l'on a retrouvé le même usage parmi des peuples de l'Amérique; et à la Chine le plus solennel des sacrifices ne peut être offert que par l'empereur.
On trouve dans ÏHist. de VAcad. des Inscript., t. XV, in-12, page 143, l'extrait de deux mémoires sur les honneurs et les prérogatives accordés aux prêtres dans toutes les religions profanes. Il y est prouvé que les Egyptiens , les Ethiopiens , les Chaldéens , les Perses, les peuples de l'Asie mineure, les Grecs , les Romains , les Gaulois , les Germains, l'on peut y ajouter les Indiens et les Chinois, ont pensé et agi de même à cet égard, que tous ont regardé les prêtres comme les personnages les plus respectables de la société; que les ministres de toutes les religions profanes ont eu plus de crédit, de pouvoir et d'autorité que ceux de la vraie religion.
Il ne faut cependant pas s'é'.onner de ce que les incrédules, qui ne font aucun cas de la religion, qui voudraient même l'anéantir, ont fait tous leurs efforts pour avilir les prêtres et le sacerdoce ; ils se font gloire do
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ne pas penser comme le reste des hommes. lis disent qu'un étal auquel sont attachas des honneurs, de la considération, du crédit, doit nécessairement pervertir l'esprit et le cœur de ceux qui s'y trouvent é'evés, et doit en faire dos hommes dangereux. Celte observation ne tend à rien moins qu'à prouver que le mérite personnel , les talents, les lumières, l'expérience des affaires, sont des qualités dangereuses dans la société , parce qu'elles procurent nécessairement à celui qui les possède un degré de crédit et d'autorté qui le rend capable de nuire , s'il est méchant et vicieux. Par la môme raison il est très à propos de ne pas accorder beaucoup de considération aux philosophes, parce qu'elle leur pervertirait l'esprit et le cœur, et qu'ils ne manqueraient pas d'en abuser. En cela il nous donnent un très-bon avis. Ce sont les prêtres, disent-ils, qui ont forgé la religion pour leur intérêt; mais y avaitil des prêtres avant qu'il y eût une religion? Puisque dans l'origine ce sont les c'iefs de famille qui ont fait les fonctions du culte divin , il s'ensuit sans doute que ces pères de famille croyaient un Dieu, qu'ils avaient une religion , qu'il était de leur intérêt de la tiansmettre à leurs enfants, afin que ceuxci fussent des hommes et non des brutes. Supposer une époque dans laquelle tous les pères étaient des athées hypocrites , qui ont prêché un Dieu sans y croire, qui ont enseigné une religion sans en subir eux-mêmes le joug, qui ont agi pour leur intérêt personnel , sans envisager celui de leurs descendants et de la société , c'est pousser trop loin le ridicule et l'absurdité.
II. Nous n'avons certainement aucun intérêt à disculper les prêtres des fausses religions ; n^ius croyons qu'ils ont beaucoup contribué à entretenir les peuples dans leurs erreurs, mais il nous paraît juste de ne pas les accuser sans raison ; or , il n'y en a aucune de leur attribuer l'origine de toutes les superstitions et de toutes les fables qui ont infecté le monde entier, et les plaintes des philosophes incrédules, à ce sujet, viennent d'une pure prévention. En effet, au mot Paganisme, § 1", nous avons fait voir que "'erreur fondamentale des fausses religions qui est la pluralité des dieux, n'est venue d'aucune imposture , mais du penchant naturel à l'esprit humain de supposer partout des esprits, des génies, des intelligences , et de leur attiibuer les qualités de l'humanité; beaucoup d'autres imaginations fausses ne sont que des conséquences de celle - là ; nous le prouverons ailleurs. Voy. Superstition.
Il y a pour le moins autant de raison d'imputer les anciennes erreurs religieuses aux philosophes qu'aux prêtres. On sait que , dans tous les pays du monde , ceux que les nations appelaient les sages , étaient tout à la fois leurs prêtres et leurs philosophes , que le culte divin était une partie essentielle de la magie, c'est-à-d.re de la philosophie. Suivant le témoignage d'Hérodote, les sages d'Egypte étaient en même temps philo-
sophes , législateurs et prêtres de leur nation. Les mages des Chaldécns étaient plus occupés de philosophie que de religion.
