‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 225 sur 228 · VUS · texte numérisé non relu

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mais il esl certain que la première institution est antérieure a cette époque au moins de deux cents ans; et il est étonnant que Bingham, si instruit d'ailleurs des antiquités ecclésiastiques, ait ignoré ce fait. C'est encore mal à propos qu'il soutient contre Baronius.que dans l'origine cette tête ne regardait pas la purification de la sainte Vierge, mais la rencontre du Seigneur, comme son nom le témoigne, puisque saint Grégoire de Nysse a réuni ces deux: objets dans la célébration de la fête. Quoiqu'on ne sache pas précisément l'époque à laquelle elle a été introduite dans l'Occident, il paraît que l'on ne peut pas la reculer plus tard que le pontificat (ieGélase Ier.

Plusieurs auteurs ecclésiastiques ont pensé que l'intention de ce pape fut de substituer la cérémonie de la Chandeleur aux lustrations ou purifications que les païens faisaient des villes et des campagnes , au mois de février, en l'honneur do Pluton et des dieux mAnes. Cela peut être; mas il n'est pas hors de propos de remarquer avec quelle facilité les païens avaient changé en superstitions les usages les plus innocents. Comme c'est au mois de février que viennent les premiers beaux jours, c'est aussi dans ce mois que les laboureurs recommencent les tiavaux de la campagne, et la première chose qu'ils font est de brûler sur la terrele chaume qui reste des moissons, les herbes sèches et les racines qui généraient l'action de la charrue. Des ignorants superstitieux s'imaginèrent que ces feux allumés dans la campagne étaient une cérémonie religieuse fort utile aux succès de l'agriculture ; ils la dédièrent aux mânes qui sont censés demeurer dans la terre, et à Pluton , dieu des enfers ; et le mot februum, l'action d'allumer du feu, signifia dès ce moment une purification religieuse, et donna son nom au mois de février. — Ceux qui ont imaginé que l'usage d'allumer des cierges et de les porter en procession le jour de la Chandeleur est un reste du paganisme ou de superstition païenne, ont trèsmal rencontré ; c'a été au contraire un préservatif établi contre les idées des païens ; il en a été de môme de la plupart des anciennes cérémonies de l'Eglise. V. Cérémonie.

PURI.M, fête des Sorts. Voy. Esther.

PURITAINS ou Presbytériens. Voy. Anglicans.

* PUSÉYSME. Il est de la destinée de toute confession chrétienne qui se sépare de l'Eglise catholique d'altérer profondément le christianisme. L'anglicanisme, quoiqu'il eût conservé une hiérarchie puissante, quoique son épiscopal se trouvât à la tête de renseignement religieux pour le diriger, porta une grave atteinte aux principes religieux et moraux, changea et corrompit les formules des prières publiques pour leur en substituer d'autres pi js conformes à l'esprit mondain. Le mal devint si grand vers 18ol), qu'il se forma au célèbre collège d'Oxford une école pour ramener l'anglicanisme à sa vérité primitive. Vers 1835, commencèrent à paraître les traités pour les temps présents, dans lesquels on essayait de ramener le christianisme protestant à un meilleur esprit. Les docteurs Pusey et Newman y déployaient

beaucoup de zèle el de talent. Il sortit de leurs plumes une suite de Tracts qui attaquaient avec vivacité le relâchement dans les croyances et dans la morale. Fis défendaient avec vivacité le symbole de saint Àtlianase ; ils essayaient de prouver que Tépiscopat anglican remontait aux apôtres sans interruption. Des ouvrages écrits dans cet esprit étaient de nature a faire une profonde impression sur l'anglicanisme-. i!e nombreux champions de celte Eglise se présent rent à leur tour dans l'arène. Ils attaquèrent vivement la nouvelle école et l'accusèrent de conduire le protestantisme au caiholicisme. Les puséyslcs répondirent par de nouveaux Tracts dans lesquels ils montraient par des témoignages incontestables que l'anglicanisme s'était profondément éloigné de la doctrine primitive. C'était en appeler à la tradition : chacun se mit a la parcourir. Les anciens missels et les anciens bréviaires romains furent feuilletés. Les anglicans, tout étonnés d'y trouver une mi ne extrêmement riche, y puisèrent et composèrent plusieurs: ouvrages de piété dont tout le fond avait élé pris dans nos livres liturgiques. Nos plus belles hymnes furent transportées en Anglelerre ; nos cérémonies y furent élablies ; on revêtit le surplis, la confession fut introduite dans l'école d'Oxford, etc. C'était se rapprocher du catholicisme. Il y avait encore loin de la à la doctrine catholique. Voici comment l'auteur des notesde l'édition Le for t. expose les principales doctrines de l'école puséyste.

