‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 9 sur 228 · CA · texte numérisé non relu

CA

teté et d'obéissance ; mais elles ne gardaient point la clôture, et se mêlaient de prêcher.

Ce furent deux fiîles anglaises venues en Flandre, nommées Warda et Tuitia, qui formèrent cet institut, selon les avis et sous la direction du Père Gérard, recteur du collège d'Anvers, et de quelques autres jésuites. Le dessein de ces derniers était d'envoyer ces filles en Angleterre, pour instruire les personnes de leur sexe. Warda devint bientôt supérieure générale de plus de deux cents religieuses.

Le pape Urbain VIII, par une bulle du 13 janvier 1G30, adressée à son nonce de la Basse-Allemagne, et imprimée à Rome en lf>30, supprima cet ordre institué avec plus de zèle que de prudence.

JÉSUS-CHRIST. Quand on n'envisagerait Jésus-Christ que comme l'auteur -d'une grand révolution survenue dans le monde, comme un législateur qui a enseigné la morale la plus pure et établi la religion la plus sage et la plus sainte qu'il y ait sur la terre, il mériterait encore d'occuper la première place dans l'histoire, et d'être représenté comme le plus grand des hommes. Mais aux yeux d'un chrétien Jésus-Christ n'est pas seulement un envoyé de Dieu, c'est le Fils de Dieu fait homme, le Rédempteur et le Sauveur du genre humain. 11 est du devoir d'un théologien de prouver que cetie croyance est bien fondée, que ce divin personnage s'est fait voir sous les traits les plus capables de démontrer sa divinité, et de convaincre les hommes qu'd était envoyé pour opérer le grand ouvrage de leur s, hit.

Nous avons donc à examiner, 1° le caractère personnel de Jésus-Christ, et la manière dont il a vécu parmi les hommes; 2° la preuve principale de sa mission divine, qui so:it ses miracles. On trouvera les autres preuves ou motifs de crédibilité, à l'article Christianisme, et nous établissons directe ment sa divinité au mot Fus de Dieu.

I. Annoncé par une suite de prophéties pendant quarante siècles, attendu chez les Juifs et dans tout l'Orient, prévenu par un saint précurseur, précédé par des prodiges, Jésus paraît dans la Judée et prêché l'avénement du royaume des cieux. Sa naissance a été marquée par des miracles; mais son enfance a été obscure et cachée : il est issu du sang des mis; mais il ne tire aucun avantage de cette origine ; il déclare que son royaume n'est pas de ce monde. Il prouve sa mission et confirme sa doctrine par une multitude de miracles: il multiplie les pains, guérit les malades, ressuscite les morts, calme les tempêtes, marche sur les eaux, donne à ses disciples le pouvoir d'opérer* de semblables prodiges : il les fait sans intérêt, sans vanité, sans affectation; il refuse d'en faire pour contenter la curiosité ou pour punir les incrédules; on les obtient de lui par des prières, par la confiance, par la docilité. Les miracles des imposteurs ont pour but d'étonner et de séduire les hommes; ceux de Jésus-Christ sont tous des-

tinés à les secourir, et à les consoler, à les instruire et à les sanctifier. Voy. Prophéties, Miracles.

Sa doctrine est sublime. Ce sont des mystères qu'il faut croire ; mais un Dieu qui enseigne les hommes ne doit-il leur apprendre que ce qu'ils peuvent concevoir? 11 n'argumente point, il ne dispute point comme les philosophes; il ordonne de croire sur sa parole, parce qu'il est Dieu. « Il ne convenait point, dit Lactanee, que Dieu, parlant aux hommes, employât des raisonnements pour confirmer ses oracles, comme si l'on pouvait douter de ce qu'il dit; mais il a enseigné comme il appartient au souverain arbitre de toutes choses, auquel il ne convient point d'argumenter, mais de dire la vérité. » Lact., divin. Instit., 1. in", c. 2. Les mystères qu'il annonce ne sont point destinés à étonner la raison, mais à toucher le cœur : un Dieu en trois personnes, dont chacune est occupée de notre sanctification ; un Dieu fait homme pour nous racheter et nous sauver, qui se donne à nous pour victime et peur nourriture de nos âmes; un Dieu qui ne permet le péché que pour mieux éprouver la vertu, qui n'attache ses grâces qu'à ce qui réprime les passions; qui punit en ce monde, non pour se faire craindre , mais pour sauver ceux qu'il châtie. Est-il surprenant que cette doctrine firme des saints ?

La morale de Jésus-Christ est pure et sévère, mais simple et populaire; il n'en fait pas une science profonde et raisonnée ; il la réduit en maximes, la met à portée des plus ignorants, la confirme par ses exemples. Doux et affable, indulgent, miséricordieux, charitable, ami des pauvres et des fables, il n'affecte ni une éloquence fastueuse, ni un rigorisme outré, ni des mœurs austères, ni un air réservé et mystérieux; il promet la paix et le bonheur à ceux qui pratiqueront ses préceptes; il n'a en vue que la gloire de Dieu son Père, la sanctification des hommes, le salut et le bonheur du monde.

Patient jusqu'à l'héroïsme, modeste et tranquille dans les opprobres et les souffrances, il les supporte sans faiblesse et sans ostentation; il ne cherche point à braver ses ennemis, mais à les toucher et à les convertir. Couvert d'outrages, crucifié entre deux malfaiteurs, il meurt en demandant grâce pour ses accusateurs, ses juges et ses bourreaux; il laisse au ciel le soin de faire éc'ater son innocence par des prodiges. Si un Dieu a pu se faire homme, c'est ainsi qu'il devait mourir, et puisque Jésus-Christ est mort en Dieu, il devait ressusciter.

Mais sorti du tombeau, il ne va point se montrer à ses ennemis : il avait assez fait pour les convertir; il n'entreprend point de les forcer; il veut que la foi soit raisonnable, mais libre; ce n'est point par des opiniâtres qu'il avait résolu de réformer l'univers. Quand il se serait montré, ces furieux n'en auraient pas été plus dociles; i!s auraient attribué à la magie ses apparitions,

ce jes

comme ils avaient fait h l'égard de ses autres miracles.

Il avait promis (l'envoyer son esprit h ses apôtres; leur conduite et leurs succès prouvent que cet Esprit-Saint leur a été donné. Il avait prédit que la nation juive serait punie ; Le châtiment a été terrible, et dure encore : que l'Evangile serait prêché par toute la terre ; il a été porté en effet aux extrémités du inonde : que les Juifs et les païens qui se détestaient, deviendraient les brebis d'un même troupeau, et le prodige s'est opéré; que son Eglise durerait jusqu'à la consommation des siècles, et déjà nous lui comptons dix-sept cents ans de durée; que cependant sa doctrine serait toujours contredite et toujouis attaquée, elle l'a toujours été et l'est encore: les philosophes même se chargent aujourd'hui de vérifier la prophétie.

Grands génies, savants dissecteurs, montrez-nous dans l'histoire du monde quelque chose qui ressemble à la personne, à la conduite, au ministère de Jésus-Christ. Des historiens qui ont su peindre un Homme-Dieu sous des traits aussi singuliers et aussi majestueux, n'ont été ni des imbéciles ni des imposteurs ; ils n'avaient point de modèle, et ils n'étaient pas assez habiles pour le forger. Un envoyé de Dieu, qui a rempli si parfaitement tbus les caractères d une mission divine, n'est lui-même ni un fourbe ni un fanatique. Puisqu'il a dit qu'il était le Fils de Dieu, il l'est véritablement.

Si nous comparons ce divin Maître aux autres fondateurs de religions, quelle différence. La plupart de ceux-ci ont confirmé le polythéisme et l'idolâtrie, parce qu'ils les ont trouvés généralement établis. Quelquesuns ont peut-être adouci la férocité des mœurs ; mais ils n'en ont pas diminué la corruption. Plusieurs étaient ou des conquérants qui inspiraient la crainte, ou des souverains respectés ; ils ont employé la force, l'autorité ou la séduction pour se faire obéir. Jésus-Christ n'a eu de l'ascendant sur les hommes que par sa sagesse, par ses vertus, par ses miracles ; son ouvrage ne s'est accompli que lorsqu'il n'était plus sur la terre. Conlucius a pu, sans prodige, rassembler les préceptes de morale clés sages qui l'avaient précédé, et se faire un grand nom chez un peuple encore très-ignorant; mais il n'a pas corrigé la religion des Chinois, déjà infectée de polythéisme par le culte qu'ils rendaient aux esprits et aux ancêtres : sa doctrine n'a pas empêché l'idolâtrie du Dieu Fo de s'introduire à la Chine et d'y devenir la religion populaire. Les philosophes indiens, quoique partagés en divers systèmes, se sont réunis pour plonger le peuple dans l'idolâtrie la p. us grossière, ont mis une inégalée odieuse et une haine irréconciliable entre les différentes conditions des hommes. Les prétendus sages de l'Egypte y ont laissé établir un culte et des superstitions qui ont rendu cette nation ridicule aux yeux de toutes les autres. Zoroastre, pour réformer l'idolâtrie des Chaldéens et des Perses, y a

JES

substitué un système absurde, a multiplie à l'infini les pratiques minutieuses, a inondé de sang la Perso et 'es Indes, pour affermir ce qu'il appelait l'arbre rie sa loi. Les philo sophes et les législateurs de la Grèce n'ont pas osé toucher aux fables ni aux superstitions déjà anciennes dans cette contrée; ils ont été plus occupés de leurs disputes que de la réforme des erreurs et de la correction des mœurs.

Mahomet, imposteur, voluptueux et perfide, a favorisé les passions des Arabes, pour parvenir à réunir dans sa tribu l'autorité religieuse et le pouvoir politique. Toute la sagesse de ces hommes si vantés n'a consisté qu'h faire servir à leurs desseins ambitieux les préjugés, les erreurs, les vices qui dominaient dans leur pays et dans leur siècle. La plupart n'ont subjugué que des nations ignorantes et barbares, Jésus-Christ a fondé le christianisme au milieu de la philosophie des Grecs et de l'urbanité romaine ; il n'a épargné aucun vice, n'a fomenté aucune erreur : il a refusé le titre de roi lorsqu'un peuple nourri par sa puissance voulait le lui donner.

Pour savoir s'il a contribué au bonheur de l'humanité, nous invitons les détracteurs du christianisme à comparer l'état des nations qui adorent Jésus-Christ avec celui des païens anciens et des infidèles d'aujourd'hui. Qu'ils nous disent s'ils auraient mieux aimé vivre à la Chine, aux Indes, chez les Perses, parmi les Egyptiens, dans les républiques de la Grèce ou de l'Italie, que chez les peuples policés par l'Evangile. Jamais ils n'ont lait ce parallèle, jamais ils n'oserontle tenter. Auraient-ils reçu l'éducation, les connaissances, les mœurs douces et polies dont ils s'applaudissent, s'ils étaient nés ailleurs? Partout où la foi chrétienne s'est établie, elle y a porté plus ou moins promptement les mêmes avantages ; partout où elle a cessé de régner, la barbarie a pris sa place : telle est la triste révolution qui s'est faite sur les cotes de l'Afrique et dans touie l'Asie, depuis que le maliométisme s'y est élevé sur les ruines du christianisme.

Le plus léger sentiment de reconnaissance doit donc suffire pour nous faire tomber aux pieds de Jésus-Christ, et rendre hommage à sa divinité. Vrai soleil de justice, il a répandu la lumière d;,1 la vérité et allumé lo feu de la vertu ; aucun peuple, aucun homme n'est demeuré dans les ténèbres de l'erreur et dans la corruption du péché, que ceux qui ont refusé de s'instruire et de se convertir. Avec toutes leurs disputes, les philosophes n'ont jias corrigé les mœurs d'une seule bourgade ; par la voix de douze pêcheurs, notre divin Maître a changé la face de la meilleure partie de l'univers.

Que des nations corrompues par l'excès de la prospérité, amollies par le luxe et par les plaisirs, se dégoûtent de sa doctrine, et prêtent l'oreille aux sophismes des incrédules, ce n'e^t pas" un prodige. « La lumière, dit-il, a beau luire dans le monde, les hommes lui préfèrent les ténèbres, parce que leurs œu-

JFS

JES

vres sont mauvaises. » {Joan. c. in, v. 10)

Lorsque les incrédules ont été obligés de s'expliquer sur l'opinion qu'ils avaient conçue de ce divin législateur, ils n'ont pas été peu embarrassés. Tant qu'ils ont professé le déisme, ils ont affecté d'en parler avec respect ; ils ont rendu justice à la sainteté de sadoclrine et de sa conduite, à l'importance du service qu'il a rendu à l'humanité ; quelques-uns en ont fait un éloge pompeux : s'ils ne l'ont pas reconnu comme Dieu, ils l'ont peint du moins comme le meilleur et le plus grand des hommes.

Mais comment concilier cette idée, avec la doctrine qu'il a prêchée ? Il s'est attribué constamment le titre et les honneurs de la divinité ; il veut que l'on honore le Fils comme on honore le Père (Joan. c. vi, v. 23). Lorsque les Juifs ont voulu le lapider, parce quil se faisait Dieu, loin de dissiper le scandale, il l'a confirmé (C. x, v. 33). il a mieux aimé se laisser condamnera la mort que de renoncer à cette prétention {Mat th. c. xxvi, v. 63). Après sa résurrection, il a souffert qu'un de ses apôtres le nommât mon Seigneur et mon Dieu {Joan. c. xx, v. 28). Suivant l'expression de saint Paul, il n'a point regardé comme une usurpation de s'égaler à Dieu {Philip, c. n, v. 6).

Si Jésus-Christ n'est pas véritablement Dieu dans toute la rigueur du terme, voilà une conduite abominable, plus criminelle que celle de tous les imposteurs de l'univers. Non-seulement Jésus a usurpé les attributs de la divinité, mais il a voulu que ses disciples fussent comme lui victimes de ses blasphèmes ; il n'a daigné prévenir ni l'erreur dans laquelle son Eglise est encore aujourd'hui, ni les disputes que ses discours devaient nécessairement causer. 11 n'y a donc pas de milieu : ou Jésus-Christ est Dieu, ou c'est un malfaiteur qui a mérité le sup- )lice auquel il a été condamné par les lui! s.

