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chrétien ; on ne sait pas même s'il avait une religion : mais il passe pour constant que Zagalaï, l'un de ses fils, qui eut le royaume de èamarcande, fit profession du christianisme. L'an 1241 et les suivants , un essaim de. Tartares vint ravager la Hongrie , ra Pologne, la Russie, et pénétra jusque dans la Silésie. C'est ce qui engagea le pape Innocent IV à envoyer , l'an 1245 , des missionnaires en Tartane, pour lâcher d'adoucir la férocité de ces peuples ; il choisit pour cela des dominicains et des franciscains. L'hislorien que nous copions prétend que les premiers manquèrent de prudence et réussirent mal, que les seconds furent mieux reçus, mais qu'ils ne firent pas grand fruit. Il y a cependant lieu de penser le contraire, puisqu'on 12i6, Gajuch-Kan et d'autres chefs des Tartares avaient embrassé le christianisme et avaient épousé des femmes chrétiennes. Assémani , Bibliothèque orientale, I. IV, p. 101, etc. En effet , André de Lonjumel , l'un de ces dominicains , revenant de son voyage cette même année , trouva dans l'ile de Chypre le roi saint Louis, qui était en marche pour la terre sainte. Sur le récit de ce religieux et d'un ambassadeur tartare qui arriva en même temps , le saint roi les renvoya en Tarlarie avec des présents pour le grand kan, Si les dominicains avaient été mal accueillis dans ce pays-là, il n'est pas probable qu'André de Lonjumel eût voulu y retourner sitôt; et s'il n'y avait eu aucun succès à espérer pour la religion, saint Louis n'aurait pas hasardé celle ambassade. Mais les Tartares; ennemis déclarés pour lors des Sarrasins ou mahométans, étaient inslruits et charmés de l'expédition dos princes croisés, et ils savaient que le meilleur moyen d'être en bonne intelligence avec eux , était de permettre en Tarta-rie la prédication de l Evangile. Aussi , l'an 1249 , Mangu - Kan, souverain puissant parmi les Tartares, et un aulre prince nommé Sarlack, se firent chrétiens à la sollicitation d'un roi d'Arménie. Saint Louis , informé de ce fait dans la Palestine , exhorta de nouveau Innocent IV à envoyer des missionnaires en Tarlarie; il fit partir avec eux Guillaume de Kubruquis, religieux franciscain, qui écrivit la relation de son voyage. Celte mission ne fut pas infructueuse, puisque Sartack-Kan écrivit des lettres respectueuses au pape et à saint Louis, par lesquelles il faisait profession d'être chrétien. — L'an 1256, le même Mangu- Kan envoya Halack , l'un de ses généraux, avec une grande armée , pour délivrer la Perse du joug des mahométans. Halack les battit, prit Bagdad et se rendit maître de la Perse. Il traita les chrétiens avec douceur et leur rcndil la liberté de professer el de prêcher leur religion. En 1259, les Tartares, sous un autre chef, firent encore une irruption dans la Hongrie, la Pologne et la Russie, pendant que Halack continuait de poursuivre les Sarrasins dans la Mésopotamie el la Syrie. C'est ce dernier qui , en 1262, extermina la nation des Assassins et leur chef, que l'on nommait le vieux de lu mon-
tagne. Cette horde de brigands s'était emparée de plusieurs châteaux dans la Phénicie, d'où elle faisait trembler les environs par les rapines et les meurtres qu'elle exerçait. Il est donc constanl que l'expédition de saint Louis dans la Palestine était concertée avec les Tartares, el qu'il était assuré d'en être soutenu , circonstance que les historiens n'ont pas assez remarquée.— En 1274,Abaka, successeur d'Halack dans le gouvernement de la Perse , envoya un ambassadeur avec ceux du roi d'Arménie à Grégoire X et au concile de Lyon, pour demander du secours contre les Sarrasins. II en renvoya encore d'autres, deux ans après, au pape Jean XXI, aux rois de France et d'Angleterre , pour réitérer la même demande, en assurant que Copiai', grand kan de Tarlarie, avait embrassé le christianisme et demandait des missionnaires : ce fait ne s'esl pas vérifié. Depuis cette époque, jusqu'en 1304, les chrétiens dans la Perse furent lantôl en paix et tantôt maltraités , suivant que les mahométans y eurent plus ou moins de pouvoir. Mais les papes ne cessèrentpoint d'y envoyer successivement des missionnaires, et ceux-ci vinrent souvent à boul de réconcilier des nesloriens à l'Eglise romaine.
