IT.A
TUE
vcr.j tians les Vie» (1rs Pères et >e< martyrs , I. III, page ~rl2. Vie de saint Hobert, abhé de Mote<mr. Comme leur règle est très- .•oslère, les épicuriens do notre siècle, copistes des protestants, ont fait ce qu'ils ont pu pour en empoisonner les motifs, et pour en faire craindre les effets. Ils ont dit que la Trappe est la retraite de ceux qui ont commis de grands crimes dont les remords les poursuivent, ou qui sont tourmentés par des vapeurs mélancoliques et religieuses. Quand cela serait vrai, on devrait encore leur applaudir: il est mieux d'expier les crimes que d'y persévérer; ceux qui ont succombé aux dangers du monde, font bien de s'en éloigner ; il n'est pas nécessaire que les mélancoliques ennuient la société. Mais c'est une pure calomnie. La plupart de ceux qui se retirent à la Trappe sont des hommes qui ont mené dans le mon le une vie 1res— légulière, et qui se sentent appelés de Dieu à en embrasser une encore plus parfaite. La paix, la sérénité, la douceur, la charité, qui lègnent parmi ces cénobites, ne sont pas des marques de mélancolie ni d'un caractère sauvage. Ce sont, dit-on encore, des hommes qui ont de Dieu des idées terribles, <{ uî se figurent qu'il aime à voir souffrir ses créatures, qui oublient sa miséricorde, et qui semblent se défier des mérites de Jésus- Christ. S'ils avaient ces idées, ils se livreraient au désespoir comme les malfaiteurs. C'est au contraire parce qu'ils comptent sur la miséricorde de Dieu et sur les mérites de Jésus-Christ, qu'ils embrassent une vie pénitente, puisque sans ces mérites elle ne servirait de rien ; mais ils se souviennent que pour avoir part à sa gloire, il fuit souffrir avec lui, Rom., c. v:n, v. 17 ; // Cor., c. i, v. 7; Phit'pp., c. n, v. 10; / Petr., c. iv, v. 13, etc. Ils ont une très-grande idée de la miséricorde de Dieu, puisqu'ils l'implorent, non-seulement pour eux-mêmes, mais pour tous les pécheurs, et qu'ils prient pourceux même qui leur insultent et les calomnient. Dans les pratiques d'une mortification et d'une solitude continuelles, ils trouvent !a paix qu'ils n'ont pu goûter dans le tumulte et dans les plaisirs du monde; délivrés des passions qui sont la source de presque toutes nos peines, ils vivent sans trouble et meurent avec confiance. La plupart de ceux qui les ont vus de près ont été tentés de les irriter.
On dit enfin que ces religieux pratiquent des austérités qui abrègent la vie et font injure à la Divinité. Cependant il se trouve beaucoup de vieillards à la Trappe; et à Sept-Fonds, où l'on vit de même, il y a moins de malades qu'ailleurs; il en meurt moins à proportion par l'excès des austérités, qu'il n'en péril ailleurs par les suites de l'Intempérance, de la débauche, d'un régime absurde cl contraire à la nature. Ce n'est point la pénitence qui fait injure à Dieu, puisqu'elle le suppose miséricordieux ; c'est plutôt l'épicuréisrae spéculatif el pratique des philosophes qui se persuadent que Dieu ne fait aucune attention à la cm luite
de ses cié. Hures, quil voit d'un œil égal le vice et la veriu. Pendant qu'ils travaillent à corrompre l'univers entier, il est bon qu'il y ait encore des asiles où la fragilité humaine puisse se réfugier, et des hommes qui prouvent par leur exemple que la nature se contente de peu, et que les vertus des anciens solitaires ne sont pas des fables.
Il faut que ce genre de vie ne soit pas si terrible, puisque les deux monastères dont nous venons de parler sont toujours fort nombreux, et que des filles ont le courage d'embrasser la même règle. On sait que les religieuses des Clairets qui sont sous la direction de l'abbé de la Trappe, imitent la solitude, le silence, le travail, la pauvreté, les mortifications des religieux.
TRAVAIL. Voy. Oisiveté.
¥ TREMBLEURS. Le qnakérisine, par sa sévérité, était de nature à exalter les tèies et à donner naissance à de nom elles sectes. Anne l,ée poussa le qnakéiisme jusqu'aux rêves du délire. Elle eut bientôt beaucoup de zélilenrs qui la regardèrent comme la femme incarnée. Voici le symbole des irembleurs.
