JE.V
JSA
Il est du moins indubitable que son Evangile a été écrit le dernier de tous. Saint Jean s'y est proposé de rapporter plusieurs actions du Sauveur dont les autres évangélistes n'avaient pas parlé; de nous transmettre ses discours, dont les autres n'avaient écrit qu'une petite partie; enfin de réfuter les hérétiques, dont les uns niaient la divinité de Jésus-Christ, les autres la réalité de sa chair : il les réfute encore plus directement dans ses lettres. Or, ces sectaires n'ont commencé à faire du bruit que dans les dernières années du i" siècle.
Il est même probable que saint Clément de Rome a écrit ses doux épîtres aux Corinthiens avant que l'Evangile de saint Jean eût été publié ; ce pape cite des passages des trois autres Evangiles, mais il n'en cite aucun de celui de saint Jean. L'Apôtre n'a point fait mention de la prophétie de Jésus-Christ touchant la ruine de Jérusalem, parce qu'alors elle était accomplie ; on aurait pu l'accuser de l'avoir forgée après l'événement ; mais elle était consignée dans les autres Evangiles, qui avaient été écrits avant cette révolution : c'est la remarque de saint Jean Chrysostome, Hom. 76, al. 77, in Matlh., n. 2.
Les incrédules qui ont dit que le premier chapitre de l'Evangile de saint Jean, dans lequel il est parlé de la génération éternelle du Ve,be, a été composé par un platonicien, ou qu'il a été emprunté de Philon, qui était platonicien lui-même, ont montre moins de sagacité que d'envie de favoriser les sociniens. il y a loin des idées de Platon au mystère de l'incarnation révélé à saint Jean par Jés s-Christ ; le style de cet évangéliste est celui d'un homme inspiré, et non celui d'un philosophe. Les anciens hérétiques qui niaient la divinité de Jésus- Christ, comme les aloges et les cérinthiens, rejetaient l'Evangile de saint Jean; mais c'est celui dont l'authenticité est la plus indubitable. Pierre, évô jue d'Alexandrie, nous apprenti qu'au vie siècle on gardait encore à Ephèse l'autographe de saint Jean, tô idioyjipov, Chron. Alex, a lladero editum. Touchant l'authenticité de ses trois lettres, voyez la Bible d Avignon, tome XVI, page 4-57 ; sur celle de l'Apocalypse, voyez ce mot.
Dans la première de ces trois lettres, il y a un passade qui est devenu célèbre par les contestations qu'il a fait naître, et par l'importance du sujet. Nous y lisons, c. v, v, 7 : Il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, le Pire, le Verbe et le Saint- Esprit; et ces trois sont une même chose : v.8, et il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre, l'esprit, l eauet le sang; et ces trois sont une même chose. Les sociniens , embarrassés par le v. 7, soutiennent qu'il n'était pas originairement dans le texte de saint Jean, mais qu'il y a été ajouté dans la suite des siècles : 1° parce qu'il manque dans la plupart des manuscrits anciens, soit grecs, soit latins ; 2° parce qu'il n'a pas été
cité par les Pures qui ont disputé contre les ariens, et qui n'auraient pas manqué de s'en servir, s'il leur avait été connu ; 3° parce que plusieurs critiques catholiques sont convenus que c'est une interpolation. On leur répond, 1° que si ce passage manque dans un grand nombre de manuscrits, on le trouve dans plusieurs autres très-anciens, et les critiques ne peuvent pas prouver que les plus anciens sont ceux dans lesquels il manque. Il y en a quelquesuns dans lesquels les deux versets sont transposés. 2° Comme ces deux versets commencent et finissent par les mêmes mots, les copistes ont pu confondre fort aisément les derniers mots du septième avec ceux du huitième, et sauter ainsi de l'un à l'autre : l'erreur une ibis commise a passé d'un manuscrit dans un autre ; ainsi, les exemplaires fautifs se sont multipliés. Cela est plus aisé à concevoir que de supposer que le v. 7 a été ajouté au texte avec reflexion, de mauvaise foi, et a dans la suite été adopté sans examen. 3" Au m" siècle, avant la naissance de l'arianisme, saint Cyprien a cité le v. 7, L. de Unit., Eccles., et Epist. ad Jubaian. Tertullien semble y faire allusion, L. ad Praxeam, c. 25. k" L'on affirme mal à propos que ce verset n'a pas été allégué par les Pères contre les ariens; il le fut l'an 48V, dans une profession de foi présentée à Hunéric, roi des Vandales, qui était arien, par quatre cents évoques d'Afrique. Victor Vit. L. ni, de Pcrsec. Vandal. S'il n'a pas été cité par les Pères grecs du ive siècle, c'est qu'ils avaient des exemplaires fautifs. Depuis plus de cinq cents ans , ce passage est regardé comme authentique chez les Grecs et chez les Latins, et les protestants l'admettent de même que les catholiques. Bible d'Avignon-, t. XVI, p. 401. Il y a encore une dissertation sur ce sujet à la fin du Commentaire du père Hardouin sur les Evangiles.
Tertullien, dans son livrer/es Prescriptions, c. 36, rapporte que saint Jean i Evangéliste, avant d'être relégué par Domitien dans l'ile de Patrnos, fut jeté dans une chaudière d'huile bouillante, d'où il sortit sain et sauf. On présume que ce fait arriva l'an 95 à Rome, où l'apôtre avait été conduit par l'ordre du proconsul d'Asie. Quelques protestants ont traité de fable cette narration de Tertullien, en particulier Heumann, dans une dissertation imprimée à Brème en 1719. Il dit que Tertullien est le seul qui ait parlé de ce mrracle ; que si quelques autres Pères en ont fait mention, c'est uniquement d'après lui ; que cet auteur croyait légèrement des fables, etc. Mosheim, dans une dissertation sur ce même sujet, a montré la faiblesse de ces raisons ; il allègue l'autorité de saint Jérôme, qui se fonde, non sur Tertullien, mais sur les historiens ecclésiastiques.Comment, in Matth.) .m ,p. $2. Contre ces deux témoignages positifs, les preuves négatives, les reproches de crédulité, etc., ne concluent rien. Moshcmii dissert, ad Hist. eccles., tom. I, pag. 504 et suiv.
1 1 JEA
JEAN i saint), Il y a un grand nombre de communautés ecclésiastiques et religieuses qui ont été instituées sous les noms de .saint Jean-Baptiste et de saint Jean l'Evangéliste ; les unes subsistent encore, les autres sont éteintes. L'histoire ecclésiastique d'Angleterre l'ait mention des chanoines hospitaliers et des hospitalières de saint Jean-Baptiste de Coventry, approuvés par Honoré 111: ils portaient une croix noire sur leur robe blanche et sur leur manteau, ce qui les fit nommer porte-croix; il y est aussi parlé des hospitaliers et des hospitalières de saint Jean-Baptiste de Nottingham : il est à présumer que c'était le même ordre. Il y a eu des ermites de saint Jean-Baptiste de la Pénitence établis dans la Navarre, sous l'obéissance de l'évoque de Pampelune et confirmés par Grégoire XIII. On a vu d'autres ermites de saint Jean-Baptiste, fondés en France en 1630, par le frère Michel de Sainte-Sabine, pour la réformation des ermites. On connaît en Portugal des chanoines réguliers sous le titre de saint Jean l'Kvangéliste. L'ordre militaire de saint Jean de Jérusalem et celui de saint Jean de Latran sont célèbres.
* Jean de Poilli. Ce docteur de la Faculté de théologie de Paris voulait séparer absolument les religieux de tout contact avec le monde. Il prétendait que les prêtres religieux ne pouvaient même recevoir de juridiction pour le tribunal de la pénitence. Cette doctrine fut condamnée avec justice.
JEHOVAH, nom propre de Dieu enhébreu:
il signifie celui qui est, l'Etre par excellence, l'Eternel ; ainsi l'ont rendu toutes les anciennes versions. Parmi les hébraïsants, les uns prononcent Jéhovah, les autres Javoh, les autres Jéhvéh ; quelques auteurs grecs ont écrit Jao et Jévo. Comme les juifs ont la superstition de ne jamais le prononcer, ils l'appellent le nom ineffable; lorsqu'ils le rencontrent dans le texte hébreu, ils prononcent à sa place le nom Adcnaï, mon Seigneur ; et ils ont placé sous les lettres du nom Jéhovah les points voyelles du mot Eloha, autre nom de Dieu.
Us prétendent qu'il ne fut jamais permis à personne de le prononcer, si ce n'est au grand prêtre, dans le sanctuaire, une seule fois l'année, savoir, le grand jour des expialions ; mais cette imagination est sans fondement. 11 aurait du moins fallu que le grand prêtre transmît cette prononciation à son successeur, autrement celui-ci n'aurait pu la deviner. Une preuve que les Juifs ont quelquefois prononcé ou écrit ce nom, môme dans les derniers siècles de la synagogue, c'est que les auteurs profanes en ont eu connaissance, puisque eux-mêmes l'ont écrit bien ou mal. Les Juifs modernes sont encore persuadés que quiconque saurait la véritable prononciation de ce nom ineffable pourrait opérer par sa vertu les plus grands prodiges. Pour expliquer comment Jésus- Christ a pu faire tant de miracL s, ils disent qu'il avait dérobé dans le temple la prononciation du nom ineffable. Toutes ces rêveries ne méritent aucune attention.
DlCTlONN. DE TnÉOL. DOGMATIQUE. III.
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La circonstance dans laquelle Dieu a daigné révéler son nom propre et qui ne convient qu'à lui, est remarquable. Lorsqu'il voulut envoyer Moïse en Egypte pour tirer de la servitude les Israélites, Mo se lui demanda : Lorsque je (lirai aux enfants d'Israël : Le Dieu de vos pires ni envoie vers vous, s'ils me demandent votre nom, que leur re— pondrai-je ? Je suis, dit le Seigneur, celui qui est ; tu leur diras : Celui qui est ma envoyé vers vous [Exod. c. ni. v. 13 et l'a). Ces Septante ont très-bien traduit : Je suis l'Etre: l'Etre nia envoyé vers vous.
