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monde; mois , ayez confiance, j'ai vaincu le monde (Joan. xvi, 33). Saint Paul dit aux Philippicns, c. i, v. 28: « Ne craignez point vos ennemis, il vous est donné de Dieu, nonseulement de croire en Jésus-Christ, mais encore de souffrir pour lui. » 2" Les fidèles comptaient sur cette grâce, et non sur leurs propres forces; ils se préparaient au combat pat la prière, par le jeûne, par la pénitence ; les Pères de l'Eglise les y exhortaient. L'exemple de plusieurs , qui avaient succombé à la violence des tourments , inspinit aux autres l'humilité, la crainte, la défi ince d'eux-mêmes. 3" Cette grâce a été accordée à des chrétiens de tous les Ages et de toutes les cond lions , de l'un et de l'autre jexe : de tendres enfants , des vieillards caducs, des vierges délicates, ont souffert sans se plaindre, sans gémir, sans insulter aux persécuteurs; ont vaincu, par leur patience modeste et tranquille, la cruauté des bourreaux. k° Souvent des miracles éclatants ont prouvé que la constance des martyrs venait du ciel, ont forcé les païens à y reconnaître la main de Dieu î nos apologistes l'ont fait remarquer et ont cité des témoins oculaires. C'est ce qui a inspiré aux chrétiens tant de vénération pour les martyrs et un si grand respect pour leurs reliques. 5° C'est une ahsur.iité de soutenir que le courage qui vient d'un motif surnaturel, loi que le désir d'obtenir la rémission des péchés et do jouir de la béatitude éternelle, est cependant naturel. Ce désir est-il puisé dans la nature? l'aperçoit-on dans un grand nombre de personnes ? 6° Nous voudrions savoir ce que nos adversaires entendent par enthousiasme et fanatisme du martyre. Ces termes ne peuvent signifier qu'une persuasion dénuée de preuves, un zèle inspiré par quelque passion ; les martyrs n'étaient point dans ce cas. Leur persuasion était fondée sur tous los motifs de crédibilité, qui prouvent la d'.\ nité du christianisme, sur des faits dont ils avaient été témoins oculaires, ou desquels ils ne pouvaient douter. Ce n'était point un préjugé de naissance, puisqu'ils s'étaient convertis du paganisme au christianisme. Voyons-nous dans leur conduite quelque signe de passion, de vanité, d'ambition, d'orgueil, de haine, de vengeance, etc.? Ceîse, qui sans doute avait été témoin de la constance de plusieurs martyrs, n'osait les blâmer. Origène contre Celse, 1. i, n. 8, n. G6. Aujourd'hui on ose les accuser de fanatisme, sans savoir ce que l'on entend par là.
Un fanatisme, ou un accès de démence ne peut pas durer pendant plusieurs siècles, être le même dans la Syrie et dans la Perse, en Egypte et dans la Grèce, eu Italie, en Espagne et dans les Gaules. Les païens mômes admiraient la constance des martyrs; il est fâcheux que des hommes qui devraient être chrétiens, la regardent comme une folie. Les donatistes, qui se donnaient la mort afin d'obtenir les honneurs du martyre; les huguenots, suppliciés pour les séditions qu'ils avaient excitées; les Indiens qui se font écraser, et leurs femmes oui se brûJenL sont
des fanatiques, sans d jute, parce qu'ils n'ont eu et n'ont aucune preuve des opinions particulières pour lesquelles ils se livrent à la mort; plusieurs sont enivrés d'opium on d'autres boissons qui leur ôtent la réflexion. La constance des stoïciens était un effet de leur vanité, et l'insensibilité des sauvages vient de la fureur que le désir de la vengeance leur inspire. Peut-on reprocher aux martyrs aucun de ces vices ? Les malfaiteurs ne sont pas les maîtres d'échapper au supplice ; les premiers chrétiens pouvaient s'y soustraire en reniant leur foi.
Ce ne sont pas seulement les Pères de l'Eglise qui nous apprennent que la constance surnaturelle des martyrs a souvent converti les païens ; Libanius convient que le christianisme avait fait des progrès par le carnage de ses sectateurs ; c'est ce qui empêcha Julien de renouveler les édits sanglants po.tés contre eux dans les siècles précédents. Lorsque nos adversaires disent que c'est l'effet naturel des persécutions, que la cruauté exercée envers les chrétiens excita la pitié et les rend.t intéressants, que la mêmech ;se est arrivée à l'égard des huguenots, ils se jouent delà crédulité de leurs lecteurs. En effet, les cris tumultueux du peuple assemblé dans l'amphithéâtre, qui demandait que l'on exterminât 1 s chrétiens, toile impios, christianos ad leonem, ne venaient certainement pas d'une pitié bien tendre. Quand on attribuait tous les malheurs de l'empire à la haine et à la colère que les dieux avaient conçues contre les chrétiens , celte idée n'était guère propre à les rendre intéressants. Les philosophes qui se joignirent aux persécuteurs, pour couvrir d'opprobre les sectateurs du christianisme, n'avaient pas intention, sans doute, de prévenir les esprits en leur faveur. Voilà ce qui s'est fait pendant trois cents ans.