Dans le désespoir de sortir jamais de cet embarras, les incrédules, devenus athées, ont pris le parti extrême de blasphémer contre Jésus-Christ, de le peindre tout à la fois comme un imbécile fanatique et comme un imposteur ambitieux. Ils se sont appliqués à noircir sa doctrine, sa morale, sa conduite, les prédicateurs dont il s'est servi, et la religion qu'il a établie. Mais le fanatisme n'in spira jamais des vertus aussi douces, aussi patientes, aussi sages que celles de Jésus- Christ. Un ambitieux ne commande point l'humilité, le détachement de toutes choses, le seul désir des biens éternels, ne se résout ; oint à la mort pour soutenir une imposture. Aucun fanatique, aucun imposteur n'a jamais ressemblé à Jésus-Christ. D'ailleurs, juiconque croit un Dieu et une providence ne se persuadera jamais que Dieu s'est servi d'un fourbe insensé pour établir la plus sainte religion qu'il y ait sur la terre, et la plus capable de faire le bonheur.de l'humanité. Un fanatique en démence est incapable déformer un plan de religion tout différent du judaïsme dans lequel il avait été élevé ;

un plan dans lequel le dogme, la morale et le culte extérieur se trouvent indissolublement unis et tendent au même but ; un plan qui dévoile la conduite que Dieu a tenue depuis le commencement du monde, qui unit ainsi les siècles passés et les siècles futurs, qui fait concourir tous les événements à un seul et même dessein. Aucune religion fausse ne porte ces caractères. Enfin un homme dominé par des passions vicieuses n'a jamais montré un désir aussi ardent de sanctifier les hommes, d'établir sur la terre le règne delà vertu. Un faux zèle se trahit toujours par quelque endroit : celui de Jésus-Christ ne s'est démenti en rien. En deux mois, si Jésus-Christ est Dieu-Homme, tout est d'accord dans sa conduite ; s'il n'est pas Dieu, c'est un chaos où l'on ne peut rien comprendre.

Comme les reproches que les incrédules fnnt à Jésus-Christ sont contradictoires, nous sommes dispensés de les réfuter en détail ; d'ailleurs nous av. ns répondu à la plupart dans plusieurs articles de ce Dictionnaire : nous nous bornons à en examiner quelquesuns.

1° Ils disent : Jésus-Christ n'a voulu se faire connaître qu'à ses disciples ; il a manqué de charité à l'égard des docteurs juifs ; il les traiie durement ; il leur refuse des preuves de sa mission et les miracles qu'ils lui demandent : en cela il contredit ses propres maximes.

Le coniraire de tout cela est prouvé par l'Evangile. Jésus-Christ a déclaré sa mission, sa qualité de Messie et de Fils de Dieu , en un mot , sa divinité, aux docteurs juifs aussi bien qu'au peuple et à ses disciples. Yoy. Fils de Dieu. Lorsque les docteurs ont montré de la docilité et de la droiture , il les a instruits avec la plus grande douceur, témoin Nicodème. Quant à ceux dont il connaissait l'incrédulité obstinée et la malignité, il leur a refusé des miracles qui auraient été inutiles, tels que des signes dans le ciel , et qui n'auraient servi qu'aies rendre plus coupables. Il a eu le droit de les traiter <iure ment , c'est-à-dire de leur reprocher publiquement leurs vices , leur hypocrisie , leur basse jalousie , leur opiniâtreté; il ne tenait qu'à eux de se corriger. Si ce divin Maître av:;it fait autrement, les incrédules l'accuseraient d'avoir ménagé la faveur et l'appui des chefs de la synagogue , et d'avoir dissi m dé leurs vices pour parvenir à ses fins. On voit, par ce qu'en a dit Josèphe , que Jésus- Christ ne leur a fait aucun reproche mal fondé.

2° La doctrine de Jésus, disent nos adversaires , renferme des mys'ères où l'on ne conçoit rien; sa morale n'est j-as plus parfaite que celle de Philon le juif, qui était c lie des philosophes.

Mais parce que nous ne concevons pas les mystères, i! ne s'ensuit pas que Dieu n'a pas pu t n'a pas du les révéler ; nous les concevons assez pour en tirer des conséquences essentielles à la pureté des mœurs, et c'est assez pour démontrer l'utilité de celte rêvé-

JES

JES

lation. Voy. Mystères. Quant à la morale, Philon avait plutôt pris la sienne dans les auteurs sacrés que chez les philosophes , et Jésus-Christ n'a pas dû en enseigner une autre , parce que la morale est essentiellement immuable ; mais nous soutenons que Jésus-Christ l'a beaucoup mieux développée que les docteurs juifs, qu'il en a retranché les fausses interprétations des pharisiens, qu'il y a joint des conseils de perfection très-sages et très-utiles. Voy. Morale.

3° L'on accuse Jésus-Christ d'avoir souvent mal raisonné et mal appliqué l'Ecriture sainte (Matth. e. \xm , v. 29.) Il reprend les pharisiens qui honoraient les tombeaux des prophètes; il dit qu'ils témoignaient par là même qu'ils sont les eu'ants et les imitateurs de ceux qui les ont tués. Il applique au Messie le psaume cix : Dixit Dominus J)omiao meo, qui regarde évidemment Salomoo (c. xxn , v. kk). 11 refuse de dire aux chefs de la nation juive par quelle autorité il agit, à moins qu'ils ne décident eux-mêmes la question de savoir si le baptême de Jean venait du ciel ou des hommes (c. xxi, v. 2V). Ce n'était là qu'un subterfuge pour ne pas répondre à des hommes qui avaient droit de

interroger.

Ce sont plutôt les incrédules eux-mêmes qui raisonnent fort mal, et qui prennent mal le sens des paroles du Sauveur. Il reproche aux pharisiens, non pas les honneurs qu'ils rendaient aux tombeaux des prophètes, mais leur hypocrisie, par conséquent le motil par le quel "ils agissaient ainsi; il ne leur dit point: Vous témoignez par là même, etc., mais vous témoignez d'ailleurs , par toute votre conduite, que vous êtes les enfants et les imitateurs de ceux qui les ont mis à mort, et cela était vrai.

Noms soutenons qu'il est impossible d'appliquer à S.domon tout ce qui est dit dans le psaume cix. David ne le déclar i son successeur que sur la fin de sa vie ; alors il n'avait plus d'ennemis à subjuguer. On ne peut pas dire de l'un ni de l'autre , qu'il a été prêtre pour toujours selon l'ordre de Melchisédech , et!*,.

Jésus-Christ avait prouvé vingt fois aux Juifs, par ses miracles, qu'il agissait de la part le Dieu son Père et par une autorité divine : ils lui faisaient donc une question ridicule à tous égar Is. Ils ne voulurent pas avouer que Jean Baptiste était l'envoyé de Dieu, parce que Jésus-Christ leur aurait dit : Pourquoi donc ne croyez-vous pas au témoignage qu'il m'a rendu ? L'argument qu'il leur faisait était juste et sans réplique.

4° Les incrédules prétendent que par un mouvement de colère il chassa les Tendeurs du temple sans autorité légitime , et qu'il troubla la police sans nécessité (Joan. c. n, v. 14). Mais l'évangéiiste même nous dit que, dans cette circonstance, Jésus agit par zèle pour l'honneur de la maison de Dieu, et non par colère ; il avait une autorité légitime, et il l'avait prouvé. Ceux qui vendaient des victimes et les changeurs pouvaient se tenir hors du temple : c'était une très-mauvaise

police de les laisser faire leur commerce dans l'intérieur.

Au mot Ame nous avons fait voir que Jésus-Christ n'a pas mal raisonné, en prouvant aux Juifs l'immortalité de l'âme , et au mot Adultère, qu'il n'a point péché contre la loi en renvoyant la femme adultère.

Nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire de rapporter et de réfuter les calomnies absurdes que les juifs modernes ont forgées contre Jésus-Christ dans les Sepher Tholilotk Jeschu , ou Vies de Jésus , qui ont paru dans les derniers siècles. Les anachronisme* , les puérilités, les traits de démence dont ces livres sont remplis, font pitié à tout homme de bon sens. Orobio, juif très-instruit, n'a pas osé en citer un seul article.

IL Comme nous donnons pour signe principal de la mission de Jésus-Christ les miracles qu'il a opérés, nous devons indiquer, du moins en abrégé , les preuves générales de ces miracles.

La première est le témoignage des a' ôtres et des évangélistes. Deux de ceux qui ont écrit l'histoire se donnent pour témoins oculaires ; les deux autres les ont appris de ces mêmes témoins. Saint Pierre prend à témoin de ces miracles les Juifs rassemblés à Jérusalem le jour delà Pentecôte (Aet. c. n, v. 22; c. x, v. 37). Ils ont donc été publiés dans la Judée même , peu de temps après , et sur la lieu où ils ont été opérés, en présence de ceux qui les ont vus ou qui en ont été informés par la notoriété publique , et qui avaient intérêt de les contester, s'il eût été p ssible. Ces miracles sont encore confirmés par les t 'moignages de l'historien Josèphe, de Celse , de Julien , des gnostiques , etc. Il faut se raidir contre l'évidence même pour soutenir, comme les incrédules, que les mi • racles de Jésus n'ont été vus que par ses disciples ; que les Juifs ne les ont pas vus puisqu'ils n'y ont pas cru; que (es faits n'ont été écrits qu'après 1?- ruine de Jérusalem, lorsqu'il n'y avait plus de témoins oculaires. Ces miracles ont été vus non-seulement par tous les habitants de la Judée qui ont voulu les voir, mais par tous les Juifs de l'univers qui se trouvaient à Jérusalem aux principales fêtes de l'année. Parce que la plupart de ces témoins n'ont pas cru la mission , la qualité de Messie, la divnité de Jésus-Christ, il ne s'ensuit pas qu'ils n'ont pas cru les miracles qu'ils avaient vus : il s'ensuit seulement qu'ils n'en ont pas tiré les conséquences qui s'ensuivaient . Ce sont deux choses fort différentes. Plusieurs de ceux qui ont avoué formellement ces miracles, soit parmi les Juifs, soit parmi les païens, n'ont pas embrassé pour cela le christianisme. Ces faits ont été certainement écrits avant la ruine de Jé.usalem, puisque les trois premiers Evangiles, les Actes des apôtres et les Epîtres de saint Paul ont paru avant cette époque.

Seconde preuve. Non-seulement les Juifs n'ont point contesté ces miracles dans le temps qu'on les a publiés, mais plusieurs les ont formellement avoués. Les uns les ont attribués à la magie et à l'intervention du

JES

JES

démon ; les autres à Ja prononciation du nom de Dieu que Jésus avait dérobée dans le temple. Si les Juifs en étaient disconvenus, Celse qui les fait parler, Julien, Porphyre, Hiéroclès , n'auraient pas manqué d'alléguer cette réclamation des Juifs; ils ne le font pas : les disciples des apôircs se seraient plaints, dans leurs écrits, de la mauvaise fui des Juifs ; ils ne les en accusent pas : les compilateurs du Talmud auraient allégué ce témoignage de leurs ancêtres ; tout au contraire, ils avouent les miracles de Jésus-Christ. Galalin, de Arcanis cathol. verit., 1. vin, c. 5. Orobio, juif très-instruit, fidèle à suivre la tradition de sa nation, n'a pas osé jeter du doute sur ce fait essentiel.

Troisième preuve. Les auteurs païens qui ont attaqué le christianisme, ont agi de même ; sans nier les miracles de Jesus-Christ, ils ont dit qu'il les a faits par magie ; que d'autres que lui en ont fait de semblables; que cette preuve ne suffit pas pour établir sa divinité et la nécessité de moire en lui. Il aurait été bien plus simple de les nier absolument, si cela était possible.

Quatrième. Plusieurs anciens hérétiques contemporains des apôtres, ou qui ont paru immédiatement après eux, ont attaqué des dogmes enseignés dans l'Evangile ; mais nous n'en connaissons aucun qui en ait contredit les faits; les sectes mêmes qui ne convenaient pas de la réalité des faits avouaient qu'ils s'étaient passés, du moins en apparence ; ils ne taxaient point les a-pôtres de les avoir forgés. H y a eu des apos;ats dès le icr siècle ; saint Jean nous l'apprend : aucun n'est accusé d'avoir publié que l'histoire évangélique était fausse, il y en avait parmi ceux que Pline interrogea, pour savoir ce que c'était que le christianisme, et ils ne lui découvrirent aucune espèce d'imposture.

Cinquième. Une preuve plus forte de la vérité des miracles de Jésus-Christ, est le grand nombre de Juifs et de païens convertis par les apôtres et par les disciples du Sauveur. Quel motif a pu les engager à croire en Jésus- Christ, à se faire baptiser, à professer la foi chrétienne, à braver la haine publique, les persécutions et ia mort, sinon une persuasion intime de la vérité des faits évangéliques ? C'est la preuve principale sur laquelle insistent les apôtres. Jésus-Christ lui-même avait dit aux Juifs (Joan. c. x, v. 38): Si vous ne voulez pas me croire, croyez à mes œuvres. Saint Pierre leur dit à son tour : Vous savez que Dieu a prouvé le caractère de Jésus de Nazareth par les miracles qu'il a faits au milieu de vous ; vous l'avez mis à mort, mais Dieu l'a ressuscité ; faites pénitence, et recevez le baptême (Act. c. H, v. 2:2). Saint Paul dit aux païens : Renoncez à vos dieux, adorez le seul Dieu, Père de l'univers, reconnaissez Jésus-Christ son Fils qu'il a ressuscité (Act. c. xvii, v. 24). Il a été {trouvé Fils de Dieu par le pouvoir dont il a ête revôtu, et par la résurrection des morts (Rom. c. i, v. 4).

Sixième. Comme la résurroction de Jé-

sus-Christ est le plus grand de ses miracles, les apôtres, non contents de la publier, la mettent dans le symbole : ils en établissent un monument en célébrant le dimanche.

Selon saint Paul, elle est représentée par la manière dont le baptême est administré. On lisait l'Evangile dans toutes les assemblées chrétiennes, et l'Evangile en parle comme d'un fait indubitable. Il était donc impossible d'être chrétien sans la croire, et personne ne l'aurait crue, si elle n'avait pas été invinciblement prouvée.

Toutes ces preuves auraient besoin d'être traitées plus au long; mais ce n"est pas ici le lieu. Les incrédules se contentent de nous objecter que les prétendus miracles de Zotoaslre , de Mahomet , d'Apollonius de Thyane, et de quelques autres imposteurs, ne sont pas moins attestés que ceux de Jésus-Christ, et ne sont pas crus avec moins de fermeté par leurs sectateurs.

Ils nous en imposent évidemment. 1° Ces prétendus miracles ne sont rapportés par aucun témoin oculaire ; aucun de ceux qui les ont écrits n'ont osé dire, comme saint Jean : « Nous vous annonçons et nous vous attestons ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons entendu nous-mêmes, ce que nous avons examiné avec attention, et ce que nous avons touché de nos mains (/ Joan. c. i, v. 1). » — 2° La plupart de ces prodiges sont en eux-mêmes ridicules, indignes de Dieu, ne pouvaient servir qu'à favoriser l'orgueil du thaumaturge, à étonner et à effrayer ceux qui les auraient vus : ceux de Jésus-Christ ont été des actes de charité destinés à l'avantage temporel et spirituel dos hommes, à soulager leurs maux, à. les éclairer, à les tirer de l'erreur et du désordre, à les mettre dans la voie du salut. — 3° Ce ne sont point les prétendus miracles des imposteurs qui ont fait adopter leur doctrine ; il est prouvé que la religion de Zoroastre et celle de Mahomet se sont établies par la violence, et il y avait longtemps que le paganisme subsistait, lorsque les faiseurs de prestiges ont paru dans le monde. Au contraire, ce sont les miracles de Jésus- Christ et ceux des apôtres qui ont fondé le christianisme. — 4° Aucun de ces thaumaturges supposés n'a été prédit, comme Jésus-Christ, plusieurs siècles auparavant, par une suite de prophètes qui ont annoncé aux hommes ses miracles futurs. Aucun des faux miracles n'a été avoué par les sectateurs d'une religion ditférente. Si quelques Pères de l'Eglise sont convenus des prodiges allégués par les païens, d'autres les ont niés et réfutés formellement. Aucun imposteur célèbre n'a pu donner à ses disciples, comme a fait Jésus-Christ, le pouvoir d'opérer des miracles semblables aux siens.

