‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 86 sur 228 · CS · texte numérisé non relu

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toute l'Eglise de Dieu, à laquelle il donne un grand exemple de vertu ; et saint Jean dit que nous devons mourir pour nos frères, comme Jësus-Ghrist est mort pour nous. On sait '.'impression que faisait sur les pa ens la constance des martyrs.

Ce divin Sauveur dit à tous ses disciples [Matth. v. 10) : Heureux ceux qui sottffrenl persécution pour la justice, parce que le royaume des deux est à eux. Vous serez heureux lorsque vous souffrirez persécution pour moi. Réjouissez-vous, votre récompense sera grande dans le ciel. Saut Pierre dit de même aux fidèles : « Si vous soutirez en faisant le bien, c'est une grâce que Dieu vous fait ; c'est pour cela que vous êtes appelés, et Jésus-Christ vous en adonné l'exemple.... Vous êtes heureux, si vous souffrez quelque chose pour la justice (IPetr. h, 20; m, 14). N'est-il donc pas permis de désirer et de rechercher ce dont nous devons nous réjouir, ce qui nous rend heureux, ce qui est notre vocation? Saint Paul dit de lui-même (Philipp. i, 22) : « J'ignore ce que je dois choisir ; je suis embarrassé entre ceux partis : je désire de mourir et d'être avec Jésus- Christ, et ce serait le meilleur pour moi ; mais je vois qu'il est nécessaire pour vous que je vive encore. » Saint Paul aurait-il hésité, si le désir d> mourir pour Jésus- Christ était un crime? Un prophète lui prédit qu'il sera enchaîné à Jérusalem et 1 vré aux païens ; les fidèles veulent le détourner iVy aller : « Pourquoi m 'affligez- vous, dit-il, par vos larmes ? Je suis prêt, non-seulement à être enchaîné, mais encore à mourir pour Jésus-Christ (Act. xxi, 11), et il part; il ne regardait donc, pas le commandement de fuir la persécution comme un précepte général et rigoureux.

Pendant les persécutions, les pasteurs de l'Eglise se sont quelquefois dérobés à l'orage pour un temps, afin de consoler et de soutenir leur troupeau ; ainsi en ont agi saint Denis d'Alexandrie, saint Grégoire Thaumaturge et saint Cyprien ; on ne les eu a pas blâmés : mais lorsqu'ils ont cru que cela n'était pas nécessaire, ou que la mort du pasteur procurerait le repos à ses ouailles, ils ont refusé de fuir, et se sont montrés hardiment. Nous convenons que Tertullicn a porté trop loin le rigorisme, en voulant prouver qu'il n'est jamais permis aux ministres de l'Eglise de fuir pendant la persécution, ni de s'en racheter par argent, de Fuga in persecut. Mais il ne s'ensuit pas de Va que ce soit un devoir de fuir toujours et d'évitertoujours \cmartyrc, autant qu'on le peut.

Que des protestants, qui ne font aucun cas de la chasteté, blâment des vierges qui ont m;eux aimé périr que de perdre la leur, cela ne nous étonne pas ; mais les martyrs ne pensaient pas ainsi. On a beau dire qu'une violence soufferte malgré soi ne peut pas souiller l'âme , sait-on jusqu'à quel point les personnes vertueuses dont nous parlons auraient été tentées de consentir à la brutalité dont on les menaçait ? Vainement on allègue la loi naturel1 e qui nous

oblige a conserver notre vie; n'est-ce dom; pas aussi une loi naturelle de la perdre plutôt que de manquer de fidélité h Dieu et de consentir au péché ? Où. Jésus-Christ a-t-il violé la loi naturelle en nous ordonnant de souffrir la mort pour lui? Il n'est donc pas nécessaire de recourir ici à une inspiration particulière, ni de faire sortir Dieu d'une machine, comme nos adversaires nous en accusent; l'Evang le est formel, et nous nous en tenons là Voy. Suicide. Nous ne devons pas oublier que les protestants ont fait contic les martyrs du Japon les mêmes reproches que fuit les inerédu'es contre les premiers martyrs du christianisme ; iis sont les principaux auteurs des calomnies auxquelles nous sommes forcés de réoondre.

IV. La constance (Us martyrs et les conversions quelle a opérées sont un phénomène surnaturel. Dodwel, non coi lent d'avoir réduit presque à rien le nombre des martyrs, a fait encore une autre dissertation pour prouver que leur constance dans l'es tourments n'a rien eu de surnaturel. 11 pré'end que la vie austère que menaient les premiers chrétiens les rendait naturellement capables de supporter les [dus cruel es tortures; qu'ils y. éta'ent engagés par les honneurs que l'on rendait aux martyrs, et par l'ignominie dont étaient couverts ceux qui succombaient à la violence des tourments, par l'opinion dans laque'le on était que tous les péchés étaient effacés par le martyre, que ceux qui l'enduraient allaient incontinent jouir de la béatitude, et tiendraient la première p'ace dans le royaume temporel de mille ans que Jésus-Christ devait bientôt établir suida tene. Les incréd les ont enchéri sur les idées de. Dodwel ; ils ont comparé le courage des martyrs a celui des stoïciens, des Indiens, qui se précipitent sous le char de leurs idoles, des femmes qui se brûlent sur le corps de leur mari, des sauvages qui insultent aux bourreaux qui les tourment eut, des huguenots et des tlonatistes qui ont souffert constamment la mort. Suivant leur opinion, la patience des martyrs état un effet du fanatisme qui leur était inspiré par leurs pasteurs; ils n'ont pas rougi de comparer les apôtres et leurs imitateurs aux malfaiteurs qui s'exposent de sang-froid aux supplices dont ils sont menacés, et les subissent enlin de bonne grâce, parce qu'ils ne peuvent plus reculer. Quant aux conversions opérées par l'exemple des martyrs, ils disent que c'est l'effet naturel des persécutions; que le même phénomène est arrivé lorsque l'on condamnait au supplice les prédicants huguenots et leurs prosélytes.

On a droit d'exiger de nous la réfutation de toutes ces impostures. Nous soutenons d'abord que le courage des martyrs a été surnaturel. Voici nos preuves: 1° Jésus-Christ i;vait promis de donner a ses disciples, dans cette circonstance, des grâces et un secours divin: Je vous donnerai une sagesse à laquelle

vos ennemis ne pourront résister Par la

patience , vous posséderez vos âmes en paix {Luc. xxi, 15 et 19). Vous souffrirez en ce

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