Ceux qui ont embrassé le protestantisme, au xvr siècle, ne l'ont pas fait par admiration de la constance de ses prétendus martyrs; ils avaient d'autres motifs. Us étaient séduits d'avance par les discours calomnieux et séditieux des prédicants ; les uns étaient attirés par l'espérance du pillage, les autres par l'envie de se venger as quelques catholiques, ceux-ci par le plaisir d'humilier et de maltraiter le clergé, ceux-là par le désir d'avoir des protecteurs puissants, tous par l'esprit d'indépendance. Aucun de ces motifs n'a pu engager des païens à se faire chrétiens. « La constance que vous nous reprochez, dit Tertullien, est une leçon ; en la voyant, qui n'est pas tenté d'en rechercher la cause? Quiconque examine notre religion, l'embrasse. Alors il désire de souffrir, alin d'acheter, par l'effusion de son sang, la grâce de Dieu, de laquelle il s'était rendu indigne, et d'obtenir ainsi le pardon de ses crimes. » Apol., c. 50. Les exemples cités par nos adversaires sont donc aussi faux que leurs conjectures, et leurs reproches sont absurdes. Est-il vrai, enfin, que les Pères de l'Eglise aient soufflé le fanatisme du martyre, et qu'ils aient ainsi travaillé à dépeupler le
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uionde?Pour savoir s'ils ont péché on quelque chose, il faut examiner les différentes drcor, stances dans lesquelles ils se sont trouvés.
Au il" et au m' siècle, plusieurs sectes d'hérétiques condamnèrent le martyre, enseignèrent qu'il était permis de renier la foi, que c'était une folie de mourir pour confesser Jésus-Christ. Tels furent les basilidiens, les valentiniens, les gnosliques , les helcésaites, les manichéens et tous ceux qui soutenaient que Jésus-Christ lui-môme n'avait souffert qu'en apparence. D'autres donnèrent dans l'excès opposé, crurent qu'il était beau de rechercher le martyre par vanité ; on en accuse les montanisles et quelques marcionites : les don listes, schismatiques furieux, se faisaient dormes la mort ou se précipitaient eux-mêmes, aîin d'ohtenir les honneurs du martyre. Les Pères écrivirent contre ces divers ennemis; les premiers furent réfutés par saint Clément d'Alexandrie, Strom., 1. iv, c.k et suiv. ; par Origène, dans son Exhortation au martyre ; par Tertullien, dans l'ouv âge intitulé Scorpiaces, etc. Mais en combattant contre une erreur, ils n'ont pas favorisé l'autre. Saint Clément d'Alexandrie, dans ce môme chapitre, dit
3ue ceux qui cherchent la mort de propos élibéré ne sont chrétiens que de nom, qu'ils ne connaissent pas le vrai Dieu, qu'ils désirent la destruction de leur corps en ha:ne du Créateur. Il désigne évidemment les marcionites, et, dans le chapitre 10, il dit que ces gens-là sont homicides d'eux-mêmes ; que s'ils provoquent la colère des juges, ils ressemhlent à ceux qui veulent irriter une bête féroce, etc. Origène a iresse son exhortation principalement aux minisires de l'Eglise, et c'est aussi pour eux que Tertullien écrivit son livre de la Fuite pendant les persécutions. Origène , dans tout son livre , n'emploie que des preuves et des motifs tirés de l'Ecriture sainte ; il ne parle point du culte ni des honneurs que l'on rendait aux martyrs dans ce monde, mais seulement de la gloire dont ils jouissent dans le ciel. Dans la h ttre de l'Eglise de Smyrne, touchant le martyre de saint Polycarpe, n. k, on désapprouve ceux qui vont se dénoncer eux-mêmes, parce que l'Evangile ne l'ordonne point ainsi. Le concile d'Elvire, tenu l'an 300, can. 60, décide que, si quelqu'un brise les idoles et se fait tuer, il ne doit point être mis au nombre des martyrs. Saint Augustin soutint de même, contre les donatistes, que leurs circoncellions, qui se faisaient tuer , n'étaient point de vrais martyrs, mais des forcenés ; que c'était la cause et non la peine qui fait le vrai martyr. D'autre part, le concile de Gangres, ti nu entre l'an 325 et l'an 3il, can. 20, dit anathème à ceux qui condamnent les assemblées que l'on tient au tombeau des martyrs, et les services que l'on y célèbre, et qui ont leur mémoire en liorreur.C'élaient,sans doute, des manichéens. Les Pètes et les conciles ont donc tenu un sage milieu entre l'impiété de ceux qui blâmaient le martyre et la témérité de ceux qui
le rechcrchau'ul sans nécessité. Si Barbeyrac, ses maîtres et les incrédules, ses copistes, avaient daigné faire ces réflexions, ils n'auraient pas accusé les Pères d'avoir soufflé le fanatisme du martyre, ni les chrétiens d'y avoir couru les yeux fermés. Si une ou deux fois dans trois cei.ts ans, ils sont allés en foule se présenter aux juges, il est évident que leur dessein n'était pas. de courir à la mort, mais de démontrer aux magistrats l'inutilité de leur cruauté, et de les engager h se désister de la persécution. C'est ce que Tertullien représentait à Scapula, gouverneur de Carthage. H ne faut pas confondre les chrétiens en général, avec des hérétiques ennemis du christianisme; les reproches des païens ne prouvent pas plus que les calomnies des incrédules modernes.