Mais ce qui est dit, c. vi, v. 2 et 3, forme une difficulté. Dieu dit à Moïse : Je suis Jéhovah , jcme suis bien fait connaître à Abraham, à Lsaac, à Jacob, comme Dieu tout-puissant. ( Schaddai ); mais je n'en ai pas été connu par mon nom de Jéhovah, Cependant nous voyous dans plusieurs passages de la Genèse , Noé, Abraham, lsaac et Jacob, donner à Dieu le nom de Jéhovah.
La plupart des commentateurs répondent que Moïse fait ainsi parler les patriarches par anticipation ; mais il y a une manière plus satisfaisante d'entendre ce passage. Il faut se souvenir que, dans le style de l'Ecriture sainte, être appelé de tel nom signifie être véritablement ce qui est exprimé par ce nom. Ainsi, lorsqu'lsaïe a dit, c. vu, v. 14, que l'enfant dont il parle sera nommé Emmanuel, cela signifie qu'il sera véritablement Emmanuel, Dieu avec nous. Or, Jéhovah ne signifie pas seulement celui qui est, ou l'Eternel ; il exprime encore celui qui est toujours le même, celui qui ne change point, celui dont les desseins sont immuables. Dieu semble l'expliquer ainsi lui-môme dans Je prophète Malachie, chap. m, v. G : Moi, Jéhovah, je ne change point.
Jusqu'au moment où Dieu daigna se révéler à Moïse, i! s'était assez fait connaître aux patriarches comme Dieu tout-puissant, par es divers prodiges qu'il avait opérés sous eurs yeux ; mais il n'avait pas encore démontré par les événements la certitude immuable de ses promesses. Or, c'est ce que Dieu allait faire, en délivrant son peuple do l'Egypte, comme il l'avait promis à Abraham quatre cents ans auparavant. Ce qu'il dit à Moïse, Exod., c. vi, v. 2, peut donc signifier : J'ai assez convaincu Abraham, lsaac et Jacob, que je suis le Dieu tout-puissant ; mais je n'ai pas encore démontré, comme je vais le faire, que je suis le. Dieu immuable, qui ne manque point à mes promesses. La suite du passage paraît indiquer ce sens, comme l'a très-bien vu le cardinal Cajetan, qui donne cette explication.
JEPHTE, chef et juge des Israélites, célèbre par la victoire qu'il remporta sur les Ammonites, et par \e vœu qu'il fit avant de inarcher contre eux (Jud. c. xi, v. 30 et suiv ). 11 dit, suivant le texte héitreu : « Si le Seigneur livre les Ammonites entre mes mains, ce qui sortira le premier de ma maison, à ma rencontre, sera au Seigneur, et jo
l'offrirai en holocauste A son retour, ce
qu'il rencontra lepreuiierfi.it sa fille Unique.
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Il déchira ses vêtements et déplora son malheur. Sa fille lui demanda deux mois de délai, pour aller pleurer sa virginité avec ses compagnes... Après ce temps expiré, Jephté accomplit son vœu, et sa fille était vierge ( ou demeura vierge ). De là l'usage s'établit, parmi les tilles d'Israël, de pleurer tous les ans pendant quatre jours la fille de Jephté. »
Quel fut l'objet du vœu de ce père infortuné ? Sa fille lut-elle immolée en sacrifice ou seulement condamnée au service du tabernacle, et à une virginité perpétuelle ? Sur cette question les commentateurs sont partagés : les uns pensent que cette fille fut véritablement offerte en sacrifice, et les incrédules ont allégué ce fait pour prouver que les Juifs offraient à Dieu des victimes humaines ; d'autres jugent qu'il n'en est point ici question, mais qu'il s'agit seulement d'un dévouement de cette tille au service du tabernacle.
En effet, le texte hébreu peut avoir deux sens très-différents ; au lieu de dire : « Ce qui sortira le premier de ma maison, et sera au Seigneur, et je l'offrirai en holocauste, » on peut traduire : « Ou sera au Seigneur, ou je l'offrirai en holocauste. » La préposition «ai*, qui est ici répétée, est souvent disjonctive.
D'ailleurs holah, qui signifie holocauste, exprime aussi une simple oblation ; il est dérivé de hal, hol, élévation, parce que l'on élevait sur ses mains ce que l'on offrait à Dieu.
Voici les raisons par lesquelles on prouve que la fille de Jephté ne fut point immolée (1).
(1) Le sentiment de ceux, dit Bnllet, qui croient que le vœu de Jephté n'eut pour objet que la consé- < rai ion de sa lîlle au service du tabernacle, est aujourd'hui le plus suivi. On eût ajouté bien de la force a la preuve que l'on lire do l'hébreu en faveur de «.elle explication, si l'on eût fait attention à une des significations de la particule vau, qui est celle de q.annol'reni, quipropier, en latin ; et de c'est pourqu^ i, en fiançais. Car en traduisant le dernier vau de cette sorte, il parait si clairement que Jephté a seulement voulu consacrer sa fille au culte du Seigneur, qu'on ne peut penser le contraire. On s'en convaincra par ia lecture du texte, traduit sur l'original, conformément à l'observation que nous venons de faire. Jephté (il ce vœu au Seigneur : Si vous livrez entre mes mains les cnfanls d'Ammon, ce qui sortira de la porie de ma maison, au-devant de moi, lorsque je reviendrai en paix, victorieux des enfants d'Ammon, hera consacré au Seigneur, ou je l'offrirai en holocauste. Jephté passa donc dans le pays des enfants d'A nmon pour fes combattre, et Dieu les livra ent;e ses mains... Jephté revint à Maspha dans sa maison, et voici sa lîlle venant au-devant de lui, au son des tambours et au milieu des danses : or elle était sa fille unique, et il n'avtit point d'autre enfant qu'elle. Dès que Jephté l'aperçut, il déchira ses vêtements et s'écria : Ah ma fille ! vous m'accable/. <!e la pius vive affliction, et vous èles devenue un sujet qui me remplit de trouble, car j'ai prononcé de ma propre bouche un vœu au Seigneur, et je ne poin rai le changer. Elle lui dit : Mon père, puisque vous avez fait un vœu au Seigneur, accomplissez sur moi ce que vous lui avez promis, après que le Seigneur vous a fait tirer vengeance des enfants d'A in mon. \Oi ennemis ; et ellu ait à son père : Aecordez-
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1° Les sacrifices de sang humain sent absolument défendus aux Juifs {Deuicr. c. xn, v. 30 ) : « (lardez-vous, leur dit Moïse, d'imiter les nations qui vous environnent, de pratiquer leurs cérémonies, de dire : J'honorerai mon Dieu comme ggs nations ont honoré leurs dieux. N'en faites rien; car elles ont fait pour leurs dieux des abominations, que le Seigneur a en horreur ; elles leur ont offert leurs fils et leurs filles, et les ont consumés par le feu. Faites seulement pour le Seigneur ce que je vous ordonne, n'y ajoutez et n'en retranchez rien. »
Offrirai-je à Dieu, dit un prophète, mon fils aîné pour expier mon crime, et le fruit de mes entrailles pour expier mon péché ? O homme ! je t'apprendrai ce qui est bon, et ce que le Seigneur exige de toi : c'est de pratiquer la justice et la miséricorde, et de penser à la présence de ton Dieu. (Mie. c. vi, v. 7 et 8 ). Dieu, pour témoigner aux Juifs que leurs sacrifices lui déplaisent, leur dit : Celui qui immole un bœuf fait comme s il tuait un homme, etc. (Isai.c. lxvi, v. 3.)
Quand Jephté aurait pu ignorer cette défense, les prêtres chargés d'immoler toutes les victimes ne pouvaient pas l'oublier ; il n'y avait point encore eu d'exemple d'un pareil sacrifice.
2° Dans le Lévitique, c. xxvn, v. 2, il est ordonné de rachètera prix d'argent les personnes vouées au Seigneur. A la vérité, il y est dit, ibid. v.28 el 2:1, que ce qui aura été consacré au Seigneur par ïanathè me (cherem), ne pourra pas être racheté; ma'sl'anathème ne pouvait être prononcé que contre les ennemis de l'état : un homme ne s'est jamais
moi ce que je vais vous demander : donnez-moi un délai de deux mois, et j'irai vers les montagnes, et je pleurerai avec mes amies ma virginité. Son père lui dit : Allez ; et il la laissa libre pendant deux mois, et elle alla elle el ses amies» et elle pleura sur les montagnes sa virginité : el au bout de deux mois elle revint trouver son père, qui accomplit à son égard le vœu qu'il avait fait : c'est pourquoi elle n'avait commerce avec aucun homme.
Si la fille de Jephté avait été immolée, comment l'écrivain sacré aurait-il pu ajouter : c'est pomquoi elle n'avait commerce avec aucun homme? Lue telle réflexion serait-elle sensée ?
Il faut à présent montrer par des exemples, que la particule vau se prend dans le sens que nous lai ûvons donné.
Genèse, chap. vu, vers. 21. Vau, c'est pourquoi toate chair qui se mouvait sur la lerre expira,
Chap. xn, vers. 10. La famine survint dans ce pays; vau, c'est pour .mi, Abraham descendit en Egy pie.
Ciiap. xx, vers. G. Je sais que vous l'avez fait avec un cœur simple: vau, c'est pourquoi je vous ai préservé de pécher.
Chap. xtviii, vers. 1. On vint dire à Joseph que son père était malade ; vau, c'est pourquoi il prit avec lui ses deux fils cl l'alia voir.
Léiùque, c. x, vers. 1,2. ISaJab et Abiu offrirent devant le Seigneur un feu étranger ; vac, c'est pourquoi il sortit de devant le Seigneur un feu qui les lit périr, et ils moururent.
Deuicronmne, chap. xxxi, vers. 16, 17. Ce peu» pie violera l'alliance que j'ai faite avec lui ; vau, c'est pomqivi ma colère s'allumera contre lui. — lie- }io.ises critiques , etc., par Liuflel, loin. 1.
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avisé île le i rononccr contre ce qui lui appartenait. Autre circonstance que Jephté ne pouvait pas ignorer.