< Essentiel à l'existence de ton le Eglise, l'épiscopat esl d'institution divine, et n'est pas seulement, comme l'entendent quelques théologiens anglicans, une institution utile, un moyen. Les luthériens, le.» réformés de France et autres pareils, sont hors de l'Eglise : donc, avec eux, point de communion. On insiste avec force sur les prérogatives de l'Eglise, l'obéissance qui lui esl due en vertu du baptême, la présence mystique et perpétuelle de Noire-Seigneur dans l'Eglise, l'insuffisance de l'Ecriture séparée de la tradition et la nécessité de celle-ci, enfin sur l'importance des symboles. Le principe du salut par la foi seule, principe qui semble avoir été ratifié par l'Eglise anglicane, est réprouvé comme une erreur pestilentielle. Sur la justification, à quelque différence dans le langage près, on ne s'écarte guère du concile de Trente. On est d'assez bonne composition sur les sacrements, et l'on serait disposé a en admettre plus de deux, ne fût-ce qu'en faveur de l'ordination. Mais sur ce point, les idées de l'école ne paraissent pas encore très-arr.tées. Il faut en dire autant, ce semble, de sa doctrine sur la sainte Eucharistie. Elle en parle, à la vérité, avec beaucoup de chaleur et catholiquement, le dogme de la Transsubstantiation, excepté, lequel, néanmoins, parait avoir des partisans. Si, faute de comprendre son système, nous n'entreprenons pas d'en dire davantage sur cet important sujet, il nous faut déclarer toutefois que, sous un autre rapport, elle a bien mérité du christianisme. S'attachant à démontrer le pouvoir régénérateur du baptême, elle demande que ce sacrement soit administré avec sain, car beaucoup <!e membres de l'Eglise anglicane n'y ont vu et n'y voient encore qu'une cérémonie, qu'un symbole. Souvent, par suite de ce dédain, on a baptisé ave, une extrême négligence, ou bien l'on n'a pas baptisé <ia tout. L'exacte observance des rituels est te. me en grande estime par le puséysme ; il déplore les rudes mutilations qu'ils ont subies au seizième siècle, et il voudrait réclamer ce que le temps a enlevé aux débris conservés par la réformation. À cause de cela, il est radié par ses adversaires et quelquefois admonesté par les évoques. Contrairement aux idées d'un grand nombre d'anglicans, il exalte la dévotion liturgique et la place au-dessus des réunions religieuses pour la prière sociale et de famille. Il désirerait réunir les fidèles deux fois par jour aux offices de l'Efllise. Vous croyez peut •lie que la liturgie angli-

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<*ane est son idéal ? Nullement. Il la préfère sans doute de beaucoup aux trente-neuf articles, et infiniment aux livres des homélies ; mais il gémit d'y voir la marque de la rude main des réformateurs, surtout dans la liturgie eucharistique ( Communion service ). Quelques-uns, cependant, cherchent une manière d'adoucissement à leurs regrets, dans ce qu'ils considèrent comme une mystérieuse disposition de la providence : ils estiment que le service anglican, dont le caractère ,ténitentiel, et en quelque façon abaissé, contraste si fort avec la masse jubilante des alléluia du Bréviaire, est après tout peutêtre plus en harmonie avec la condition de l'homme pécheur.