Mosheim, Institut. Hist. christ., sect. 1, i" part., chap. 5, § 17, exagère les privilèges et les honneurs que l'on rendait aux martyrs et aux confesseurs, soit pendant leur vie, soit après leur mort; il en résulta, dit-il, de grands abus. Il ne cite en preuve que les plaintes de saint Cyprien à ce sujet. Mais, quand il y aurait eu des abus dans l'Eglise d'Afrique, cela ne prouve pas qu'il y en avait de même partout ailleurs; l'usage des protest mts est de voir de l'abus dans tout ce qui leur déplaît. Dans un autre ouvrage, il accuse les martyrs d'avoir pensé qu'ils expiaient leurs péchés par leur propre sang, et non par celui de Jésus-Christ, et il dit que c'était la croyance commune, Hist. christ., sœc. i, §32; il cite pour preuve Clément d'Alexandrie, Strom., 1. iv, p. 59u.A la vérité ce Père dit que la résolution de confesser Jésus-Christ, en bravant la mort, détruit tous les vices nés des passions du corps ; mais il pense si peu que cela se fait sans égard au sang de Jésus-Christ, qu'il rapporte, page suivante, les paroles du Sauveur : Satan a désiré de vous cribler, mais j'ai prié poxir vous. Luc, cap. xxn, v. 31.
V. Le témoignage des martyrs est une preuve solide de la divinité du christianisme. Cela se comprend, dès que l'on conçoit la signification du terme de martyr ou de témoin, et la nature des preuves que doit avoir une religion révélée. Dans tous les tribunaux de l'univers, la preuve par témoins est admise, lorsqu'il s'agit de constater des faits, parce que les faits ne peuvent pas être prouvés autrement que par des témoignages ; elle n'a | lus lieu lorsqu'il est question d'un droit ou du sens d'une loi, parce qu'alors c'est une affaire d'opinion et de raisonnement. Or, que Dieu ait révélé tels ou tels dogmes, c'est un fait et non une question spéculative qui puisse se décider par des convenances et par des conjectures. Pour prouver que le christianisme est une religion révélée de Dieu, il fallait démontrer que Jésus-Christ , son fondateur, était revêtu d'une mission divine, qu'il avait prêché dans la Judée, qu'il avait, fait des miracles et des prophéties , qu'il était mort, ressuscite et monté au ciel ; qu'il avait tenu telle conduite sur la terre, qu'il avait envoyé le Saint-Esprit à ses apôtres,
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qu'il avait enseigné toile doctrine. Voilà les faits que Jésus-Christ avait chargé ses apôtres d'att -ster, en leur disant : Vous me servirez de témoins, eritis mihi testes (Act. i, 8). C'est ce que faisaient les apôtres, en disant aux lidèles ; « Nous vous annonçons coque nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons entendu, ce que nous avons consi 1ère attentivement, ce que nos mains ont touché, concernant le Verne de vie qui s'est montré parmi nous (/ Joan. i, 1). Ce témoignage était-il réeusable, surtout lorsque les apôtres eurent donné leur vie pour en confirmer la vérité ?
Les fidèles conver;is par les apôtres n'avaient pas vu Jésus-Christ, mais ils avaient vu les apôtres faire eux-mêmes des miracles pour confirmer leur prédication, et montrer en eux les mômes signes de mission divine dont leur maître avait été revôtu. Ces fidèles pouvaient donc aussi attester ces faits; en mourant pour sceller la vérité de leur témoignage, ils étaient bien sûrs de n'être pas trompés. Ceux qui sont venus dans la >uite n'avaient peut-être vu ni miracles ni martyrs ; mais ils en voyaient les monuments, et ces monuments dureront autant que l'Église : en souffrant le martyre, ils sont morts pour une religion qu'ils savaient ctre prouvée par les faits incontestables dont nous avons parlé, et que les témoins oculaires avaient signés de leur sang; qu'ils voyaient revêtue d'ailleurs de tous les caractères de divinité que l'on peut exiger. Que manque-t-il à leur témoignage pour être digne de fui ?
Malgré les fausses subtilités des incrédules, il est démontré que les faits évangéliqu.es sont aussi certains par rapport à nous, qu'ils l'étaient pour les apôtres qui les avaient vus. Yoy. Certitude morale. Un mavtyr, qui mourrait aujourd'hui pour attester c 's faits, serait donc aussi assuré de n'être pas trompé que Fêlaient les apôtres; son témoignage serait donc aussi fort, en faveur do ces faits, que celui des apôtres. Tel est l'effet de la certitude morale continuée pendant dix-sept siècles; telle est la chaîne de tradition qui rend à la vérité des faits, évangéliq ios un témoignage immortel, et qui en portera la conviction jusqu'aux dernières générations de l'univers. « Le vrai martyr, dit un déiste, est celui qui meurt pour un culte dont la vérité lui est démontrée. » Or, il n'est point de démonstrationplus convaincante et plus infaillible que celle des faits.
A présent nous d -mandons dans quelle religion do L'univers, on peut citer des martyrs,, e'est-à d ro des h. inunes capables de rendre un témoignage semblable à celui que nous venons d'exposer. On nous allègue des prot slants, dos albigeois, des. moutanistes, des mahomélans, desathées.inème, qui ont mieux aimé mourir que de démordre de leurs opinions. Qu'avaient-ils vu et entendu? que pouvaient-ils attester? Les huguenots avaient vu Luther, Calvin ou leurs disciples se révolter contre l'Eglise, gagner des prosélytes, faire avec eux bande à part,
remplir l'Europe de tumulte (;tde séditions ils les avaient entendus déclamer contre les pasteurs catholiques, les accuser d'avoir changé la doctrine de Jésus-Christ, perverti le sens des Ecritures, introduit des erreurs et des abus. Ils les avaient crus sur leur parole, et avaient embrassé les mêmes opinions : mais avaient-ils vu les prédicants faire des miracles et des prophéties, découvrir les plus secrètes pensées des cœurs, montrer dans leur con iuite des signes de mission divine? Voilà de quoi il s'agit. Les huguenots d'ai leurs n'ont pas subi (les supplices pour attester la vérité de leur doctrine, mais parce qu'ils étaient coupables do révolte, de sédition, de brigandage, souvent de meurtres et d'incendies. 11 en est à pou près de même des autres hérétiques, des mahométans et des athées; la plupart auraient évité le supplice s'ils l'avaient pu. Ils sont morts, si l'on veut, pour témoigm r qu'i s croyaient fermement la doctrine qu'on leur avait enseignée, ou qu'ils prêchaient eux-mêmes; mais pouvaient-ils dire comme les apôtres : « Nous ne pouvons nous dispenser do publier ce que nous avons vu et entendu?» Act , c. iv, v. 20. La religion catholique est la seule dans laquelle il puisse y avoir de vrais martyrs, do vrais témoins, parce que c'est la se. île qui se fonde sur la certitude morale et infaillible de la tradition, soit pour les faits, soit pour les dogmes. Lorsque 1 s incrédules viennent nous étourdir par le nombre, la constance, l'opini'treté des prétendus martyrs des fausses religions, ils démontrent qu'iis n'entendent pas seulement l'état de la question.