3° Ceux qui veulent que la fille de Jephté ait été immolée, traduisent à leur gr6 les paroles du texte ; ils lisent : La première personne qui sortira de ma maison : et le texte parte : Ce qui sortira le premier : ce pouvait être un animal : ils ajoutent : Je Voffrirai en holocauste: et le terme hébreu peut signifier simplement : Ten ferai une offrande. Les trente-deux personnes qui, après la défaite des Madianites, furent réservées pour la part du Seigneur ( Num. c. xxxi, v. 40 ) ne furent certainement pas immolées en sacrifice.
h" La fille de Jephté demande la liberté d'aller pleurer, non sa mort, mais sa virginité, ou la nécessité de demeurer vierge; après avoir dit que le vœu fut accompli, l'historien ajoute : Et elle fut vierge, ou elle demeura vierge: elle ne fut donc pas immolée. On demande pourquoi donc Jephté futil si affligé? pourquoi les tilles d'Israël pleuraient-elles la tille de Jephté? Parce qu'il était fâcheux à un père victorieux, devenu chef de sa nation, de ne pas établir une fille qui était son unique enfant. Le terme hébreu qui signifie pleurer, peut signifier simplement célébrer, rappeler la mémoire. Il y avait certainement chez les Israélites d is femmes attachées au service du tabernacle, puisque l'histoire sainte accuse les enfants d'Héli d'avoir eu un commerce criminel avec elles ( I Reg. c. u, v. 22 ). Ces femmes étaient regardées comma des esclaves, puisque c'était le sort des prisonnières de guerre : Jephté ne pouvait voir, sans être affligé, que sa fille fût condamnée à un pareil sort.
5° Si Ton envisage autrement le vœu de Jephté, l'on est forcé de dire que ce vœu fut téméraire, et que l'exécution en fut criminelle ; cependant il n'est point blâmé dans l'Ecriture, il est môme loué par saint Paul (Hebr. c. xi, v. 32). Il n'est donc pas probable qu'il ait fait cette double faute. Synapse des Crit. Jud., e. 11. Dans la Bible d'Avignon, tome III, page 580, dom Calmet a soutenu le contraire ; mais il n'a pas détruit les raisons que nous venons d'alléguer.
Elles sont très-bien exposées dans la Bible de Chais, tom. IV, pag. 118, quoique l'auteur finisse par adopter la môme opinion que dom Calmet. Mais il est aisé de voir que les proteslants ne la préfèrent à la première qu'à cause de leur aversion contre le vœu de virginité. Reland, Antiquit. suer vet. heb., 3" part., ch. 10, n° 6, nous parait avoir solidement prouvé que la tille de Jephté ne fut point immolée.
JÉRÉMIE, l'un des quatre grands prophètes, était de race sacerdotale ; il prophétisa principalement sois le règne de Sédécias , pendant que Jérusalem était assiégée par l'armée de Nabuchodonosor. 11 ne cessa d'exhorter les Juifs à se rendre aux Assyriens» et de leur protester que s'ils continuaient à se défendre, la v.lle serait prise
JEU
id
d'assaut, mise h feu et a sang : c'est ce qui arriva.
L'accomplissement des prédictions de ee prophète a donné lieu aux incrédules de le peindre comme un traître vendu aux Assyriens. 11 travailla , disent-ils , à décourager ses concitoyens et à les soulever contre leur roi : il ne leur annonça que des malheurs. Cependant il ne laissa pas d'acheter des terres dans le pays dont il prédisait la désolation. Lorsque Jérusalem fut prise, le monarque assyrien le recommanda fortement à son général Nabusardan, et Jérémie conserva toujours du crédit à la cour de Habylone. Il en fut quitte pour faire des lamentations sur les ruines de son pays , et pour consoler ses concitoyens, en leur prédisant la fin de la captivité.
Si ce portrait est véritable, voila un traître d'une singulière espèce. Jérémie, prêtre et prophète, trahit sa patrie contre son propre intérêt ; il consent à perdre son état, sa liberté, sa vie môme , pour livrer aux Assyriens Jérusalem, le temple, la Judée entière ; il refuse ensuite les offres du général assyrien ; il veut demeurer dans sa patrie dévastée pour consoler les malheureux, pour y faire observer la loi du Seigneur : il accompagne les Juifs fugitifs jusqu'en Egypte. Pendant le siège, il achète un champ afin d'attester que la Judée sera repeuplée et cultivée de nouveau, mais il ne le paye pas avec de l'argent reçu des Assyriens. Après le siège , il n'accepte d'eux que des vivres et de légers secours pour subsister. S'il conserve du crédit à la cour de Babylone, il n'en fait usage que pour adoucir le sort de ses frères captifs. Il laut donc que ce traître prétendu ait été tout à la fois impie et religieux, perfide et charitable, vendu aux Assyriens et désintéressé , ennemi de ses frères et victime de son affection pour eux. Quand on veut peindre un homme tel qu'il est, il ne faut pas affecter de choisir , dans sa vie, les traits qui peuvent recevoir une interprétation odieuse , en laissant de côté ce qui les justifie. Jérémie savait, par une révélation divine et par les prédictions dej prophètes qui l'avaient précédé, que Jérusalem serait prise, que les Juifs seraient conduits en captivité, que plus ils feraient de résistance aux Assyriens, plus leur sort serait fâcheux : il le leur représente, où est le crime ? Pendant le siège , les Juifs ne veulent suivre aucun de ses conseils, ni écouter aucune de ses remontrances ; ils le mettent en prison, parce qu'il ne veut pas flatter leurs folles espérances; ils le plongent dans une fosse remplie de boue ; il y aurait péri sans le secours d'un Ethiopien : il était encore dans les fers lorsque la ville fut prise ; il en fut tiré par les Assyriens, et l'on suppose qu'il fut cause de la prise de la ville ? Le roi Sédécias, subjugué par des furieux, n'osait consulter Jérémie qu'en secret : il n'osa pas le tirer de leurs mains , et l'on suppose que ce prophète soulevait le peuple contre son roi, etc. Ces calomnies sont réfutées par l'histoire même.
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On ne peut pas nier que les prédictions de Jérérnie sur Jérusalem , sur les nations voisines, sur l'Egypte, n'aient été accomplies: il était donc inspiré du ciel. Dieu n'aurait pas accordé l'esprit prophétique à un fourbe, à un traître, à un méchant homme ; les Juifs, devenus plus sages, n'auraient pas conservé pour lui et pour ses écrits le respect dont ils ont toujours été pénétrés. Voy. Prophète.
Un de nos philosophes a osé dire que Jérérnie était non-seulement un traître, mais un insensé, parce qu'il se chargea d'un joug et se garrotta de chaînes, pour mettre sous les yeux des Juifs les signes de l'esclavage auquel ils seraient réduits par les Assyriens (Jerem. c. xxvii, 2). Si c'était là un trait de folie, il faut conclure que tous les Orientaux étaient des insensés, puisque c'était leur coutume de peindre par leurs actions les objets dont ils voulaient frapper l'imagination de leurs auditeurs. Voy. Aixégorie , Hiéroglyphe.
JERICHO. Le siège et la prise de cette ville par Josué ont fourni aux incrédules plusieurs sujets do déclamation. Us disent : 1° Que pour faire passer aux Israélites le Jourdain près de Jéricho , il n'était pas nécessaire de suspendre les eaux par miracle ; que, dans cet endroit, le fleuve n'a pas quarante pieds de largeur ; qu'il était aisé d'y jeter un pont de planches, encore plus aisé de le passer à gué. Mais, selon le témoignage des voyageurs, le Jourdain a dans cet endroit plus de soixante-quinze pieds de largeur; il est très-profond et très-rapide. Au temps du passage de Josué, ou vers la moisson, ce fleuve avait rempli ses bords, et le texte porte qu'il regorgeait. 11 n'était donc pas possible d'y jeter un pont de planches, encore moins de le passer à gué (Josue, c. ni, 15). — 2° Qu'il n'était pas nécessaire d'envoyer des espions à Jéricho , puisque les murs de cette ville devaient tomber au son des trompettes. Mais lorsque Josué envoya ses espions, il était encore à Sétim, assez loin du Jourdain ; il ne savait pas encore que Dieu ferait tomber les murs de Jéricho par miracle : il n'en fut averti que plusieurs semaines après (Josue , c n , ni , vj. — 3" Selon les censeurs de l'histoire sainte, tous les habitants de Jéricho et tous les animaux furent immolés à Dieu, excepté une femme prostituée qui avait reçu chez elle les espions des Juifs. Il est étrange, disent-ils, que celte femme ait été sauvée pour avoir trahi sa patrie ; qu'une prostituée soit devenue l'aïeule de David et môme du Sauveur du monde. Il est vrai qu'à la prise de Jéricho tout lut tué et la ville rasée, parce que tout avait été voué à ïanathème ou à la vengeance divine; il ne s'ensuit pas que tuut ait été immolé à Dieu : le sac des villes, le massacre des ennemis , ne furent jamais regardés, chez aucun peuple, comme des sacrifices offerts à Dieu. 11 n'est pas certain que Rahab ait été une prostituée ; l'hébreu zanah ne signifie souvent qu'une cabaretière, une femme qui reçoit les étrangers. Pour qu'elle
fût la môme que l'aïeule de David, il faudrait qu'elle eût vécu au moins deux cents ans. Elle ne fut pas sauvée seule, mais avec toute sa parenté , non pour avoir trahi sa patrie , la visite des espions ne fit à Jéricho ni bien ni mal, mais pour avoir rendu hommage au Dieu d'Israël et protégé ses envoyés. « Je sais, leur dit-elle, que Dieu vous a livré notre pays , il y a répandu la terreur. Nous avons appris les miracles qu'il a opérés pour vous tirer de l'Egypte , et la manière dont vous avez traité les rois des Amorrhéens. Le Seigneur votre Dieu est le Dieu du ciel et de la terre ; jurez-moi donc, en son nom, que vous épargnerez ma famille comme je vous ai épargnés (Josue, c. ri, 9). Il ne tenait qu'aux habitants de Jéricho d'imiter cette conduite. — k° Le sac de Jéricho, continuent nos censeurs , est un exemple de cruauté détestable. Mais ce qu'Alexandre fit à Tyr, Paul-Emile en Epire, Julien à Dacires et à Majoza-Malcha , Scipion à Carthage et à Numance, Mummius à Corinthe, César à Alexie et à Gergovie , n'est pas moins cruel : tel a été le droit de la guerre chez les peuples anciens. En quoi les Israélites sont-ils plus coupables que les autres? Voy. Chananéens.