« Les puséyslcs aiment tellement l'ascétisme de l'Egiise catholique, qu'ils semblent disposés à admettre que nos mitigations ont énervé la discipline. Ils aiment et les principes fou lamentaux de nos ordres religieux, cl nos spiriiualisles. En effet, l'anglicanisme est s: pauvre en spiriiualisles, que, quand on en veut, il faut bien les venir chercher parmi nous. L'école de Puscy poric un grand respect aux personnages illustres du moyen âge, et elle ne manque ordinairement pas de donner le titre de saint à ceux qui ont été canonisés. La réaction qui s'est opérée sous ce rapport est digne de remarque. Jusqu'à ces derniers temps, aucun protestant anglais n'aurait dit saint Anselme, ou saint Thomas de Canlorbéry, ou saint Bonavenlure, sans l'accompagnement obligé d'une moquerie ou d'un ricanement. Aujourd'hui, comme pour faire pièce aux partisans de l'ancienne mode, <les hommes respectables rendent hommage au mérite insulté et s'attachent à le louer. «Avant de clore cette impart' die esquisse, il faut cependant ajouter que l'école se formalise beaucoup des hommages dont les saints sont l'objet chez nous, i'.insi que du style des prières que nous leur adressons, ('.'est là son cheval de bataille. Elle cite, pour les disséquer avec une rigueur impitoyable, quelques-uns de nos livres de prières et quelques traits ardents de nos prédicateurs. Sans examiner si les passages critiqués sont en tout conformes aux règles de la prudence et d'une piété éclairée, nous devons dire <pic sous ce rapport les puséystes ont souvent montré très-peu de "candeur et de bonne foi. Mais il leur fallait un épouvantait, afin d'empêcher la désertion vers Rome de ceux qui, comme eux-mêmes, avaient conçu certains doutes sur la validité de l'anglicanisme. Les puséystes disent : « De fortes présomptions semblent s'élever contre l'anglicanisme, à cause de sou isolement. Où donc est alors la catholicité ? De fortes présomptions semblent également s'élever contre l'Eglise romaine, à raison de ce qui en elle porte l'apparence de l'idolâtrie. Où donc est alors la sainteté ? Dans ce dilemme, le mieux pour l'anglican, c'est de rester ce que la Providence l'a l'ait. »

Quoique le puséysme n'eût d'autre but que de renouveler l'anglicanisme, il se trouva amené à étudier le catholicisme. Un grand nombre de docteurs comprirent que la vérité appartenait à la seule Eglise romane. Ils abandonnèrent tout ce qu'ils avaient de plus cher au monde pour rentrer dans le giron de l'Eglise. Beaucoup d'autres docteurs ont résisté à l'appel de leurs amis, à l'impression de la grâce. Le mouvement vers le catholicisme est aujourd'hui arrè:é, espérons qu'il reprendra son cours et que le docteur Pusey, qui est le chef de la nouvelle école, donnera au monde l'exemple de ce courage religieux qui sacrifie tout à Dieu.

Nous croyons devoir terminer cet article par l'appréciation qu'un homme compétent a fait du pusey s aie.

« Les infirmités sous lesquelles succombait l'Efdise anglicane étaient arrivées à leur maximum, Lorsque tout à coup un esprit nouveau s'est manifesté dans sou sein, qui a fait concevoir aux angli-