Voilà les différences auxquelles les incrédules ne répliqueront jamais. L'on a pu adopter de fausses religions par entêtement pour certaines opinions , par une estimo aveugle pour le fondateur, par docilité pour les préjugés nationaux, par intérêt, par ambition , par libertinage; la religion chré-

JKU

JEU

lionne est la seule qui n'a pu être embrassée que par conviction de la vérité des faits, par la certitude de la mission divine de son auteur, et par son amour pour la vertu.

Une question très-importante parmi les théologiens, est de savoir si Jésus-Christ est mort pour tous les hommes sans exception ; s'il est, dans un sens très-réel, le Sauveur et le Rédempteur de tous, comme l'Ecriture sainte nous en assure. Voy. Salut, Sauveur.

Chez toutes les nations chrétiennes, la naissance de Jésus-Christ est l'époque de laquelle on date les années, et qui sert de base à la chronologie. La manière la plus sûre et la plus commode de la lixer, est de supposer, comme les anciens Pères de l'Eglise, que Jésus-Christ est né dans l'année de Rome 7i9, la quarantième d'Auguste, la cinquième avant l'ère commune , sous le consulat d'Auguste et L. Cornélius Sulla. 11 entrait dans sa trentième année lorsqu'il fut baptisé ; il fit ensuite quatre Pâques, et fut crucifié le 25 de mars, la trente-troisième année de son âge, la vingt-neuvième de l'ère commune, sous le consulat des deux Géminés.

Par conséquent, Jésus-Christ mourut la quinzième année de Tibère, à compter du temps auquel cet empereur commença de régner seul, ou la dix -huitième depuis que Auguste l'eut associé à l'empire. Voy. Vies des Pères et des Martyrs, tome V, note, pag. 635 et suiv. Dans la Bible d'Avignon, tome XIII, pag. 10i, il y a une dissertation dans laquelle fauteur adopte un calcul différent de celui-ci. Il suppose que Jésus- Christ est né deux ans avant le commencement de 1ère commune, et qu'il est mort la trente-troisième année de cette ère. Ce n'est point à nous d'examiner lequel de ces deux sentiments est le mieux fondé.

Il est bon de savoir que cet usage de compter les années depuis la naissance de Jésus- Christ n'a commencé en Italie qu'au vie siècle; en France au vn% et même au vin*, sous Pépin et Charlemagne : les Grecs s'en sont rarement servis dans les actes publics; les Syriens n'ont commencé à en user qu'au x' siècle. Voy. Curistianisme , Evangile, Miracles, Humanité de Jésus-Christ, Incarnation, etc., etc.

JEU. 11 est constant que, depuis la naissance du christianisme, les jeux de hasard ont été sévèrement) défendus par les lois de l'Eglise, non-seulement aux clercs, mais aux simples fidèles. On le voit par le canon k% ol. 35, des apôtres, et par le canon 76 du concile d'Elvire, tenu vers l'an 300. Cela était d'autant plus convenable, que les anciennes lois romaines punissaient déjà, par l'exil et par d'autres peines, les joueurs de profession. Les sages mômes du paganisme ont considéré la passion du jeu comme la source d'une infinité de malheurs et de crimes. Aussi les Pères de l'Eglise ont regardé le gain fait aux jeux de hasard comme une espèce d'usure ou plutôt le vol défendu par le huitième commandement de Dieu.

DlCTIONN. DE TïlÉOL. DOGMATIQUE. III.

Les empereurs romains lieront pas envisagé différemment, puisque Juslinien décida, par une loi formelle, que celui qui avait contracté une dette aux jeux de hasard ne pourrait être poursuivi en justice; qu'au contraire il serait admis a. répéter ce qu'il aurait payé volontairement. Depuis Charlemagne jusqu'à Louis XV, il n'est presque aucun de nos rois qui n'ait porté des lois sévères contre les joueurs et ceux qui donnent à jouer. Il y a au moins vingt arrêts du parlement de Paris rendus pour en maintenir l'exécution. Bingham, Orig. eeclés., tom. VU, liv. xvi, c. 12, § 20 ; Code de la religion et des mœurs, tit.30, tom. II, p. 38i.

Mais la corruption des mœurs et les abus, une fois établis, seront toujours plus forts que toutes les lois : comment espérer qu'elles seront respectées, lorsque la multitude, le rang, le crédit des coupables, les met à couvert de toute punition, et que les défenses sont violées par ceux mêmes qui les ont faites?

JEUNE. Nous n'avons rien à dire touchant les jeûnes des païens, des juifs, des mahométans ; mais puisque cette pratique a été conservée dans le christianisme, que les hérétiques et les épicuriens modernes lui ont déclaré la guerre, nous sommes obligés d'en faire l'apologie. Remarquons d'abord que le jeûne n'était commandé aux Juifs par aucune loi positive; ce n'était donc pas une pratique purement cérémonielle ; cependant il est approuvé et loué dans l'Ancien Testament comme une mortification méritoire et agréable à Dieu. David, Achab, Tobie, Judith, Esther, Daniel, les Ninivites, toute la nation juive, ont obtenu de Dieu par ce moyen le pardon de leurs fautes, ou des grâces particulières. Les prophètes n'ont point condamné absolument les jeûnes des Juifs, mais l'abus qu'ils en faisaient ; ils les ont même exhortés plus d'une fois à jeûner (Joël, c. i, v. 14; c. h, v. 12, etc.).

Dans le Nouveau Testament, les jeûnes de saint Jean-Baptiste et d'Anne la prophétesse sont cités avec éloge. Jésus-Christ lui-même en a donné l'exemple (Matth. c. iv, v. 2) ; il a seulement blâmé ceux qui jeûnaient par ostentation afin de paraître mortifiés (c. vi, v. 16 et 17). Il dit que les démons ne peuvent être chassés que par la prière etpar le jeûne (c. xvn, v. 20). 11 n'y obligea point ses disciples ; mais il prédit que, quand il ne serait plus avec eux , ils jeûneraient (c. ix, v. 15j. Us l'ont fait, en ell'et ; nous voyons les apôtres se préparer, par le jeûne et par la prière, aux actions importantes de leur ministère (Aet. c. xiu, v.2; c. xiv, v. 22; c. xxvn, v. 21). Saint Paul exhorte les fidèles à s'y exercer (Il Cor. c. vi, 5), et il le pratiquait luimême (c. xi, v. 27). C'est donc une action sainte et louable.

Les ennemis du christianisme en jugent autrement : C'est, disent-ils, une pratique superstitieuse, fondée sur une fausse idée de la Divinité ; l'on s'est persuadé qu'elle se plaisait à nous voir souffrir. Les Orientaux et les platoniciens avaierft rêvé que nous sommes infestés par des démons qui nous

75 JEU

portent au vice, et que le jeûne sert à Jes vaincre ou à les mettre en fuite. Le jeûne peut nuire à la santé : en diminuant nos forces, il nous rend moins capables de remplir des devoirs qui exigent de la vigueur.

Cependant les plus habiles naturalistes conviennent encore aujourd'hui que le remède le plus efficace contre la luxure est l'abstinence et le jeûne (Hist. nat. , t. III, m-12, c. k, p. li)5). Croient-ils pour cela que la luxure est un mauvais démon qui infeste notre âme ? Les Pères de l'Eglise, qui ont tant recommandé le jeûne, et qui l'ont pratiqué eux-mêmes, ne le croyaient pas plus. Les anciens philosophes, les sectateurs de Pythagore, de Platon et de Zenon, plusieurs épicuriens môme, ont aussi loué et pratiqué l'abstinence et le jeûne; l'on peut s'en convaincre en lisant le Traité de l'abstinence de Porphyre. Ils n'avaient certainement pas rêvé que la Divinité seplait à nous voir souffrir, et les épicuriens ne croyaient pas aux démons. Mais ils savaient par expérience que le jeûne est un moyen d'affaiblir et de dompter les passions, que les souffrances servent à exercer la vertu ou la force de l'âme.

Quiconque admet un Dieu et une providence croit que, quand l'homme a péché, il lui est utile de s'en repentir et d'en être affligé ; c'est un préservatif contre la rechute: or, les censeurs du jeune conviennent qu'un homme affligé ne pense pas à manger. Ce n'est donc pas une superstition de juger que le jeûne est un signe et un moyen de pénitence, aussi bien qu'un remède contre la fougue des passions. Et comme nous n'accusons point de cruauté un médecin qui prescrit l'abstinence et des remèdes à un malade, Dieu n'est pas cruel non plus, lorsqu'il ordonne à un pécheur de s'affliger, de s'humilier, de souffrir et de jeûner.

Pour savoir si le jeûne est nuisible à la santé, ou peut nous rendre incapables de remplir nos devoirs, il sufiit de voir s'il y a moins de vieillards à la Trappe et à Sept- Fonts que parmi les voluptueux du siècle ; si les médecins sont plus souvent appelés pour guérir des infirmités contractées par le jeûne, que pour traiter des maladies nées de l'intempérance ; si enfin les gourmands sont plus exacts a remplir leurs devoirs que les hommes sobres et mortifiés.

Lorsque nous lisons les dissertations des épicuriens modernes, il nous parait qu'ils cherchent moins ce qui est utile à la société en général, qu'ils ne pensent à justifier la licence avec laquelle ils violent les lois do l'abstinence et du jeûne. Voij. Carême, Abstinence. Ils traitent de fables ce qu'on lit dans la vie de plusieurs saints de l'un ou de l'autre sexe, qui ont passé trente ou quarante jours sans manger. Mais ces faits sont trop bien attestés pour que l'on puisse en douter. Indépendamment des forces surnaturelles que Dieu a pu donner à ses serviteurs, il est certain qu'il y a des tempéraments qui, fortifiés par l'habitude, peuvent puuss.r beaucoup plus loin le jeûne que le

JEU

commun des hommes, sans déranger leur santé, et même sans s'affaiblir beaucoup. Ce que nous lisons dans les relations de plusieurs voyageurs, qui se sont trouvés réduits à passer plusieurs jours dans des fatigues excessives, sans autre nourriture qu'une poignée de farine de maïs ou quelques fruits sauvages, rend très-croyable ce que l'on raconte ûesjeûnes observés par les saints. En général, la nature demande peu de choses pour se soutenir : mais la sensualité passée en habitude est une tyrannie à peu près invincible. Nous sommes étonnés delà multitude et de la rigueur des jeûnes que pratiquent encore aujourd'hui les difiérentes sectes de chrétiens orientaux.

Daillé, Bingham et d'autres écrivains protestants soutiennent que, dans les premiers siècles, le jeûne ne renfermait point l'abstinence de la viande, qu'il consistait seulement à différer le repas jusqu'au soir, à en retrancher les mets délicats et tout ce qui pouvait flatter la sensualité. Ils le prouvent par un passage de Socrate (Hist. ecclés., 1. v, c. 22j, qui dit que pendant le carême les uns s'abstenaient de manger d'aucun animal, les autres usaient seulement de poisson, quelquesuns mangeaient de la volaille sans scrupule, et par l'exemple de l'évêque Spiridion, qui, dans une jour déjeune, servit du lard à un voyageur fatigué, et l'exhorta à en manger (Sozom., 1. i, c. 11).

Mais de tous les mets dont on peut se nourrir, y en a-t-il de plus succulents et et qui flattent davantage la sensualité que la viande ? C'e^t donc la première chose de laquelle il convenait de s'abstenir les jours de jeûne, selon l'observation même de nos critiques. Le passage de Socrate prouve trèsbien que de son temps, comme aujourd'hui, il y avait des chrétiens très-peu scrupuleux, et qui observaient fort mal la loi du jeûne ; mais les abus ne font pas la règle. Plus de soixante-dix ans avant le temps auquel Socrate écrivait, le concile de Laodicée, tenu l'an 366 ou 367, avait décidé que l'on devait observer la xérophagie, ou ne vivre que d'aliments secs pendant la quarantaine du jeûnef can. 50 ; il ne permettait donc pas l'usage de la viande.

L'exemple de saint Spiridion favorise encore moins nos adversaires. L'historien observe qu'il ne se trouva chez lui ni pain, ni farine ; le voyageur, auquel il servit du lard, refusa d'abord d'en manger et représenta qu'il était chrétien ; donc l'usage des chrétiens n'était pas de faire gras en carême. Le saint évoque vainquit sa répugnance, en lui disant que, selon l 'Ecriture sainte, tout est pur pour les cœurs purs; le cas de nécessité l'excusait dans cette circonstance. Cette réponse nous indique la raison pour laquelle l'Eglise ne fit pas d'abord une loi générale de l'abstinence ; on craignait de favoriser l'erreur des marcionites, qui s'abstenaient de la viande et du vin, parce que, selon leur opinion, c'étaient des productions du mauvais principe. De là les canons des apôtres ordonnent de déposer un ecclésiastique qui s'abstient de

JOA

viande et de vin par un motif d'horreur et non pour se mortifier, qui oublie que ce sont des dons du Créateur, et blasphème ainsi contre la création, Can. k3 et i5, ou, selon d'autres, 51 et 53. Lorsque le danger a été passé, l'abstinence a été généralement observée, et c'est très-mal à propos que les protestants se sont élevés contre cette discipline respectable. Yoy. Bévéridge, sur les Canons de V Eglise primitive, 1. m, c. 9, § 7.

Mosheim, quoique protestant, a été forcé de convenir que le jeune du mercredi et du vendredi parait avoir été en usage dès le temps des apôtres, ou immédiatement après. Les apôtres ont-ils donc laissé introduire une pratique superstitieuse ? Un savant académicien a prouvé que les jeûnes religieux ont été en usage chez la plupart des peuples de l'univers ; et en remontant à l'origine, il a trouvé cette pratique fondée sur des motifs très-sensés, Ménx. de iAcad. des Inscript., tom. V, ïn-12, p. 38. Mosheim avait profondément oublié l'Evangile, lorsqu'il a écrit et répété (pie les premiers chrétiens puisèrent dans la philosophie de Platon leur goût excessif j our le jeûne et pour l'abstinence. Les justes de l'Ancien Testament, Jésus-Christ et les apôtres avaient-ils étudié dans l'école de Platon? Dissert, de turbata per récent. Plafonicos Ecclesia, § k$ et 50; Hist. écries., deuxième siècle, h* par!., c. 1, 1 12; Hist. christ., srec ii, S 35. Yoy. Abstinence, Ascètes, Carême, Mortification.