JÉRÔME DE PRAGUE. Voy. Hussites.
JEROME (saint), prêtre, l'un des plus savants Pères de l'Eglise , mourut l'an 420. L'édition de ses ouvrages , donnée à Paris par D. Martianay, en 5 vol. in-folio, fut commencée en 1693, et finie en 170f+. Elle a été renouvelée à Vérone en 1738 , par le Père Villarsi, de l'Oratoire, en dix volumes in-folio.
Le premier volume de D. Martianay renferme la traduction latine des livres saints, faite par saint Jérôme sur les textes originaux ; le deuxième renferme plusieurs traités pour servir à l'intelligence de l'Ecriture sainte ; le troisième, un savant commentaire sur les prophètes; le quatrième, un commentaire sur saint Matthieu et sur plusieurs épîlres de saint Paul, les lettres du saint docteur et des traités contre divers hérétiques. On a mis dans le cinquième les ouvrages supposés à saint Jérôme, et plusieurs pièces qui servent à l'histoire de sa vie.
Les critiques protestants, comme Daillé, Barbeyrac et leurs copistes, ont fait différents reproches à ce Père de l'Eglise. Ils disent d'abord qu'il a écrit avec trop de précipitation; mais il faut juger du mérite de ses ouvrages par ce qu'ils renferme:, t, et non par le temps qu'il a mis à les faire. Un homme aussi laborieux que saint Jérôme, et aussi instruit , est capable de faire de bons livres et en peu de temps.
On dit qu'il a eu trop d'estime pour la vie solitaire , pour la virginité , pour le célibat ; qu'il a parlé trop désavantageusement des secondes noces. La question tst de savoir si, sur ces différents chefs, il n'a pas mieux pensé que les protestants et que les incrédules; il en jugeait d'après les livres saints qu'il avait beaucoup lus et qu'd possédail
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Irès-bien : ses accusateurs en parlent d'après leurs préjugésctleurspréventions. Il est accusé d'avoir manqué de modération envers ses adversaires, d'avoir écrit contre eux d'un style vif, emporté, et souvent indécent. On ne peut pas disconvenir de la vivacité excessive de saint Jérôme ; mais quand l'opiniâtreté des hérétiques à l'attaquer ne pourrait pas lui servir d'excuse, il faudrait encore faire plus d'attention aux choses qu'au style, laisser de côté les expressions trop vives, et approuver la doctrine. 11 y a de l'injustice à exiger qu'un saint soit exempt des moindres défauts de l'humanité. Il a changé, d.ton de sentiment suivant les circonstances. 11 en a plutôt changé selon le progrès de ses Connaissances: preuve qu\l cherchait sincèrement la vérité, et qu'd n'hésitait pas de se corriger lorsqu'il reconnaissait qu'il s'était trompé.
Daillé a fait grand bruit sur un passage de ce saint docteur, Epist. 50 ad Pammach., où il dit que, quand on dispute, on ne dit pas to ijours ce que l'on pense, que l'on cherche à vaincre l'adversaire par la ruse autant que par la to ce. Il est clair (pie saint Jérôme veut parler de l'usage que l'on fait, dans la dispute, dos arguments personnels tirés des principes de l'adversaire qu'on réfute. Ces arguments ncsont pas toujours conformes au senment de celui qui s'en sert ; mais ils sont légitimes et solides, puisqu'ils démontrent que l'advcrs lire n'est pas d'accord avec luimême. 11 en est de môme lorsqu'un adversaire prouve mal un fait ou une opinion qui peuvent être vrais; on attaque ses arguments, quoique, sur le fond, l'on pense comme lui. Ce sont des ruses, sans doute, mais ruses très-pc, mises, dont on n'a jamais fait un crime à personne. Les censeurs mêmes de saint Jérôme en ont souvent employé qui sont moins honnêtes; ce n'en estpas une fort louable de donner un sens criminel a un passage, lorsqu'il peut avoir un sens très-innocent.
Le saint docteur, en commentant les paroles de Jésus-Christ {Matth. c. v, v. 34), défend, comme le Sauveur lui-même, de jurer dans le discours ordinaire ; de là Barbeyrac conclut qu'il condamne le serment en général et sans distinction.
Sur saint Matthieu, c. xvii, v. 26, saint Jérôme fait remarquer que Jésus-Christ a payé le tribut à César, afin d'accomplir toute justice. Il ajoute : Malheureux que nous sommes ! nous portons le nom du Christ, et nous ne payons aucun tribut. Barbeyrac soutient que saint Jérôme défend aux chrétiens de payer les tributs.
Dans son Commentaire sur Jonas, saint Jérôme n'a pas voulu condamner les femmes chrétiennes qui se sont donné la mort plutôt que de laisser violer leur chasteté; son censeur en conclut que ce Père approuve le suicide en pareil cas.
Comme saint Jérôme a écrit avec beaucoup de chaleur contre Jovinien qui ne faisait aucun cas de la virginité, et contre Vigilance qui condamnait le culte des reliques, on sent !>ien qu'un protestant ne peut pas
pardonner ces deux traits à un Père de l'Eglise; aussi Barbeyrac s'emporte contre lui, et déclame de toutes ses forces. Traité de la Morale des Pères, c 15. Tel est le génie des protestants. Saint Jérôme les a condamnés et réfutés d'avance : donc ils ont droit euxmêmes de le condamner; mais l'Eglise a suivi la doctrine de saint Jérôme, et elle a réprouvé la leur.
Ce n'est pas la peine de répondre en détail aux reproches de Barbeyrac : les uns consistent à donner pour des erreurs, des vérités que nous professions encore; les autres ne sont que de fausses conséquences et de fausses interprétations de la doctrine do ce saint prêtre. Un autre critique protestant, beaucoup plus instruit, a poussé encore.» plus loin la fureur. Le Clerc, en colère contre D. Martianay, éditeur des ouvrages de saint Jérôme, et déterminé à le contredire en toutes choses, a fait retomber son ressentiment sur le saint docteur. Il a publié, en 1700, un livre intitulé : Quœstiones hieronymia?iœ. où , sous prétexte de relever les fautes de l'éditeur, il cherche à ruiner toute l'estime que l'on peut avoir pour saint Jérôme; il soutient, Quœst., p. 7, que tout son mérite se réduit au talent de déclamer; qu'il n'a eu qu'une connaissance très- médiocre de l'hébreu et du grec ; qu'il n'avait l'ait qu'eiileurer la théologie et les autres sciences, qu'il n'avait rien d'original dans l'invention , ni d'exact dans la méthode; que pour peu que l'on connaisse la dialectique, on ne trouve dans ses raisonnements qu'une vaine enflure et des exagérations de rhétorique, sans aucune foi ce et sans jugement. Il pense que si Erasme lui a donné des louanges sur ce point, c'a été afin de faire valoir son édition, et pour se réconcilier avec les moines. Tout le livre de Le Clerc est employé à prouver les différentes accusations ; et il faut convenir que si la malignité, les interprétations fausses, les principes hasardés en fait de grammaire et d'étymologies hébraïques, les intérêts de sectes et de parti, peuvent tenir lieu de preuves, Le Clerc est venu parfaitement à bout de son dessein.
Bichard Simon, autre censeur très-téméraire, a de même attaqué D. Martianay avec beaucoup d'aigreur, et s'est répandu en invectives contre les moines, dans des lettres critiques imprimées en 1699; mais il a parlé de saint Jérôme avec beaucoup plus de respect que Le Clerc. Nous ignorons si le père Villarsi, dans son édition de 1738, a suivi uu meilleur ordre que D. Martianay, et s'il a satisfait aux reproches des deux critiques do;.' nous venons de parler.
JERONYMITES, nom de divers ordres ou congrégations de religieux, autreme- 1 appelés ermites de saint Jérôme, parce qu'ils ont cherché à rendre leur manière de vivre conforme aux instructions de ce saint docteur. Ceux d'Espagne doivent leur naissance au tiers ordre de saint François, dont les premiers jéronymites étaient membres. Grégoire XI approuva leur congrégation l'an 1 374; il leur donna les constitutions du couvent
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de Sainte Marie-du-Sëpulcre , avec la règle de saint Augustin ; pour habit une tunique de drop blanc, un scapulaire de couleur tannée, un petit capuce et un manteau de pareille couleur, le tout sans teinture, et de vil prix.
Ces religieux sont en possession du couvent de Saint-Laurent de FEscurial, où les rois d'Espagne ont leur sépulture, de celui de Saint-Isidore de Sévillc, et de celui de Saint-Just, dans lequel Charles-Quint se retira lorsqu'il eut abdiqué la couronne impériale et celle d'Espagne. H y a encore dans ce royaume d'autres religieux jéronymites, qui furent fondés sur la tin du xve siècle ; Sixte IV les mit sous la juridiction des anciens jéronymites, et leur donna les constitutions du monastère de Sainte-Marthe de Cordoue ; mais Léon X leur ordonna de prendre les premières, dont nous venons de parler. Ainsi ces deux congrégations furent réunies.
Les ermites de saint Jérôme de l'observance de Lombardie ont pour fondateur Loup d'Olmédo, qui les établit, en 14-24-, dans les montagnes de Cazalla, au diocèse deSéville; il leur donna une règle composée des instructions de saint Jérôme, et qui fut approuvée parle pape Martin V. Ces jéronymites furent dispensés de garder la règle de saint Augustin.
Pierre Gambacorti, de Pise, fonda la troisième congrégation des jéronymites , vers l'an 1377. Ils ne firent que des vœux simples jusqu'en 15G8; alors Pie V leur ordonna de faire des vœux solennels. Ils ont des maisons en Italie, dans le Tyrol et dans la îlav'ère et ils sont au nombre des ordres mendiants.
