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Domtni Sabaoth, la 15 juillet 1705, dans laquelle il déclare que le silence respectueux sur le fait de Jansénius ne suffit pas pour rendre a l'Eglise la pleine et entière obéissance qu'elle a droit d'exiger des fidèles (1).
M. l'évèque de Montpellier, qui l'avait d'abord acceptée, se rétracta dans la suite. Ce fut alors que l'on fit la distinction du double sens des propositions de Jansénius, l'un qui est le sens vrai, naturel et propre de Jansénius, l'autre qui est un sens faux, putatif, attribué mal a propos à cet auteur. On convient que les propositions étaient hérétiques dans ce dernier sens imaginé par le souverain pontife, mais non dans leur sens vrai, propre et naturel ; c'était en revenir au premier subterfuge imaginé par le docteur Arnauld et par ses adhérents.
Voilà où la question du Jansénisme et de sa condamnation en était venue, lorsque le Père Quesnel de l'Oratoire publia ses Réflexions morales sur le Nouveau Testament, dans lesquelles il délaya tout le poison de la doctrine de Jansénius. On vit alors, plus évidemment que jamais , que ses partisans n'avaient jamais cessé d'y être altachés et de la soutenir , dans le sens même condamné par l'Eglise, malgré toutes les protestations qu'ils faisaient du contraire, qu'ils l'avaient jamais cherché qu'à en imposer et il séduire les âmes simples et droites. La condamnation du livre de Quesnel , que p ;rta Clément XI par la bulle Unigenitus, en 1715, a donné heu à de nouveaux excès t'.e la part des partisans obstinés de cette ■coctrinc. Voy. Qlesnelusme.
De toutes les hérésies que l'on a vues -éfilore dans l'Eglise, il n'en est aucunequi ait >eu des défenseurs plus subtils et plus habiles, pour le soutien de laquelle on ait employé plus d'érudition, plus d'artifices, plus «d'opiniâtreté, que celle de Jansénius. Mal-
(1) Nous citons les expressions de celte bulle : '« l'rimo quidem praeinsertas Innocenta X, et Alexan- <h'i Vil pradecessorum constilutiones, omniaque et shgula in eis contenta, auclorilale apostoiica, tenore ipraeseutium, conlirmamus, approbauius et innovasnus.
« Ac insnper, ut quaivis in poslerum errons occasio peniliis pracidatur, alque oinnes calholica; Ec- -c'esia; lilii Êcclesiam ipsain audire, non tacendo so- 1 i:n ( na-.n et impii in tenebris coi.licescunt ), sed et i Herius obsequendo, quis vera est orthodoxi homiuis tbcdietilia, condiscant hac nosira p^rpetuo valitura («nstitulione : ohedicnii;c, quœ pneinserlis aposto- Eïcis constilulionibus debelur,obsequioso illosilentio Jiiiiime salisfieri; sad daninaïuui in quinque pnel'a- '.is proposiiionibus Janseniani libri sensuui, quein iUaruïii verba prae se ferunt, ut praefertur, ab omnibus Chrisli fidelibus ut bœrelicurn, non orc solum, jed et corde rejici aedamnari debere ; r.ec alia meule, animo, aut credulitalc supradicia: formula; subàcribi licite posse ; ita ut qui secus, aut contra quoad ïia;c omnia et singula, seiiscrinl, tciuicrint, praedica- "vrrint, verbo vel scriplo docuei int aut asscruerint, tanquam pra;fatarum aposlolicarum cooslilulionuin iransgressores, omnibus et singulis illaruai ceusuris et pœnis oinn.iîo subjaceant, eadem auctoritate aposloiica deceriiinius, dcclaruiuis, siatuimus et ordiîiamus. »
gré vingt condamnations prononcées contre elle depuis plus d'un siècle, il est encore un bon nombre de personnes instruites qui y tiennent, soit par les principes, soit par les conséquences, en supposant toujours que s'est la doctrine de saint Augustin. Plusieurs théologiens, sans donner dans les mêmes excès, se sont rapprochés des opinions rigoureuses des jansénistes, pour ne pas donner lieu à leurs accusations de pélagianisme, de relâchement, de fausse morale, etc. Ce phénomène serait moins étonnant , si le système de Jansénius était sage et consolant, capable de porter les fidèles à la vertu et, aux bonnes œuvres ; mais il n'est point de doctrine plus propre à désespérer une âme chrétienne, à étouffer la confiance, l'amour de Dieu, le courage dans la pratique de la vertu, à diminuer notre reconnaissance envers