cans 1 espoir d'arracher leur Eglise aux ruines qui menaçaient de l'écraser, et aux catholiques la confiance de voir un jour retourner au giron de l'Eglise de Jésus-Christ des frères dont ils déplorent l'égarement. Afin d'entraver cette œuvre de rénovation, les ennemis de l'Eglise anglicane ont eu reeours à un premier stratagème, celui de désigner par les noms de deux ou trois personnages ce mouvement régénérateur, espérant déguiser ainsi son universalité et lui ôler son caractère véritable pour le réduire aux proportions mesquines d'une doctrine individuelle. La conséquence de cette tactique a été de répandre, en Angleterre et sur le continent, l'opinion que le docteur Pusey, M. Newman et quelques autres célébrités de l'université d'Oxford, sont des hommes qui devancent leur église et qui cherchent à l'entraîner dans la voie où ils se sont eux-mêmes engagés de leur propre mouvement. Cette idée, qu'un grand nombre de catholiques paraissent partager, est complètement erronée : le docteur Pusey et M. Newman sont loin d'avoir de pareilles préventions, et c'est Fort gratuitement que leurs adversaires les représentent comme des chefs de secte; ils ne cessent de prolester contre l'abus qu'on fait de leurs noms : et d'ailleurs, pour quiconque est témoin de l'œuvre divine qui s'accomplit en Angleterre, il est imp >ssible, dans ce siècle d'indifférence, d'attribuer à la seule influence de quelques hommes des prodiges qu'une puissance surhumaine a seule pu opérer. Le docteur Pusey, M. Newman, etc., marchent avec leur église, mais ne la devancent pas ; ils se bornent à féconder par leur talent le merveilleux travail de renaissance dont Oxford est aujourd'hui le centre. Les nouvelles doctrines d'Oxford n'ont de nouveau que le nom dont on les pare; et l'on représente à tort comme une innovation ce qui n'est qu'une restauration, dont l'objet est de rendre graduellement à l'Eglise anglicane ses doctrines et ses traditions oubliées, ses pratiques laissées dans l'abandon. Les partisans de celte renaissance sont tellement opposés à toute idée d'innovation, qu'ils travaillent activement à purger leur église de tout ce que les réformateurs de ce dernier siècle y ont successivement introduit, afin de lui rendre son aspect primitif. C'est en appelant l'Evangile et la tradition à leur aide, qu'ils réparent lesbrèches du passé, et l'on peut dire que l'église anglicane se déprolestantise par chaque pas qu'elle fait en avant. Aussi une pareille restauration excile-t-elle la colère des puritains, qui s'ingénient à représenter, sous des couleurs odieuses, le clergé engagé dans cette croisade. Mais, en dépit de leurs violences, ce grand changement se réalisera de la manière dont s'opèrent tous les changements moraux; c'est-à-dire graduellement et peut-être d'une manière insensible. La persuasion, l'exemple de vies saintes agiront simultanément; l'influence du temps contribuera à adoucir las préventions, en accoutumant les oreilles à entendre certaines vérités ; et l'église prétendue réformée d'Angleterre renouera successivement les liens avec le passé, en proclamant chaque jour quelqu'une des doctrines et des pratiques de la religion catholique. Non-seulement, le mouvement n'est pas limité à Oxford; mais, depuis les grands journaux de Londres jusqu'à la plus obscure des publications de province, hostiles ou favorables à cette restauration, toutes les feuilles constatent des faits qui, dans leur ensemble, en démontrent l'universalité. L'Angleterre, l'Irlande, l'Ecosse, l'Amérique, l'Inde, toutes les colonies sont en proie au travail moral qui préoccupe à la fois le clergé et les fidèles. La vie laborieuse et évangélique des ecclésiastiques devient un louable sujet d'émulation pour les laïques; le langage de la chaire est mesuré, prudent, très-souvent orthodoxe, et le prédicateur insinue dans ses discours ce que les préjugés encore nombreux et l'instruction actuelle de son auditoire ne lui permettent pas de dire ouvertement ; à mesure que l'esprit catholique se rallume daus l'é-

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glise anglicane, L'humilité et la charité y remplacent I *s fausses vertus que Le protestantisme avait enfantées. 11 ne faut pas se dissimuler que ces manifestalions tic la grâce diviic ont pour résultat momentané d'attacher plus fortement que jamais les anglicans à le :r église. Comment, disent-ils, irions-nous chercher ailleurs la vérité, quand Dieu nous donne des preuves aussi éclatantes de sa miséricorde ? Pourquoi abandonnerions-nous une Eglise que sa grâce régénéra, et qui est en ce moment l'objet de si abondantes miséricordes?

< Une autre considération qui empêche le clergé anglican, même le plus avancé, de se séparer de son église, c'est que, si, au lieu de travaillera régénérer l'Angleterre et à instruire les populations dans le sens de la rénovation, il venait à se joindre aux catholiques, il livrerait par là au parti protestant de l'Eglise anglicane c s magnifiques monuments, héritage d'un passé glorieux, ces cathédrales, ces abbayes, ces collèges où tant de souvenirs catholiques semblent n'avoir échappé au marteau puritain que pour aider le clergé anglican â déproteslantiser l'Angleterre. Ainsi, pendant que nous assistons, d'une part, au retour vers des doctrines et des pratiques dont tout cœur catholique doit se réjouir, d'un autre côté cette régénération rend à l'Egide anglicane une vie qui allait s'éteindre en elle et relient dans son sein les membres qui étaient à la veille de l'abandonner. Mais, si la régénération de l'Eglise anglicane tend à éloigner les individus d'embrasser notre foi, celle régénération rapproche de nous et entraîne vers le centre de l'unité catholique l'Eglise anglicane tout entière : car, à mesure que la restaurai ion de l'esprit catholique augmente l'attachement du clergé anglican pour son Eglise.il augmente aussi dans son cœur le désir de voir son Eglise, comme corps, ne pas rester plus longtemps isolée, séparée de l'Eglise romaine et des autres Eglisesquisont en communion avec elle. Telle semble devoir été la marche du grand mouvement auquel nous assistons, du travail religieux dont le résultat final sera la conversion de l'Angleterre. »