Les gymnosophistes des Indes, prédécesseurs des brahmes d'aujourd'hui, cultivaient également ces deux études. Chez les Chinois, les lettrés seuls peuvent devenir mandarins, et présider en cette qualité à certains sacrifices. Dans la Grèce et à Home , le sacerdoce était une magistrature; les ('pieuriens même ne faisaient pas scrupule de l'exercer , et Cicéron ne voulait pas que la religion fût séparée de l'étude de 1* nattwe , de Divinat. , 1. h, in fine. Les druides gaulois , les prêtres germains étaient les seuls philosophes de ces deux nations. Si tous ces gens-là ont forgé , nourri, perpétué les erreurs , est-ce plutôt en quai. té de prêtres qu'en qualité de philosophes? Les philosophes plus que les prêtres ont été les fermes soutiens de l'idolâtrie contre les prédicateurs de l'Evangile; ce sont eux et non les prêtres qui ont écrit contre le christianisme ; Celse , Julien, Cécilius dans Minutius- Félix, Porphyre , Jamblique , Maxime de Madaure, etc., n'étaient pas prêtres, mais philosophes de profession. C'est à eux que nos apologistes reprochent d'avoir allégué en faveur ne l'idolâtrie 1 s prétendus prodiges opérés , et les oracles rendus par les dieux; d'avoir accusé les chrétiens d'athéisme et d'impiété , et d'avoir excité contre eux la haine des magistrats et la lureur du peuple. III. Nos adversaires ont encore été moins équitables à l'égard du sacerdoce judaïque. Chez les Juifs, les prêtres formaient une tribu particulière , ma s leurs fonctions se bornaient au culte divin; ils n'avaient aucune part au gouven emenl civil. Les juges que AJoïse, par le conseil de Jéthro , éa.jlit pour décider h s contestations des Israélites, furent choisis dans chaque tribu ; Exod. , c. xvin , v. Hi ; Deut. , c. i , v.- 15. Dans lo nombre de quinze chefs qui ont go rverné succejsivement la nation , il n'y a eu do prêtres que Héli et Samuel, encore est -il douteux si ce dernier était de la tribu de Lévi. En comparaison des autres tribus , le sort des lévites n'était rien moins qu'avantageux ; leur vie était précaire , ils ne possédaient point de terres labourables , ils vivaient des dîmes et des oblations ; lorsque le peuple se livrait à l'idolâtrie et oubliait la loi de Dieu , la subsistance des prêtres était fort mal assurée. 11 faut que leur tribu ait été la moins florissante , puisque c'était la moins nombreuse. Ils rendaient les mêmes services que les prêtres égyptiens, sans avoir les mêmes privilèges. Outre les fonctions qu'ils avaient à remplir dans le temple , ils étaient dépositaires des archives , des lois , de l'histoire de la nation ; Moise leur avait confié ses livres. Ils devaient régler le temps ot l'ordre des fêt s , par conséquent le calendrier; ils gardaient les titres du partage des terres fait entre les tr.bus, et les généalogies sur lesquelles ce partage était fondé. En cas de doute sur le sens de.s lois , ils devaient les expliquer , veiller uux
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purifications et aux abstinences ordonnées Ce fait étrange paraît être arrivé imcnédiapar la loi, vérifier l'état des lépreux et des tement après la mort de Josué, quoiqu'il ne lieux infectés de contagion , etc. H n'est pas soit rapporté qu'à la fin du livre des Juges. étonnant que Moïse les eût dispersés dans Alors le gouvernement était démocratique toutes les tribus, puisqu'ils étaient néces- chez les Israélites. Phinées, petit-fils d'Aasaires partout. L'histoire dépose que sou- ron, qui était grand prêtre, n'avait aucune vent ils ont résisté aux entreprises injustes autorité politique : la guerre contre les Benêt téméraires des rois ; aussi ceux-ci devin- jamiles fut résolue par une délibération unarent despotes lorsqu'ils se furent arrogé le nirae des tribus, et sans le consulter, Jud., droit de disposer du sacerdoce , et qu'ils c. xx, v. 7. L'historien remarque qu'alors il eurent dépouillé les prêtres de toute espèce n'y avait point de roi ou de chef dans Israël, d'autorité. Us étaient obligés de quitter leur et que chacun faisait ce qui lui semblait bon, demeure pour aller remplir leurs fonctions c. xxi, v 14. Ce n'est donc pas ici le lieu de dans le temple ; pendant tout le temps de s'en prendre au mauvais gouvernement des leur service il leur était défendu