Mosheim, Hist. ecclés., xiirel xivc siècles, rc part. , c. 1, § 2, convient que ceux qui allèrent en Tarlarie à la fin du xnr el au commencement du xive siècle, y firent les plus grands progrès, qu'ils converlirent au christianisme une infinité de Tartares, el ramenèrent à l'Eglise un grand nombre de nestoriens ; qu'ils érigèrent des églises dans différentes parties de la Tarlarie et de la Chine, de laquelle les Tartares Mongols s'étaient rendus les maîtres. L'un de ces missionnaires franciscains , nommé Jean de Mont-Corvin , exerça dans ce pays-là pendant quarante-deux ans les fonctions d'un apôtre. Il parcourut non-seulement la plus grande partie de la Tarlarie, mais il alladans les Indes; il traduisit en langue tartare le Nouveau Testament et les psaumes de David. L'an 1307 , Clément V érigea en sa faveur un archevêché dans la ville deCambalu, que l'on croît être la même que Pékin. Tant que les Tartares Mongols demeurèrent maîtres de la Chine, la religion chrétienne y fut florissante. Mais l'an 1369, les Chinois vinrent à bout de chasser les Tartares et de remettre sur le trône un prince de leur nation; la religion chrétienne fut bannie de la Chine avec ceux qui l'y avaient portée. A celte même époque la Tarlarie fut troublée par des guerres intestines; les divers kans travaillèrent à se dépouiller les uns les autres, et ces divisions donnèrent à Timurbec ou Tamerlan la facilité de les subjuguer tous. Sur la fin du xive siècle , ce conquérant farouche porta le fer et le feu dans presque toute l'Asie; il dévasta la Perse, l'Arménie, la Géorgie et l'Asie mineure ; il prit Bagdad l'an 1392 ; par lui a commencé le règne des Turcomans ou des Turcs ; partout il établit le mahométisme sur les ruines de la religion chrétienne. Depuis cette fatale époque, il n'a
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pas été possible de !a rétablir dans la grando Tartarie ;cependanl lezèledes missionnaires, surtout des capucins, ne s'est pas ralenti; ils n'ont presque pas cessé de faire des tentatives pour rentrer dans cette vaste région; en 1708, deux de ces religieux essayèrent encore d'y pénétrer par la Chine, d'autres y sont allés par la Perse ; on ne voit pas que leurs efforts aient eu du succès. D'ailleurs, la découverte de l'Amérique faite à la fin du xv" siècle, et la navigation des Européens aux Indes, ont l'ait tourner d'un autre côté les courses apostoliques. A présent la Tarlarie est divisée entre deux fausses religions; les Tartares occidentaux, voisins de la mer Caspienne et de la Perse , sont mahométans; ceux qui touchent à la Chine cl qui s'étendent vers le nord, sont idolâtres ; leurs prêtres, nommés lamas, ont à leur tôle un chef souverain appelé le (lai ai-lama, que tous les Tartares honorent comme une espèce de divinité.