PYGMÉES. On sait que sous ce nom les Grecs et les Latins désignaient un peuple fabuleux, des hommes qui n'avaient qu'une coudée de hauteur. Le prophète Ezéchiel, c. xxvh, v. 11, parlant de la ville de Tyr, de ses forces, de ses armées, fait mention des Gammadim qui étaient sur ses tours, et qui suspendaient leurs carquois contre ses murailles. Comme l'hébreu gomed signifie une coudée, la Vulgate a traduit Gammadim par Pigmœi, et ce terme a exercé les commentateurs. Le paraphraste chaldéen l'a rendu par Gappadim, les Cappadociens et les Septante par yvXaz«f, des gardes. La conjecture la plus vraisemblable est que le prophète, par Gamt:iadim,a entendu des guerriers de la ville de Gammadès dans la Palestine.

PYKRHONISME en fait de religion. Yoij.

Indifférence, Scepticisme.

PYTHON, terme grec duquel les Septante et la Vulgate se servent souvent pour exprimer les devins, les magiciens, les nécromanciens ; le mot hébreu qui y correspond est ob, au pluriel oboth; et par la manière dont celui-ci est employé, il y a lieu de conclure qu'il signifie non-seulement un devin, un sorcier, ou un esprit familier , mais le don, le talent ou l'a t de deviner, de découvrir les choses cachées, de prédire l'avenir, d'évoquer les morts.

Si l'on veut remonter h la signification pri-

mitive de ces deux termes, on ne se Irouvera pas peu embarrassé. Ob, disent les hébraïsants, signilie une outre, une bauteille, un vase creux et profond, Job,c. xxxu, v. 19 ; de là les rabbins concluent que oboth sont ceux qui parlaient du ventre, et en effet les Septante l'ont traduit quelquefois par engastrimythes, qui exprime la môme chose; mais le talent de parler du ventre ne donne pas celui de deviner ni de prédire l'avenir. D'ailleurs il n'est pas probable que les engastrimythes aient été fort communs dans la Judée, au lieu que les devins, les magiciens , les sorciers s'y multipliaient; les rois idolâtres les favorisèrent, les rois pieuxles punissaient et les chassaient ; Saiil en avait agi ainsi au commencement de son règne, ensuite il eut la faiblesse de vouloir les consulter; il alla trouver, dit l'historien sacré, une femme qui avait un o&,etlui dit : Devine-moi par Vob, ou évoque-moi la personne que je te désignerai ; ) Reg., c. xxvm, v. 8. Voy. l'art, suiv. De là on peut conclure que ob signilie souffle, esprit, inspiration, le commerce avec les esprits, etc. En effet, oboth, en hébreu, exprime aussi des soufflets ou des esprits follets. Abbouba, mot chai léen, où la racine ab, oub, est doublée, est une flûte, instrument à vent ; l'on y reconnaît aisément ambubaiœ , qui en latin signilie des joueurs de ilùles. Or, souffle, esprit , inspiration, sont synonymes dans toutes les langues ; ob est donc à la lettre un esprit ou une inspiration. — Quoi qu'il en soit, par la loi de Moïse il était sévèrement défendu de consulter les oboth, les esprits et ceux qui prétendaient en avoir : Levit., c. xix, v. 31 ; c. xx, v. 27 ; Dent., c. xvm, v. 11.

Le grec Python, disent les grammairiens, est dans la mythologie un serpent qui naquit du limon de la terre détrempée par les eaux du déluge ; il fut tué par Apollon, qui est le soleil ; de là le surnom d'Apollon Pythien, et de la Pythie qui recevait l'inspiration sur un trépied placé à l'ouverture de ),i caverne de Delphes. Mais quelle relation y a-t-il entre un serpent et l'art de deviner ou de prédire l'avenir? Pour nous, il nous semble qu'il y a ici une confusion de deux ou trois significations différentes. Pu, Py, est la puanteur, une vapeur, une exhalaison infecte et puante ; thon ou chton, est la terre ; ainsi l'on a très-bien aperçu que le prétendu serpent tué par Apollon, ce sont les exhalaisons de la terre détrempées par le déluge, dissipées par la chaleur du soleil. Mais thon, qui signilie la terre, signilie aussi bas et profond, un creux, une caverne ; python exprime donc littéralement exhalaison de la caverne. Comme la vapeur puante qui sortait de la caverne de Delphes faisait tourner la tète, on imagina qu'elle communiquait Je don de prédire l'avenir; ainsi le mot python exprima l'inspiration prophétique, de là les oracles de la Pythie, et toules les folies qui s'ensuivirent.