Jésus-Christ. Si, malgré la rédemption du monde opérée par ce divin Sauveur, Dieu est encore irrité de la faute du premier homme ; s'il refuse encore sa grâce nonseulement aux pécheurs, mais aux justes; s'il leur impute à péché des fautes qu'd leur était impossible d'éviter sans la grâce, quelle confiance pouvons-nous donner aux mérites de notre Rédempteur , aux promesses de Dieu, à sa miséricorde infinie? Si, pour décider du sort éternel de ses créatures, Dieu préfère d'exercer sa justice et sa puissance absolue plutôt que sa bonté; s'il agit en maître irrité et non en père compatissant, nous devons le craindre sans doute, mais pouvons-nous l'aimer ? Les jansénistes ont condamné la crainte de Dieu comme un sentiment servile, et c'est le seul qu'ils nous aient inspiré ; ils ont affecté de prêcher l'amour de Dieu, et ils ont travaillé de toutes leurs forces à l'étouffer. Ils ont pris le titre fastueux de défenseurs de la grâce, et dans la réalité ils en étaient les destructeurs ; ils déclamaient contre les pélagiens, et ils enseignaient une doctrine plus odieuse. Dieu, disaient les pélagiens, ne donne pas la grâce, parce qu'elle n'est pas nécessaire pour faire de bonnes œuvres ; les forces naturelles de l'homme lui suffisent. Selon les semi-pélagiens, la grâce est nécessaire pour faire le bien ; mais Dieu ne la donne qu'à ceux qui la méritent par leurs bons désirs. Jansénius dit : La grâce est absolument nécessaire ; mais souvent Dieu la refuse, parce que nous ne pouvons pas la mériter. Vous avez tous tort, leur répond un catholique, la grâce est absolument nécessaire; aussi Dieu la donne à tous , non parce que nous la méritons, mais parce que Jésus-Christ l'a méritée et l'a obtenue pour tous; il la donne, et parce qu'il est juste, et parce qu'il est bon, etparcequ'il nous a aimés jusqu'à livrer son Eils à la mort pour la rédemption de tous. Tel est le langage de l'Ecriture sainte, des Pères de tous les siècles, de l'Eglise dans toutes ses prières, de tout chrétien qui croit sincèrement en Jésus-Christ, Sauveur du monde.
Lequel de ces divers sentiments est le plus propre à nous inspirer la reconnaissance, la confiance, l'amour de Dieu, le courage de
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renoncer au péché et de persévérer dans la vertu ?
Vainement les jansénistes citent à tout propos l'autorité de saint Augustin ; Calvin en fait autant pour soutenir ses erreurs. Mais il est faux que saint Augustin ait eu les sentiments que Calvin, Jansénius et leurs partisans lui prêtent ; personne n'a représente1 avec plus d'énergie que lui la miséricorde intinie de Dieu, sa bonté envers tous les hommes, la charité universelle de Jésus- Christ, sa compassion pour les pécheurs, l'immensité des trésors de la grâce divine, la libéralité avec laquelle Dieu ne cesse de les répandre,
A peine Innocent X eut-il condamné le système de Jansénius, que cette doctrine fut victorieusement réfutée, en particulier par le père Deschamps,jésuite,dansun ouvrage intitulé : De Ilœresi Janseniana ab Apostolica Sede merito proscripta, qui parut en 165V, et dont il y a eu plusieurs éditions. Cet ouvrage est divisé en trois livres. Dans le premier, l'auteur démontre que Jansénius a copié dans les hérétiques , surtout dans Luther et dans Calvin, tout ce qu'il a enseigné touchant le libre arbitre, la grâce efficace, la nécessité de pécher, l'ignorance invincible , l'impossibilité d'accomplir les commandements de Dieu, la mort de Jésus- Christ, la volonté de Dieu de sauver tous les hommes, et la distribution de la grâce suffisante. Dans le second, il prouve que les erreurs de Jansénius sur tous ces chefs ont été déjà condamnées par l'Eglise, surtout dans le concile de Trente. Dans le troisième, il fait voir qu'à l'exemple de tous les sectaires, Jansénius a prêté faussement à saint Augustin des opinions qu'il n'eut jamais, et que ce saint docteur a enseigné formellement le contraire. Aucun des partisans de Jansénius n'a osé entreprendre de réfuter cet ouvrage ; ils n'en ont presque jamais parlé, parce qu'ils ont senti qu'il était inattaquable.