Quand on considère la persévérance des missionnaires catholiques pendant plus d'un siècle à travailler à la conversion des Tartares, les fatigues qu'ils ont supportées , les cruautés auxquelles ils ont été exposés, la multitude de ceux qui y sont morts , on ne peut refuser des éloges à leur courage. Mais les protestants en parlent froidement; on ne sait s'ils l'approuvent ou s'il leur déplaît; ils en dépriment le succès pour vanter ceux des nesloriens. Cependant on ne peut faire aux missionnaires catholiques, surtout aux capucins, aucun des reproches que les protestants et leurs copistes ont faits contre la plupart des autres missionnaires. La vie pauvre et dure de ces religieux ressemblait à celle des apôtres ; elle imprimait le respect aux Tartares. Ils n'ont travaillé ni à se procurer des richesses, ni à fonder une souveraineté, ni à étendre le pouvoir du pontife romain ; l'épiscopat dont plusieurs ont élé revêtus, n'a rien changé à leur manière de livre. On ne voit pas qu'ils aient croisé les travaux des nesloriens, qu'ils aient disputé contre eux ; et ceux-ci étaient moines aussi bien que les catholiques. Cependant , à la réserve du seul Jean de Mont-Corvin , auquel les protestants n'ont pu refuser des plogcs , parce qu'il traduisit le Nouveau Testament en tarlare , ils n'ont pas dit un mot des autres. Mais le travail de ce franciscain est une censure sanglante de la négligence des uestoriens ; pendant sept cents ans que ceux-ci ont prêché dans la Tartarie, aucun n'a pensé à traduire la Bible ; il a fallu que ce fùl un catholique et un religieux qui prît celle pt'ine. Cela nous paraît démontrer que les nesloriens ne croyaient pas, comme les protestants, que l'Ecriture sainle est la seule rèple de notre, foi, et que l'on n'est pas vrai chrétien quand on ne lit pas la Bible. Lorsque des nesloriens se sont réunis à l'iiglisc romaine, on n'a pas exigé d'eux une ahjurulion de leur croyance sur aucun des points de doctrine contestés entre les protestants et nous ; ce fait nous paraît prouver encore que les nestoriens n'ont jamais
eu la même croyance que les protestants, Quand on n'envisagerait les choses qui; du côté politique et à l'égard du bien temporel de l'humanité, l'exlinclion du christianisme dans la Tartarie est un très-grand malheur. C'est de cette région funeste quo sont sorties la plupart des hordes de barbares qui ont ravagé l'Europe et l'Asie, les Huns , les Alains , les Vandales , les armées de Gengis-Kan, de Mangu-Kan , de Tamcrlan ,elc. Si noire religion s'était établie dans cette partie du monde, elle y aurait produit sans doute les mêmes effets que chez les autres barbares du Nord ; elle les a civilisés, rendus sédentaires, laborieux, raisonnables. Quand les papes n'auraient point eu d'autre dessein en envoyant des missionnaires chez les Tartares , il faudrait encore bénir leur zèle , et reconnaître du moins à cet égard l'utilité de leur juridiction : mais dès qu'il est question des papes et de l'Eglise romaine, les protestants n'entendent plus raison.
Voxj. Missions.
TATIEN, écrivain ecclésiastique du 11e siècle, était Assyrien d'origine et né dans la Mésopotamie. H lut disciple de saint Justin, sous lequel il apprit à Rome pendant plusieurs années la doctrine chrétienne. Après la mort de ce saint martyr, il retourna dans sa patrie, et , privé de son guide , il adopta une partie des erreurs des valentiniens, des autres gnostiques et des marcionites. 11 est accusé par les Pères de l'Eglise d'avoir enseigné, comme Marcion, qu'il y a deux principes de toutes choses , dont l'un est souverainement bon ; l'autre, qui est le créateur du monde, est la cause de lous les maux. Il disait que celui-ci a été l'auteur de l'Ancien Testament, et que le Nouveau est l'ouvrage du Dieu bon. 11 condamnait l'usage du mariage.de la chair et du vin, parce qu'il les regardait comme des productions du mauvais principe. 11 soutenait, comme les docètes, que le Fils de Dieu n'a pris que les apparences de la chair ; il niait la résurrection future elle salut d'Adam. Il voulait que l'on traitât durement le corps , et que l'on vécût dans une parfaite continence. Cette morale rigide séduisit plusieurs personnes ; ses disciples furent nommés encralites ou continents , hydroparastes ou aquariens, parce qu'ils n'offraient que de l'eau dans les saints mystères : tatianistes , à cause de leur chef; apostoliques, apotactiques, etc. Voy.ccs mo!s. Tous les anciens s'accordent à dire que Talien avait beaucoup d'esprit , d'éloquence el d'érudition; il connaissait parfaitement l'antiquité païenne. Il avait composé beaucoup d'ouvrages; presque lous ont péri. 11 reste seulement delui un Discours contre les païens, qui manque d'ordre et de méthode : le style en est diffus et souvent obscur , mais il y a beaucoup d'érudilion profane. Taticn y prouve que les Grecs n'ont point élé les inventeurs des sciences, qu'ils ont emprunté beaucoup de choses des Hébreux , et qu'ils en ont abusé. Il l'a parsemé de réflexions satiriques sur la théologie ridicule des païens, sur la contradictiou de leurs do'^-