JOACHIMITES , disciples de Joachim, abbé de Flore en Caîabre, ordre de Citeaux, qui passa pour prophète pendant sa vie, et qui après sa morl laissa plusieurs livres de prédictions et d'autres ouvrages. Ces écrits furent condamnés, sans nommer l'auteur, Yen 1215 par le concile de Latran, et par celui d'Arles, en 1*260.

Les joachimites étaient entêtés du nombre ternaire, relativement aux trois personnes de la sainte Trinité. Us disaient que Dieu le Père avait régné sur les hommes depuis le commencement du monde jusqu'à l'avénement de Jésus-Christ; que l'opération du Fils a duré depuis cet avènement jusqu'à leur temps, pendant douze cent soixante ans; qu'après cela le Saint-Esprit devait opérer aussi à son tour. Cette division n'était déjà rien moins que conforme à la saine théologie, suivant laquelle toutes les opérations extérieures de la Divinité doivent être attribuées conjointement aux trois Personnes divines. Us divisaient, les hommes, les temps, la doctrine, la manière de vivre, chacun en trois ordres ou trois états, ce qui faisait quatre ternaires. Le premier comprenait trois états ou ordres d'hommes ; savoir, celui des gens mariés, qui avait duré sous le règne du Père éternel, ou sous l'Ancien Testament ; celui des clercs, qui a eu lieu sous le règne du Fils, ou sous la loi de grâce; celui des moines, qui devait dominer du temps de la plus grande grâce par le Saint- Esprit. Le second ternaire était celui de la doctrine, savoir, l'Ancien Testament donné par le Père ; le Nouveau, qui est l'ouvrage

JOB 78

du Fils ; et l'Evangile éternel qui devait venir du Saint-Espiit. Le" ternaire des temps sont les trois règnes dont nous avons parlé : celui du Père, ou l'esprit de la loi mosaïque; celui du Fils, ou l'esprit de grâce ; celui du Saint-Esprit, ou de la très-grande grâce, et de la vérité enfui découverte. Sons le premier, disaient ces visionnaires, les hommes ont vécu selon la chair ; sous le second, ils ont vécu entre la chair et l'esprit ; sous le troisième, et jusqu'à la lin du monde, ils vivront entièrement selon l'esprit. Bans cette troisième période, selon les joachimites, les sacrements, les ligures et tous les signes sensibles devaient cesser et la vérité se montrer à découvert.

On prétend que l'abbé Joachim était aussi trilhéiste ; qu'il n'admettait, entre les trois personnes divines, qu'une union de volontés et de desseins.

Malgré l'autorité des deux conciles qui ont condamné ses visions et son Evangile éternel, il s'est trouvé un abbé de son ordre nommé Grégoire Laude, qui a écrit sa vie, a voulu éclaircir ses prophéties, et a tenté do le justifier du crime d'hérésie ; cet ouvrage fut imprimé à Paris en 1660, en un vol. infolio. D. Gervaise, ancien abbé de la Trappe, a aussi donné au public une histoire de l'abbé Joachim, et a de nouveau entrepris son apologie ; mais aucun de ces deux écrivains n'est venu à bout de prouver que l'on ait imputé faussement à ce moine les erreurs condamnées dans ses livres. 11 n'est pas certain qu'il soit l'auteur de YEvangilc éternel ; quelques-uns prétendent que cet ouvrage est de Jean de Rome, ou Jean do Parme, septième général des frères mineurs ; d'autres l'attribuent à Amauri, ou à quelqu'un de ses disciples ; selon d'Argentré, quelques religieux voulurent en introduire la doctrine dans l'université de Paris, eu 125'*.

Quoi qu'il en soit, les visions de l'abbé Joachim produisirent de très-mauvais effets. Elles donnèrent lieu aux rêveries de Ségarel, de Doucin, et d'au'res fanatiques, dont les sectateurs troublèrent l'Eglise pendant le icste du treizième siècle. Yoy. Apostoliques.

JOANNITES. On donna ce nom, dans Je v' siècle, à ceux qui demeurèrent attachés à saint Jean Chrysoslome, et ne voulurent point rompre communion avec lui. On sait que ce saint fut exilé par les artifices do l'impératrice Eudoxie, et déposé dans un conciliabule par Théophile d'Alexandrie, ensuite dans un second tenuàConstantinople; le nom de joannîtes devint ainsi un titre de disgrâce à la cour impériale. Voy. Saint Jean Ckrvsostome.

JOB, nom d'un des livres de l'Ancien Testament, ainsi appelé parce qu'il renferme l'histoire de Job, patriarche célèbre par sa patience , par sa soumission à Dieu , sa sagesse et ses autres vertus. Ce saint personnage vivait dans la terre de Hus, que l'on croit être l'Idumée orientale, aux environs de Bosra. Le sentiment le plus commun

JOB

JOB

est que Job lui-même est l'auteur du livre qui contient son histoire.

On a formé sur ce livre une infinité de conjectures. Quelques protestants, suivis par les incrédules, ont pensé que Job n'est point un personnage réel qui ait véritablement existé, que son livre est une allégorie ou une fable morale, et non une histoire. Mais ce sentiment ne s'accorde point avec le récit de plusieurs auteurs sacrés (Ezéchiel. c. xiv, v. 14) met Job, avec Noé et Daniel, au rang des hommes d'une vertu éminente.

L'auleur du livre de Tobie compare les reproches que l'on faisait à ce saint homme, a ceux dont Job était accablé par ses amis (Tob., c. ii, v. 11). L'apôtie saint Jacques propose Job comme un modèle de patience (c. v, v. 11). Tout cela paraît désigner un personnage réel. Quand on prendrait pour une allégorie ce qui est dit dans le livre de Job touchant les enfants de Dieu, ou les anges, parmi lesquels se trouve Satan, etc. (c. i et ii), cela n'empêcherait pas que le reste de l'histoire ne dût être regardé comme véritable. On n'a pas moins varié sur l'auteur du livre. Les uns ont cru que Job l'avait écrit lui-môme en syriaque ou en Arabo, et que c'est le plus ancien de nos livres saints ; qu'ensuite Moïse ou quelque autre Israélite la traduit en hébreu ; d'autres l'ont attribué a Eliu, ou à l'un des deux autres amis de Job ; plusieurs à Moïse ou à Salomon, à Isaïc ou à quelque écrivain plus récent ; aucune de ces dernières opinions n'est assez solidement établie.

11 parait que l'auteur du livre de Job a fait allusion au passage de la mer Rouge", lorsqu'il a dit en parlant de Dieu (c. xxvi, v. 12) : « 11 a fendu la mer par sa puissance, il a nappé le superbe par son souffle, il a rendu le ciel serein et a blessé le serpent tortueux. » Isaïc (c. li, v. 9) se sert des mêmes expressions en citant ce prodige. Mais, d'un autre côté, si Job a vécu dans le voisinage du désert pendant les quarante ans que les Israélites y ont passé, il est étonnant qu'il n'ait pas cité leur servitude en Egypte comme un exemple des calamités par lesquelles Dieu aftlige souvent ceux qu'il aime et qu'il protège.

La langue originale de ce livre est l'Hébreu, mais mêlé d'expressions arabes et chaldaïques, et de plusieurs tours de phrases qui ne se trouvent point dans l'hébreu pur ; c'est ce qui rend cet ouvrage obscur et difficile a entendre. Aussi la version grecque dont les anciens se sont servis est-elle très-imparfaite. Le texte est écrit en style poétique, et en vers libres, quant à la mesure et à la cadence ; leur beauté consiste principalement dans la force de l'expression, dans la sublimité des pensées, dans la vivacité des mouvements , dans l'énergie des peintures , dans la variété des caractères ; tout cela y est réuni dans le plus haut degré. C'est un monument précieux de l'ancienne philosophie des Orientaux. Job y discute avec ses amis une question très-importante; savoir, si Dieu, sans injustice, peut affliger

les justes ; Job soutient qu'il le peut, et en donne les mêmes raisons que nous alléguons encore aux détracteurs de la Providence. Il pose pour principe, l°que les desseins de Dieu sont impénétrables, qu'il est le maître absolu de ses bienfaits, qu'il peut les accorder ou les refuser à qui il lui plaît, sans qu'on puisse l'accuser d'injustice; 2" qu'aucun homme n'est exempt de péché , qu'il en est souillé dès sa naissance, les afflictions qu'il éprouve peuvent donc être toujours l'expiation de ses fautes. 3° Il soutient que Dieu dédommage ordinairement en ce monde le juste affligé, et il en est luimême un illustre exemple, h? Job ne borne point ses espérances à cette vie ; il compte sur un état à venir dans le juel le juste sera récompensé de ses vertus, et le méchant puni de ses crimes. Lowt, qui, dans son ouvrage De sacra Poesi Hebrœorum , a éclairci un grand nombre de passages du livre de Job, fait voir que ce patriarche parle évidemment d'un lieu de félicité pour les justes après la mort.

11 y a plus, ce saint homme professe clairement le dogme de la résurrection future. Il dit (c. xix, v. 25 et suivants) : « Je sais que mon Rédempteur est vivant, et que jo ressusciterai de la terre au dernier jour ; que je serai de nouveau revêtu de ma dépouille mortelle, et que je verrai mon Dieu dans ma chair, etc. » Ceux qui ont conclu de là que le livre de Job est d'un auteur récent, que les anciens n'avaient pas une idée aussi claire de la résurrection qu'elle le paraît dans ce passage, sont partis d'un principe trèsfaux , en supposant que ce n'était point là la croyance primitive des anciens peuples, et surtout des patriarches. Voy. Résurrection.

Ce n'est donc pas sans raison que les Jufs et les chrétiens ont regardé Job comme un auteur inspiré. Son livre a été reconnu pour canonique par la Synagogue et par l'Eglise, dès les premiers sièdes. Saint Paul l'a cité (/ Cor. c. ni, v. 19). « Il est écrit, dit-il, je surprendrai les sages dans leur fausse sagesse. » Or, ce passage ne se trouve que dans le livre de Job, c. v, v. 11. Ce livre est renfermé dans les plus anciens catalogues des livres sacrés. Ceux qui ont voulu faire douter si les Juifs l'avaient reçu comme tel, n'ont allégué que le silence de Josèphe ; mais ce silence ne prouve rien, puisque Josèphe n'a pas nommé en détail les livres de l'Ecriture. Saint Jérôme atteste que Job était mis par les Juifs au rang des hagiographes ; aucun docteur juif n'a dit le contraire. Le jésuite Pinéda a fait un savant commentaire sur ce livre, et Spanheim a donné une Vie de Job très-détaillée. Voy. la Préface du livre de Job, Bible d'Avignon, t. VI, p. W9.

JOËL est le second des douze petits prophètes. Il parait qu'il prophétisa dans le royaume de Juda, après la ruine de celui d'Israid, et le transport des dix tribus en Assyrie. Sa prophétie , qui ne contient que trois chapitres , annonce quatre grands événements ; savoir, une nuée d'insectes qui devait ravager les campagnes et produire une

81 JOI JON 8i

famine dans le royaume de Juda : Jérémie ils été des imposteurs, ouïe christianisme parle de cette lamine (c. xiv, v. 1) ; une ar- a-t-il changé de nature, pour devenir une inée d'étrangers qui devait venir et achever religion triste et lugubre ? do dévaster la Judée : il esta présumer que Que Dieu, touché de compassion envers c'est l'armée de Nahuchodonosor, qui détrui- le genre humain, ait daigné envoyer et livrer sit le royaume de Juda, et emmena les Juifs son Fils unique pour nous sauver; que, par a Babvlono; le retour de cette captivité et les les mérites de ce divin Rédempteur, il disbienfaits dont Dieu voulait ensuite combler tribue [dus ou moins abondamment à tous les son peuple ; enfin la vengeance qu'il tirerait hommes des grâces pour les conduire au des peuples ennemis des Juifs. salut; que nous ayons pour juge un Dieu Dans les Actes des Apôtres, chap. n, v. 16, qui a voulu être notre frère, afin d'être misaint Picre applique à la desconte du Saint- séiieordieux ( Hebr. c. n, v. 17 ) ; que les Ksprit ce que Joël avait dit des faveurs que souffrances inévitables à la nature humaine Dieu voulait accorder à son peuple, et des puissent devenir pour nous le principe d'une signes qui devaient paraître à cette occasion éternité de bonheur, etc. : voilà des dogmes dans le ciel et sur la terre. De là plusieurs qui ne sont certainement pas destinés à nous Pères de l'Eglise, et plusieurs commenta- elfrayer et à nous attrister, mais à nous réteurs, ont conclu que la prophétie de Joël jouir et à nous consoler ; et ce sont précisén'avait point été accomplie dans toute son nient les dogmes fondamentaux du chrisétendue, au retour de la captivité de Baby- tianisme.

loue ; qu'il fallait par conséquent lui donner Nous convenons que, pour en établir la un double sens. Quelques modernes, qui ont croyance, il a fallu que les apôtres et les vu que toutes les circonstances n'avaient premiers fidèles fussent exposés aux plus pas été vérifiées non plus à la descente du rudes épreuves, môme à perdre la vie dans Saint-Esprit et à la prédication de l'Evangile, les tourments, ce sont là les sujets de tristesse ont pensé que ce qui est dit du jugement que et de larmes que Jésus-Christ leur avait an- Dieu devait exercer sur les nations doit s'en- nonces ; mais il leur avait prédit aussi que tondra de la fin du monde et du jugement leur tristesse serait changée en joie (Joan~ dernier ; canséquemment qu'il y a dans les c. xvi, v. 20) : il ne les a pas trompés. paroles de Joël un troisième sens prophéti- Si le sentiment d'un philosophe païen que. VoyAii préface sur Joël, Bible d'Avignon, ncut faire plus d'impression sur les incrédutom. XI, p. 361. les que celui des auteurs sacrés et des saints JOIE. Un des reproches les plus communs de tous les siècles, nous les invitons à lire le que les incrédules font à la religion, c'est traité de Plutarque contre les épicuriens , cpie ses dogmes, sa morale, ses pratiques dans lequel il s'aitache à prouver que l'on semblent faits pour nous attrister, pour nous ne peut vivre heureux en suivant la doctrine interdire toute espèce de joie et de plaisirs ; d'Epicure ; qu'il y a de la folio à se priver que la piété ou la dévotion n'est dans le fond des consolations que donne la religion, soit qu'un accès de mélancolie ; qu'un chrétien pendant la vie, soit à la mort. Ce philosophe régulier et fervent doit être le plus malheu- était-il un enthousiaste, un insensé ou un reux des hommes. esprit faible, tel que les incrédules ont cou- Cette prévention ne s'accorde guère avec tume de peindre les saints du christianisme? le langage de nos livres saints. Continuelle- Us devraient essayer du moins de répondre ment le psalmiste exhorte les adorateurs du aux arguments de Plutarque ; aucun d'eux vrai Dieu à se réjouir, à se livrer aux plus ne l'a encore entrepris, doux transports de \ajoie; il invite tous les JONAS est l'un desdouze petits prophètes; hommes à goûter et à éprouver combien le il parut sous le règne de Joas et de Jéroboam Seigneur est doux; il ne regarde comme II, roi d'Israël (IV Reg. c. xiv, v. 25), et heureux que ceux qui servent le Seigneur, d'Ozias ou Azarias, roi do Juda, par conséqui connaissent et méditent sa loi, et qui y quent plus de huit cents ans avant notre ère; conforment leur conduite. Saint Paul exhorte ainsi il paraît être le plus ancien des prode même les fidèles à se réjouir dans le Sei- phètes.

gneur (Philipp., c. m, v. 1 ; c. iv, v. 4) ; à Sa prophétie, renfermée en quatre chapi-

chanter de tout leur cœur des hymnes et des très, nous apprend que Dieu lui ordonna

cantiques pour louer Dieu (Ephes. c. v, v. 19 ; d'aller prêcher à Ninive ; que Jonas s'embar-

Coloss. c. m, v. 16). Il dit que le royaume de qua pour s'enfuir et éviter cette commission.