II y a en Dieu deux personnes, homme ei femme. Le Père est du genre masculin, le Saint-Esprit e>t du genre féminin. Le Père se communiqua intimement au Verbe divin, et le Saint-Esprit le mil au monde; il prit le nom de Jésus. Comme il n'y av. ut que la moitié de l'espèce divinement tonnée, le Saint- Esprit se communiqua à Anne Lée. De ce intiment la rédemption fui entière. On voit par ce court exposé (pie le symbole des irembleurs n'est que le rêve d'une imagination malade. Pour eux il n'y a pas de Trinité, de maternité de la Vierge, de résurrection, etc. Les irembleurs ont pris leur nom de leurcti'tc, qui consiste principalement dans des danses. Le mouvement est d'abord modéré, il s'anime bientôt jusqu'à la convulsion ; les hommes se dépouillent de leurs babils, les femmes de leurs robes; viennent les saisissements de l'Esprit-Sainl, les discours insensés, etc. lirons le voile sur les suites de ce culte. On les comprend trop sans que nous ayons besoin de les faire connaître.
TRENTE (concile de). Le concile tenu dans cette ville d'Italie est le dix-huitième cl le dernier des conciles généraux ; il commença l'an 1545, sous le pontificat de Paul
III ; il continua sous ceux de Jules 111 et de Paul IV, et finit sous celui de Pie IV, l'an 15G3. Jamais concile ne fut assemblé pour un sujet plus important ; il ne s'agissait pas seulement de condamner une ou deux hérésies, mais de proscrire la multitude des erreurs que les protestants avaient répandues dans une grande partie de l'Europe; d'y expliquer la croyance de l'Eglise catholique sur les divers points de doctrine qui étaient contestés; de justifier son culte que les hérétiques traitaient de superstition et d'idolâtrie ; enfin de réformer les abus qui s'étaient introduits dans la discipline pendant les siècles précédents. Aussi jamais assemblée ecclésiastique ne fut plus célèbre; plus de deux cent cinquante évoques ou prélats des différentes nations catholiques, les plus savants théologiens, les plus habiles jurisconsultes, les .Ambassadeurs des divers souverains, y assistèrent. Quand on on examine les décrets sans prévention, l'on recon-
ÎÏG3
TttE
tuf:
SGi
«ait qu'ils ont été formés avec loule la clarté, la précision et la sagesse possibles, après les discussions et les examens les plus exacts faits par les théologiens et les canonistes. Ceux qui regardent le dogme sont fondés sur l'Ecriture sainle et sur la tradition, sur le sentiment des Pères, sur les décisions des conciles précédents , sur la croyance constante et universelle de l'Eglise. Les règlements de discipline, après avoir excité d'abord des réclamations, ont été pour la plupart adoptés par les souverains catholiques ; un grand nombre sont observés parmi nous, en vertu des ordonnancesde nos rois ; la prévention et l'attachement aux anciens usages ont cédé peu à peu à la sagesse qui les a dictés.
On conçoit aisément que les protestants n'ont rien omis pour décrier la conduite et les décisions d'un concile qui les a condamnés ; mais leur procédé à cet égard met au grand jour l'esprit dpnt ils ont toujours été animés. Lorsque Luther eut été censuré par Léon X en 1520, il appela de cette sentence au concile général. En 1530, les princes luthériens d'Allemagne présentèrent à la diète d'Augsbourg leur confession de foi, dans laquelle ils appelaient de nouveau à la décision du concile. Jusqu'en 1540 ils ne cessèrent de déclamer contre le pape, parce qu'il ne se pressait pas assez de convoquer le concile. Mais à peine la bulle de convocation eut-elle été donnée l'an 1542, que Luther publia divers écrits pour prévenirses partisans, et pour les indisposer d'avance contre tout ce qui pourrait y êtredécidé. En 1547, après les sept premières sessions , Calvin composa son Antidote contre le concile de Trente, dans lequel il déclama avec toute la fougue et l'indécence que Luther aurait pu se permettre, s'il avait encore vécu. En 1549, dans une seconde diète d'Augsbourg, lorsque l'on demanda aux princes luthériens s'ils se soumettraient aux décrets du concile, Maurice, électeur de Saxe, ne promit d'y acquiescer que sous trois conditions, savoir, 1° que l'on discuterait de nouveau les points de doctrine qui avaient été déjà décidés; 2" que les théologiens luthériens seraient admis à cette assemblée , qu'ils y auraient voix délibéralive , et que leurs suffrages seraient comptés avec ceux des évêques ; 3° que le pape n'y présiderait plus ni par luimême, ni par ses légats. L'on prit avec raison cette réponse pour un refus forme!. En effet, l'an 1560, lorsque Pie IV eut donné la bulle qui ordonnait la reprise et la continuation des séances du concile de Trente, les princes luthériens d'Allemagne publièrent leurs griefs contre les décrets de ce concile et les raisons qu'ils avaient de les rejeter. Elles sont rassemblées dans un ouvrage qui parut pour lors en allemand, et qui ensuite a été traduit en latin sous ce titre : Concilii Tridentini decrelis opposita qra~ vamina. Depuis ce temps-là ces mêmes griefs ont été rejetés par une foule d'auteurs protestants et par leurs copistes, Heidegger, Anatome concilii Trident.; par Basnage, Uist.