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mes, sur les actions infâmes des dieux, sur les mœurs corrompues des philosophes. On trouve cet ouvrage à la suite de ceux de saint Justin, dans l'édition des Bénédictins. Il y en a eu aussi une très-belle édition à Oxford en 1700, in-8% avec des notes, et qui a été donnée par\Vorlh,archidiacrede Worcester. — Tatien avait aussi composé une concorde ou harmonie des quatre Evangiles, intitulée Diatessaron , par les Quatre : cet ouvrage a souvent été nommé l'Evangile de Tatien ou des encratites , et il a encore eu d'autres noms ; il est mis au nomhre des évangiles apocryphes. On n'accuse point l'auteur d'y avoir cité ou copié de faux évangiles; aussi cet ouvrage fut goûté par les orthodoxes aussi bien que par les hérétiques. Théodore! qui en avait trouvé plus de doux cents exemplaires dans son diocèse, les ôta des mains des diètes , et leur donna en échange les quatre Evangiles, parce que l'auteur y avait supprimé tous les passages qui prouvent que le Fils de Dieu est né de David, selon la chair. On a été longtemps persuadé que cet ouvrage n'existait plus ; celui qui a été mis sous le nom de Talien dans la Bibliothèque des Pères, a été fait par un auteur latin bien postérieur au ne siècle: mais le savant Assémani découvrit dans l'Orient une traduction arabe du Diatessaron, et la rapporta à Home, Bibliothèque orientale, t. I, à la fin. On pourrait vérifier si ce livre est conforme à ce que les anciens ont dit de celui de Tatien.
Jusqu'à présent les plus habiles critiques avaient pensé que son Discours contre les païens avait été écrit vers l'an 168, et avant que l'auteur fût tombé dans l'hérésie; ils n'y voyaient aucun vestige des erreurs des encratites ni des gnosliques, mais plutôt de la doctrine contraire. Le Clerc, qui l'a examiné avec des yeux critiques, Éist. ecclés., an. 172, § 1, p. 735; l'éditeur d'Oxford, qui en a pesé toutes les expressions; les Bénédictins, qui en ont fait l'analyse; Bullus, Bossuet, le père Le Nourry, etc., en ont ainsi jugé. Mais Brucker, dans son Hist. crit. de la philos., 1. 111, p. 378, soutient que tous se sont trompés, que ce discours renferme déjà tout le venin de la philosophie orientale, égyptienne et cabalistique, de laquelle Talien était imbu; qu'il y enseigne évidemment le système des émanations, qui est la base et la clef de toute cette philosophie; que les apologistes de cet auteur ont perdu leur peine, en voulant donner un sens orthodoxe à ses expressions.
Pour contredire ainsi des hommes auxquels on ne peut refuser le litre de savants, il faut de furies preuves; voyons s'il y en a : 1° Talien, dit Brucker, avertit qu'il a renoncé à la philosophie des Grecs, pour embrasser celles des barbares; or celle-ci était évidemment la philosophie des Orientaux. — Si Brucker n'avait pas commencé par supposer ce qui est en question, il aurait vu que, par la philosophie des barbares, Talien a entendu la philosophie de Moïse et des chrétiens, parce que les Grecs nommaient
barbares loul ce qui n'était pas grec. Il s'en est clairement expliqué lÀlit. Paris., n. 29; edit. Oxon. n. kG>, il dit : « Dégoûté des fables et des absurdités du paganisme, incertain de savoir comment je pourrais trouver la vérité, je suis tombé par hasard sur des livres barbares, trop anciens pour être comparés aux sciences des Grecs, trop divins pour être mis en parallèle avec leurs erreurs ; j'y ai ajouté foi, à cause de la simplicité du style, de la candeur modeste des écrivains, de la clarté avec laquelle ils expliquent la création (noirxu;} de l'univers, de la connaissance qu'ils ont eue de l'avenir, de l'excellence de leur morale, du gouvernement universel qu'ils attribuent à un seul Dieu, n. 31 (48) ; il est à propos de faire voir que notre philosophie est plus ancienne que les sciences des Grecs. » Il prend pour termes de comparaison Moïse et Homère; il prouve par l'histoire profane que le premier a devancé de longtemps le second. Peut-on reconnaître à ces traits la philosophie des Orientaux et des gnostiques ?