de rien prêtres. Nous ne nous arrêterons pas à réboire qui pût enivrer, et d'habiter avec leurs pondre aux objections que les incrédules épouses ; il y avait peine de mort s'ils étaient ont faites contre les autres circonstances do entrés dans le temple sans être purifiés et cette narration; elles viennent uniquement revêtus de leurs habits sacerdotaux , s'ils de ce qu'ils ignorent ou feignent d'ignorer la avaient mis sur l'autel un feu étranger, s'ils grossièreté des mœurs des anciens peuples, avaient osé pénétrer dans le sanctuaire, etc. et qu'ils ne veulent avoir aucun égard à la Suivant les traditions juives rapportées par manière très-briève dont les écrivains sacrés Reland, Antiq. sacr. vet. Hebr., pag. 92, la rapportent les événements, multitude de rites , d'abstinences , de pré- IV. Mais c'est surtout aux prêtres du cautions imposées aux prêtres, était un vé- christianisme que les incrédules, en marchant ritable esclavage. On ne doit pas oublier sur les traces des protestants, ont déclaré la qu'après la captivité de Babylone, ce fut -guerre. Ces derniers prétendent que, dans le une famille de prêtres qui , par des prodiges commencement de l'Eglise, il n'y avait ni hiéde valeur, affranchit la nation du joug tyran- rarchie ni distinction entre les ministres de nique et cruel des rois de Syrie. la religion et les laïques; que les prétrei Cela n'a pas empêché les incrédules mo- étaient simplement les anciens, ou les homdernes de représenter les prêtres juifs com- mes les plus distingués par leur mérite et me les sangsues et les fléaux de leur repu- par leur rang dans la société ; que le chanblique ; ils se sont prévalus d'un fait rap- gement de discipline sur ce point a été l'ouporté dans le livre des Juges. Il est dit que vrage de l'orgueil du clergé. Aux mots Evède jeunes débauchés de la ville de Gabaa, que, Hiérarchie, etc., nous avons réfuté dans la tribu de Benjamin, abusèrent si cette imagination des protestants; et à l'articruellement de la femme d'un lévite, qu'elle cle Clergé, nous avons fait voir que la naen mourut. Ils voulurent outrager le lévite ture du sacerdoce évangélique exigeait que lui-même d'une manière impudique, malgré ceux qui en sont revêtus fussent un ordre les remontrances d'un vieillard qui lui avait particulier et distingué des laïques, accordé l'hospitalité, Jud., c. xix. Dans l'ex- Basnage, Histoire de VEglise, tome I, liv. i, ces de sa douleur, ce lévite coupa en mor- chap. 7, § 3, soutient que, dans les premiers ceaux le cadavre de sa femme, et les envoya siècles, de simples prêtres pouvaient ordonaux différentes tribus pour les exciter à la ner d'autres prêtres sans l'intervention d'auvengeance. Les Israélites, indignés de voir cun évêque; il cite en preuve le passage de renouveler parmi eux les abominations de saint Paul de la première Epître à Timothée, Sodome, s'assemblèrent, sommèrent les Ben- c. iv, v. \k, où il dit : Ne négligez pas la jamites de livrer les coupables; et, sur leur grâce qui est en vous et qui vous a été donnée refus, ils leur déclarèrent la guerre. Dans les par l'inspiration divine, avec l'imposition des deux premiers combats les Benjamites furent mains du presbytère. Or, reprend Basnage, le vainqueurs : Dieu le permit pour punir les presbytère est l'assemblée des préires. Il autres tribus d'avoir agi par passion et sans ajoute que le sentiment de saint Jean Chryl'avoir consulté. Confus et repentants de leur sostome, qui l'entend autrement, ne fait pas faute, les Israélites le consultèrent enfin; ils preuve. Il ne tenait qu'à lui d'apprendre de suivirent les avis du grand prêtre; ils surpri- saint Paul lui-même le vrai sens de ce pasrent les Benjamites et les taillèrent en pièces, sage. L'Apôtre écrit au même Timothée, à la réserve de six cents hommes qui prirent Epist. Il, c. i, v. 6 : Je vous avertis de resla fuite. — Voyez , disent les incrédules , susciter la grâce de Dieu qui est en vous par comme les prêtres et les lévites furent tou- l'imposition de mes mains. Saint Paul, apôiours prêts à faire répandre du sang pour tre, n'était-il que prêtre? Aucun des autres leur intérêt. Mais il était moins question, exemples cités par Basnage ne prouve ce dans cette circonstance, de venger un lévite qu'il veut.