de l'Eglise, 1. vu, c. 5; par Mosheim, Bist. ecclés., xvi* siècle, section 3, i" part., c. 1, § 23; par son traducteur et par d'autres Anglais ; par Fra-Paolo, dans son Histoire du concile de Trente, et dans les notes da Le Courayer sur cette Histoire, etc.
On sait d'abord que Fra-Paolo était un religieux vénitien de l'ordre des servîtes, qui était prolestant dans le cœur, qui avait des ressentiments personnels contre la cour de Rome, qui, en exhalant sa bile contre le concile de Trente, crut faire sa cour au sénat de Venise brouillé pour lors avec Paul V. Lorsque ce différend eut été terminé par la médiation d'Henri IV, l'auteur n'osa faire imprimer son livre en Italie; il le remit à Marc-Antoine de Dominis, autre apostat qui alla le faire imprimer en Angleterre. Pour réfuter celte Histoire, le cardinal Pallavicini en fil une autre plus sincère et justifiée par les actes originaux du concile : elle parut vers l'an 1665. Le Courayer, autrefois chanoine régulier de Sainte-Geneviève, retiré aussi en Angleterre, y fit réimprimer en français l'histoire de Fra-Paolo avec des notes aussi peu orthodoxes que le texte; il était déjà connu par d'autres ouvrages qui avaient attiré sur lui sa condamnation par le clergé de France. Cette histoire el les notes ont été réfutées dans un ouvrage intitulé : L'honneur de l'Eglise catholique et des souverains pontifes défendu contre l'histoire du concile de Trente, par Fra-Paolo, et les notes du P. Le Courayer, 2 vol. in-12, imprimé à Nancy en 1742, et que l'on attribue à dom Gervais, ancien abbé de la Trappe. Ce livre aurait été plus recherché, s'il était écrit en meilleur style, avec moins d'humeur et plus de précision; mais le fond en est solide. Une partie des plaintes des protestants a été aussi réfutée dans l'Histoire de l'Eglise gallicane, I. lui el uv, an 1545 et suïv. Il y a lieu de regretter que celte histoire n'ait pas été continuée jusqu'à la fin du concile.
Quoi qu'il en soit, voici les griefs allégués par les protestants, tels que nous avons pu les recueillir dans les divers ouvrages dont nous venons de parler. Ils disent, l6 que le pape n'a aucun droit de convoquer les conciles , ni d'y présider; qu'il s'était rendu suspect en condamnant les prolestants d'avance; que c'était à l'empereur d'assembler le concile dont on avait besoin ; qu'il fallait le tenir en Allemagne où était le principal foyer des disputes.— Réponse. Au mot Concile, nous avons fait voir que depuis que le christianisme est établi chez différentes nations, et dans divers royaumes, le pape, en qualité de chef et de pasieur de l'Eglise universelle, peut légitimement et convenablement convoquer un concile général ; peu importe que les protestants lui contestent ce droit, dès que l'Eglise catholique le lui accorde. Aucun souverain particulier ne peul se l'attribuer. La cause des protestants n'intéressait pas l'Allemagne seule, elle concernait toute l'Eglise. Leurs erreurs faisaient le plus grand bruit en France ; ils avaient faii des efforts pour les introduire en Espagne
THE
THE
et en Italie ; bientôt elles pénétrèrent en Angleterre et en Hollande. Quand l'empereur aurait convoqué un concile en Allemagne, comment aurait-on pu engager les évêques ot les théologiens dos autres contrées de l'Europe à y assister? Les souverains s'y seraient opposés avec raison. En condamnant et excommuniant Luther avant tous ses adhérents, Léon X avait fait son devoir. Luther lui-même avait appelé à ce jugement, et toute l'Eglise avait applaudi à la sentence du pape; mais les protestants, déjà fiers de leur multitude et de leurs forces, se croyaient en droit de tenir tête à l'Eglise catholique.