Dieu en ce monde ne consiste point dans les Dieu excita une tempête, pendant laquelle les

voluptés sensuelles, mais dans la joie et la mariniers jetèrent ce prophète dans la mer;

paix du Saint-Esprit (Rom. c. xiv, v. 17). Il il y fut englouti par un grand poisson qui,

proteste qu'au milieu des travaux et des pei- après trois jours, le vomit sur le sable. Alors

nés de l'apostolat il est comblé et transporté Jonas alla prédire aux Ninivites leur ruine

de joie (II Cor. c. vu, v. 4). Les saints, dans prochaine ; ils firent pénitence, et Dieu leur

tous les siècles, ont répété la même chose, pardonna.

Ceux qui avaient mené d'abord une vie peu Jésus-Christ, dans l'Evangile, a proposé

chrétienne ont attesté, après leur conversion, aux Juifs l'exemple de la pénitence des Ni-

qu'ils jouissaient d'un sort plus heureux, nivites, et il ajoute : De même que Jonas de-

qu'ils goûtaient une joie plus douce et plus mettra trois jours et trois nuits dans le ventre

pure qu'ils n'avaient fait lorsqu'ils se livraient d'unpoisson, ainsi leEils de V homme demeurera

au plaisir. Tous ces hommes vertueux ont- trois jours et trois nuits dans le sein de la terre

JÔS

Ri

( Maith., c. xn, v. 40). Aussi la prophétie de Jonas a toujours été mise au nombre des livres canoniques, et reconnue comme authentique, soit par les Juifs, soit par les chrétiens ; le livre de Tobie parait y faire allusion ( c. xiv, v. 0 ).

Mais les incrédules n'ont pas manqué de tourner en ridicule l'histoire de Jonas, et de la regarder comme une fable ; les païens faisaient de môme autrefois, saint Augustin , Epist., 102, q. 6, n. 30. Comment un homme a-t-il pu être avalé par un poisson sans être brisé, vivre pendant trois jours et trois nuits dans le ventre de cet animal sans être étouifé? Ce miracle n'était pas nécessaire; Dieu pouvait convertir autrement les Ninivitcs. Est-il croyable que ce peuple ait ajouté foi à un étranger, à un inconnu qui venait lui prédire sa ruine prochaine, qu'il ait fait pénitence sur cette menace ? Jonas dut être regardé comme un insensé. Les fables grecques racontaient aussi que Hercule avait été avalé par un poisson.

Nous répondons que, quand il est question d'un miracle opéré par la toute-puissance de Dieu, il est ridicule de demander comment il a pu se faire. Les naturalistes savent qu'il y a dans la Méditerranée des poissons assez gros pour avaler un homme entier, et ils en citent des exemples. Que celui qui engloutit Jonas ait été une baleine, ou une lamie, cela est fort indifférent. Il n'a pas été plus difficile à Dieu de fairo vivre un homme pendant trois jours dans le ventre de ce monstre, que de faire croître un enfant dans le sein de sa mère. Si nous n'étions pas instruits par expérience de la manière dont un homme ou un animal vient au monde, nous ne pourrions pas nous persuader que cela est possible. Parce que Dieu pouvait faire autrement, s"cnsuit-il que ce que nous voyons n'est pas vrai ? L'histoire de Jonas est plus ancienne quel s fables des Grecs ; celles-ci n'ont donc pas pu lui servir de modèle.

Le miracle opéré à l'égard de Jonas n'était pas plus nécessaire à Dieu que tout autre miracle; mais il a été très-utile pour donner aux Juifs, d'avance, un exemple de la résurrection de Jésus-Christ, pour convaincre l'univers entier du pouvoir de la pénitence, pour prouver l'étendue des miséricordes de Dieu envers tous les peuples et envers tous les hommes sans exception. Ce que disent à Dieu les mariniers, en jetant Jonas dans la mer ; les réflexions des Ninivites sur la miséricorde de Dieu ; le reproche que Dieu adresse à son prophète, qui se plaignait de cette miséricorde même, sont une des plus touchantes leçons qu'il y ait dans toute l'Ecriture sainte. Elle démontre aux incrédules que Dieu n'a jamais abandonné entièrement aucune nation, qu'il a toujours agréé le culte, les prières, les hommages de tous les peuples, lorsqu'ils les lui ont adressés. Voy. la dissertation sur le miracle de Jonas, Bible d'Avignon, t. XI, p. 516.

JOSAPHAT est le nom d'un roi de Jud.i ; il signifie juge ou jugement. La vallée de Josaphat était célèbre par une victoire que ce

roi y remporta sur les ennemis de son peuple (// Parai, c. 20). Dans le prophète Joël (c. m, v. 2 et 12), le Seigneur dit : « Je rassemblerai tous les peuples dans la vallée de Josaphat, c'est-à-dire dans la vallée du jugement ; je disputerai contre eux sur ce qu'ils ont fait à mon peuple, et je les jugerai. Le prophète ne parle que des peuples voisins et ennemis des Juifs ; mais sur l'équivoque du mot Josaphat , plusieurs commentateurs se sont persuadé qu'il était question là du jugement dernier, et qu'il devait se faire dans cette vallée de la Palestine. C'est une opinion populaire qui n'a aucun fondement.

Voy. Joël.

JOSEPH, fils de Jacob, l'un des douze patriarches ; son histoire, qui est rapportée dsns le livre de la Genèse, c. 37 et suiv., est très-touchante : mais elle a fourni malière a un très-grand nombre de critiques absurdes, qui ne prouvent autre chose que l'ignorance et la malignité des censeurs modernes de l'histoire sainte.

Comme ils ont cru trouver de la ressemblance entre plusieurs événements de la vio de ce patriarche et des aventures de quelques héros fabuleux, ils ont tâché de persuader que l'historien juif avait tiré sa narration des écrivains grecs ou arabes. Ils n'ont point fait attention que Moïse, auteur du livre do la Genèse, a écrit plus de cinq cents ans avant tous les auteurs profanes dont nous avons la connaissance. Justin, qui parle de l'histoire de Joseph, après Trogue-Pompée, 1. xxxvi, ne paraît point 1 1 révoquer en doute. Elle tient d'ailleurs à une multitude de faits qui en démontrent la réalité. Le voyage de Jacob en Egypte, où il est appelé par Joseph ; le séjour que sa postérité fait dans ce pays-là, et dont les historiens égyptiens font mention ; les deux enfants de Joseph adoptés par Jacob, et qui deviennent chefs de deux tribus ; les os de Joseph, conservés en Egypte pendant deux siècles, reportés ensuite oàns la Palestine, et enterrés à Sichem : tout cela forme une chaîne indissoluble qui ne peut être un tissu de fictions.

La plupart des aventures de Joseph, disent nos critiques, ne sont fondées que sur des songes prétendus mystérieux. H en fait d'abord qui lui présagent sa grandeur future; transporté en Egypte, il explique les rêves de deux officiers de Pharaon; il donne ensuite l'interpré!ation des songes de ce roi, et, pour récompense, il est fait premier ministre. Tout cela ne peut servir qu'à autoriser la folle confiance que les peuples ignorants ont donnée à leurs rêves dans tous les temps, et donner lieu aux fourberies des imposteurs.

Nous répondons que si tous les songes étaient aussi clairs, aussi bien circonstanciés, aussi exactement vérifiés par l'événement, qu^ ceux dont Joseph donna l'explication, il serait très-permis d'y ajouter foi. Dieu, sans doute, a ; u se servir de ce moyen pour faire connaître ses volontés et ses desseins, lorsqu il le jugeait à propos : mais il avait fait déf- ndve par Moïse de donner

So

JOS

JOS

confianeo en général aux rêves dos imposteurs (Deut., c. xin, v. 1 et suiv.). Jacob et ses enfants n'ajoutèrent d'abord aucune foi aux songes de Joseph; la suite seule démontra que ce n'étaient pis des illusions.

Il est dit [Gen. , c. xliv, v. 5) que Joseph se servait de sa coupe pour tirer des présages, et il dit à ses frères, v. 15: « Ne savezvous pas que personne n'est aussi habile que moi dans l'art de deviner?» Cet art frivole était donc pratiqué par un homme que l'on nous donne pour un modèle de sagesse et de vertu.

Mais le texte hébreu présente un autre sens, v. 5. Le serviteur de Joseph dit : « N'est-ce point la coupe dans laquelle boit mon maître? Devin habile, il a deviné ce

Sii'il en était; » il a deviné ce qu'elle était evenue et où elle devait se trouver. Les paroles de Joseph ne signifient rien de plus; il n'avait pas tort d'alléguer la science que Dieu lui av.iit donnée des choses cachées; mais ce n'était ni une connaissance naturelle ni un art duquel il fit profession.

Les censeurs de l'histoire sainte témoignent leur étonnement de ce que l'eunuque Putiphar avait une femme ; il avait même une tille, disent-ils, puisque Joseph eu' pour épouse Asseneth, fille de Putiphar (Gen. c. xu, v 45). Ils confondent deux personnages très-différents, Putiphar auquel Joseph fut vendu était maître de la milice de Pharaon (Gen. c. xxxix, v. 1), et Poutiperagh, dont il épousa la fille, était prêtre, ou plutôt gouverneur de la ville d'Héiiopolis: ces deux noms ne sont pas le même en hébreu.

Selon la remarque de Favorin, le grec evvwyjç vient de sùviiv tytv» , garder le lit ou l'intérieur d'un appartement; c'était, dans l'origine, le titre de tout officier de la chambre du roi, et l'hébreu saris ne signifie pas autre chose. Ce n'est que dans la suite, et chez les nations corrompues, que la jalousie des princes lésa engagés à faire mutiler d?s hommes pour le service intérieur de leur palais. Ainsi, de ce que le maître de la milice, le panneticr et l'échanson du roi sont nommés saris de Pharaon, il ne s\ nsuit pas qu'ils aient été eunuques dans le sens actuellement attaché à ce terme.

Ces mêmes critiques disent que Joseph commit une imprudence, en déclarant au roi d'Egypte que ses frères étaient pasteurs de troupeaux, puisque les Egyptiens avaient horreur de cette profession. Mais Joseph avait ses raisons; il ne voulut pas que ses frères et ses neveux fussent placés d'abord dans l'intérieur de l'Egypte et mêlés avec les Egyptiens ; il les mit dans la terre de Gessen, qui était un pays de pâturages, afin qu'ils y conservassent plus aisément leurs mœurs et leur religion.

La coniuite de Joseph, devenu premier ministre, n'a pas trouvé, grf; ce au tribunal des incrédules; ils prétendent que, pour faire sa cour, il força les Egyptiens, pendant la famine, de ven ire toutes leurs terres au roi pour avoir des vivres; qu'il les rendit ainsi tous esclaves; qu'eus 'jite il les obligea

encore à vendre tout leur bétail, mais qu'il laissa les terres aux prêtres, parce qu'il avait épousé la fille d'un prêtre, et qu'il les rendit indépendants de la couronne ; qu'il eut l'attention de faire donner à ses parents les postes les plus importants du royaume. — Toutes ces accusations sont fausses. L'histoire perte seulement que Joseph rendit le roi propriétaire de toutes les terres de son royaume; ses sujets ne furent plus que ses fermiers, ils lui rendaient le cinquième du produit net, et avaient le reste pour eux (Gen., c. xlvii, v. 24). Dans un pays aussi fertile que l'Egypte, cet impôt était trèsl'ger; il n'est aucune naîion qui ne se crût fort heureuse d'en être quitte pour un pareil tribut. Quand on dit que Joseph rendit esclaves les Egyptiens, l'on joue sur un mot. L'hébreu hebed, esclave, signifie aussi sujet, vassal , serviteur. Lorsque les frères de Joseph disent au roi : Nous sommes vos serviteurs (lbid., v. 19), cela ne signifie point, nous sommes vos esclaves. En quel sens peut-on appeler esclavage la condition de fermiers, qui ne rendent que le quint du produit net à leur maître?

Sur un autre passage mal entendu, l'on suppose que Joseph fit changer de demeure à tous les Egyptiens, et les transplanta d\in bout du royaume à l'autre (lbid., v. 21). Vaine imagination. Le terme hébreu, qui signifie faire passer d'un lieu à un autre, signifie aussi faire passer d'une condition à une autre, changer le sort d'une personne, Joseph changea le sort ou l'état des Egyptiens d'un bout du royaume à l'autre, et rendit leur condition meilleure. II ne s'ensuit pas do là qu'il les ait délogés ou transportés. La Vulgate a rendu très-exactement le sens du texte.

Il n'acheta pas les terres des prêtres , parce qu'elles n'étaient pas à eux; le roi les leur avait données; ils n'en avaient que l'usufruit : leur état était encore le même du temps d'Hérodote, 1. xi, c. 37. En quel sens de simples usufruitiers sont-ils indépendants de la couronne? Il n'est pas certain que Joseph ait épousé la fille d'un prêtre : l'hébreu cohen signifie non-seulement un prêtre, mais un prince, un chef de tribu, un homme distingué dans sa nation. De là même il s'ensuit que, chez les Egyptiens, les prêtres tenaient un rang considérable ; c'est encore un fait dont Hérodote a été témoin.

Pharaon dit à Joseph, en parlant de ses frères : « S'il y en a parmi eux qui aient de l'industrie, confiez-leur le soin de mes troupeaux (Gen., c. xlvii, v. 6). Cet emploi n'était pas, sans doute, le plus important de son royaume.

Enfin, il est impossible, disent nos critiques, qu'une famine ait pu durer en Egypte pendant sept années consécutives : on sait que ce sont les inondations du Nil qui fertilisent cette contrée, que, par oe moyen, la terre n'exige presque aucune culture. Il n'est pas probable que les crues du Nil aient pu être interrompues pendant sept ans : d'où aurait pu venir ce phénomène? L'historien semble ignorer ce fait important, puis-

JOS

JOS

ss

qu'il n'en fait aucune mention. — Cela prouve, selon nous, que l'histoire sainte ne dit rien pour satisfaire notre curiosité : elle ne raconte les événements que pour nous faire admirer la conduite de la Providence. Les censeurs de ce divin livre doivent savoir que quand les crues du Nil ne sont pas assez abondantes, ou qu'elles le sont trop, elles portent un égal préjudice à la fertilité de l'Egypte. Dans le premier cas, les eaux ne déposent pas assez de limon pour engraisser la terre ; dans le second, elles ne se retirent pas assez tôt pour donner le temps de la lanourer et de semer : il a donc pu se faire que, pendant sept années consécutives, l'inondation du Nil fût excessive ou insuffisante.