La quatrième congrégation de jéronymites, dite de Fiésoli, commença l'an 1360. Charles de Monté Granclli, de la maison des comtes de ce nom, se retira dans la solitude, et s'établit d'abord à Vérone, avec quelques compagnons qu'il rassembla. Cette congrégation fut mise, par Innocent VII, sous la règle et les constitutions de saint Jérôme; mais en 1441, Eugène IV leur donna la règle tie saint Augustin. Comme le fondateur était du tiers ordre de saint François, il en garda l'habit; en 1400, Pie II permit a ceux qui voudraient de le quitter, ce qui occasionna une division parmi eux ; mais en 1668 Clément IX supprima entièrement cet ordre, en l'unissant à la congrégation du B. Pierre Gambacorti.
JÉRUSALEM (Eglise de). Il est dit dans 1 s Actes des apôtres, que cinquante jours après la résurrection de Jésus-Christ, les «"pôtres reçurent le Saint-Esprit ; que saint Pierre, en deux prédications, convertit a la l'ai chrétienne huit mille hommes, et que ce nombre augmenta de jour en jour. Quelques années après , les anciens de cette Eglise dirent à saint Paul : « Vous voyez, mon frère, combien de milliers de Juifs croient en Jésus-Christ. » Ce fait est confirmé par Hégésippe, au'eur du ue siècle; par Celsc, qui reproche aux Juifs convertis
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de s'ôtre attachés à un homme mis à mort depuis peu de temps ; dans Or.gène, 1. h, n. 1, 4, 46; et par Tacite, qui dit que le christianisme se répandit d'abord dans la Judée, où il avait pris naissance, Annal., 1 xv, n. 44.
L'on commença de bonne heure à disputer dams cet'e Eglise; les apôtres s'y assemblèrent vers l'an 51, pour décider que les gentils convertis n'étairnt pas tenus à garder la loi de Moïse. Les ébionites prétendirert que Jésus éta't né de Joseph ; Céiinihe nia sa divinité ; d'autres la réalité de sa chair ; saint Paul et saint Jean réfutent ces erreurs dans leurs lettres. L'existence d'une Eglise nombreuse à J'rusalem, avant la destruction de cette ville, ou avant l'an 70, est donc incontestable.
Mais si la résurrection de Jésus-Christ, ses miracles et les autres faits publiés par les apôtres, n'avaient pas été indubitables, ces prédicateurs auraient-ils ] u faire un si grand nombre de prosélytes sur le lieu même où tout s'était passé, dans un temps où ils étaient environnés de témoins oculaires, et de sectaires qui étaient intéressés aies contredire.
Pour expliquer naturellement la naissance et les progrès du Christian sme, les incrédules modernes supposent que les apôtres ne prêchèrent d'abord qu'en secret et dans les ténèbres; qu'ils ne commencèrent à se montrer au grand jour que quand ils furent assez foitspour intimider les Juifs, et qu'alors on ne pouvait plus les convaincre d'imposture, parce que les témoins ne subsistaient plus. C'est une supposition fausse. Le meurtre de saint Etienne et de saint Jacques, l'emprisonnement de saint Pierre, le tumulte excité par les Juifs contre saint Paul, les disputes qui régnèrent parmi les Juifs convertis, et qui donnèrent lieu au concile de Jérusalem, etc., prouvent que la prédication des apôtres fit d'abord beaucoup de bruit, et fut connue de tout Jérusalem ; que la rapidité de leur succès étonna les chefs de la nation juive ; que ceux-ci n'osèrent traiter les apôtres comme ils avaient trait'' Jésus-Christ 'lui-même. — Il est donc incontestable que les faits sur lesquels les apôtres fondaient leurs prédications, et qui sont la base du christianisme, ont été hautement publiés d'abord, et poussés au plus haut point de notoriété, sur le lieu même où ils se sont passés, et sous les yeux des témoins occulaires; que ceux même qui avaient le plus d'intérêt de les contester n'ont pu y rien opposer; que ceux qui les ont crus étaient invinciblement persuadés de la vérité de ces faits.
Dès l'origine, la communauté des biens s'établit parmi les fidèles de Jérusalem ; mais au mot Communauté de biens, nous avons fait voir qu'elle consistait seulement dans la libéralité avec laquelle chacun d'eux pourvoyait aux besoins des autres ; nous savons que la même charité mutuelle a régné dans les autres Eglises : quant à la communauté de» biens prise en rigueur, on ne peut pas prou-
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ver qu'elle ait été établie nulle part. C'est donc mal h propos que les incrédules ont écrit que c'était là une des principales causes de la propagation rapide du christianisme. Quand elle aurait eu lieu à Jérusalem, en quoi aurait-elle influé sur la conversion des peuples de l'Asie mineure, de la Grèce ou de l'Italie? La chanté héroïque qui a été pratiquée par tous les chrétiens dans tous les lieux, môme envers les païens, a fait des prosélytes sans doute, les Pères de l'Eglise en déposent ; nous ne pensons pas que ce motif do conversion fasse déshonneur à notre religion. Voy. Christianisme.
Il y a plusieurs contestations entre les théologiens catholiques et les protestants, au sujet de l'assemblée tenue h Jérusalem par les apôtres vers l'an 51, de laquelle il est parlé, Act., c. xv. Il s'agit de savoir si ce fut un vrai concile, si les prêtres et le peuple y eurent voix délibérative, quel fut l'objet de la décision, si ce fut une loi perpétuelle et qui devait durer toujours.
Déjà, au mot Concile, nous avons prouvé que rien ne manquait à cette assemblée pour mériter ce nom, puisqu'il s'y trouvait au moins trois apôtres, dont l'un était évoque titulaire de Jérusalem, plusieurs disciples qui participaient à leurs travaux, et que saint Pierre y présidait. Il n'était pas nécessaire que tous les apôtres et tous les pasteurs qu'ils avaient établis, fussent ap-
Îelés : chacun des apôtres avait reçu de ésus-Christ et du Saint-Esprit le droit de faire des lois pour le gouvernement de l'Eglise (Matth., c. xix, v. 28; ; a plus forte raison avaient-ils ce droit, lorsque plusieurs étaient réunis à leur chef. Mosheim, qui a discuté cette question, convient que c'est une dispute de mots. Inst. Hist. christ., p. 281. Le décret de ce concile fut donc une véritable loi qui obligeait tous les fidèles ; non-seulement il concernait la discipline, mais il décidait un dogme ; savoir, que les gentils convertis n'étaient pas obligés, pour être sauvés, à observer la circoncision ni les autres lois cérémonielles des Juifs; qu'il leur suffisait d'avoir la foi ; et l'on sait que, par la foi, les apôtres entendaient la soumission à la morale de Jésus-Christ, aussi bien qu'au reste de sa doctrine. Quoique cette décision ne fût adressée qu'aux gentils convertis d'Antioche , de Syrie et de Cilicie, elle ne regardait pas moins les autres Eglises , puisque saint Paul enseigna la même doctrine aux Calâtes. D'où il s'ensuivait que, s'il était encore permis aux juifs d'observer leur loi cérémonielle, ce n'était plus comme une loi religieuse, mais comme une simple police.
En second lieu, il est dit (Act. c. xv , v. G et 7) que les apôtres et les prêtres ou anciens s'assemblèrent pour examiner la question, que l'examen se fit avec soin; v. 22, qu'il plut aux apôtres, aux anciens ou prêtres, et à toute l'Eglise, d'envoyer des députés porter ce:te décision à Antioche : de là les protestants ont conclu que les prêtres et le peuple cur. nt voix délibérative dans
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ce concile, qu'ils auraient Ju l'avoir de même dans tous les autres; que c'a été dans la. suite une usurpation de la part des évoques, de s'attribuer ce droit exclusivement; qu'en cela ils ont perverti l'ordre établi par les apôtres, qu'ils ont changé en aristocratie un gouvernement qui, dans son origine, était démocratique.
Aux mots Evkque, Hiéraucuie, etc., nous avons prouvé le contraire, et le chapitre même que l'on nous objecte, le confirme. Les prêtres ni le peuple ne parlent point dans cette assemblée, on ne demande point leur suffrage : il est dit au contraire, v, 12, que la multitude se (ut. Leur présence ne prouve donc point qu'ils y assistaient en qualité de juges ou d'arbitres, niais seulement comme intéressés à savoir ce qui serait décidé. Lorsque les magistrats prononcent un arrêt à l'audience, ou ne s 'aviso pas de dire que c'est l'ouvrage des avocats et des auditeurs.
Basnagc a cependant soutenu que le concile do Jérusalem est le seul œcuménique quo l'on ait pu tenir; que si on le prenait pour règle et pour modèle des autres, il faudrait que les apôtres y présidassent, qu'ils fussent composés de tous les évoques de l'Eglise chrétienne-, que les prêtres et le peuple eussent part aux décisions. Histoire de l'Eglise, 1. x, c 1, § 3. il aurait été bien embarrassé de faire voir en quoi consistait la part que les prêtres et le peuple eurent à la décision du concile de Jérusalem. Les évoques sont les successeurs des apôtres; ils ont donc hérité du droit de tenir des conciles; il n'est pas plus nécessaire quo tous y assistent, qu'il ne l'a été (pie tous les apôtres fussent présents au concile de Jérusalem. Voy. Coxcu.E. Les protestants veulent; persuader que les apôtres n'avaient le droit de juger et de faire des lois, que parce qu'ils avaient 'reçu le Saint-Esprit; mais longtemps auparavant Jésus-Christ leur avait dit : Vous serez assis sur douze sièges pour juger les tribus d'Israël (Matth. c. xix, v. 28).