2° Le concile de Trente n'a pis été général ou œcuménique, il n'a jamais été composé que d'un peiit nombre d'evêques, presque tous italiens et dévoués au pape; les protestants n'y ont pas été entendus, ils ne pouvaient même s'y rendre en sûreté, malgré les sauf-conduits qu'on leur accordait, parce qu'il est décidé dans l'Eglise romaine que l'on n'est pas obligé de garder la foi aux hérétiques.— Réponse. C« concile a été vélilable -ent œcuménique, puisque les bulles de convocation et de continuation étaient adressées à tous les évêques, à tous les souverains, en un mot, à toute l'Eglise. La plupart des évoques étaient chargés de la procuration de leurs confrères, parce qu'il ne s'agissait pas de créer une nouvelle doctrine, mais de rendre témoignage de ce qui était déjà cru et professé dans les Eglises des différentes nations. Osera-t-on soutenir que le cardinal de Lorraine, le cardinal Polus, les évêques espagnols les plus célèbres, etc., n'étaient pas en état d'attester ce qui était cru, prêché et professé en France, en Angleterre et en Espagne, avant que Luther fût venu au monde? Quand ils auraient pu l'ignorer, du moins les théologiens les plus habiles qu'ils avaient amenés avec eux ne l'ignoraient pas. Pour connaître les sentiments, les preuves, les objections des protestants, il n'était plus nécessaire de les entendre; on avait sous les yeux leurs livres, ils en avaient inondé l'Europe entière, plusieurs p»ïuces d'Allemagne avaient envoyé au concile leur profession de foi, qui avait été dressée par leurs théologiens. On n'y a jugé personnellement ni Luther, ni Zwinkrle, ni Calvin, ni aucun autre sectaire ; on a prononcé sur les erreurs contenues dans leurs écrits, elles y sont encore ; ces litres subsistent toujours et justifient la censure du concile ; si depuis ce temps-là les protestants ont changé de croyance, les Pères de Trente n'ét;jient pas obligés de le préroir. Suivant leur prétention il aurait fallu entendre non-seulement les luthériens, mais lesanabaplistes, les zwingliens, les mélanch- Ihoniens, les calvinistes, etc ; nous n'.ijoulons pas les anglicans, leur religion n'était pas encore née. Qu'aurait on pu décider au milieu de cette cohue de dispu'eurs, qui n'ont jamais pu s'entendre ni s'accortler lorsqu'ils se sont assemblés pour comparer leur doctrine ? Le concile de Trente n'eu
a pas établi une nouvelle, il a rendu témoignage de ce qui était déjà cru dans l'Eglise catholique avant cette époque; celte foi est encore la même, et elle ne changera jamais. Au mot Hussites, nous avons réfuté la calomnie des protestants au sujet des saufconduits et de la foi donnée aux hérétiques. Après avoir déclaré cent fois à la face de l'Europeenlière qu'il n'y a point d'autre règle de foi que l'Ecriture sainte ; qu'aucun concile n'a le droit de décider de la doctrine, et que personne n'est obligé de se soumettre à ses décrets ; après avoir protesté d'avance contre tous ceux qui se feraient à Trente, nos adversaires n'ont-ils pas bonne grâce de se plaindre de n'avoir été ni appelés ni entendus au concile ?