Nous pourrions ajouter que l'historien fait assez comprendre de quelle cause devait partir la famine de l'Egypte , puisque les sept vaches grasses et les sept vaches maigres, symbole des sept années d'abondance et des sept années de stérilité, que Pharaon vit en songe, sortaient du Nil (G en. cap. xli, v. 2).

C'est trop nous arrêter à des observations minutieuses, et qui ne méritent pas une réfutation suivie ; mais il est bon de montrer souvent des exemples de l'imprudence, du défaut de connaissances et du peu de bonne foi que les incrédules font paraître.

Joseph (saint), époux de la sainte Vierge, père nourricier de Jésus-Christ. Comme on a poussé, de nos jours, la malignité jusqu'à jeter des soupçons sur la pureté de la naissance de notre Sauveur, on a trouvé bon de supposer, contre toute vérité, que saint Joseph n'avait ni estime ni affection pour Marie son épouse ; qu'il voyait de mauvais œil l'enfant qu'elle avait mis au monde ; que Jésus-Christ lui-môme avait tiès-peudégards pour saint Joseph.

Pour sentir l'absurdité de toutes ces calomnies, il su'fit de savoir que les évangélistes déposent du contraire , et qu'ils ont écrit dans un temps où ils auraient été contredits par des témoins oculaires, s'ils avaient avancé des faits faux ou incertains. Selon leur récit, Joseph, avant d'avoir été instruit du mystère de l'incarnation par un ange, et s'apercevant de la grossesse de son épouse, pensa à la renvoyer, non publiquement, mais en secret, parce qu'il était juste ; il était donc très-persuadé de l'innocence de Marie. S'il avait eu des soupçons contre elle, ils auraient été promptement dissipés, soit par l'apparition de doux anges, dont l'un lui révéla le mystère de l'incarnation, l'autre lui ordonna de fuir en Egypte ; soit par l'adoration des mages, soit par les transports de joie d'Anne et de Siméon lorsque Jésus fut présenté au temple. En effet, Joseph accompagne Marie à Bethléem ; il est témoin de la naissance de Jésus et des hommages que lui rendent les pasteurs et les mages ; il fuit en Egypte avec la mère et l'enfant; il les ramène; il est présent lorsque Jésus est offert dans le temple ; il les reconduit à Nazareth ; il va tous les ans,

avec Jésus et Marie, à la fête de Pâques ; il cherche avec elle Jésus, et le retrouve dans le temple ; Jésus retrouvé lui adresse la parole aussi bien qu'à sa mère ; il retourne avec eux à Nazareth ; l'Evangile remarque qu'il leur était soumis (Luc. c. n, v.23 ; Matth., c. n). Quelle preuve peut-on désirer d'une union plus intime , d'un attachement mutuel plus constant ?

Depuis que Jésus-Christ eut commencé sa mission, l'Evangile ne parle plus de Joseph: probablement il était mort ; mais les évangélistes ont passé sous silence tout le temps de la vie du Sauveur, qui s'est écoulé depuis l'âge de douze ans jusqu'à trente. Lorsque les habitants de Nazareth , étonnés de de la doctrine et des miracles de Jésus, demandent : « N'est-ce donc pas là un artisan, fils de Marie, frère ou parent de Jacques, de Joseph, de Judas et de Simon? ses parentes ne sont-elles pas encore parmi nous (Marc. c. vi, v. 3)?» ils semblent supposer que saint Joseph, son père, n'existait plus.

A l'article Marie , nous verrons que les autres calomnies, forgées par les incrédules contre cette sainte Mère de Dieu , ne sont pas mieux fondées que celles-ci.

La fête de saint Joseph n'a été célébrée que fort tard dans l'Eglise latine ; mais elle est plus ancienne chez les Grecs.

JOSÈPHE, historien juif, était de race sacerdotale, et tenait un rang considérable dans sa nation. Après avoir été témoin du siège de Jérusalem et de la ruine de sa patrie, il fut estimé ol comblé de faveurs par plusieurs empereurs, et écrivit à Rome l'Histoire de la guerre des Juifs et les Antiquités judaïques : les Romains mômes ont fait cas de ces deux ouvrages. Nous y trouvons trois passages remarquables. Dans Vun, Josèphe rend témoignage des vertus de saint Jean-Baptiste et de sa mort, ordonnée par Hérode (Antiq. judaïq., 1. xviii, c. 7). Dans l'autre , il dit que le pontife Ananus II fit condamner Jacques, frèro de Jésus, nommé Christ, et quelques autres à être lapidés, et que cette action déplut à tous les gens de bien de Jérusalem. L. xx, c. 8. Dans le troisième, il parle de Jésus-Christ en ces termes : « En ce temps-là parut Jésus, homme sage, si cependant on doit l'appeler un homme ; car il fit une infinité de prodiges , et enseigna la vérité à tous ceux qui voulurent l'entendre. Il eut plusieurs disciples, tant juifs que gentils, qui embrassèrent sa doctrine. C'était le Christ. Pilate, sur l'accusation des premiers de notre nation , l'ayant fait crucifier, cela n'empêcha pas ceux qui s'étaient attachés à lui dès le commencement , de lui demeurer fidèles. Il leur apparut vivant, trois jours après sa mort, selon la prédiction que les prophètes avaient faite de sa résurrection et de plusieurs autres choses qui le regardaient ; et encore aujourd'hui la secte des chrétiens subsiste et porte son nom. » L. xvm , c. k (1).

(\) Preuves de l'authenticité du texte de Josèphe. t° On ne connaît pas un seul manuscrit ancien, où ce passage ne se trouve tel que nous l'avons rfppor-

JOS

JOS

Co passage était trop favorable au christianisme, pour ne pas donner de l'humeur aux incrédules. Blonde!, Lefèvre, et d'auties protestants, dont l'ambition était de décrier les Pères de l'Eglise, ont trouvé bon de soutenir que ce passage est une interpolation, une fraude pieuse de quelque auteur chrétien ; ils ont accusé Eusèbe de cette infidélité, parce qu'il est le premier qui ait cité le passage dont il s'agit. La foule des incrédules n'a pas manqué d'adopter ce soupçon : plusieurs auteurs chrétiens se sont laissé émouvoir par leurs clameurs ; la multitude des écrits qui ont été faits pour et contre a presque rendu la question problématique.

Celui qui nous parait l'avoir traitée avec le plus de soin est Daubuz , écrivain anglais , dont Grab;^ a publié l'ouvrage sous ce litre : Caroli Daubuz, de Testim. FI. Joscphi libri duo, m-8#, Londres, 1706. Dans la première partie du premier livre, Daubuz fait l'énumération des auteurs modernes, dont les uns ont attaqué, les auir.s défendu l'authenticité du passage de Josèphe. Il cit ; ensuite les anciens qui auraient dû en parler, et dont le silence est un argument négatif; les juifs qui l'ont rejeté, les chrétiens dont les uns ont douté, les autres se sont inscrits en faux contre ce passage. Dans la seconde partie, il répond à uneréflexion deceuxqui ont regardé le témoignage de Josèphe comme une pièce très-indifférente au christianisme. Dans la troisième, il examine quel a pu être le sentiment de Josèphe à l'égard de Jésus-Christ, et quels motifs il a eus d'en parler avantageusement. Dans la second livre, il montre,

té. Comment donc se peut-il faire qu'aucun n'ait échappé à l'interpolation ?

Ll° On conserve dans la bibliothèque du Vatican un ancien manuscrit qui appartenait à un juif, lequel, en traduisant Josèphe du grec en hébreu, y avait effacé le texte dont nous parlons. La rature y paraît encore aujourd'hui. Que diront à cela les critiques et les censeurs?

5*' Eust be de Césarée, qui vivait cent cinquante ou soixanle années après la mort de Josèphe, cite le même texte dans son grand ouvrage de la Démonstration évangéliqne, par lequel il prouve, contre les Juifs, l'accomplissement des prophéties dans la personne de Jésus-Christ. Il le cite encore dans son Histoire ecclésiaslii/ue.

Or, l'histoire de Josèphe étant entre les mains des juifs et des païens; un homme aussi éclairé que Eusèbe aurait-il osé citer un passage imaginaire? et tout le judaïsme et le paganisme ne se seraient-ils pas récriés contre la supposition? Cependant il n'y a pas le moindre vestige d'aucune réclamation.

■4° Saint Jérôme, qui était si exact sur l'authenticité des ouvrages, Rulin, antagoniste de saint Jérôme, Isidore de Pelusium, et quantité d'autres auteurs grecs, syriens, égyptiens, du iv« et du Ve siècle, rapportent le même passage. Comment des hommes qui ne sont venus qu'onze ou douze siècles après eux, qui sont si éloignés des sources et des événements, nous prouveront-ils que tous ces anciens étaient des hommes sans discernement et sans critique, et que toute la sagacité était réservée à notre temps ?

S" Le savant Huet, Valois, Vossius, Spencer, Pagi, et une infinité d'autres critiques très-savants et très-cclairés, reconnaissent ce texte pour authentique. Et quels hommes, vis-à-vis de deux ou trois

par un examen suivi de toutes les phrases et de tous les mots de ce passage célèbre , qu'il n'est ni déplacé, ni décousu , ni différent du style ordinaire de Josrphe ; que nonseulement il n'est pas interpolé, mais qu'il n'a pas pu l'être ; qu'un faussaire n'a p;is pu être assez habile pour le forger. De ces réflexions il est aisé de tirer des réponses solides et satisfaisantes h toutes les objections de Lefèvie, de lilondel, et de leurs copistes.

Ils disent : 1° que ce passage coupe le fil de la narration de Josrphe ; qu'il n'a aucune liaison avec ce qui précède ni avec ce qui suit. Mais Daubuz fait voir, par plusieurs exemples, que la méthode de Josèphe n'est point déménager des transitions ni des liaisons ; que souvent il n'y a dans les faits qu'il raconte point d'autre connexion que la proximité des temps. Or, ce synchronisme se trouve dans le passage contesté avec ce qui précède et ce qui suit.

2° Saint Justin, disent-ils, saint Clément d'Alexandrie, Tcrlu'Iien, dans son ouvrago contre les Juifs ; Origène, Photius, n'auraient pas manqué de citer le passage de Josèphe, s'i'sl'avaient cru authentique: non-seulement ils n'en parlent point, mais Origène témoigne formellement que Josèphe ne croyait pas que Jésus fût le Christ.

Mais quand saint Clément, qui écrivait en Egypte, et Tertullien, qui vivait en Afrique, n'auraient pas connu les écrits de Josèphe, cela ne serait pas étonnant. Du temps de saint Justin , les exemplaires de Josèphe ne pouvaient pas encore être fort multipliés :

qui l'ont suspecté, et qui sont Cappel, Blondel et Lefèvre ! — JNonnotc, Lie ionn aire de la lieligion, toin. IL

G° Si l'on rejette le texte dont il s'agit, il faudra supposer aussi, contre toute raison, qu'on a également inséré dans Josèphe deux autres passages qui tiennent nécessairement au texte, et où l'auteur

Farle de la mort de saint Jean-Baptiste dont il fait éloge, et de la personne de Jacques qu'il appelle le frère de Jésus. Qui ne voit en effet que si ces deux textes sont authentiques, comme ils le sont évidemment, celui qui regarde Jésus-Christ ne l'est pas moins, puisqu'il serait absurde de supposer que Josèphe a parlé de saint Jacques et de saint Jean, sans parler de Jésus-Christ même, dont l'histoire et le caractère avaient fait incomparablement plus de bruit? Le texte sur saint Jean-Baptiste est cité à son article. Voici celui sur saint Jacques: « Ananus, qui, comme nous venons de le dire, avait été élevé à la dignité de grand prêtre, était un esprit audacieux, féroce, de la secte des sadducéens, les plus sévères de tous les Juifs dans leurs jugements. Il prit le temps de la mort de Festus, et où Albinus n'était pas encore arrivé, pour assembler un conseil devant lequel il fit venir Jacques, frère de Jésus nommé Christ, et quelques autres, les accusa d'avoir contrevenu à la loi, et les fit condamner à être lapidés. Cette action déplut infiniment à tous ceux des habitants de Jérusalem qui avaient de la piété et un véritable amour pour l'observation de nos lois. Ils envoyèrent secrètement vers le roi Agrippa, pour le prier de mander à Ananus de n'entreprendre plus rien de semblable, ce qu'il avait fait ne pouvant s'excuser. Quelquesuns d'eux allèrent au-devant d' Albinus qui était alors parti d'Alexandrie, pour l'informer de ce qui s'clait pass^é, etc. » {Ant. jud., 1. xx, c. S.)

JOS

JOS

]ô silence de ces trois Pères ne prouve donc rien : celui de Photius ne conclut pas davantage, puisque, selon l'opinion de plusieurs savants critiques , nous n'avons pas sa Bibliothèque entière. Origène pense que Josèphe ne croyait pas que Jésus fût le Christ ou le Messie attendu par les Juifs. Il ne s'ensuit pas que, selon Origène, Josèphe n'ait pu parler comme il l'a fait : nous le verrons dans un moment.