Les prostestants, bien convaincus de la ressemblance qu'il y a entre le système de Jansénius sur la grâce et celui des fondateurs de la réforme, n'ont pas manqué de soutenir que c'est réellement le sentiment de saint Augustin ; mais vingt fois l'on a démontré le contraire. Ils ont vu avec beaucoup de satisfaction le bruit que le livre de Jansénius a fait dans l'Eglise catholique, les disputes et l'espèce de schisme qu'il a causés, l'opiniâtreté avec laquelle ses défenseurs ont résisté aux censures de Rome. Ils ont fait de pompeux éloges des talents, du savoir, de la piété, du courage de ces prétendus disciples de saint Augustin ; mais ils n'ont pas osé justitier les moyens dont ces opiniâtres se sont servis pour soutenir ce qu'ils appelaient la bonne cause. Mosheim, qui reconnaît la conformité de la doctrine des jansénistes avec celle de Luther, de Auctorit. Conciliî Dordrac, § 7, avoue, dans son Hist. ecclés., xyii' siècle, sect. 2, r* part., c. 1, § 40, qu'ils ont employé des explications captieuses , des distinctions subtiles, les mêmes sophismes et les mêmes invectives qu'ils re-
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prochaient à ,leurs adversaires, qu'ils ont eu recours à la superstition, à l'imposture, aux faux miracles, pour fortili°r leur parti ; que sins doute ils ont regardé ces fraudes pieuses comme permises lorsqu'il s'agit d'établir une doctrine que l'on croit vraie. C'est plus qu'il n'en faut pour justifier la rigueur avec laquelle quelques-uns des plus fougueux jansénites ont été traités. Mosheim voudrait persuader que l'on a exercé contre eux une persécution cruelle et sanglante; il est cependant très-certain que toutes les peines se sont bornées à l'exil ou à quelques années de prison, et que l'on punissait en eux, non leurs opinions, mais leur conduite insolente et séditieuse.
Indépendamment des conséquences pernicieuses que l'on peut tirer de la doctrine de Jansénius, la manière dont elle a été défendue a produit les plus tristes effets; elle a ébranlé dans les esprits le fond môme de la religion, et a préparé les voies à l'incrédulité. Les déclamations et les <atires des jansénistes contre les souverains pontifes, contre les évoques, contre tous les ordres de la hiérarchie, ont avili la puissance ecclésiastique ; leur mépris pour les Pères qui ont précédé saint Augustin a confirmé les préventions des prolestants et des sociniens contre la tradition des premiers siècles ; à les entendre, il semble que saint Augustin a changé absolument cette tradition au cinquième : jusqu'alors les Pères avaient été pour le moins sémi-pélagiens. Les faux miracles qu'ils ont forgés pour séduire les simples, et qu'ils ont soutenus avec un front d'airain, ont rendu suspects aux déistes tous les témoignages rendus en fait de miracles ; l'audace avec laquelle plusieurs fanatiques ont bravé les lois , les menaces, les châtiments ; et ont paru disposés à souffrir la mort plutôt que de démordre de leurs opinions, a jeté un nuage sur le courage des anciens martyrs. L'art avec lequel les écrivains du parti ont su déguiser les faits ou les inventer au gré de leur intérêt, a autorisé le pyrrhonisme historique des littérateurs modernes. Enfin, le masque de piété sous lequel on a couvert mille impostures, et souvent des crimes, a fait regarder les dévots en général comme des hypocrites et des hommes dangereux.