VI. Le culte religieux rendu aux martyrs est légitime, louable et bien fonde; ce n'est ni une superstition, ni un abus. La certitude du bonheur éternel des martyrs est fondée sur la promesse formelle de Jé>us-Christ : Celui, dii-il, qui perdra la vie pour moi et pour V Evangile, la sauvera (Marc, vin, 35 ; Mat th. v, 8; x, 39; xvi, 25, etc.). Quiconque aura renoncé à tout pour mon nom cl pour le royaume de Dieu, recevra beaucoup plus en ce monde, et la vie éternelle en l'autre {Luc. xvm, 29; Matth. xix , 27). Je donnerai à celui qui aura vaincu la
puissance sur toutes les nations Je le
ferai asseoir à côté de moi sur mon trône, comme je suis assis sur celui de mon Père
le
Apoc. ii, 20; m, 21, etc.). Dans le tableau de a gloire éternelle, que saint Joanl'Evaogélisto
que
a Tracé sur la plan des assemblées chrétiennes, il représente les martyrs placés sous l'autel, c. vr, v. 9. De là l'usage qui s'établit parmi les premiers fidèles de placer les reliques des martyrs au milieu des assemblées chrétiennes, et de célébrer les saints mystères sur leur tombeau; nous le voyons par les actes du martyre de saint Ignace et de .-aint Polycarpe. Yoy. Reliques.
Si, comme le soutiennent les protestants, -es martyrs n'ont, auprès de Dieu, aucun pouvoir d'intercession ; si c'est un abus de les invoquer et d'honorer les restes de leurs corps, nous demandons en quoi consiste
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te centuple ru ce monde, que Jésus-Christ leur a promis, ta puissance qu'il leur a donnée sur toutes (es initions, et /e frd»e sur lequel il les a placés dans le ciel. Pour se débarrasser de celte preuve, les calvinistes ont ju^é que le plus court était de rejeter l'Apocalypse. Us ne répondent rien aux promesses de Jésus-Christ, et ils nous disent gravement que le culte des martyrs n'est fondé sur aucun passage de l'Ecriture santé; (pie c'est un usage emprunté des païens, qui honoraient ainsi leurs braves et leurs héros. Avons-nous aussi emprunté d'eux l'usage de donner une sépulture honorable aux citoyens qui ont util nient servi leur patrie? Lorsqu'ils ont exercé leur fureur contre les reliques des martyrs et des autres sauits, ils ont travaillé à détruire des monuments que les premiers fidèles regardaient comme une des | lus fortes preuves de la divinité du christianisme. Ils ont imité la conduite des païens, qui anéantissaient, autaut qu'ils pouvaient, les restes des corps des martyrs, afin (pie les chrétiens ne pussent les recueillir et les honorer. Mais il éta t de leur intérêt de supprimer ce témoignage tmp éloquent; l'usage établi depuis le commencement, de ne regarder comme vrais martyrs que ceux qui étaient morts dans l'unité de l'Eglise, était une condamnation trop claire du schisme des protestants. Julien, qui déclamait comme eux contre le culte rendu aux martyrs, était plus à portée qu'eux d'en connaître l'origine et l'antiquité ; il pense qu'avant la mort de saint Jean r'Evangeliste, les tombeaux de saint Pierre et de saint Paul éla'ent déjà honorés en secret, et que ce sont les apôtres qui ont appris aux chrétiens à veiller aux tombeaux des martyrs. Saint Cyrille, contre Julien, 1. x, p. 327, 33V. Et comme il était constant que Dieu confirmait ce culte par les miracles qui s'opéraient au tombeau des martyrs, Porphyre les attribuait aux prestiges du démon ; saint Jérôme, contre Vigilance, p. 28!J. Beausobre soutient (pie c'étaient des impostures et des fourberies. Les protestants, qui ont prétendu que ce culte n'a commencé que sur la fin du m' ou au commencement du iv" siècle, étaient très-mal instruits ; il est aussi ancien que l'E0lise : on n'a fait alors que suivie ce qui avait été établi auparavant, et du temps même des apôtres; nous le verrons dans un moment. Mosheim semble convenir que le culte d3S martyrs a commencé dès le ier siècle. Jlist. christ., sœc. i, § 32, note.