3" C'est ici, en effet, la grande objection des critiques. Il ne se peut pas faire, disentils, que Josèphe, juif pharisien, prêtre attaché a sa religion, ait pu dire de Jésus : Si cependant on peut l'appeler un homme, et il était le Christ ; qu'il ait avoué ses miracles, surtout sa résurrection ; qu'il lui ait appliqué les prédictions des prophètes : c'est tout ce qu'aurait pu faire un chrétien le mieux convaincu. Deux ou trois réflexions de l'auteur anglais font sentir le faible de cette objection. Il observe que du temps de Jésus-Christ, et immédiatement après, il y eut deux sortes de Juifs qui pensaient très-différemment. Des chefs de la nation, par politique, craignaient la moindre révolution qui pouva't faire ombrage aux Romains et aggraver le joug imposé aux juifs : c'est ce qui les rendit ennemis déclarés de Jésus-Christ, de ses apôtres et du Christianisme. D'autres, plus modérés, ne refusaient pas de regarder Jésus comme un prophète , de croire ses miracles, d'embrasser sa doctrine, mais sans renoncer pour cela au Judaïsme. Tels furent les juifs ébionites. Cette manière de penser dut se fortifier encore, lorquils virent la ruine de leur nation et les progrès du christianisme : circonstances dans lesquelles se trouvait Josèphe lorsqu'il fit ses ouvrages. Il était d'ailleurs attaché à la famille de Donhtien, dans laquelle il y avait plusieurs chrétiens. On peut présumer môme qu'Epaphrodite, auquel il adresse ses écrits, esi le môme qu'Epaphras, duquel saint Paul a parlé dans ses let'res. Josèphe était donc intéressé à ménager la faveur de ces chrétiens, en parlant honorablement de Jésus-Christ. Lefèvre raisonne fort mal, lorsqu'il dit que si Josèphe avait tenu le langage qu'on lui prêle, il n'aurait pas assez ménagé les préjugés des p:sïens : ce n'est pas à eux que Josèphe avait le plus d'intérêt de plaire. Enfin ne donne-t-on pas un sens forcé à ses paroles ? En dis mt de Jésus, Si cependant on peut l'appeler un homme, il ne prétend pas le donner pour un Dieu, comme Lefèvre le prétend, mais pour un envoyé de Dieu, revêtu d'un pouvoir supérieur à l'humanité, tels qu'avaient été les autres prophètes. Il était le Christ ne signifie point qu'il était le Messie attendu par les Juifs, mais que Jésus était le même personnage que les Latins nommaient Chrtstus, nom duquel les chrétiens avaient tiré le leur. Josèphe n'avoue point formellement la résurrection de Jésus-Christ : mais il dit que Jésus- Christ a;parut vivant à ses disciples, trois jours après sa mort; et quand Jos'phe serait expressément convenu de celte résurrection

il no s'ensuivrait rien ; les Juifs ébionites ne la niaient pas. Par la même raison , il a pu dire que les prophètes avaient prédit ce qui était arrivé à Jésus, sans cesser pour cela d'être Juif.

k° Blondel prétend que Josèphe n'a pas pu dire, avec vérité, que Jésus-Christ s'était attaché des gentils aussi bien que des Juifs; mais il a oublié que, selon l'Evangile, le centurion de Capharnaùm, dont Jésus- Christ avait guéri le serviteur, crut en lui (Mat t., c. vin, v. 10) ; qu'un autre crut de môme avec toute sa maison (Joan., c. iv, v. 53) ; que plusieurs gentils désirèrent de voir Jésus, et qu'il en fut satisfait (c. xn, v. 20). Les apôtres en convertirent un plus grand nombre, surtout saint Paul : il n'y a donc rien que de vrai dans ce que dit Josèphe.

5° Pendant que Lefèvre trouve mauvais que Josèphe n'ait pas parlé de saint Jean- Biptiste dans ce passage, Blondel, de son côté, rejette ce que l'historien juif en dit ailleurs, pa-'ce que, selon lui, le précurseur y est trop loué. Qui pourrait satisfaire la bizarrerie de pareils critiques ?

, 0° 11 n'est pas nécessaire de réfuter les accusations que Lefèvre forme contre Eusèbe; elles ont été dictées pnr l'humeur et par l'esprit de*parti. Eusèbe n'a jamais été convaincu d'avoir falsifié ou interpolé aucun des passages des anciens auteurs qu'il a cités ; il n'aurait pu commettre une infidélité, en citant à faux l'ouvrage de Josèphe, sans s'exposer à l'indignation publique. On ne connaît aucun exemplaire du texte de cet aulcur juif, dans lequel le passage en question ne se trouve point. Que les juifs modernes no veuillent pas le reconnaître, on ne doit pas en être surpris ; ils refusent toute confiance à l'histoire authenlique de cet ancien écrivain, et ne la donnent qu'au faux Josèphe, fils de Gorion, rempli de fables et de puérilités. Nous présumons que si l'ouvrage de Daubuz avait été publié avant (pue Le Clerc eût composé son Art critique, celui-ci n'aurait pas osé affirmer aussi hardiment qu'il l'a fait, que le passage de Josèphe est évidemment une interpolation f.dte dans cet historien, par un chrétien de mauvaise foi. Art. critique, m' part., sect. lr*, c. Ik, n. 8 et suiv.

De ce que nous venons de dire il ne s'ensuit pas que nous regardions le passage tant contesîé comme une preuve fort essentielle au christianisme ; le silence de Josèphe nous serait aussi avanlageux que son témoignage. Cet auteur n'a pas pu ignorer ce que les chrétiens publiaient touchant Jésus-Christ, ses miracles, sa résurrection, ni l'accusation qu'ils formaient contre les Juifs d'avoir mis à mort le Messie. S'il a eu à cœur l'honneur de sa nation, il a dû faire son apologie; et si les faits affirmés par les chrétiens n'étaient pas vrais, il a dû en démontrer la fausseté. Lq silence gardé en pareil cas équivaut à un aveu formel et emporte la conviction. C'est donc très-mal à propos que les incrédules veulent triompher sur la prétendu? falsification du texte de Josèphe, et insulter à la simplicité de ceux qui regardent comm3

JOS

JOS

authentique le témoignage qu'il rend a Jésus-Christ.

JOSÉPHITES, congrégation des prêtres missionnaires de Saint-Joseph, instituée à Lyon, en 16315, par un nommé Crelenet, chirurgien, né à Champlittc en Bourgogne, qui s'était consacré au service de l'hôpital de Lyon. La première destination de ces prêtres a été de faire des missions dans les paroisses delà campagne; ils sont aussi chargés dcl'enseignement des humanités dans plusieurs collèges. Ils portent l'habit ordinaire des ecclésiastiques, et sont gouvernés parmi général. (Histoire des ordres monast., tom. vm, pag. 191.)

11 y a aussi une congrégation de filles nommées Sœu7s de Saint-Joseph, qui l'ut instituée au Puy-en-Velay, par l'évêque do cette ville, en 1650, et qui s'est répandue dans plusieurs de nos provinces méridionales. Ces filles embrassent toutes les œuvres de charité et de misi'ticorile, comme le soin des hôpitaux, la d rection des maisons ch refuge, l'éducation des orphelines pauvres, l'instruction des petites filles dans les écoles, la visite des malades dans les maisons particulières, les asscmhlées de charité, etc. Elles ne font que des vœux simples, dont elles peuvent être dispensées par les évoques sous l'ohéissance desquels elles vivent. 11 faut que ce soit encore le chirurgien Cretenet qui ait formé l'idée de cet institut, puisque dans plusieurs endroits ces filles sont nommées Cretcnistes. (Histoire des ordres monast., iomeV M, p. 186.)

JOSUÉ, chef du peuple hébreu et successeur immédiat de Moïse, a toujours été regardé comme auteur du livre qui porte son nom, et qui est placé dans nos Bibles après le Pentateuque. Dans le dernier chapitre de ce livre, v. 26, il est dit que Josué écrivit toutes ces choses dans le livre de la loi du Seigneur : preuve qu'il mit sa propre histoire a la suite de celle de Moïse, sans aucuno interruption. De même que Josué a raconté la mort de Moïse dans le dernier chapitre du Deutéronome, l'auteur du livre des Juges a aussi placé celle de Josué dans les derniers versets du ch. 2\. On n'a pas fait attention à ces deux circonstances, lorsque l'on a divisé nas livres saints ; ainsi le chapitre 34 du Deutéronome devait être le commencement du livre de Josué ; et les sept derniersversets de celui-ci seraient beaucoup mieux placés à la tète du livre des Juges. Il n'y a jamais eu de doute chez les Juifs, ni chez les chrétiens, sur l'authenticité et la canonicité de ces deux ouvrages : la manière dont ils sont écrits prouve qu'ils ont été rédigés par des témoins oculaires. Le livre de Josué est cité, /// Reg. c. xvi, v. 3i, et dans celui de Y Ecclésiastique, c. xlvi, v. 1.

On convient cependant qu'il y a dans ce livre quelques additions, comme des noms de lieux changés, ou quelques mots d'éclaircissements, qui y ont été mis par des écrivains postérieurs : mais , outre que ces légères corrections ne changent rien au fond de l'histoire, c'est une preuve que ce livre a été lu dans tous les siècles. La même

chose est arrivée à l'égard des auteurs profanes, et le texte n'en est pas moins pour cela authentique. Le livre de Josué contient l'histoire de la complète de la Palestine, faite par ce chef des Hébreux. Aw mot Chanaiyéens, nous avons montré que cette invasion n'eut rien en soi d'illégitime, et qu'il n'est pas vrai que Josué ait traité les anciens habitants avec une cruauté inouïe jusqu'alors : il en usa selon les lois de la guerre, telles qu'elles étaient en usage chez tous les anciens peuples.

Les incrédules ont fait d'autres objections contre les miracles de Josué, sur le passage du Jourdain, la prise de Jéricho, la pluie de pierres qui tomba sur les Chananéens, le retardement du soleil : nous y répondrons ailleurs. Yoxj. tous ces mots.

Il y a encore un prétendu livre de Josué, que conservent les Samaritains, mais qui est fort ditlérent du nôtre : c'est leur chronique qui contient une suite d'événements assez mal arrangés et mêlés de fables, depuis la mort de Moïse jusqu'au temps de l'empereur Adrien. Joseph Scaliger, entre les mains duquel elle était tombée, la légua à la bibliothèque de Leyde. E le est écrite en arabe, mais en caractères samaritains : Kottinger, qui avait promis de la traduire en latin, est mort sans avoir tenu parole. Tout ce que l'on peut conclure de cet ouvrage, est que les Samaritains ont eu connaissance du livre de Josué, mais qu'ils en ont défiguré l'histoire par des fables ; que cette compilation est très-moderne, si le commencement et la tin sont du môme auteur.

Les Juifs modernes attribuent a Josué une prière rapportée j ar Fabricius (Cod. apocr. vet. Test., tome V). Ils le font aussi auteur de dix règlements qui doivent, selon eux, être observés dans la Terre promise ; on les trouve dans Selden, de Jure nat. et gent., 1. vi, c. 2. On conçoit que ces deux tradil ions juives ne méritent aucune croyance. JOUR. Dans l'Ecriture sainte, ce mot se prend en différents sens. 1° Il signifie le temps en général : dans ces jours, c'est-àdire en ce temps-là. Jacob (Gcn. c. xlvii, v. 9) appelle le temps de sa vie les jours de son pèlerinage. 2° Un jour se met pour une année (Exod. c. xm, v, 10) ; vous observerez cette cérémonie dans le temps fixé, de jour en jour, c'est-à-dire d'année en année, 3° Il désigne les événements dont l'histoire fait mention ; les livres des Paralipomèncs sont appelés en hébreu Vcrba dierum, l'histoire des jours, ou le journal des événements. Un grand jour est un grand événement ; un bonjour, un temps de prospérité ; les jours mauvais, un temps de malheur et d'affliction (Ps. xcm, v. 13), ou un temps de désordre et de dérèglement (Ephes. c. v, v. 16). 4* il signifie le moment favorable (Joan. c. ix, v. 4). Jésus-Christ dit : Je dois faire Vouvrage de celui qui ma envoyé pendant qu'il est jour. Il dit à ia ville de Jérusalem (Lue. c. xix, v. 42) : Si tu avais connu surtout dans ce jour qui t'est donné, ce qus

53 JOU JOV 96

je fais pour te procurer la paix. 5" 11 ex- à-vis de Jéricho, où les Israélites se trou-

priine quelquefois la connaissance de Dieu vaient pour lors, le Jourdain n'a que qua-

et de sa loi. Rom. c. xui, v. 12, la nuit est rante ou tout au plus quarante-cinq pieds de

passée, le jour est arrivé ; l'ignorance et les largeur ; il est aisé d'y jeter un pont de

ténèbres de l'idolâtrie ont fait place aux lu- planches, ou de le passer à gué.

mières de la foi (/ Thess. c. m, v. 5) : Vous Jamais critique ne fut plus téméraire à

êtes les enfants de la lumière et du jour, et tous égards. 1° Il est prouvé par les livres

non de la nuit et des ténèbres. Saint Pierre de Moïse que les prémices de la moisson

(Epist. II, c. i, v. 29) appelle les prophéties d'orge étaient offertes au Seigneur le len-

un flambeau qui luit dans les ténèbres jus- demain delà fêle de Pâques, par conséquent

qu'ace que le vrai jour vienne, jusqu'à ce que le quinzième de la lune de mars, et celles

leur accomplissement nous en montre le vrai de la moisson de froment à la fête de la

sens. 6° Les derniers jours signifient quelque- Pentecôte, qui tombait très-fréquemment

f bis un temps fo rt éloi gné ; le jour du Seigneur en mai; notre mois d'avril était donc le

est le moment auquel Dieu doit opérer quel- temps delà pleine moisson. — 2° L'auteur

que chose d'extraordinaire {Isaï. c. n, v. 11 ; du premier livre des Paralipomènes, c. xii,

c. xin, v. 6 et 9 ; Ezech. c. xm, v. 5 ; c. xxx, v. 15 ; celui de V Ecclésiastique, c. xxiv, v.

v. 3; Joël, en, v. 11, etc.). Dans les Epîtres 36; Josèphc, Antiq. Jud., 1. v, c. 1, attes-

de saint Paul, cette môme expression désigne tent, aussi bien que Josué, qu'au temps de

lemoment auquel Jésus-Chiist doit venir pu- la moisson le Jourdain a coutume de com-

nir la nation juive de son incrédulité et du bler ses rives. Les voyageurs modernes,

crime qu'elle a commis en le crucifiant (/ Doubdan, Thévenot, le Père Nau, Maundrell,