En troisième lieu, le concile enjoint aux fidèles de s'abstenir de la souillure des idoles, ou des viandes immolées aux idoles, du sang, des viandes suffoquées et de la fornication (Act. c. xv, v. 20 et 29). Il n'est aucun de ces termes sur le sens duquel les commentateurs n'aient disputé. Spencer a fait à ce sujet une assez longue dissertation, de Legib. Hcbr. ritualib., 1. n, p. 435. Après avoir rapporté les divers sentiments, il est d'avis qu'il faut prendre les termes dans le sens le plus naturel et le plus ordinaire ; que par la souillure des idoles, il faut entendre tous les actes d'idolâtrie : or, c'en était un de manger des viandes immolées aux idoles, soit dans leur temple, soit ailleurs, soit après un sacrifice, soit dans un autre temps; d'invoquer les dieux au commencement ou à la lin du repas, de faire des libations à leur honneur , etc. Ces pratiques étaient familières aux païens ; c'est pour cela que les Juifs évitaient de manger avec eux. S'abstenir du sang n'est point s'abbtenir du
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meurtre, mais éviter de manger le sang des animaux, par conséquent les viandes suffoquées dont le sang n'a pas été versé. La fornication est le commerce avec une prostituée, commerce que les païens ne mettaient pas au rang des crimes.
Quoique le décret du concile de Jérusalem semble mettre toutes ces actions sur la môme ligne, il ne s'ensuit pas, dit Spencer, que l'idolâtrie et la fornication soient en elles-mêmes aussi indifférentes que l'usage du sang et des viandes suffoquées ; les deux premières sont défendues par la loi naturelle, le reste ne l'était que par une loi positive, relative à la police et aux circonstances. Mais tout cela est joint ensemble, parce que c'étaient autant de signes, de causes et d'accompagnements de l'idolâtrie ; cet auteur le prouve par des témoignages positifs. Telle est, selon lui, la principale raison de la défense portée par les apôtres; la seconde était l'borreur que les Juifs avaient pour toutes ces pratiques, et qui les détournait de fraterniser avec les gentils; la troisième était la nécessité d'écarter de ceux-ci toute occasion de retourner à leurs anciennes mœurs.
En quatrième lieu, cette loi a été souvent renouvelée dans la suite ; elle se trouve dans les Constitutions apostoliques, 1. vi, c. 12 ; dans le deuxième canon du concile de Gangres, dans le concile in Trullo, dans une loi de l'empereur Léon, dans un concile de Worms, sous Louis le Débonnaire : dans une Lettre du pape Zacharie à l'archevêque de Mayence, et dans plusieurs Pénitent iaux. Cette discipline est encore observée chez les Ethiopiens; elle l'a été en Angleterre jusqu'au temps de Bède. C'est ce qui a déterminé plusieurs savants protestants à soutenir qu'elle n'aurait jamais dû être abrogée, puisqu'elle est fondée sur l'Ecriture sainte et sur une tradition constante : Notre coutume, disent-ils, de manger du sang scandalise non-seulement les Juifs et les Grecs schismatiques, mais encore un grand nombre d'bommes pieux et instruits. Mais il est évident que les deux raisons principal' s pour lesquelles cette loi était établie ne subsistant plus, elle ne doit plus avoir lieu, et que ceux qui se scandalisent de l'usage contraire ont tort. Si les Juifs et les Grecs se faisaient catholiques, ils seraient les maîtres de s'abstenir du sang et des viandes suffoquées, pourvu qu'ils ne le lissent pas par un motif superstitieux. La tradition que l'on nous oppose n'a pas été aussi constante qu'on le prétend, puisqu'au ive siècle, du temps do saint Augustin, cette abstinence n'était déjà plus observée dans l'Eglise d'Afrique. Saint Augustin, contra Faust., 1. xxxïi, cap 13. Des raisons locales l'ont tenue en vigueur plus longtemps dans le Nord de l'Europe, parce que le christianisme n'y a pénétre qu'au vuc siècle et dans les suivants, et que les mœurs grossières des païens convertis exigeaient cette précaution. Tout cela prouve que c'est à l'Eglise qu'il appartient déjuger de la discipline qui convient dans les temps
et les lieux différents. Quant aux protestants, qui veulent décider de tout par l'Ecriture sainte, c'est leur affaire de dire pourquoi iîs ne gardent pas une loi qu'ils y voient en termes formels.
* Jérusalem (Destruction de). La ville de Jérusalem, l'objet de la prédilection de Dieu, se montra ingrate et mérita d'être punie. Jamais punition ne fut plus éclatanie; aucune preuve en faveur de la verte de notre religion n'est plus visible que celle-ci. Nous empruntons à Keith celte preuve inattaquable qui déposera dans tous les siècles en faveur de notre foi.
i Les instruments ne manquent jamais pour l'exécution des desseins de Dieu ; de même, quand cela est nécessaire pour la confirmation de sa parole, il ne manque point de témoignage pour attester que ses desseins déclarés ont reçu leur pleine exécution. L'histoire n'offre rien de pareil au siège et à la destruction de Jérusalem, et aux malheurs que ses habitants se sont infligés et ont attirés sur eux par leur sauvage barbarie et leur résistance obstinée. 11 n'est point de ville ni de pays dont la destruction, la dévastation et les malheurs soient conservés dans un détail aussi clair et aussi authentique. Josèphe, qui était juif lui-même et témoin oculaire des fails qu'il rapporte, donne un récit circonstancié de toute la guerre ; d'où il résulte une preuve complète et évidente de la vérité de ce qui a été prédit par Moïse et les prophètes, et aussi de tout ce que le Christ, dans une vision plus claire, et jusqu'à jeter ses disciples dans l'étonuemcntetle trouble, a révélé explicitement par rapport au sort qui attendait prochainement cette coupable cité. Les écrivains païens aussi mentionnent une multitude de fails.
t Los prophéties de l'Ancien et du Nouveau Testament relatives au siège et à la destruction de Jérusalem, sont si nombreuses, que pour les insérer ici tout au long, il faudrait plus d'espace que nous n'en pouvons consacrer à la considération même du sujet. Le lecteur peut les voir telles qu'on les trouve dans la parole écrite, les Ecritures (Lev. xxvi, 11, elc. ; Deut. xxvni, 15, elc. ; Is. xxix, 1, etc.; Ezech. vi, vu;Jer. xxvi, 18; Mich. ni, 12 ; Mallh. xxi, 33, elc; xxn, 1-7; xxiv ; Marc, xui; Luc. xx, 9-19 ; xxi, xxiii, 27-51 ). Leur signification ne demande pas d'autre exposition. Ou Ire 'es prédictions liltérales, on trouve encore dispersées ça ei là dans l'Evangile de fréquentes allusions à l'abolition de la loi de Moïse et au dernier bouleversement de la république des Juifs.
« Un peuple d'une altitude menaçante, d'une langue inconnue, et aussi rapide que le vol de l'aigle, devait s'avancer d'une terre lointaine contre les Juifs, pour les dépouiller de tous leurs biens, pour les assiéger dans toutes leurs villes et renverser leurs murailles hautes et fortifiées. 11 ne devait rester de tout le peuple qu'un petit nombre d'hommes; ils devaient être massacrés sous les yeux de leurs ennemis ; l'orgueil de leur puissance devait être brisé, leurs villes devaient être dévastées; eux-mêmes ils devaient être détruits, réduits à rien, arrachés de leur pal lie, vendus comme esclaves, et tomber dans un tel mépris que personne n'en voudrait acheter. Leurs hauts lieux devaient être frappés de désolation, et leurs ossements dispersés autour de leurs autels. Jérusalem devait être environnée de toutes parts, et entourés de ligues de circonvallalion ; on devait élever des forts contre elle ; elle devait êlre labourée comme un champ de terre, devenir un monceau île décombres, et être frappée d'une ruine totale. Le glaive, la famine et la peste devaient concourir à leur destruction.
« Les Juifs vécurent sans ciainte de ces terribles jugements de Dieu tant qu ils furent en paix, et ne voulurent point écouter la voix de Jésus- Ils ne vou-
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laient point avoir d'autre roi que César, et ils se reposaient sur l'empire romain de la sécurité de leur patrie. Mais celui qu'ils avaient rejeté (it voir que Dieu les avait aussi rejetés eux-mêmes, qu'ils comblaient la mesure de leurs p res, et «pie tous les arrêts de la justice divine qui avaient autrefois été prononcés contre eux, et d'autres encore que leurs pères n'avaient point entendus, se feraient sentir à plusieurs d'entre eux, et que quelques-uns de ceux qui vivaient alors en seraient les témoins. Et l'homme de douleurs dont le visage était endurci comme une pierre lies-dure contre les souffrances inouïes qu'il eut à endurer, et qui ne versa pas une larme pour son propre compte, fut touché de compassion, son cœur s'amollit et fut saisi d'attendrissement, comme le serait un enfant, à la vue des grands crimes de sa nation et des malheurs qui étaient près de fondre sur cette cité criminelle, impénitente et maudite : Et voyant Jirusatetn, il pleura sur elle.
« Trente-six ans expirés entre la mort du Christ et la ruine de Jérusalem ; la mort, antérieure à cet événement, de deux au moins des évangélisles qui rapportent les prophéties qui y sont relatives; la manière dont les prédictions et les allusions qui concernent les destinées de Jérusalem sont mêlées au récit évangélique; l'avertissement donné aux disciples du Christ de se soustraire aux malheurs qui étaient près de fondre sur leur patrie, et l'annonce qui leur est faite des signes qui leur en feront connaître l'approche; la frayeur qu'inspirait à quelques-uns des premiers convertis à la foi chrétienne la persuasion que le jour du jugement était proche, et qui avait pour source la connexion intime qui existe entre les prophéties concernant la ruine de Jérusalem et celles qui sont relatives au second avènement du Christ cl à la (in du monde (toutes choses dont ses disciples lui avaient demandé la révélation); l'assentiment unanime de l'antiquité à la première prédication de l'Evangile; et la vérité constante des prophéties, continuant encore à se manifester dans l'état présent de Jérusalem, qui est foulée par les pieds des gentils, fournissent une preuve aussi complète qu'on peut l'imaginer, que toutes ces prédictions ont été faites avant l'événement.
o II ne saurait y avoir de coïncidence plus étroite, par rapport aux faits, que celle qui existe entre les prédictions de Jésus et le récit de l'historien juif. Eh bien! comme le lecteur le verra dans la suite, cette coïncidence n'estpas plus claire que cellequi se trouve entre le témoignage des incrédules modernes et les prophéties qui ont rapport à la désolation passée et présente de la Judée.