Un des principaux reproches que l'on fait aux chrétiens du iv' siècle, c'est d'avoir transporté les reliques des martyrs hors de leurs tombeaux, ue les avoir partagées pour en donner à plusieurs églises. Il faudrait donc aussi blâmer les fidèles du h* siècle, qui transportèrent à Antioche les restes des os de saint Ignace qui n'avaient pas été consumés par le feu, et ceux de Smyrne, qui recueil irent de même les os de saint Polycarpe. Mais, disent nos censeurs, il en est résilllé des abus dans la suite ; on a forgé
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(le fausses reliques et de faux miracles, on a rendu aux martyrs le même culte qu'A Jésus-Christ. C'< st une des plaintes de Beausobre ; il n'a rien omis pour rendre odieux le culte que nous rendons aux martyrs; il en a recherché l'origine; il l'a comparé avec celui que les païens adres-aient aux dieux et aux mânes des héros ; il en a exagéré les abus, Hist. du mani'ch,, I. i\, c. 3, S 5 et suiv. Ces trois articles méritent quelques moments d'examen. Suivant son opinion, le culte religieux des martyrs s'est établi d'abord par le soin qu'avaient les premiers chrétiens d'ensevelir les* morts; ils jugeaient les martyrs encore plus dignes d'une sépulture honorable que les autres morts ; cependant on ne les enterrait pas dans les églises; ensuite par la couume de l'aire l'éloge des justes défunts, et de célébrer leur mémoire, surtout au jour «mniversaire de leur décès ; double usage, dit-il, qui était imité des Juifs. Cependant les anniversaires des martyrs no commencèrent que vers l'an 170. On célébrait le service divin auprès de leur tombeau, mais on ne les priait pas; l'on se bornait a louer et à remercier Dieu des grâces qu'il leur avait accordées. En parlant de l'empressement qu'eurent les chrétiens de transporter' à Antioche les os de sa nt Ignace, l'an 107, il pense que ce zèle é ait nouveau. 4)n renia.--* que, dit-il, dans les chrétiens une affection pour le corps des martyrs, qui parait trop humaine; on serait bien aise de les voir un peu plus pli losophes sur l'article de la sépulture ; mais c'est i.ne petite faiblesse qu'il faut excuser. Comme 1 ancienne Eglise n'avait point d'autels, on ne commença d'en placer sur les tombeaux des martyrs qu'au iv' s ècle, lorsque la paix eut été donnée h l'Eglise ; et les translations de reliques n'eurent lieu que sur la lin de ce môme siècle. Bientôt les honneurs accordés aux martyrs et à leurs cendres devinrent excessifs ; on publia une multitude de miracles opérés par ces reliques, etc. Heureusement pour nous toute cette savante théorie s.; trouve réfutée par les monuments, et c'est de l'érudition piodiguéeà pure perte. Quand le livre de l'Apocalypse n'aurait pas été écrit par saint Jean, l'on n'a du moins jamais osé nier qu'il n'ait été fa.t sur la lin du i" siècle, ou tout au commencement du ir. Nous y trouvons le plan des assemblées chrétiennes, tracé sous l'image de la gloire éternelle; et c. vi, v. 0, il est dit : «Je vis sous l'autel les âmes de ceux qui ont été mis à mort pour la pa.ole de Dieu, et pour le témoignage qu'ils rendaient. » On n'a pas oublié «pie martyr et témoin, c'est la même chose. Voilà donc, dès les temps apostoliques, las martyrs placés sous l'autel, dans les églises ou dans les assemblées des chrétiens ; Ion n'a donc pas attendu jusqu'au iv' siècle pour introduire cet usage. N'est-co pis déjà un signe assez clair d'un culte religieux? L'empereur Julien avait-il tort de penser que déjà, du temps de saint Jean l'Evangéhstc, les tombeaux de saint Pjepro
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et de saint Paul avaient été honorés ?
L'an 107, les actes du martyre de saint Ignace nous apprennent qu'il avait désiré que tout son corps fût consumé, de peur que les fidèles ne fussent inquiétés pour avoir rc cueilli ses reliques ; il savait donc que c'était l'usage des premiers chrétiens. Les écrivains de ces actes ajoutent : « 11 ne restait que les plus dures de ces saintes reliques qui ont été recueillies dans un l'nge, et transportées à Antioche comme un trésor inestimable, et laissées à la sainte Eglise par respect pour ce martyr... Après avoir longtemps prié le Seigneur, et nous ôlre endormis, les uns de nous ont vu le bienheureux Ignace qui se présentait à nous , et nous embrassait; les autres .'ont vu qui priait avec nous, ou pour
nous, ir.vryj, pgvov nprâ Nous vous avons
marqué le jour et le temps , afin que rassemblés dans lo temps de son martyre, nous attestions notre communion avec ce généreux athlète de Jésus-Christ. » Ainsi, sept ans après la mort de saint Jean, la coutume éta't établie de recueillir les reliques des martyrs, de les garder comme un trésor, de les placer dans le lieu où les fidèles s'assemblaient, de célébrer comme une fête l'anniversaire de ces généreux athlètes , et te ut cela était fondé sur la persuasion où l'on éta't qu'ils priaient pour nous ou avec nous, et sur le désir que l'on avait d'être en communion avec eux. Voilà, aux yeux des prot stants, de terribles superstitions, pratiquées par les disciples immédiats des apôtres : il faut que ces envoyés de Jésus- Christ ait nt bien mal instruit leurs prosélytes. Mais ce sont de petites faiblesses que nos censeurs veulent bien excuser par grâce; en fermant les yeux sur les expressions de ces premiers chrétiens, en reculant la datede leurs usages jusqu'au ive siècle, le scandale sera réparé. Les protestants, devenus philosophes sur l'article de la sépulture, ont trouvé bon de brûler et de profaner ce qu'avaient recueilli précieusement les premiers chrétiens. Mais pu'sque ceux-ci n'étaient pas philosophes, il se peut faire que les protestants philosophes du xvie siècle n'aient plus été chrétiens.