Thess. c. i, v. 2 ; Il Thess. c. n, v. 2, etc.). le Père Eugène, un auteur du vu' siècle 7° Elle désigne aussi le jugement dernier cité par Reland, ne donnent pas tous la (Rom. c. n, v. 10 ; 1 Cor. c. m, v. 13, etc.). môme largeur au Jourdain, parce que tous 8° Enfin l'éternité : Dan. c. vu, v. 9, Dieu ne l'ont pas vu dans le môme temps; mais est nommé l Ancien des jours, ou l'Eternel. Doubdan, qui l'a vu le 22 avril, dit qu'il Quelques physiciens, pour concilii rieur était fort rapide, prêt à se déborder, et qu'il système de cosmogonie avec la narration de avait alors un jet de pierre de largeur. Moïse, ont supposé que les six jours de La Maundrell lui donne environ soixante pieds; créaîion étaient six intervalles d'un temps Morison, plus de vingt-cinq pas, ou soiindéterminé, et que l'on peut les supposer xante-deux pie 1s et demi; Shaw, trente verassez longs pour que Dieu ait opéré, par des ges d'Angleterre, ou quatre-vingt-dix pieds ; causes physiques, ce que l'Ecriture semble le père Eugène, environ cinquante pas,, attribuer à une action immédiate do sa qui font cent vingt-cinq pieds. L'on convient toufe-puissanec. Mais coite interprétation q i'il est moins large aujourd'hui qu'autrene s'accorde pas assez avec le sens littéral fois, parce qu'il a creusé son lit; mais jadu texte ; Moïse dit qu'il y eut un soir et mais il n'a été guéable au mois d'avril, parce un matin, et que ce fut le premier jour ; il qu'alors les chaleurs sont déjà assez grandes parle de môme du second et des suivants, dans la Syrie pour fondre les neiges du Li- Cola signifie littéralement un jour ordinaire ban. — 3° Les Israélites n'étaient pas accouct naturel de vingt-quatre heures ; autre- tumés à faire des ponts ; ils n'avaient ni ment Moïse n'aurait pas été entendu par les planches ni madriers ; un pont assez large lecteurs, et il aurait abusé du langage; il pour passer environ deux millions d'hommes n'y a aucun motif de supposer qu'après n'aurait pas été aisé à construire, et les avoir désigné six intervalles de temps indé- Chananéens auraient attaqué les travailleurs, terminé, cet historien a changé tout à coup Enfin, quand le miracle n'aurait pas été abla signification du mot jour, en disant que solument nécessaire, Dieu est le maître d'en Dieu bénit le septième jour et le sanctifia. faire quand il lui plaît. Josué, en racontant Jours d'abstineivck, de férié, de fête, de celui-ci, parlait à des témoins oculaires; jeune. Voy. ces mots. près de mourir, il leur rappelle les prodiges JOURDAIN, fleuve de la Palestine. Il est que Dieu a opérés pour eux, et ils avouent dit dans le livre de Josué, c. 3, que, pour qu'ils les ont vus de leurs yeux (c. xxiv, v. ouvrir aux Israélites le passage du Jourdain 17). Le psalmiste dit que le Jourdain a reet l'entrée de la Terre promise, Dieu sus- monté vers sa source (Ps. cm, v. 3). nendit le cours de ce fleuve, fit remon;er JOV1NIAN1STES, sectateurs de Jovinien, /ers leur source les eaux supérieures, qui hérétique qui parut sur la tin du iv' et au s'élevèrent comme une montagne, pendant commencement du v' siècle. Après avoir que les eaux inférieures s'écoulaient dans la passé plusieurs années sous la conduite de mer Morte. saint Ambroise, dans un monastère de Mi- Quelques incrédules modernes ont atta- lan, et dans les pratques d'une vie trèsque cette narrati n. Josué, disent-ils, fait austère, Jovinien s'en dégoûta, préféra la lipasser aux Israélites le Jourdain dans notre berté et les plaisirs de la ville de Rome à la mois d'avril, au temps de la moisson; mais sainteté du cloître.

la moisson ne se fait dans ce pays-là qu'au Pour justifier son changement, il ensei-

mois de juin : jamais au mois d'avril le gna que l'abstinence et la sensualité éiaient

Jourdain n'est à pleins bords ; ce petit fleuve en elles-mômcs des choses indifférentes;

ne s'enfle (pie dans les grandes chaleurs, que l'on pouvait sans conséquence oser do

par la fonte des îviges du mont Liban. Vis- toutes les viandes, pourvu qu'on le fit avec

JL'li

JIJB

actions tic grâces; que- la virginité n'était pas un étal plus pariait que le mariage, qu'il était taux que la Mère de Notre-Seigneur fût demeurée vierge après l'enfantement, qu'autrement il faudrait soutenir, comme les manichéens, que Jésus-Christ n'avait qu'une chair fantastique 11 prétendait que ceux qui avaient élé régénérés par le baptême ne pouvaient plus être vaincus par le démon ; que comme la grAce du baptême est égale dans tous les hommes, et le principe de tous leurs mérites, ceux qui la conserveraient jouiraient dans le ciel d'une récompense égale. Selon saint Augustin, il soutenait encore, comme les stoïciens, que tous les péchés sont égaux.

Jovinien eut à Rome beaucoup de sectateurs. On vit une multitude de personnes, qui avaient vécu jusqu'alors dans la continence et la mortification, renoncer à un genre de vie qu'elles ne croyaient bon à rien, se marier, mener une vie molle et voluptueuse, se peisuader qu'elles pouvaient le faire sans rien perdre des récompenses que la religion nous promet. Jovinien fut condamné par le pape Sirice et par un concile que saint Ambroise tint à Milan, en 390.

Saint Jérôme, dans ses écrits contre Jovinien, soutint la perfection et le mérite de la virginité avec la véhémence ordinaire de son style. Quelques-uns se plaignirent de ce qu'il paraissait condamner l'état du mariage ; le saint docteur fit voir qu'on l'interprétait mal, et s'expliqua plus exactement. Comme les protestants ont adopté une bonne partie des erreurs de Jovinien, ils ont renouvelé contre saint Jérôme le même reproche ; ils ont prétendu qu'après avoir donné dans un excès, il s'était contredit : mais se dédire ou se rétracter, quand on reconnaît que l'on s'est mal exprimé, ce n'est pas une contradiction. Si les hérétiques étaient d'assez bonne foi pour faire de même, loin de les blAmer, nous les applaudirions ; mais saint Jérôme n'a pas été dans ce cas. Voy. saint Jékôme. Fleury, Hist. ccclés., t. IV, 1. xix, n. 19.

JUBILÉ, chez les Juifs, était le nom de la cinquantièmeannée,àlaquellelesprisonniers et les esclaves devaient être mis en liberté; les héritages vendus devaient retourner à leurs anciens maîtres, et la terre devait demeurer sans culture.

Selon quelques auteurs, le mot hébreu jobel est dérivé du verbe hobil, éconduire, renvoyer ; il signifie rémission ou renvoi ; c'est ainsi que l'on entend les Septante. Selon d'autres, il signifie bélier, parce que le jubilé était annoncé au son des cors faits de cornes de bélier. Cette étymologie n'est guère probable.

11 est parlé fort au long du jubilé dans les ch. 25 et 27 du Lévitique. Il y est commandé aux Juifs de compter sept semaines d'années, ou sept fois sept, qui font quaranteneuf ans, et de sanctifier la cinquantième année, en laissant reposer la terre, en donnant la liberté aux esclaves, en rendant les fonds à leurs anciens possesseurs. Ainsi chez

les Juifs les aliénations des fonds no se faisaient point à perpétuité, mais seulement jusqu'à l'année du jubilé. Cette loi avait évidemment pour objet de conserver l'ancien partage qui avait éié fait des terres, de maintenir parmi les Juifs l'égalité des fortunes, et d'alléger la servitude. Elle fut observée fort exactement jusqu'à la captivité deBabylone; mais il ne fui plus possible de l'exécuter après le retour. Les docteurs juifs disent dans le Talmud qu'il n'y eut plus de jubilé sous le second temple. Voy. Reland, Ant. sacr., iv* part., ch. 8, n. 18; Simon, Suppl. aux cérém. des Juifs.

Pour comprendre comment ce peuple pouvait subsister lorsqu'il ne cultivait pas la terre, voy. Sabbatique.

Jubilé, dans l'Eglise catholique, est uno indulgence plénière et extraordinaire accordée par le souverain pontife à l'Eglise universelle, ou du moins à tous ceux qui visiteront à Rome les églises de saint Pierre et de saint Paul. Elle est différente des indulgences ordinaires, en ce que, pendant le jubilé, le pape accorde aux confesseurs le pouvoir d'absoudre de tous les cas réservés, et de commuer les vœux simples. Le premier jubilé fut établi parBoniface VIII, l'an 1309 (1), en faveur de ceux qui feraient le voyage de Rome et visiteraient l'église des saints apôtres ; cette année apporta tant de richesses à Rome, que les Allemands l'appelaient Vannée d'or. Il avait fixé le jubilé de cent ans en cent ans ; Clément VI voulut qu'il eût lieu tout les cinquante ans: Urhain VIII avait réduit cette période à trente-cinq ans ; Sixte IV l'a fixé à vingt-cinq , afin que chacun puisse jouir de cette grJce une fois en sa vie.

On appelle à Rome le jubilé, l'année sainle. Pour en faire l'ouverture, le pape, ou, pendant la vacance du siège, le doyen des cardinaux, va en cérémonie à Saint-Pierre pour en ouvrir la porte sainte, qui est murée, et qui ne s'ouvre que dans cette circonstance. 11 prend un marteau d'or et en frappe trois coups, en disant : Aperite mihi portas justitiœ, etc., et l'on démolit la maçonnerie qui bouche la porte. Le pape se met à genoux devant cette porte, pendant que les pénitenciers de Saint-Pierre la lavent d'eau bénite ; ensuite il prend la croix , entonne le Te Deum, et entre dans l'église avec le clergé. Trois cardinaux-légats , que le pape a envoyés aux trois autres portes saintes, les ouvrent avec la même cérémonie ; elles sont aux églises de Saint- Jean -de- Latran, de Saint-Paul et de Sainte-Marie-Majeure. Cela se fait tous les vingt-cinq ans, aux premières vêpres de la fête de Noël; le lendemain matin le pape donne la bénédiction au peuple en forme de jubilé ou d'indulgence.

Lorsque l'année sainte est expirée, on referme la porte sainte la veille de Noël. Le pape bénit les pierres et le mortier, pose la

(l) Nous avons rapporté l'histoire de son établissement au mot Jubilé de notre Dict. de Théol. morale.

JUB

JUB

première pierre, et y met douze cassettes pleines de médailles d'or et d'argent ; la même cérémonie se fait aux trois autres portes saintes. Autrefois le jubilé attirait à Rome une quantité prodigieuse de peuples de tous les pays de l'Europe ; il n'y en va plus guère aujourd'hui que des provinces d'Italie, surtout depuis que les papes étendent 1 indulgence du jubilé aux autres pays, et que l'on peut la gagner chez soi.

Boniface IX accorda des jubilés en différents lieux, à des princes ou àdes monastères: par exemple, aux moines de Cantorbéry pour tous les cinquante ans ; alors le peuple accourait de toutes parts visiter le tombeau de saint Thomas Becket. Aujourd'hui les jubilés sont plus fréquents ; chaque pape en accorde ordinairement un l'année de sa consécration, et à l'occasion de quelque besoin particulier de l'Eglise.

Pour gagner l'indulgence du jubilé, la bulle du souverain pontife oblige les fidèles à des jeûnes, à des aumônes, à dos prières ou stations : pendant toute l'année sainte, les autres indulgences demeurent suspendues. Il y a des jubilés particuliers dans certaines villes à la rencontre de quelques fêtes : au Puy-en-Velay, lorsque la fête de l'Annonciation arrive le vendredi saint ; à Lyon, quand celle de saint Jean-Baptiste concourt avec la Fête-Dieu.

Cette pratique de l'Eglise romaine ne pouvait manquer d'émouvo r la bile des protestants. A l'occasion du jubilé de 1750, l'un d'entre eux a fait un livre en trois volumes in-8% pour en prouver l'abus ; il y a rassemblé tout ce que les réformateurs fanatiques, les libertins, les incrédules de toutes les nations, ont vomi contre la pratique des indulgences et des bonnes couvres. 11 dit que le jubilé est une invention humaine, qui doit son origine à l'avarice et à l'ambition des papes ; son crédit à l'ignorance et à la superstition des peuples, et qui n'a pris naissance que l'an 1300 ; que l'on a employé mille faux prétextes pour en rendre la célébration respectable. C'est, selon lui, une imitation des jeux séculaires des Romains, un trafic honteux des indulgences, une pompe purement mondaine, une occasion de débauche et de désordres pour les pèlerins. Ces reproches sont assaisonnés d'historiettes scandaleuses, de sarcasmes sanglants, et de tout le fiel du protestantisme ; aussi le traducteur de Mosheim a fait un pompeux éloge de cet ouvrage et de son auteur. (Hist. ecclés., xm' siècle, ne part., c. k, § 3).

Nous répondrons en peu de mots, 1° qu'il y a de l'imposture à nommer invention nouvelle et purement humaine l'usage des indulgences en général ; au mot Indulgence, nous avons fait voir que cette invention est des temps apostoliques, qu'elle est fondée sur l'Ecriture sainte, et que saint Paul en a donné l'exemple. Nous ne concevons pas en quoi ni comment des œuvres de piété, de charité, de mortffication, de pénitence, faites par le désir d'obtenir le pardon de nos péchés sont une superstition ; il y a longtemo;

que nous supplions les protestants de dissiper notre ignorance sur ce point. Nous avons beau leur dire que le jubilé n'est autre chose qu'une indulgence accordée en considération de certaines bonnes œuvres et afin de nous engager à les faire ; ils s'obstinent dans leur prévention et n'en veulent pas sortir. Si nous leur disions qui? leurs jeûnes solennels, annoncés avec emphase, sont une pompe purement mondaine, que répliqueraient-iis ? 2° C'est une injustice malicieuse d'attribuer des motifs vicieux à des papes qui ont pu en avoir de louables. Une preuve qu'en instituant et en multipliant lesjubilés, ils n'ont agi ni par ambition ni par avarice, c'est qu'ils ont étendu l'indulgence à tous les fidèles, sans les obliger tous a faire le voyage de Rome, ni à payer une seule obole. Nonseulement cette indulgence ne coûte rien à personne, mais on sait que pendant le jubilé les pèlerins de toutes les nations sont accueillis, logés, soignés, nourris et servis dans les hôpitaux de Rome, souvent par les personnes les plus respectables. L'affiuence des pèlerins ne peut donc être un avantage que pour le peuple de ce;te ville, tout au plus, et non pour le pape ni pour son trésor. Où est donc ici le trafic honteux des indulgences? En rendant les jubilés plus communs, les papes n'ont pas ignoré que cela diminuerait l'empressement pour le pèlerinage de Borne ; ainsi, quand Boniface Vlîl pourrait être accusé d'avoir agi par ambition et par avarice, ce reproche ne doit pas retomber sur ses successeurs qui ont étendu les jubilés à chaque cinquantième et ensuita à chaque vingt-cinquième année. 3" Pendant que l'auteur dont nous parlons a rêvé que le jubilé est une imitation des anciens jeux séculaires, Mosheim prétend que Clément VI peut avoir eu en vue le jubilé des Juifs, qui avait lieu tous les cinquante ans. Mais dos motifs d'avarice ou d'ambition n'ont guère de rapport aux jeux séculaires ; peut-on prouver que Boniface VIII y pensait l'an 1300? De l'aveu môme de Mosheim, ce fut par condescendance pour la demande des Romains que Clément VI accorda un jubilé cinquante ans après celui de Boniface VIII ; il n'eut donc pas besoin de consulter le calendrier des Juifs. Il reste encore à nous apprendre par quelle allusion aux usages du paganisme ou du judaïsme, Urbain VI et Sixte VI ont réglé que le jubilé aurait lieu tous les vingt-cinq ans. k" Pendant que nos adversaires ont recueilli toutes les anecdotes scandaleuses auxquelles les jubiles ont pu donner occasion depuis près de cinq cents ans, ont-ils tenu registre des bonnes œuvres que ce spectacle de religion a fait éclore, des confessions, des communions, .des prières, des aumônes, des restitutions, des réconciliations, des conversions qui se sont faites ? On a vu ce qui est arrivé à Paris au dernier jubilé ; les incrédules en ont frémi, et les protestants n'y ont rien gagné : honteux de ce qu'ils avaient vu dans celui de l'an 1751, ils ont exhalé leur bile en invectives contre cet

— tts^ge. 5° Quand il serait vrai quM y a eu

Page 1