3° Les opinions n'y étaient pas libres ; le pape y dominait despotiquement par ses légats ; les Italiens, tous dévoués au pape, subjuguaient les autres ; les évêques étaient ordinairement réduits à dire leur avis par un placet. A proprement parler c'a été un concile du pape, et non une assemblée de l'Eglise. Les disputes y furent souvent poussées jusqu'à l'indécence et à la violence ; c'était une cohue dans laquelle on ne s'entendait pas. — Réponse. La contradiction entre ces deux reproches est déjà sensible : s'il y eut quelquefois trop de chaleur dans les disputes, tout le monde avait donc liberté d'y dire son avis ; mais les protestants et leurs copistes, qui ont voulu tout brouiller, ont confondu les examens dans lesquels on prenait l'avis des théologiens, et où on leur permettait de disputer, les congrégations dans lesquelles les légats recueillaient les suffrages des évêques , et où les décrets étaient rédigés à la pluralité des voix, et les sessions dans lesquelles ces décreis étaieni lus et publiés. Qu'il y ait eu souvent trop de vivacité dans la manière dont certains théologiens soutenaient leur sentiment, cela est très-probable; c'est un défaut qui n'a que trop souvent paru dans les disputes des prolestants aussi bien que dans celles des catholiques, et duquel les premiers sont convenus plus d'une fois. II leur sied donc très-mal d'en faire un reproche à ceux du conrilo de Trente. Mais que, dans les congrégations où il s'agissait de rédiger les décisions , les évêques n'aient pas osé direce qu'ils pensaient, qu'ils aient étégêués par la crainte de déplaire au pape ou à ses légats, c'est une supposition non-seulement fausse, mais absurde. Qu'importait à l'autorité du pape qu'un dogme quelconque fût décidé d'une manière ou d'une autre ? Le pape, les légats, les évêques, étaient tous catholiques, sans doute ; ils avaient donc tous le même intérêt ou plutôt la même obligation de veiller à ce que la croyance catholique no fût altérée on rien, et que le dogme fui conservé et exprimé tel qu'il était. Si donc l'intérêt du pape était capable d'intimider les évêques, ce ne pouvait être que dans les matières de discipline, dans lesquelles le pape voulait conserver le même degré d'autorité dont il avait joui jusqu'alors, le pou-
Titr:
THE
ses
voir de disposer dos bénéfices, do restreindre la juridiction des évoques, de dispenser des canons, elc. Cependant il est prouvé, soit parles actes du concile, soit par ics relations des ambassadeurs, soit par les aveux de Fra-Paolo et de son commentateur, que les évêques de France et d'Espagne opinèrent souvent sur ces matières avec une fermeté qui devait déplaire beaucoup à la cour de Rome et aux ultramoutains. Quand ils auraient été plus complaisants ou plus timides sur ce point, le pape n'y aurait rien gagné, puisque les règlements de discipline, qui ont paru trop favorables à son autorité, n'ont point été reçus en France, non plus que dans quelques autres royaumes, comme nous le verrons ci-après.— Dans les sessions où les légats demandaient l'avis des Pères par le mot placetne vobis, il n'était question ni de dogme ni de discipline, mais de fixer le jour de la session prochaine, d'interrompre ou de continuer les sessions, elc. Nous défions les détracteurs du concile de citer un seul article de doctrine sur lequel les évoques aient opiné sur un simple placet, ou sur lequel les théologiens aient continué de disputer, après qu'il avait été examiné , décidé à la pluralité des voix, rédigé par écrit et publié par une session. iu Le très-grand nombre des évêques était non-seulement des ignorants, mais des hommes vicieux, coupables de simonie, d'abus dans la possession et l'administration des bénéfices, de taxes et d'exactions à l'égard des fidèles, et d'autres désordres qui les avaient rendus odieux. Les théologiens qui les guidaient n'étaient que de plais scolasliques qui n'avaient étudié ni l'Ecriture sainte, ni la tradition, ni la morale chrétienne. — Réponse. La ressource ordinairede plaideurs condamnés par un tribunal quelconque est de calomnier leurs juges. 11 est constant qu'un grand nombre des Pères du concile de Trente étaient des hommes recommandâmes par leurs talents, par leurs vertus, par leur capacité dans les sciences ecclésiastiques. Le cardinal Polus, archevêque- de Canlorbéry; le cardinal Hosius, évêque de Warmie en Pologne; Antoine Augustin, évêque de Lérida et ensuite archevêque de Tarragone ; dom Barlhélemi des Martyrs, archevêque de Brague; Barlhélemi Garanza, archevêque de Tolède; Thomas Campége, évêque de Fellri ; Louis Lippoman, évêque de Vérone; Jean-François Gommendon , évêque de Zacynthe, et ensuite cardinal, etc., etc., ont fait honneur à leur siècle, et ont laissé des ouvrages qui attestent leur mérite. Les prélats français qui parurent à Trente n'étaient ni des ignorants ni des hommes vicieux; les légats témoignèrent plus d'une fois le cas qu'ils faisaient de leurs lumières et de leur capacité. Parmi les cent cinquante théologiens qui parurent successivement au concile, il en est peu qui n'aienl joui pour lors d*unc très-grande célébrité, et qui n'aient composé de savants ouvrages; plusieurs avaient eu des disputes avec les protestants, dans lesquelles c<\s derniers n'a-
vaient pas eu l'avantage. Mais parce que ceux-ci faisaient beaucoup de livres dans lesquels ils répétaient les mêmes sophismes, les mêmes plaintes, les mêmes déclamations que Luther et Calvin, ils se croyaient les seuls savants de l'univers, et ils avaient inspiré le même orgueil aux particuliers les plus ignorants. Il suffit de lire, à la fin du 17e vol. de VHist. de l'Eglise G ail. 4 le discours sur l'étal de cette Eglise, à la naissance des hérésies du xvi* siècle, pour se convaincre qu'il n'était point tel que les protestants ont affecté de le représenter.