que d'exécuter la loi de Dieu, qui défendait Un point essentiel est de justifier contre
sous peine de mort les abominations dont les reproches des incrédules le degré d'au-
les habitants de Gabaa étaient coupables. Les torilé temporelle dont les prêtres se sont
Benjamites, de leur côté, étaient punissables trouvés revêtus dans certains siècles; nous
pour avoir refusé de faire justice et pour avoir sommes donc obligés d'en examiner l'ori-
pris les armes par un esprit de révolte. gine, d'en suivre les progrès, d'en cousidé-
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rcr les effets et les, conséquences. Quoique nous en ayons déjà parlé ailleurs, il est bon de confirmer ce que nous en avons dit par de nouvelles réflexions. Lorsque Jésus-Christ a institué le sacerdoce de la loi nouvelle, il n'y a point attaché de pouvoir civd ni politique, il n'a pas même voulu l'exercer luimême, Luc, c. xiv, v. 14. Il a chargé ses apôtres d'enseigner toutes les nations, de consacrer l'eucharistie, de donner le Saint- Esprit, de remettre les péchés, de faire même des miracles pour soulager les malheureux, mais non d'exercer aucune fonction civile. Quand il leur a promis de les placer sur douze sièges pour juger les douze tribus d'Israël, il a voulu sans doute leur confier le gouvernement spirituel de l'Eglise, et non le soin des affaires temporelles. Mais si les fidèles, convaincus des lumières, de la probité, de la sagesse de leurs pasteurs, les ont souvent pris pour arbitres de leurs intérêts temporels, ferons-nous un crime à ceux-ci de s'être attiré la confiance de leurs ouailles et d'en avoir usé pour maintenir la paix? Lorsque saint Paul exhorte les chrétiens à terminer toutes leurs contestations par des arbitres, il ne les renvoie point au jugement des prêtres : il dit, au contraire, que celui qui est enrôlé dans la milice du Seigneur ne se mêle point des affaires séculières, Il Tim., c. h, v. 4. Mais quelquefois un prêtre se trouve forcé de s'en mêler par charité, pour prévenir le mal et procurer le bien.
Lorsque les empereurs eurent embrassé le christianisme, et qu'ils connurent les talents, les vertus, le zèle charitable des évêques, Us les chargèrent de veiller sur plusieurs objets d'utilité publique, de la visite des prisons, de la protection des esclaves, du soin des enfants exposés, du soulagement des pauvres et des misérables, de la police contre les jeux de hasard et les lieux de prostitution, etc. On le voit par les lois de ces princes; ils espérèrent que tous ces devoirs de charité seraient mieux remplis par les pasteurs que par les magistrats, surtout lorsque ceux-ci étaient encore païens; ils ne furent pas trompés. Les prêtres et les évêques pouvaient-ils se dispenser de répondre à cette marque de confiance du gouvernement? On les accuse de l'avoir fait par ambition, par l'empressement de se rendre importants, pour acquérir ainsi du crédit, de l'autorité, du pouvoir. Mais déjà ils s'étaient acquittés de la plus grande partie de ces soins sous le règne des empereurs païens, lorsque cela ne pouvait leur procurer aucune espèce de considération. Jésus-Christ avait dit à ses apôtres, Matth., c. x, v. 8 : Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Lorsque les pasteurs n'eurent plus ces pouvoirs surnaturels, ils ne durent pas pour cela se croire dispensés de soulager les malheureux par des secours naturels. Après l'invasion des barbares, qui traînaient à leur suite l'ignorance et le désordre, les services des ministres de la religion devinrent encore plus nécessaires; eux seuls conservaient quelques
notions de la justice et des lois. Les rois francs, Clovis et ses successeurs, donnèrent leur confiance aux évoques ; ils leur attribuèrent le jugement de plusieurs affaires, à cause de leurs lumières, de leur probité, do leur désintéressement, et parce qu'ils avaient contribué beaucoup à soumettre les peuples à cette nouvelle domination. Les peuples, de leur côté, préféraient d'être jugés suivant les lois romaines, connues des clercs seuls, plutôt que suivant le code brutal des bar- Lares; ainsi s'établit la juridiction temporelle du clergé. Peut-on légitimement lui en faire un crime?