2° Tatien, continue Brucker, a enseigné le système des émanations, c'est-à-dire que la matière et les esprits sont sortis de Dieu par émanation, et non par créaiion ; c'était le dogme favori des Orientaux. Le contraire est déjà prouvé par la profession de foi que cet auteur vienl de faire, en disant qu'il a cru aux livres barbares, à cause de la clarté avec laquelle ils expliquent la naissance de l'univers : or les écrivains sacrés n'enseignent point Ie9 émanations, mais la créalion ; voyez ce mot. Il y a plus; au mol Gnostiquks, nous avons fait voir que ces hérétiques admettaient non l'émanation, mais l'éternité de la matière. Us pensaient sans doute que les deux premiers éons ou esprits étaient sortis de la nature divine par émanation ; mais l'un était mâle et l'autre femelle, et c'est de leur mariage que la famille des éons était descendue. Il est donc faux que l'hypothèse des émanations soit la clef de tout le système théologique des gnostiqnes et des Orientaux.
Mais il faut entendre parler Tatien luimême, et voir les passages dont Brucker et tant d'autres ont abusé. N. k (G), il dit : * Noire Dieu n'est pas depuis un temps; il est seul sans principe ou sans commencement, puisqu'il est le principe de tout ce qui a commencé d'être. 11 est esprit, non mêlé avec la matière, mais le créateur (/*tT«TXE7r«o-T«f) des esprits matériels et des formes de la matière. Il est invisible et insensible, père de tous les êlres visibles ou invisibles. » N. 5 (7) : « Je vais exposer plus clairement notre croyance. Dieu était au commencement, et nous avons appris que le commencement ou le principe de loutes choses est la puissance du Verbe. Lorsque le monde n'était pas encore, le Seigneur de toutes choses était seul ; mais comme il est la toute-puissance et la subsistance des êtres visibles et invisibles, tous étaient avec lui. Le Verbe, qui était en lui, était aussi avec lui par sa propre puissance. Par un acte de volonté de
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telle nature simple, le Verbe est sorti ou s'est montré; il n'es! pas sorti du vide, c'est le premier acte de l'Esprit. Nous savons que c'est lui qui a fait le monde. Or, il est né pat participation et non par retranchement. Ce qui est retranché*est séparé de son principe, ce qui en vient par participation et pour une fonction ne diminue en rien le principe duquel il procède. De même qu'un (lambeau en allume d'autres, sans rien perdre de sa substance, ainsi le Verbe naissant de la puissance du Père ne le prive pas de sa raison ou de son intelligence. Quand je vous parle et que vous m'entendez, je ne suis pas privé pour cela de ma parole ; mais, des émanations est-elle compatible avec la
déi que Dieu n'a jamais existé sans rien produire. Tatien enseigne le contraire. Votj. ËUAN4T10N. Il dit que c'est le Verbe qui a fait ou produit les anges et les âmes humaines, et c'a été encore un acte de puissance ; ces êtres ne sont donc pas sortis de lui par émanation. Bruckcrlui reproche d'avoir appelé ces esprits matériels ; en quel sens Tatien et d'autres Pères ont cru que Dieu seul est esprit pur, toujours séparé de toute matière, au lieu que les esprits créés ne subsistent jamais sans être revêtus d'une espèce de corps subtil. Cette erreur n'est ni grossière ni dangereuse. Mais l'hypothèse
en vous parlant, je me propose de produire un changement en vous. El de même que le Verbe engendré au commencement a produit notre monde, après en avoir fait la matière, de même moi, régénéré à l'imitation du Verbe, et éclairé par la connaissance de la vérité, je donne une meilleure forme à un homme de même nature que moi. La matière n'est pas sans commencement comme Dieu, et n'étant point sans principe, elle n'a pas le même pouvoir que Dieu, mais elle a été l'a i ! e ; elle est venue non d'un autre, mais du seul ouvrier de toutes choses. » N. 7 (10) : « Le Verbe céleste, esprit engendré du Père , intelligence née d'une puissance intelligente , a fait l'homme à la ressemblance de son Créateur, et image de son immortalité, afin qu'ayant reçu de Dieu une portion de la Divinité, il pût participer aussi à l'immortalité qui esl propre à Dieu. Avant de faire l'homme, le Verbe a produit les anges. »
Remarquons d'abord que Tatien ne donne point ce qu'il dit du Verbe et de ses opérations, comme une opinion philosophique, mais comme une doctrine apprise par révélation : Nous evons appris, nous savons que c'est lui qui a fait le monde. Il est évident qu'il avait dans l'esprit les premiers versets de l'Evangile de saint Jean, et qu'il se sert des mêmes expressions.