5° Dans le concile de Trente les questions controversées n'ont point été décidées par l'Ecriture sainte, mais plutôt contre le texte formel de ce livre divin; les évêques et les théologiens se sont uniquement fondés sur de prétendues traditions, sur les canons, et souvent sur les fausses décrétales des papes.
— Réponse. Le contraire est prouvé par la simple lecture des décrets de ce concile. Dans les chapitres qui précèdent les canon-, ou règles de doctrine, il n'y a pas un seul dogme clair et précis de l'Ecriture sainte; à la vérité on n'y a point affecté d'accumuler, comme font les protestants, des textes de l'Ecriture qui ne prouvent rien, et qui souvent sonl absolument étrangers à la question ; quelquefois l'on n'en a cité qu'un ou deux, lorsqu'ils sont décisifs et sans réplique. Mais parce que le concile n'a pas donné le sens faux et erroné qu'y donnent les protestants, ils disent qu'il a contredit l'Ecriture sainte. Lorsque ce livre divin garde le silence sur un dogme ou sur un usage qui a toujours été observé dans l'Eglise, ou qu'il ne s'exprime pas assez clairement, le concile a décidé qu'il faul le conserver en vertu de la tradition, c'est-à-dire de l'enseignement perpétuel et général de cette sainte société. Au mot Tradition nois avons fait voir que cela ne se peut et ne se doit pas (aire autrement, que cette méthode est fondée sur l'Ecriture même, et que les protestants la suivent en affectant de la blâmer. Quant à la discipline, elle ne pouvait être mieux réglée que sur les anciens canons; mais il est faux que le concile ait fait aucun usage des fausses décrétales.
6° L'on y a travesti en articles de foi plusieurs opinions de scolasliques sur lesquelles on avait jusqu'alors disputé avec pleine liberté; ce sont donc autant de nouveaux dogmes inconnus auparavant, à l'occasion desquels le concile a prodigué très-injustement les anathèmes. D'autre part, il a omis de décider plusieurs articles qui sont cependant crus et professés dans l'Eglise romaine.
— Réponse. Nos adversaires se plaignent donc de ce que le concile a décidé trop d'articles de foi, et de ce qu'il en a décidé trop peu; mais l'un de ces reproches est aussi mal fondé que l'autre. Avant celle époque aucun théologien n'avait examiné l'Ecriture sainte et la tradition avec autant d'cxaclitude et de soin qu'on l'a fait au concile de Trente; aucun n'avait eu autant de facilité que là de comparer le sentiment des dor-
Tiin
Tiir.
