‹ Œuvres completes de Bergier (volume 3)Chapitre 89 sur 228 · GS · texte numérisé non relu

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serait pas aisé do montrer ce que ces divers sectaires ont eu de commun, et ce qu'ils avaient de particulier. Mosheim conjecture que les Grecs donnaient le nom général de massaliens à tous ceux qui rejetaient les cérémonies inutiles, les superstitions populaires, et qui regardaient la vraie piété comme l'essence du christianisme. C'est vouloir justifier, sur de simples conjectures, des enthousiates que les historiens du temps ont représentés comme des insensés, dont la plupart avaient de très-mauvaises mœurs.

Mais dès que des visionnaires ont déclamé contre les abus, les superstitions, les vicesdu clergé, c'en est assez pour qu'ils soient regardés par les protestants comme des zélateurs de la pureté du christianisme.

MASSILIENS ou MARSEILL01S. On a nommé ainsi les semi-pélagiens, parce qu'il y en avait un grand nombre à Marseille et dans les environs. Voy. Semi-Pélagiens.

MATEIUA LISME, MATERIALISTES, nom de secte et de système. Les anciens Pères nommaient matérialistes tous ceux quisoutenaient que rien ne se fait de rien, que la création proprement dite est impossible, qu'il y a une matière éternelle sur laquelle Dieu a travaillé pour former l'univers ; c'était le sentiment de tous les anciens philosophes; on n'en connaît aucun qui ait admis clairement et distinctement la création de la matière. Tertullien a solidement réfuté l'erreur de ces matérialistes, dans son Traité contre Hermogène. Il fait voir que, si la matière est un être éternel et nécessaire, ellu ne peut avoir aucune imperfection, ni êtie sujette à aucun changement; que Dieu même n'a pu en changer la disposition, qu'il n'a pu avoir aucun pouvoir sur un être qui lui est coéternel. C'est l'argument que Clarke a fait valoir et a développé de nos jours plus au long. Tertullien conclut que la matière a commencé d'être ; or, elle n'a pu commencer que par création. Saint Justin, dans son Exhortation aux Gentils, n. ï>3 ; Origène, dans son Commentaire sur la Genèse, et sur saint Jean, t. I, n. 18, prouvent de même que, si la matière était éternelle, Dieu n'aurait eu aucun pouvoir sur clic. Hermogène, pour ne pas rendre Dieu responsable du mal qu'il y a dans le monde, l'attribuait, comme la plupart des autres philosophes, à l'imperfection essentielle de la matière. Tertullien soutient que, dans ce cas, Dieu a dû s'abstenir de créer le inonde, dès qu'il ne pouvait pas remédier aux défauts de la matière ; qu'ainsi Dieu ne se trouve point disculpé, qu'il est absurde d'attribuer à une matière éternelle le mal et non le bien qui est dans l'univers, llfaii voir que Hermogè c se contredit en supposant la matière lantCt bonne et tantôt mauvaise, eu la faisant infinie, et cependant soumise à Dieu. La matière, dit Tertullien, est renfermée dans l'espace ; donc elle est bornée, donc c'est Dieu qui lui a uonné des bornes. Nous ne croyons pas que les métaphysiciens modernes aient ue meilleures preuves pour combattre l'éternité de la matière, et il est toujours à propos' de

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faire voir que les Pères de l'Eglise n'étaient pas aussi mauvais raisonneurs que certains critiques le prétendent. Voy. Hermogémens.

On appelle aujourd'hui matérialistes ceux qui n'admettent point d'autre substance que la matière ; qui soutiennent que les esprits ou les substances spirituelles sont des chimères ; que dans l'homme le corps seul est le principe de toutes ses opérations; qui, par conséquent, n'admettent point de Dieu, ou qui l'envisagent comme une Ame universelle répandue dans tous les corps, de laquelle proviennent leurs mouvements et leurs divers changements. Comme l'un et l'autre de ces systèmes supposent toujours la matière éternelle et incréée, ils sont déjà réfutés par les arguments que les Pères ont employés contre les anciens matérialistes. Nous devons laisser aux philosophes le soin de démontrer que la matière est essentiellement incapable d'une action spirituelle, telle que la pensée ; celle-ci est une opération simple et indivisible ; elle ne peut avoir pour sujet ni pour principe une substance divisible telle que la matière. Quand môme on admettrait un atome indivisible de matière, on ne pourrait lui attribuer aucune autre qualité essentielle que l'inertie ou l'incapacité de produire aucune action. D'ailleurs les matérialistes supposent que la matière ne devient capable de penser que par l'organisation ; or, celle-ci exige la réunion et l'arrangement de plusieurs parties de matière .

Plusieurs critiques modernes ont prétendu 'jue les anciens Pères de l'Eglise n'ont pas cru que l'àme humaine , ni les anges , fussent des substances purement immatérielles, qu'ils les ont seulement conçus comme des corps subtils et très-déliés ; qu'ainsi l'on doit mettre ces Pères au nombre des matérialistes. On fait ce reproche en particulier à saint Irénée, à Origène, à Tertullien , à saint Hilaire et à saint Ambroise. Déjà nous avons réfuté cette accusation à l'article Immatérialisme, et nous justifions encore la doctrine des Pères , en parlant de chacun sous son nom particulier, il est fâcheux que des écrivains catholiques, savants d'ailleurs, aient adopté trop légèrement cet injuste soupçon. Nous ne devons pas omettre de remarquer que les matérialistes n'ont aucune preuve directe de leur système; ils ne font qu'objecter des difficultés contre l'hypothèse de la spiritualité. On ne conçoit pas, disent-ils, la nature d'un être spirituel, ni ses opérations , ni comment il peut être renfermé dans un corps, et lui imprimer le mouvement. Mais conçoit-on mieux une matière étemelle, nécessaire, incréée, et. cependant bornée , et dont les attributs ne sont ni éternels, ni nécessaires, puisqu'ils changent ? Conçoit- on un être purement passif, indiiférent au mouvement et au repos, et qui est cependant principe du mouvement ; un être composé et divisible, et qui est cependant le sujet de modifications indivisibles, etc.? Ce ne sont pas là seulement des mystères inconcevables, ma s des contradictions formelles, il nous paraît qu'il est moins

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