< Des guerres, des bruits de guerre, des commotions, les nations se soulevant contre les nations, et les royaumes contre les royaumes, des famines, des [testes et des tremblements de terre en divers lieux : tels sont les plus grands de tous les malheurs temporels que redoutent les humains. Ce n'élait cependant là que le commencement des afflictions et les avantcoureurs de maux plus 'affreux encore. Il apparaîtra beaucoup de faux christs qui séduiront beaucoup de monde. Les disciples de Jésus seront persécutés, affligés, emprisonnés, haïs de toutes les nations, et conduits, pour l'amour de son nom, devant les gouverneurs ol les rois, et beaucoup d'entre eux seront mis à mort. L'iniquité abondera, et la charité se refroidira dans le cœur de beaucoup; toutefois l'Evangile du royaume sera prêché dans tout l'univers. L'abomination de la désolation sera vue dans le lieu où elle ne doit pas être. Jérusalem sera de toutes parts environnée par les armées, elle sera enlour. e d'une tranchée et les habitants enveloppés de tous cités. Il y aura aussi d'horrihles fantômes et de grands signe', vluiij le ciel; et à ces signes on reconnaîtra que la ruine de Jérusalem est pioche. La terre sera frappée d'une grande détresse, et le peuple sentira les fouu* d'une grand*5 colère : la tribulation scia
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telle qu'il n'y en eut et qu'il n'y en aura jamais de semblable. Les Juifs tomberont sous les coups du glaive; ce qu'il en restera sera mené en captivité chez toutes les nations; du temple et de Jérusalem illemème il ne restera pas pierre sur pierre, et elle sera foulée par les pieds des gentils jusqu'à ce que le temps des gentils soit accompli.
«Ces prophéties ont été faites dans un temps de parfaite paix, et cependant elles ont été accomplies avant qu'il se fût écoulé une génération. Les séductions qui furent mises en œuvre par de faux christs, ou prétendus prophètes, occasionnèrent quelques-unes des premières commotions, qui bientôt s'étendirent sur toute la Judée. Chaque ville, en Syrie, devint le théâtre d'une guerre civile. Les Juifs furent excités à la révolte par les indignités et les oppressions auxquelles ils furent en butte sous Florus, gouverneur romain. Enfin ils se révoltèrent ouvertement contre les Romains. Ces guerres et ces bruits de guerre et ces commotions ne furent pas restreintes à la Syrie. A Al xandrie, cinquante mille Juifs furent massacrés d'une seule fois. L'Italie éprouva de si fortes convulsions, que, dans le court espace de deux ans, quatre empereurs souffrirent la mort. 11 y eut des pestes et des famines, une grande mortalité à Babylonc et à Rome et en divers lieux, de grands tremblements de terre qui renversèrent différentes villes. Vo d e de la nature, dit Josèphe, e'/aiJ b juteversé; et il y avait des présages de malheurs non ordinaires. Il y avait des signes et d'horribles fantômes capables d'effrayer les plus hardis. L'iniquité abondait, et même la foi et la charité chrétienne s'affaiblissaient. Le nom de chrétien devint un signal de persécution et une marque de haine. Les chrétiens étaient conduits devant les gouverneurs et les rois. Paul, abandonné par de faux frères, comparut seul devant Néron. Les corps des chrétiens» couverts de matières combustibles, éclair rent les rues de Rome. Mais, quoique les discip'es de Jésus fussent haïs, persécutés, emprisonnés, affligés, battus de verges, et un grand nombre d'entre eux massacrés, brûlés ou crucifiés, l'Evangile du royaume n'en était pas moins prêché de l'Espagne jusqu'à l'Inde, et publié dans tout le monde. Ils portaient à la mort le triomphe de leur foi, mais dans les jugements de Dieu contre Jérusalem, il ne périt pas un cheveu de leurs tètes. Le dernier signal avait été donné : les ensèi gnes idolâtres des Romains couvraient la Judée : Jérusalem était toute environnée d'armées. Ces armées se retirèrent encore pour un temps. Beaucoup de personnes alors s'enfuirent de la cité. Les chrétiens avertis d'avance, comme le rapporte Eusebe, se réfugièrent à Pella, dans les montagnes; mais une multitude d'autres personnes qui étaient montées à Jérusalem pour la fêle de Pâques, ou qui s'y réfugiaient pour mellre en sûreté, au moins pour un temps, leurs vies et leurs propriétés, se réunit dans l'enceinte des murs de la ville. Quand donc le prince du peupL fut venu (Yespasien qui fut élu empereur de Rome pendant qu'il était dans la Judée), il n'y eut plus aucun moyen d'évasion. La ville et le sanctuaire étaient sur le point d'èlrc détruits, et le jour de la colère du Seigneur était venu sur Jérusalem.
« Jésus ayant été crucifié, César renié, el le sceptre étant échappé de leurs mains, les Juifs se trouvaient sans chef et sans roi, quand les conquérants du monde vinrent aussi conquérir cette nation qui s'était montrée rebelle contre Dieu et contre les hommes. Les brigands qui s'étaient réunis par bandes au milieu des troubles précédents, et restaient cantonnés dans les montagnes de Judée, ne trouvant point d'abri contre la puissance des Romains, accoururent eu foule à Jérusalem, et conjointement avec les zélateurs et une populace anarchique, y exercèrent leur domination. Le pillage, le massacre el la destruction furent aussi leur œuvre. Les provisions communes, amassées pour soutenir le siège, furent pillées et brûlées. Les factions étaient aux prises
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l'une avec 1'aulrc, et le sang de milliers de Juifs était versé par leurs propres frères. Les combats n'étaient ni moins fréquents ui moins rigoureux avec les ennemis du dehors qu'avec ceux du dedans. Les prêtres étaient massacrés à l'autel, et leurs os dispersés aux alentours. Enfin le pouvoir resta entre les mains des brigands, ou zélateurs, sans leur cire désormais contesté. Mais la famine bientôt exerça ses ravages sur tout le monde sans distinction. On fouilla dans les égoùls pour y chercher des aliments; on rongea les ceintures, les souliers et le cuir des boucliers. Les immondices les plus dégoûtantes étaient dévorées avec avidité. Les corps des faméliques tombaient morts dans les rues. Mais le fait le plus épouvantable, qui bientôt devint notoire, et dont la découverte frappa d'horreur toute la ville en proie à la souffrance, et les assaillants même d'etonnement et de rage, c'est une lemme autrefois riche et noble, qui lue, rôtit et mange son propre e.iant encore à la mamelle. Ceci montre avec quelle vérité prophétique et quelle juste compassion Jésus avait déploré le malheur des mères qui allaiteraient dans ces jours , fait dont Moïse, quinze cents ans auparavant , avait décrit toutes les circonstances (Dcul., xxm, 56, etc.), et dispense le cœur le plus insensible de chercher d'autres témoignages d'une tribulalion si grande, qu'il ne saurait y en avoir de pareille. Cependant les Juifs , transportés de fureur, quoiqu'ils perdissent tout espoir d'un secours divin, à la nouvelle d'une action si monstrueuse et si contraire à la nature, ne voulurent pas se rendre. Ils ne voulaient entendre parler d'aucun accommodement. Affaiblis par leurs assauts désespérés, les Romains élevèrent un mur et environnèrent la ville de tous côtés. Crucifiez-le, crucifiez le! tel avait été autrefois leur cri et celui de "leurs pèivs, qui appelaient ainsi avec imprécation le sang de Jésus sur eux-mêmes et sur leurs enfants ; et assurément il était retombé sur eux. Ceux qui fuyaient la famine étaient arrêtés comme prisonniers, et chaque jour on en crucifiait cinq cents en dehors des murs de Jérusalem, jusqu'à ce qu'on ne put plus trouver de place pour planter les croix, ou que l'on manquât de croix pour y attacher les corps. Le but que l'on se proposait par une telle cruauté fut complètement manque : un spectacle si triste et si révoltant ne put intimider et amener à se soumettre les furieux qui dominaient dans cette malheureuse cité. Dans les entrailles déchirées de quelques-uns des captifs massacrés on trouva de l'or : comme en eilet ils l'aimaient autant que leur vie, ils l'avaient avalé dans l'espoir de le sauver. Alors les Arabes et les Syriens qui étaient alliés aux Romains, et les harpies préposées à la garde de leurs camps, cherchèrent dans le corps des déserteurs des trésors qu'ils supposaient y être cachés; et c'est ainsi que, dans l'espace d'une seule nuit, deux mille hommes furent mis en pièces.
< II est déchirant d'arrêter son attention au récit de tant d'horreurs accumulées; et l'exemple de Jésus ne défend pas aux chrétiens de verser des larmes. Qu'il suffise de le dire : cent quinze mille cadavres furent transportés hors de la ville par une seule des portes, durant le siège ; il en passa six cent mille par toutes les portes; et c'étaient seulement les pauvres, qui n'avaient pas d'autre sépulture que d'être jetés hors de l'enceinte de la cité. Beaucoup de mai-ons, en outre, étaient remplies de cadavres; il yen avait aussi d'entassés en monceaux dans toutes les places libres, jusqu'à ce qu'on ne vit plus aucun endroit et qu'il n'y eût plus de place dans la ville qui n'en fût couverte. Une foule de gens de toute classe, six mille environ, périrent au milieu des flammes, dans les parvis du temple, ou se précipitèrent et se donnèrent la mort; dix mille autres y furent égorgés ; les égoùts de la vide fuient remplis et comblés avec des corps morts : ouze cent mille Juifs périrent dans le siège et le sac de celte ville et dans les attaques dej assassins; et
au moment où Jérusalem fut livrée aux flammes dévorantes, le sang ruisselait dans toutes les rues.