Au milieu du uc siècle, l'an 169, l'Eglise de Smyrne dit, dans les actes du marîyrede saint Polycarpe, n. 17 : « L'ennemi du salut s'efï rça de nous empêcher d'en emporter las relit [lies, quoique plusieurs désirassent de le faire, et do communiquer avec ce saint
corps il fit suggérer au proconsul par les
juifs, de défendre que ce corps ne nous fût livré pour l'ensevelir, de peur, disaient-iis, qu'ils ne quittent le crucifié pour adorer
celui-ci Ces gens-là ne savaient pas qu'il
nous est impossible d'abandonner jamais Jésus-Christ, qui a souffert pour notre salut, et d'en honorer aucun autre. En effet, nous l'adorons comme Fils de Dieu, et nous aimons avec raison les martyrs, comme disciples et imitateurs du Seigneur, à cause de leur attachement pour leur roi et leur maître, et plaise à Dieu que nous soyons leurs consorts et leurs condisciples
Après que le corps du saint martyr a été brûlé, nous avons recueilli ses os, plus précieux que l'or et les pierreries, et nous les avons placés où il convenait. Dans ce lieu môme, lorsque nous pourrons nous y asrsembYer, Dieu nous fera la grâce d'y célébrer avec joie et consolation le jour de son martyre , a!in de renouveler la mémoire de ceux qui ont combattu, d'instruire et d'exciter ceux qui viendront après nous. » Il est aisé de voir la conformité parfaite de ces actes avec ceux du martyre de saint Ignace ; il n'est donc pas vrai que les anniversaires des martyrs et l'usage de placer leu; s reliques dans des lieux d'assemblées des fidèles, datent seulement de l'an 109, époque de la mort de saint Polycarpe. Il est absurde d'observer que l'on n'enterrait pas les martyrs dans les églises, lorsqu'il n'y avait point encore d'édifices nommés églises; on les enterrait, ou on les plaçait dans un lieu convenable, pour y tenir les églises ou les assemblées; ainsi les tombeaux des martyrs sont devenus des églises, depuis le commencement du ne siècle au plus tard. 11 est fau-x que l'ancienne Eglise n'ait point eu d'autels, puisqu'il en est parlé dans saint Paul et dans l'Apocalypse Voy. Autel. 11 l'est que les translations des reliques n'aient commencé qu'à la fin du ive siècle , puisque les reliques de saint Ignace furent transportées à Antioche. Si l'on ne priait pas les martyrs, nous demandons en quoi consiste la communication que l'on désirait d'avoir avec eux par le moyen de leur corps ou de leu; s reliques. Voy. Saint, § 2 et 3.
Mais les protestants triomphent parce que les Smyrnicns disent, nous adorons Jésus- Christ et nous aimons les martyrs ; or , les aimer, ce n'est pas leur rendre un culte religieux; les fidèles déclarent même qu'ils ne peuvent rendre de culte à aucun autre qu'à Jésus-Christ. Voy. Commémoration. Nous convenons qu'ils ne pouvaient rendre à aucun autre le même culte qu'à Jésus-Christ ; que ce soit là le vrai sens, on le verra dans un moment. Mais pour savoir si l'amour pour les martyrs, exprimé et témoigné par les usages dont nous venons de parler, n'était pas un culte et un culte religieux, il faut d'abord examiner les principes que Beausobre a posés à ce sujet. 11 appelle culte civil celui qui s'observe entre des hommes égaux par nature, mais parnri lesquels le mérite et l'autorité mettent de la différence, 1. ix, c. 5, § 6. Donc lorsque, malgré l'éga- 1 té de la nature, Dieu a mis entre eux de l'inégalité par les dons de la grâce ; qu'il a daigné accorder aux uns une dignité, une autorité, un pouvoir surnaturel que n'ont pas les autres, les honneurs rendus à ces personnages privilégiés ne sont plus un culte civil, puisqu'ils ont pour motif dos qualités et des avantages que la nature ni la société civile ne peuvent accorder. Donc c'est le motif seul qui déeide et qui fait juger si un culte, un honneur quelconque, est civil ou religieux. Beausobre embrouille la question, lorsqu'il définit le culte reli-
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ateux, celui t|tii fait partie de l'honneur que les hommes rendent au souverain Etre; cette définition est fausse. Prier, fléchir les genoux, se prosterner, sont des actes gui font
partie de l'honneur du à Dieu ; sont-ils pour cela un culte religieux, lorsqu'on les cm ploie à l'égard des princes et des grands? Beausobreconvienl que non. Donc les différentes espèces de culte ne sont point caractérisées par les personnes auxquelles on les rend, mais par le motif qui les fait rendre.