Cette discussion étymologique nous a semblé nécessaire pour démontrer que les Septante ni la Vulgate n'ont pas eu tort de

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rendre le mot hébreu obolh par le grec pythoncs ; jusqu'à présent les commentateurs ni les grammairiens ne paraissent pas avoir vu pourquoi ces deux mots sont synonymes.

PYTHONISSE, sorcière, devineresse, magicienne. Nous lisons, 1 Reg., c. xxviii, v. 7, que Saùl, inquiet touchant le succès de la bataille qu'il alhiit livrer aux Philistins, et ne recevant point de réponse du Seigneur, alla consulter pendant la nuit une pythonisse, à laquele il ordonna d'évoquer Samuel, mort depuis quelque temps; que ce prophète lui apparut en effet, et lui prédit que le lendemain il perdrait la bataille et y serait tué ; ce qui arriva.

Ce fiit a donné lieu à une question importante qui partage les anciens et les modernes : il s'agît de savoir si l'âme de Samuel a véritablement apparu et a parlé à Saùl, ou si ce qui est raconté à ce sujet n'est qu'un jeu et une supercherie de la part de la magicienne, qui feignit de voir Samuel, et parla en son nom à Saùl. On demande si cela arriva par la puissance du démon et par les forces de l'ait magique, ou si Dieu voulut que Samuel apparut par un effet miraculeux de la puissance divine , et non par aucun cil'et de la magie. 11 y a sur ce sujet une dissertation de dom Calmet, Bible d'Avignon, tome IV, page 71, et une du docteur Stackouse ; l'une et l'autre sont réunies dans la Bible de Chais, tome V. Nous allons en donner un court extrait.

Ceux qui tiennent pour la réalité de l'apparition de Samuel, comme saint Justin, Origène, Anastase d'Antioche, etc., ont cru que les démons avaient quelques pouvoirs sur les âmes des saints avant que Jésus- Christ descendît aux enfers. Saint Augustin, lib. ii, de Doctr. Christ., c. 32, ne trouve aucun inconvénient à dire que le démon fit paraître l'âme de Samuel. D ailleurs le récit de l'Ecriture dit expressément que Samuel parut, qu'il parla, qu'il annonça au roi sa mort prochaine et la défaite de son armée. La pythonissc n'était pas en état de faire une semblable prédiction. Ceux qui prétendent que Samuel n'apparut point, sont partagés entre eux : les uns, comme ïertullien, saint Basile, saint Grégoire de Nysse, croient que ie démon prit la forme de Samuel, et parla ainsi à Saùl. Les autres, tels que Eustache d'Antioche, saint Cyiille d'Alexandrie, etc., pensent que la magicienne ne vit rien, mais qu'elle feignit de voir Samuel, qu'elle parla en son nom, qu'elle trompa ainsi Saùl et tous les assistants. Cette opinion semble contredite par la narration môme; elle dit que la pythonissc fut troublée en voyant Samuel ; que Saùl lui-môme connut que c'était véritablement ce prophète, et qu'il se prosterna. Le rabbin Lévi-Ben-Gerson veut que tout cela se soit passé dans l'imagination de Saùl : Ce prince, dit-il, frappé des menaces que Dieu lui avait faites, et troublé par la vue du danger présent, s'imagina voir Samuel qui lui réitérait les mômes menaces, et lui annonçait sa mort prochaine. Mai- ce sentiment

ne s'accorde pas mieux que les précédents avec le récit de l'écrivain sacré.

D'autres enfin, comme saint Ambroise, Zenon de Vérone, saint Thomas, etc., sont persuadés que le démon ni la fourberie de la pythonisse n'eurent aucune part à cette affaire; mais qu'à l'occasion des évocations de cette femme, Dieu par sa puissance, indépendamment de l'art magique, (h paraitre aux yeux de Saùl une figure de Samuel, qui prononça à ce prince l'arrêt de sa mort et de sa perte entière, pour le punir de sa vaine curiosité et de la violation de la loi dont il se rendait coupable. Ce dernier sentiment paraît le mieux fondé et le plus conforme au texte sacré. Eccli., c. xlvi, v. 23, il est dit : Après cela Samuel mourut ; il déclara et fit connaître au roi que la fin de sa vie était proche. Il éleva la voix du fond de la terre, et prophétisa pour détruire l'impiété de la nation. I Parai., c. x, v. 13. Saiil mourut pour avoir consulté la pythonisse. Les Septante ajoutent, et le prophète Samuel lui répondit. Par la manière dont l'auteur du premier livre des Rois a parlé, il donne lieu de croire qu'il était persuadé de la réalité de l'appaiition de Samuel.