Pendant les siècles d'anarchie, de désordre, de brigandage, qui suivirent le règne de Charlemagne , les peuples Opprimés et malheureux ne trouvèrent de ressource que dans la charité de leurs pasteurs. Il n'est pas étonnant que l'on ait accordé de grands biens, des honneurs, des prérogatives à celui des ordres de l'Etat duquel on tirait le plus de services. Dans le temps que ces biens furent donnés au clergé, ils étaient à peu près de nulle valeur, puisqu'une partie de la France était presque déserte; il fallait les remettre en culture. L'adminislration de la justice lui fut confiée, parce que les laïques n'étaient plus en état de s'en acquitter. On a beau dire que tout cela fut un effet de l'ambition et de la rapacité des prêtres, ce reproche , dicté par une ignorance malicieuse, est réfuté par l'histoire. Nous soutenons que cette révolution fut l'effet de la nécessité et des circonstances. Nous ne prétendons pas qu'il n'en est résulté aucun abus; que l'application des prêtres aux affaires temporelles n'a jamais nui aux soins spirituels qu'ils devaient aux peuples; qu'ils ont toujours eu raison de vouloir conserver ce qui leur était acquis par une très-longuo possession : la vertu la plus pure n'est pas toujours assez éclairée pour voir le sage milieu qu'il faudrait garder, pour apercevoir ce qui convient le mieux, eu égard au changement des temps, des mœurs, des circonstances. Mais qu'en résulte-t-il? Que le caractère sacré des prêtres ne les met pas à couvert des faiblesses de l'humanité; que souvent ils sont entraînés comme les autres hommes par le torrent des erreurs et des mœurs de leur siècle. Mais il n'est pas moins vrai que les narrations scandaleuses, les déclamations outrées, les calomnies que les protestants, aussi bien que les fncrédules, se sont permises à ce sujet contre le clergé, sont aussi injustes qu'absurdes. Nous ne prendrons donc pas la peine de répondre en détail aux invectives de ces derniers contre les prêtres; si on voulait les en croire, tout ministre de la religion est un mauvais citoyen, un ennemi de sa patrie et de ses semblables, un monstre pétri de tous les vices. Ces traits de fureur et de démence, dont leurs écrits sont remplis , suffiront pour les rendre méprisables aux yeux de la postérité. Voy. Clergé, Hiérarchie, Presbï-
TÉRANISME.
PRÊTRISE, l'un des trois ordres majeurs,
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je premier après l'épiscopat. Les théologiens je définissent, ordre sacré qui donne le pouvoir de consacrer le corps et le sang de Jésus-Christ, de l'offrir en sacrifice, et de remettre les péchés. Au mot Ordination nous avons prouvé que c'est un sacrement, puisque c'est une cérémonie que Jésus-Christ a éta; lie, qui attache un homme à un état distingué de celui du peuple, qui lui imprime par conséq ent un caractère, qui lui donne des pouvoirs surnaturels, qui lui impose des devoirs particuliers, et lui donne a gr ce nécessaire pour les remplir; nous 'avons fait voir par des textes formels de 'Ecriture sainte, et nous en avons encore cité plusieurs au mot Hiérarchie. Au mot Sacrifice, nous prouverons qu'aucune religion ne peut subsiste!- sans sacrifice, ni conséquemment sans sacrificateurs; que dans toutes 1 s religions du mo,.de les sacrificateurs ont été des personnages distingués du peuple, et déjà dans l'article précédent, nous venons de montrer que c'est Dieu lui-même qui l'a ainsi réglé.