Nous n'avons pas d'autres signes extérieurs pour honorer Dieu que pour honorer les nommes, pour rendre le culte religieux que pour témoigner le culte civil, pour exprimer le culte divin et suprême que pour caractériser le culte inférieur et subordonné, pour désigner un culte absolu que pour indiquer un culte relatif; donc c'est le motif qui en /a t toute la différence. Si l'honneur rendu a pour motif un mérite, une autorité, un pouvoir, une prééminence relative à la société et h l'ordre civil, c'est un culte civil; si c'est un pouvoir, une dignité, un mérite, relatifs a l'ordre de la grâce et du salut été. nel, motif que la religion seule nous fa t connaître et nous inspire, c'est un culte religieux. Toute autre notion serait trompeuse et fausse. Donc il est faux que les mêmes cérémonies qui s'observent innocemment dans le culte civil h l'honneur d'une cr'ature, ne soient plus permises dans le culte religieux, dès qu'elles ont pour objet la même créature , comme le prétend Beausobre. Voy. Culte. L'évidence de ces principes démontre le ridicule du parallèle qu'il a voulu faire entre les honneurs que les catholiques rendent aux martyrs, à leurs relques , à leurs images, et ceux que les
f»aïens rendaient aux dieux et à leurs idoles; es uns et les autres, dit-il, ont env loyé firécisément les mêmes pratiques, les prières, es vœux, les offrandes, les statues portées en pompe, les Heurs semées sur les tombeaux, les cierges allumés et les lampes, les prosternements, les baisers respectueux, les îètes accompagnées de festins, les veilles, etc. 11 le prouve par un détail fort long. Mais à quoi sert tout cet étalage d'érudition? Il fallait examiner si les catholiques ont sur les martyrs la même opinion, les mêmes idées, les mêmes sentiments que les païens avaient de leurs dieux; si les premiers attribuent aux martyrs la même nature, les mômes qu lités, le même pouvoir, que ios seconds supposa ent à leurs divinités; c'était là toute la question.
Or, la différence est sensible à tout homme qui n'est point aveuglé par l'entêtement de système. Les païens ont regardé leurs dieux comme autant d'êtres suprêmes, au-dessus desquels ils ne connaissaient rien, comme tous é0aux en nature, tous revêtus d'un pouvoir indépendant quoique borné, et qui n'avaient point de compte à rendre de l'usage qu'ils en faisaient; nous le prouverons en son lieu. Voy. Pagastsme, §3. Les catholiques, au contraire, regardent les martyrs
«t les autres saints comme de pures créatures qui ont reçu de Dieu, leur Créateur, tout ce qu'elles ont et tout ce qu'elles sont, tant dans l'ordre de la nature que dans l'ordre de la grâce; qui ne peuvent rien faire ni rien donner par ('Iles-mêmes, mais seulement obtenir de Dieu des grâces par leurs prières, non en vertu de leurs mérites, mais en vertu des mérites de Jésus-Christ. Voy. Intercession. Donc il est impossible que le culte catholique et le culte païen soient de même nature et de mênieesièce. Beausobre lui-même a posé pour | rincipe que le culte extérieur n'est rien autre chose que l'expression des sentiments d'estime, de vénération, de confiance, de crainte, d'amour, que l'orr a pour un être que l'on en croit digne ; que ces sentiments ont leur cause dans l'opinion que l'on a dos perfections et du pouvoir de cet être, et qu'ils doivent y être proportionnés, lib. ix, c. k, § 7. Sur ce principe, il a décidé que le culte rendu au soleil par les manichéens, par les Perses, par les sabaïles, par les esséniens , n'était point un culte suprême, ni une adoration, ni une idolAtrie. Ibid., c. 1, § 2. Ce n'est point ici le lieu d'examiner si cette décision est vraie ou fausse; mais il s'ensuit toujours du principe posé que ce n'est point par les signes extérieurs qu'il faut juger de la nature du culte, que c'est par les sentiments intérieurs et par les motiis de ceux qui le rendent ; sentiments toujours proportionnés à l'opinion qu'ils ont du personnage ou de l'objet auquel ils le rendent. Donc, puisqu'il est démontré que les catholiques n'ont point, à l'égard des martyrs, la même opinion que les païens avaient de leurs dieux, il est absurde de conclure par la ressemblance des pratiques extérieures, que les uns et les autres ont pratiqué le même culte. Déjà Théodoret, au v' siècle do l'Eglise, en a fart voir la différence, Thcrapeut., serm. 8. Une autre absurdité est de partir du môme principe pour absoudre les manichéens, et pour condamner les catholiques. Voy. Paganisme, S 8. Une inconséquence aussi palpable est évidemment affectée et malicieuse.
Quant à la ressemblance prétendue entre le culte rendu aux martyrs par les chrétiens, et celui que les païens rendaient à leurs héros, nous répondons que ce dernier était abusif, 1° parce que les païens honoraient dans ces personnages des vices éclatants, plutôt que des vertus; jamais ils n'Ont élevé des aule s à un homme qui s'était seulement distingué par des vertus murales; 2° parée que les païens attribuaient aux âmes des héros le même pouvoir indépendant et absolu qui ne convient qu'à la Divinité. Ni l'un ni l'autre de ces défauts n'a jamais eu lieu dans les honneurs accordés chez les chrétiens aux martyrs et aux autres saints.