Il serait donc à souhaiter que l'on pût effacer jusqu'au moindre souvenir des erreurs de Jansénius, et des scènes scandaleuses auxquelles elles ont donné lieu. C'est un exemple qui apprend aux théologiens à se tenir en garde contre le rigorisme en fait d'opinion et de morale, à se borner aux dogmes de la foi, et à se détacher de tout système particulier. Si l'un avait employé à débrouiller des questions utiles tout le temps et tout le travail que l'on a consumés à écrire pour et contre le jansénisme, au lieu de tant d'ouvrages déjà oubliés, nous en aurions qui mériteraient d'être conservés à la postérité.
JAPON. Mission du Japon. Par les travaux de saint François-Xavier, qui pénétra dans
ce royaume l'an 15V9, et par ceux des missionnaires portugais qui lui succédèrent, le christianisme (it d'abord au Japon des progrès incroyables : Ton prétend que l'an 1596 il y avait quatre cent mille chrétiens dans cet empire. Nous ne nous arrêterons pas à discuter les raisons que les protestants et les incrédules qui les ont copiés, ont données de ce succès rapide. Les uns disent que ce fut d'abord l'envie des Japonais de lier un commerce utile avec les Portugais ; d'autres prétendent que ce fut la conformité qui se trouva entre plusieurs dogmes et plusieurs rites de la religion catholique romaine et ceux de la religion japonaise ; quelques-uns néanmoins sont convenus que cette nation ne put s'empêcher d'admirer la charité que les missionnaires exerçaient envers les pauvres et les malades, au lieu que les bonzes du Japon regardaient les malheureux comme les objets de la colère du ciel. Bientôt la rivalité de commerce entre les Hollandais et les Portugais a luma la guerre entre ces deux peuples ; les missionnaires protégés par la cour de Portugal se trouvèrent enveloppés dans cette brouillerie. Les Hollandais, devenus protestants, virent avec dépit le catholicisme faire des conquêtes au bout de l'univers ; l'intérêt sordide, la jalousie nationale, la rivalité de religion, les engagèrent à faire tous leurs étions pour rendre suspects leurs concurrents. Ils disent que les Portugais s'étaient rendus odieux aux Japonais par leur avarice, leur orgueil, leur infidélité dans le commerce, leur zèle imprudent pour leur religion ; mais les Portugais ont reproché les mêmes vices à leurs adversaires. On dit que la mésintelligence entre les missionnaires jésuites et les dominicains contribua encore à décréditer les uns et les autres. Quoi qu'il en soit, les passions humaines ne tardèrent pas à détruire ce que le zèle apostolique avait édifié. La fatalité des circonstances y contribua. Deux ou trois usurpateurs envahirent successivement le trône (Ki Japon; les ciiréiiens, fidèles à leur souverain légitime, prirent les armes en sa faveur; ils furent traités comme rebelles par le parti contraire qui triompha, et les missionnaires furent regardés comme les auteurs de la résistance des chrétiens. Les nouveaux monarques, pour affermir leur domination, se sont fait un point de politique d'exserminer la religion chrétienne, et de bannir les Européens de leur empire. Pendant cinquante ans ils ont exercé une persécution sanglante et. cruelle ; des milliers de martyrs ont péri dans les tourments, et cette barbarie a extirpé au Japon jusqu'aux derniers restes de christianisme. Les incrédules n'ont pas manqué d'écrire que les chrétiens ont été ainsi traités, parce qu'ils cabalaient pour se rendre maîtres de l'empire. Depuis ce temps-là, les Hollandais sont les seuls Européens auxquels il est permis d'aborder au Japon pour y commercer, et on ne leur permet d'aile • à terre qu'après qu'ils ont foulé aux pieds l'image de Jésus-Christ : c'est ce que les Japo-