Sur ce fondement le concile de Trente a dit anathèrae à quiconque ose enseigner que, dans le Nouveau Testament, il n'y a point de sacerdoce extérieur et visible; que l'ordination ne donne point le Saint-Esprit, que vainement les évêques se flattent de ce pouvoir, que l'imposition de leurs mains n'imprime aucun caractère, que celui qui est prêtre peut redevenir simple laïque, etc. Sess. 3, can. 1 et k. C'était la doctrine des
Srotes'ants, et ils la soutiennent encore, lus dans le temps même que les prétendus réformateurs s'attachaient ainsi à dépiimer le sacerdoce de l'Eglise catholique, ils se créaient à eux-mêmes un pontificat et une autorité bien supérieure à celle des prêtres. Luther se qualifiait évangéliste de Wirtemberg par l'autorité de Dieu même; il décidait à son gré du culte religieux; Calvin en agissait à Genève d'une manière encoie plus despotique, et chaque piédicant faisait de même partout où il trouvait des sectateurs assez dociles pour se ranger sous sa conduite. Pendant que ces p.isteurs de nouvelle création enseignaient que les prêtres ne peuvent tenir leurs pouvoirs que du peuple, ils auraient fait un beau bruit, si le peuple avait entrepris de leur ôter l'autorité de laquelle ils s'étaient eux-mêmes revêtus.
Dans l'Eglise catholique, l'ordination des prêtres se fait avec beaucoup de cérémonies. L'évoque, après avoir récité les litanies et d'autres prières, met ses deux mains sur la tùte de chacun des ordinands, et tous les prêtres qui sont présents en font autant, sans prononcer aucune formule. Mais immédiatement après, pendant que tous tiennent les mains étendues sur les ordinands, l'évoque prononce sur eux une prière par laquelle il demande à Dieu pour eux le Saint- Esprit et la grâce du sacerdoce, et il le supplie de les consacrer lui-même au ministère de ses autels. En second Leu, l'évêque leur fait aux mains l'onction du saint chrême, avec une prière relative à cette action. En-
suite il présente et fait toucher à tous les vases qui contiennent le pain et le vin destinés au saint sacrifice, en Jeur disant : « Recevez le pouvoir d'offrir le sacrifice a Dieu, et de célébrer des messes pour les vivants et pour les morts, au nom du Seigneur. » Conséquemment ces nouveaux prêtres récitent avec l'évêque les prières du canon et consacrent avec lui. Après la messe, l'évêque leur impose de nouveau les mains, en leur disant : « Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux auxquels vous les remettre', etc. »
C'est une question parmi les théologiens de savoir quelle est, dans cos différentes cérémonies, celle qui constitue l'essence de l'ordination sacerdotale; on demande si c'est la première imposition des mains faite par l'évêque et par les prêtres assistants, avec la prière qui l'accompagne; si la porrection des instruments du saint sacrifice qui se fait ensuite, est ou n'est pis de l'essence de cette ordination. Le sentiment le plus commun est que cette seconde cérémonie est accessoire et non essentielle à la validité de l'ordination, et l'on en apporte plusieurs preuves. On dit, 1" saint Paul parlant de la grâce du sacerdoce, dit à Timothée, qu'elle lui a été donnée par la prière avec l'imposition des mains du presbytère ou de l'assemblée des prêtres; il ne fait mention d'aucune autre cérémonie ; 2° dans tous les monuments de l'histoire et de la discipline ecclésiastique, avant le x' ou le xr sièoe, il n'est pas question de la porrection des instruments, mais seulement de l'imposition des mains pour l'or.Jination des prêtres; 3" cette porrecion des instruments du sacrifice n'a lieu ni chez les Grecs, soit catholiques, soit schismatiques, ni chez les jacobites, nichez les nestonens; cependant l'Eglise catholique regarde comme valide la prêtrise de ceux qui ont été ordonnés dans ces différentes sectes. Ces raisons doivent paraître solide*.
Cependant le P. Merlin, jésuite, a fait, en 1745, un traité historique et dogmatique sur les formes des sacrements, dans lequel il donne lieu de douter si la porrection des instruments n'est pas essentielle à l'ordination sacerdotale, et si les preuves du contraire sont aussi solides qu'elles le paraissent d'abord.
En premier lieu, il observe et il prouve, par des passages formels des Pères, que jusqu'au xne siècle l'on s'est abstenu de mettre par écrit dans le dernier détail les rites et les formes des sacrements; que l'on a scrupuleusement observé ce que l'on appelait le secret des mystères; que telle a été la discipline de l'Eglise dès les premiers siècles. C'est pour cela que la liturgie n'a été mise par écrit qu'à la fin du ive siècle, et que les apôtres mêmes se sont abs;enus de prescrire dans leurs lettres les r.tes et les formes des sacrements. 11 n'est donc pas étonnant que saint Paul désigne 1 o.dination sous le nom seul d imposition des mains jointe à la [trière; il n'était pas nécessaire d'en dire davantage à Timothée, instruit
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