QUES
TARTARES. Nous ne parlons de ces peuples que pour exposer les différentes tentatives que l'on a faites pour les convertir et les amener à la connaissance du christianisme. Toujours vagabonds , adonnés au pillage et à la rapine , les Tartares étaient connus des anciens sous le nom général de Scythes, et ils ont été représentés, il y a deux mille ans, tels à peu près qu'ils sont encore aujourd'hui. Il n'est point de nation qui occupe une aussi grande étendue de terrain sur le globe : la grande Tartarie a pour bornes au septentrion la Sibérie , au midi les Indes et la Perse, à l'orient la mer du Kamtschacha et la Chine, à l'occident le grand fleuve du Volga et la mer Caspienne : c'est pour le moins le double de l'Europe. Ses habitants sont aussi 1rs hommes de l'univers dont les ruœurs sont le plus opposées au christianisme ; l'aversion pour la vie sédentaire, pour le travail, pour l'agriculture; l'amour du pillage, la cruauté, les débauches contre nature , sont des vices aussi anciens qu'eux. Mais enûn Jésus-Christ, en ordonnant de prêcher l'Evangile à toutes les nations , n'a pas excepté celle-là, et s'il est liès-difticile de lui faire embrasser cette doctrine, l'événement a prouvé plus d'une fois que cela n'est pas impossible.
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En faisant l'histoire du nestorianisme, nous avons observé que les partisans de celle hérésie , proscrits par les empereurs de Conslanlinople au v siècle, se retirèrent dans la Mésopotamie et dans la Perse, et s'étendirent du côté de l'Orient ; que , pendant le vi" , ils portèrent leur doctrine aux Indes, sur la côte de Malabar, sur les bords de la mer Caspienne et dans une partie de lagrandeTartarie;qu'au vir, ils pénétrèrent dans la Chine et y (irenl des progrès. Quoique l'on ne sache pas précisément jusqu'à quel point ils allèrent au nord de la Tartarie, il est prouvé par des catalogues que les nestoriens ont dressé des évéchés soumis A leur patriarche, qu'il y en avait plusieurs situés dans la Tartarie. Il est certain qu'avant cette époque il y avait eu déjà des chrétiens dans eette partie du monde , puisque des écrivains du ivc siècle ont parlé du christianisme établi chez les Sères , qui sont ou les Chinois ou les Tartares orientaux ; mais on ne sait pas positivement par qui ni comment ils avaient été convertis. Au vir siècle, les Arabes mahométans s'emparèrent de la Perse et s'y établirent ; depuis celte révolution, les nestoriens furent souvent troublés dans l'exercice de leur religion , dans leurs missions, et maltraités par ces ennemis du nom chrétien.
Dans une Histoire ecclésiastique des Tartares , composée sous les yeux du savant Mosheim par un de ses élèves, et imprimée à Helmstadt en 1741, l'auteur nous apprend que, sur la fin du vmc siècle et au commencement du ix% Timolhée, patriarche des nestoriens , qui demeurait au monaslère de Beth-Aba dans l'Assyrie, envoya successivement plusieurs de ses moines prêcher l'Evangile chez les Tartares voisins de la mer Caspienne, qu'ils furent écoulés, et qu'ils fondèrent plusieurs églises , non-seulement dans cette contrée, mais au Cathaï, dans la Chine et dans les Indes. Il le prouve par des monuments tirés de la Bibliothèque orientaie d'Assémani. t. III et IV. — Au commencement du xi' siècle, toule l'Europe retentit du bruit de la conversion au christianisme d'un personnage célèbre nommé le Prêtre- Jean, sans que l'on sût positivement dans quelle partie du monde il était. Il est prouvé que c'était un prince tartare qui dominait sur la partie orientale de la Tartarie la plu* proche de la Chine, et que l'on appelle aujourd'hui le royaume de Tangulh. Il paraît encore que ce nom de Prêtre - Jean a été donné à plusieurs autres kans ou princes tartares qui avaient embrassé le christianisme, puisqu'il en est encore fait mention au milieu du xir siècle. Le dernier de ces princes, nommé Ung-Kan, fut vaincu et détrôné par Gengis ou Zengis-Kan, l'an 1203. On prétend que le pape Alexandre III lui ava.t écrit l'an 1177, pour l'engager à se réunir à l'Eglise romaine , et que la postérité de ce dernier Prêtre- Jean subsista encore longtemps après lui, cl continua de conserver la foi chrétienne. — Gcngis-Kan, dévastateur de l'Asie, mort l'an 1220, ne fut jamais