On fait contre ce sentiment quelques objections qui ne paraissent pas difficiles à résoudre. On dit, l'Dicu n'avait pas besoin de faire un miracle pour apprendre à Saùl qu'il serait battu par les Philistins et qu'il périrait dans la bataille. Nous répondons que si Dieu ne faisait de miracles que quand d en a besoin, il n'en ferait jamais, puisqu'il est le maître de faire agir Les causes physiques comme il lui plaît, et sans que le cours de la nature paraisse dérangé ou interrompu. L'on ferait la môme objection contre tout autre moyen duquel Dieu se serait servi pour faire connaître l'avenir à Saiil.

2° Dieu avait refusé de répondre à Saiil, on suppose donc qu'il a changé de dessein et qu'il s'est contredit. Faire paraitre Samuel en conséquence de l'évocation de la pythonissc, c'était convaincre les assistants de l'efficacité de son art. — Réponse. 11 n'y a point de contradiction ni d'incons'ance à changer de conduite lorsque les circonstances changent. A une curiosité que Dieu n'avait pas voulu satisfaire, Saùl ajoutait un acte de superstition rigoureusement défendu par la loi ; c'était donc un nouveau crime ; et c'est pour le punir que Dieu lui fit annoncer par Samuel sa défaite et sa mort prochaine. Le trouble dont la pythonisse fut saisie en apercevant ce prophète, était plus que suffisant pour démontrer qu'il n'apparaissait pas en vertu du pouvoir de cette femme, puisqu'elle fut étonnée elle-même du succès de l'évocation ; il n'y eut donc aucun danger d'erreur pour les assistants.

3° Samuel devait être un personnage suspect à Saùl, puisque ce prophète ne lui avait jamais prédit que des choses funestes, et qu'il lui avait fait souvent des reproches très-vifs. — Réponse. Mais enfin, les prédictions de Samuel avaient toujours été vérifiées par l'événement ; c'était donc assez pour

que Saùl, inquiet sur le succès de la bataille qui allait se donner, voulût l'interroger plutôt que tout autre.

k° Saùl ne vit point Samuel, puisque, s r le portrait que la pythonisse lui fit du pi rsonnage qu'elle vo;, ait. il se prosterna 1 1 face contre terre. — Réponse. Le texte porte formellement due Saul connut que c'était Samuel ; 11 ne pouvait d'ailleurs méconnaître l'air ni la voix de ce prophète : c'est donc parce qu'il le reconnut très-bien qu'il se prosterna par frayeur et par respect.

5° La frayeur affectée par la pythonisse était feinte, puisqu'elle répond aux questions de Saul avec toute sa présence d'esprit, et qu'elle conserve assez de sang-froid pour lui apprêter à manger. — Réponse. Pour que cette femme ait été véritablement effrayée , il n'est pas nécessaire qu elle soit tombée en syncope, ou qu'elle ait absolument perdu la parole ; elle eut le temps de se remettre pondant la conversation de Saul avec Samuel ; d'ailleurs en pareil cas la présence de plu-

TABLE DES MATIERES. 1718

sieurs personnes suffît pour diminuer la peur.

6° Si Saul, ajoute-t-on encore, avait été

persuadé qu'il parlait véritablement à Samuel, et qu^ ses prédictions allaient s'accomplir, il n'aurait pas eu la force de converser avec cett6 femme ni de manger avec ses gens ; du moins il n'aurait pas livré bataille. — Même réponse. Saùl eut le temps de se calmer pendant que la pythonisse apprêtait à manger ; il avait besoin de reprendre des forces pour aller rejoindre ses troupes, et lorsque deux armées sont en présence, il n'est plus temps de reculer. Il est clair que le combat fut de la part de Saul un coup do désespoir.

Quand on ferait vingt autres raisonnements touchant la conduite de ce roi, ce ne seraient jamais que des conjectures, e les ne suffiraient pas pour détruire la preuve tirée de Ja narration de l'écrivain sacré. Il en résulte toujours que l'apparition de Samuel fut réello et miraculeuse, et que l'on ne peut attaquer ce sentiment par aucune raison solide.

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