3' L'on dira sans doute que dans loul ce long passage il n'y a point de terme qui signifie proprement et en rigueur la création; mais il n'y en a point non plus dans saint Jean , parce que le grec, non plus que les autres langues, n'avait point de terme sa-
notion d'esprit pur, de nature simple, que- Tatien attribue à Dieu? Voy,. Ange, Esprit, etc.
4° S'il est question dans son texte d'une émanation, c'est de celle du Verbe, avant la création, ou plutôt par la créationdu monde. Il dit en effet que le Verbe esl émané, sorti, né, provenu du Père. Mais on a prouvé cent fois contre les ariens et les sociniens, que dans le style des anciens docteurs de l'Eglise, lorsqu'ils parlent du Verbe divin, émaner, sortir, naître, procéder, etc., signifient seulement se produire au dehors , se montrer, se rendre sensible par les œuvres de la créalion.
Quoi qu'en dise Brucker , ceux qui ont soutenu que Tatien a enseigné l'éternité of la divinité du Verbe, n'ont pas eu torl. En effet, Tatien dit que Dieu est sans commencement, qu'avant d'émaner de lui pour créer le monde, le Verbe était en lui et avec lui, non en puissance comme le monde qui n'existait pas encore, mais avec une puissante propre, par conséquent subsistant eu personne. 11 dit que le Verbe est émané de Dieu par participation ; à quoi a-t-il participé, sinon à la puissance et aux attributs de Dieu ? Il dit qu'en sortant du Père, il ne s'en est pas séparé, parce que Dieu n'a jamais pu être sans son Verbe, sans sa raison ou son intelligence éternelle. Si ce langage n'exprime point la divinité du Verbe, aucune profession de foi ne peut suffire; mais il est bien différent de celui des philosophes orientaux,,, des gnosliques, des cabalistes, de celui des ariens.
cramentel pour rendre celte idée. Voy. Créa- £ 5° Le Clerc, Hist. E celés., an. 172, p. 378,
«X ft ■ * • S a fil, a a > . ■ . ■ ■ , . . .
tion. Personne cependant ne s'est avisé de penser que saint Jean admettait les émanations. Ceux qui les ont admises n'ont jamais dit que la matière a eu un commencement, qu'elle a été faite ou produite, qu'elle est l'ouvrage de celui qui a fait toutes choses, comme s'exprime Tatien. Encore une fois les gnosliques ont supposé, comme Platon, la matière éternelle. Pour qu'elle lût sortie de Dieu par émanation, il aurait fallu qu'elle fût en Dieu de toute éternité : or Tatien nous avertit que Dieu ne fut jamais mêlé avec la matière. Selon sa doctrine, la production de la matière a élé un acle de la puissance du Verbe : suivant le sentiment des philosophes, les émanations se faisaient par nécessité le nature; ils étaient persua-
§ 3, dit que toute cette doctrine de Tatien esl fort obscure, que les païens n'en pouvaient rien conclure, sinon que les chrétiens admettaient deux dieux, l'un supérieur et pap excellence, l'autre engendré de lui et nommé le Verbe, créateur de toutes choses; qu'il aurait été mieux de s'en tenir aux paroles des apôtres , et de ne point entreprendre d'expliquer des choses inexplicables. Cela eût élé bon, si les païens eussent voulu s'en contenter, mais ils répétaient sans cesse que la doctrine des chrétiens n'était qu'un amas de fables et de coules de vieilles, bons loul au plus pour amuser des enfants. Tatien voulait leur faire voir que c'était une doctrine profonde et raisonuée, une philosophie ['lus vraie et plus solide que toutes les vi-