Jérusalem fut dévouée à une ruine complète. Ses remparts furent détruits, ses créneaux abattus ; car ils n'étaient pas au Seigneur. La cité et le sanctuaire furent rasés jusqu'aux fondements. Les Romains firent passer la charrue sur la place nli elle avait été, et ce fut là le dernier acte de leur vengeance, vouant ainsi Jérusalem à une désolation perpétuelle ; et c'est ainsi qu'ils mirent la dernière main à l'œuvre dont ils avaient été chargés, raisattt disparaître jusqu'aux traces de celle ville criminelle, et ne laissant pas du tempe pitire sur pierre qi n'eût été renversée.
i Les Juifs furent passés au fil de l'épéc. Sans parler de ceux qui périrent dans les séditions et pendant le siège, deux cent quarante mille furent égorgés dans les villes de Juda et dans les contrées voisines : ce calcul est de Josèphe, qui spécifie le nombre de ceux qui périrent dans chaque lieu en particulier. Quatre-vingt-dix-sept mille prisonniers furent menés en captivité. Beaucoup furent emmenés en Egypte et vendus comme esclaves (Lent, xwiu, 68). Les places où se tenaient les foires des esclaves en étaient encombrées, au point que personne n'en voulait plus acheter ; et même dans une occasion, plus de onze mille captifs, soit par malice, soit par incurie, furent laissés sans nourriture et moururent de faim.
« Les jugements du Seigneur s'attachèrent aux Juifs d'une manière si rigoureuse et tombèrent sur eux et les accablèrent si complètement, qu'en ce qui concerne la destruction de Jérusalem cl la dévastation de leurs villes et de leur patrie, il n'en est pas un seul qui n'ait élé exécuté à la leitre. .« Jérusalem était appelée la cité du Seigneur, et Sion sa sainte montagne, et c'était le seul 1 eu de la terre où gloire lui était rendue. Cependant les crimes de Jérusalem ne pouvaient se dérober à sa vue. La patience avec laquelle il les avait supportés si longtemps et par laquelle il avait essayé en vain de les gagner, ne devait pas lutter toujours, même avec la cite qu'il avait choisie pour y placer la gloire de son nom. Quand donc ses iniquités furent montées à leur comble , que, dans le jour de sa visite, elle n'eut pas voulu s'instruire, ou se purifier, ou se laver des souillures de ses péchés, quoique Dieu eût envoyé son Fils aux brebis perdues de la maison d'Israël, et qu'une piscine eût été ouverte pour le péché et pour l'impureté ; que les Juifs eurent rejeté le Sauveur, et voulurent avoir d'autres maîtres pour régner sur eux, Dieu ne voulut plus avoir pour elle de compassion ni d'indulgence; son cœur déchargea sa vengeance contre cette nation, et cependant sa colère ne fut pas encore assouvie, et sa main demeurait toujours levée sur elle, et il livra Jacob à la malédiction et Israël à l'ignominie. Mais si Dieu n'a pas épargné les branches naturelles, prenez garde qu'il ne vous épargne pas non plus. Si le prix de leurs iniquités, en attendant qu'il les récompensât au double, a été versé dans le sein des enfants d'Abraham, son ami, qui ètes-vous, ou quelle est la maison co votre père, pour qu'aucun de vos crimes passe impuni, si vous continuez de vivre dans l'impenitence , et si encore au temps de sa miséricordieuse visite, le Sauveur est rejeté et crucifié de nouveau '!
« Ce n'est pas sur la force de leurs remparts que repose la sécurité des nations; car il n'y en eut point de plus forts que ceux de Jérusalem : ni dans l'abondance de leur richesses; car telles étaient les richesses accumulées dans celte ville, qu'après sa démolition, le prix de l'or, dans la Syrie, lut réduit de moitié : si le Seigneur ne garde pas lui-même la cité, c'est en vain que veille celui qui la g;u\ie ; et le péché doit à la fin cire la ruine de (oui peuple. Ja-s crimes combinés des individus en particulier forment '.a masoC des mi juilcs de la nation ; et après.
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qu'elle» se sont accrues de plus en plus, le temps vienl bien vile où elles montent jusqu'au ciel, et alors la foudre ne saurait cire retenue plus longtemps. Il est d'autres ivrognes que ceux. d'Ephra m contre lesquels le Seigneur lit entendre les arrêts de sa justice, et qui ne sont pas moins coupables que ceux-ci ; et relie avarice, qui est une idolâtrie, et en punition de laquelle les Juifs ont été frappés, abonde encore. Cm-, en pratique, où voit-on L'amour de Dieu exercer une influence pareille à celle que déploie l'amour du monde ? Où voit-on l'accomplissement de la loi du CAmsl dans le support mutuel des fardeaux les uns des autres, si on le compare aux traces que laisse la loi des richesses, quand chacun cherche ses propres intérêts? Mais, demandera le lecteur, que peut faire un homme pour détourner les calamités nationales et diminuer la niasse des iniquités d'un peuple ? Que tout homme lasse pénitence, comme autrefois à Ninjve, et tous seront sauvés, quand bien même l'arrêt dont ils sont menacés ne serait plus qu'à quarante jours de son exécution. Mais quel est celui qui, continuant de vivre dans le péché, et réfléchissant sur la ruine totale de Jérusalem, peut se flatter, si les jugements du Seigneur éclatent contre sa patrie, qu'il n'aura point de part à la masse d'iniquités qui les ont attirés? J ai cherché un homme parmi eux, dit celui à qui tout jugement appartient, qui se présentai comme une h ne entre moi el eur, qui s'opposât à moi pour la dé'eusc de aile terre, afin que je ne la détruisisse point, et y. n'en ai point trouvé {bzech.
xxn, 30).
t Toutefois, ce ne sont pas les jugements que Dieu, dans le temps, exerce sur les nations, lussent-ils aussi terribles que ceux de Jérusalem, que tout homme doit principalement considérer ; mais bien sa propre éternelle destinée, afin de se soustraire à la colère qui doit éclater, et d'arriver à la possession de la vie éternelle : tout homme se soutient eu tombe pour son propre maître. De même donc qu'un roi, sur la terre, en faisant un exemple terrible dans le châtiment d'un criminel , vient frapper d'épouvante le cœur de ses sujets rebelles, ainsi Jérusalem nous est. proposée comme un exemple qui nous montre «pie 1 iniqui é ne passera pas impunie, el que les terreurs du Seigneur et ses menaces contre les pécheurs impénitents seront toutes exécutées, ainsi que sa parole a été vraie et sa colère terrible à l'égard de Jérusalem. >
JÉSUATES, nom d'une sorte de religieux, que l'on appelait autrement clercs apostoliques, ou Jésuates de saint Jérôme. Leur fondateur est Jean Colorabin, de Sienne en Italie. Urbain V approuva cet institut à Viterbe, l'an 1367, et donna lui-même, à ceux qui étaient présents, l'habit qu'ils devaient porter; il leur prescrivit la règle de saint Augustin, et Paul V les mit au nombre des ordres mendiants. Us pratiquèrent d'abord la pauvreté la plus austère et une vie trèsmortifiée : on leur donna le nom de Jésuates, parce que leurs premiers fondateurs avaient toujours le nom de Jésus à la bouche; ils y ajoutèrent celui de saint Jérôme, parce qu'ils prirent ce saint pour leur pro'ecteur.
Pendant plus de deux siècles, ces religieux n'ont été que frères lais. En 1606, Paul V leur permit de recevoir les ordres. Dans la plupart de leurs maisons, ils s'occupaient de lapharmarcie ; d'autres faisaient le métier de distillateurs , et vendaient de l'eau-de-vie; ce qui les fit nommer en quelques endroits les pères de l'eau-de-vie. Comme il» étaient devenus riches dans l'état de Ve-
nise, et qu'ils s'étaient l.eauceup relâchés de leur ancienne régularité, la république demanda leur suppression à Clément IX, pour employer leurs biens aux frais de la guerre de Candie : ce pape l'accorda en 1668. li y a encore en Italie quelques religieuses du môme ordre; on les a conservées, parce qu elles ont persévéré dans la ferveur de leur premier établissement. Cet exemple et une infinité d'autres ne prouvent que trop le danger qu'il y a pour tout ordre religieux quelconque d'acquérir des richesses.
JÉSUITES, ordre de religieux fondé par saint Ignace de Loyola, gentilhomme espagnol, pour instruire les ignorants, convertir les infidèles , défendre la foi catholique contre les hérétiques, et qui a été connu sous le nom de compagnie ou société de Jésus. Il fut approuvé par Paul III, en 15'*0, et confirme par plusieurs papes postérieurs; l'institut en fut déclaré pieux par le concile de Trente, sess. 25, de Ecform., c. 16. II a été supprimé par un bref de Clément XIV, du 31 juillet 1773.
Pendant deux cent trente ans qu'a subsisté cette société, elle a rendu à l'Eglise et à l'humanité les plus grands services, par les missions, par la prédication, par la direction des âmes, par l'éducation île la jeunesse, par les bons ouvrages que ses membres ont publiés dans tous les genres de sciences. On peut consulter la bibliothèque de leurs écrivains, donnée par Alégambe, et ensuite par Sotucl, en 1676, in-folio; et depuis, quel supplément n'aurait-on pas à y ajouter?
Cette société n'existe plus (1). Nous souhaitons sincèrement qu'il se forme dans les autres corps séculiers ou réguliers, des missionnaires tels que ceux qui ©nt porté le christianisme au Japon, à la Chine, a Siam, au Tonkin, aux Indes, au Mexique, au Pérou, au Paraguay, à la Californie, etc.; des théologiens tels que Suarès, Petau, Sirmond* (iarnier; des oiateurs tels que liourddoue, Larue, Segaud, Criffet, Neuville; des historiens qui égalent d'Orléans, Longueval, Daniel ; des littérateurs qui effacent Rapin, Vanières, Coramire, Jouvency, etc., etc. Nous souhaitons surtout que bientôt on ne s'aperçoive plus du vide immense qu'ils ont laissé pour l'éducation de la jeunesse, et que les générations fdtures soient, à cet égard, plus heureuses que celle qui suit immédiatement leur destruction.
JÉSUITESSE, congrégation de religieuses qui avaient des établissements en Italie et en Flandre : elles suivaient la règle et imitaient le régime des jésuites. Quoique leur institut n'eût point été approuvé par le saintsiége, elles avaient plusieurs maisons auxquelles elles donnaient le nom de collèges, d'autres qui portaient le nom de noviciats. Elles faisaient entre les mains de leurs supérieures les trois vœux de pauvreté, de chas-
(\) Elle a été rétablie par notre saint-père le pape Pie Vil. Elle souflre persécution, cnmme tous les vrais et ar l-uts défenseurs de l'Eglise.