Il ne nous reste plus qu'à examiner les abus vrais ou faux qui ont résulté du culte rendu aux martyrs, à leurs reliques et à leurs images. Déjà nous avons été obligés de remarquer vingt fois qu il n'est rien de si
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saint, de si auguste, de si sacre*, de quoi l'en ne puisse abus r ; i;uc c'est une injustice de confondre l'abus avec la chose, surtout lorsqu'il est possible de prévenir et de relrancher les abus, sans toucher au fond de la chose. N'a-t-on pas abusé du principe môme que les protestants regardent connue l'axiome le plus sacré, savoir, qu'il faut prendre l'Ecriture sainte pour la seule règle do la loi et des m»eur>? Mais voyons les abus. On a supposé d n* les reliques, dit Beausobre, une vertu miraculeuse et sanctifiante. Cela est vrai : si c'est une erreur, elle est l'on iée sur l'Ecriture sainte; celle-ci nous atteste que les os du prophète E isée, l'ombre de saint Pierre, les suaires et les tabliers de saint Paul, avaient une vertu miraculeuse (IV Beg. xiii, 21 ; Act. v, 15; xix, 2). Jésus- Christ dit «pie le temple sanctifie l'or, et que l'autel sanctifie l'offrande (Mcuth. xxm, 17 et 19). Les reliques d'un saint sont-elles moins susccp'ibles d'une vertu sanctifiante qu'un temple et un autel? Les protestants eux-mêmes attribue»! cette vertu h l'eau du baptême, au pain et au vin qu'ils reçoivent dans la cène ; où est le mal ? Les r, liques honorées avec réflexion nous suggèrent des pensées trôs-sa'utaires , confirment notre foi, excitent notre courage, raniment noire espérance, nous font admirer Dieu dans ses saints, etc. N'est-ce pas là un moyen de sanctification? Les témoins du martyre de saint Ignace et de saint Polycarpe te concevaient ainsi ;. c'est pour cela qu'ils désirent communiquer avec ces saints corps, avec ces saintes reliques. Mais l'on a supposé do fausses reliques, de fausses révélations, de faux miracles; et à qui les protestants osentils altiibucr ces faussetés? Aux Pères les plus respectables du ive et du ve siècle : à saint Basile, à saint Jean Chrysostome , à saint Ambroise, à saint Jérôme, à saint Augustin, etc. Es'.-il donc permis de calomnier sans prouve? Dans les bas siècles, les erreurs en ce genre ont été plus fréquentes qu'auparavant; mais l'ignorance crédule n'est pas un crime; dès que les pasteurs de l'Eglise ont soupçonné de la fausseté ou de l'abus, ils ont proscrit l'un et l'au're. L'on a forgé aussi de fausses prophéties, de faux évangiles, de fausses histoires; faut-il tout brûler, comme les protestants ont fait à l'égard des reliques? rions convenons que les fêtes des martyrs ©nt été souvent une occasion de débauche, puisque 1 s conciles ont fait des décrets pour y mettre ordre. Mais en retranchant les fêtes, les protestants ont du moins conservé les dimanches, et souvent ils se sont plaints de ce que ces saints jours sont profanés parmi eux- il ne s'ensuit pas qu'il faut encore abolir les dimanches. Nous avons assez réfuté les autres clameurs de nos adversaires ; il est faux que l'on ait érigé les martyrs en divinités, qu'on leur ait rendu le même culte qu'à Jésus-Christ, que l'on ait mis plus de confiance en eux qu'en Dieu et en Jésus-Christ, etc. Ces impostures ne peuvent servir qu'à tromper
les ignorants. L'ère des martyrs est une époque que les Egyptiens et les Abyssins ont suivie et suivent encore, que les mahométans môme ont souvent marquée depuis qu'ils sont maîtres de l'Egypte. On la prend du commencement de la persécution déc'aréo par Dioclétien, l'an de Jésus-Christ 202 ou 203. On la nomme aussi l'ère de Dioctétien.
MAHTYBE, supplice enduré par un chrétien, dans l'unité de l'Eglise, pour confesser la foi de Jésus-Christ. On a distingué ordinairement les martyrs d'avec les confesseurs; par ces derniers, l'on en'endait ceux qui avaient été tourmentés pour la foi, mais qui avaient survécu aux souffrances; et l'on nommait proprement martyrs ceux qui avaient perdu la vie par les supplices. — Voici quelles étaient communément les circonstances du martyre, selon M. Fleur,'.
La persécution commençait d'ordinaire par un é lit qui défendait les assemblées des chrétiens, et condamnait à des peines tous ceux qui refuseraient de sacrifier aux idoles. 11 était permis de fuir la persécution, ou de s'en racheter par argent, pourvu que l'on ne dissimulât point sa foi; et l'on blâmait la témérité de ceux qui s'exposaient de propos délibéré au martyre, qui cherchaient à miter les païens, à exciter la persécution, comme nous l'avons observé dans l'article précédent. La maxime générale du ebris ianisme était de ne point tenter Dieu, d'attendre patiemment que l'on fût découvert et interrogé juridiquement pour îendre corn; 'te de sa foi. Ce n'est point ainsi qu'en ont a.,i les hérétiques, lorsqu'ils ont voulu faire bande à part; leur grande ambition a t tujpurs été de b aver publiquement les lois, et de r'sister à l'autorité. — Lorsque les chrétiens étaient pris, on les conduisait au magistrat, qui les interrogeait juridiquement. S'ils niaient qu'ils fussent chrétiens, on les renvoyait ordinairement, parce uue l'on savait que ceux qui l'étaient véritablement ne le niaient jamais, ou que dès lors ils cessaient de l'être. Quelquefois, pour se mieux assurer de la vérité, on les obligeait à faire quelque acte d'idolâtrie, comme à présenter de l'encens aux idoles, à jurer par les dieux ou par le génie des empereurs, à blasphémer contre Jésus-Christ, e.e. S'ils s'avouaient chrétiens , on s'efforçait do vaincre leur constance, d'abord par la persuasion et par des promesses, ensuite par des menaces et par l'appareil du supplice, enfin par les tourments.
Les supplices ordinaires étaient d'étendre le patient sur un chevalet, par des cordes attachées aux pieds et aux mains, et tirées avec des poulies ; de le pendre par les ma'ns avec des poids athehés aux pieds; de le bsttie de verges, ou de le f apper avec de gros bâtons ou des fouets armés de pointes nommées scorpions , ou des lanières de cuir cru ou garnies de balles de plomb. On a vu un grand nombre de martyrs mourir ainsi sous les coups. A d'autres, après les avoir étendus, ou brûlait lus