leurs dos différentes écoles catholiques et des différentes nations, et d*cn compter les
\oix; aucun n'avait pu prévoir les fausses conséquences que les hérétiques tireraient
d'une telle explication de l'Ecriture sainte, ou d'une telle opinion qui paraissait innocente; il avait donc pu être permis jusqu'alors de disputer là-des-us, faute de lumière suffisante. Mais dans le concile tout fut mis au grand jour : l'on examina, l'on disputa, Ton compara toutes les raisons et tous les sentiments, l'on vit de quel côté était la tradition la plus constante ; on aperçut les conséquences par la multitude même des erreurs des protestants, et par la témérité avec laquelle ils adoptaient les sentiments les moins probables de quelques théologiens trop lia dis. On sentit donc la nécessité de terminer ces disputes par une décision formelle. Ainsi l'on en avait agi dans tous les conciles précédents, à commencer depuis celui de Nicée jusqu'à celui de Florence, qui était le dernier. Ce sont donc les proleslants qui sont la cau^e de la multitude de décrets et d'ana- Ihèmes qu'ils osent reprocher au concile de Trente. — Ce concile n'a point parlé des autres articles de loi que nous croyons, soit en vertu de passages clairs et formels de l'Ecriture sainte, soit parce qu'ils ont été décidés par les conciles précédents : à quel propos y aurait-on traité des points de doctrine dont il n'éiail pas question pour lors? Cette plainte est aussi ridicule que celle des sociniens et des déistes, qui savent mauvais gré au concile de Nicée de u'avoir pas décidé la divinité et la procession du Saint-Esprit, qui ne furent contestées que soixante ans après. En accusant celui de Trente d'avoir forgé des articles de foi nouveaux et inconnus jusqu'alors, ils prennent soin de l'absoudre et d'établir le fait contraire, puisqu'ils disent que nous croyons les dogmes décidé' par ce concile, non par respect pour son autorité, mais parce qu'on les croyait déjà auparavant. Voyez le discours de Le Courayer sur la réception du concile de Trente, pag. 790, et un écrit de Leibnitz, dont nous parlerons ci- après. Nous ue concevons pas en quel sens les dogmes que l'on croyait déjà étaient des dogmes nouveaux et inconnus.
7° La plupart des décrets de ce conciie sont obscurs et ambigus, susceptibles de différents sens; il paraît même que celle obscurité est souvent affectée, parce qu'il ne voulait pas condamner certaines opinions des théologiens. L'on a si bien senti cet inconvénient, que le pape a établi une congrégation de Cardin, iux et de docteurs, pour interpréter les décisions du concile de Trente, Aussi, loin de terminer les disputes, ses décrets en ont fait naître de nouvelles, et, pour suppléer à leur insuffisance, les papes ont été obligés de donner plusieurs bulles pour décider ce qui ne l'était pas. en particulier sur les matières de la grâce, etc. — Réponse. Si le concile avait proscrit toutes les opinions douteuses et sur lesquelles on peut di-puter, on lui reprocherait celle sé-
vérité avec encore plus d'aigreur. Quelle uécessilé y avait-il de condamner des opinions qui ue touchent po'ul au fond du dogme, et dont les défenseurs l'ont profession de croire tout ce qui est expressément décidé ? Exiger qu'un concile ait fait cesser toutes les disputes, c'est vouloir qu'il ail fait un miracle que l'Ecriture u'a pas opéré depuis dix-sepl cents ans. Quelque clair que puisse être un livre ou une décision, il se trouvera toujours des esprits subtils el bizarres qui, par des interprétations forcées, parviendront à en obscurcir le sens et à en esquiver les conséquences. Voilà ce que nous répondent les protestants eux-mêmes, lorsque nous leur objectons l'insuffisance de l'Ecriture sainte pour terminer les contestations en matière de foi. Mais il y a une très-grande différence eutre les disputes qui régnent enlre eux touchant les divers sens de l'Ecriture, el celles qui oui lieu enlre les théologiens catholiques sur les points de doctrine non décidés. Celles-ci ne les divi sont point dans la foi, ne causent entre eux aucun schisme, ils ne se regardent pas mutuellement comme hérétiques dignes d'ana- Ihème; lous ceux qui sont sincèrement catholiques seraient prêts à renoncer à leur sentiment, s'il intervenait une décision de l'Eglise qui le condamnât. Chez les premiers, au contraire, il y a un schisme et une séparation absolue eutre les différentes sectes, elles n'ont ni la même croyance sur des articles qu'elles jugent cependant nécessaires, ni le même culte extérieur, ni la même discipline, el l'on sait qu'elles ont les unes contre les autres autant de haine que contre l'Eglise catholique. — 11 n'aurait pas été besoin de bulles des papes touchant les dernièies contestations sur la grâce, si ceux qui les ont élevées avaient été sincèrement soumis aux décisions du concile de Trente; mais on sail qu'ils en ont quelqu fois parlé avec aussi peu de respect que les protestants; que sur les passages de l'Ecriture sainte et ceux de saint Augustin qui semblent les favoriser, ils ont adopté le sens et les explica-lions des protestants, et qu'ils nous accusen» de semi-pélagiauisme , comme les proie s'.anls en accusent le concile de Trente. C'est dune as^ez mal à propos que ces derniers se glorifient de ce levain de protestantisme que le concile n'a pas pu extirper; s'il avait pu le prévoir, il l'aurait condamné d'avance. 8° Plusieurs de ces décrets qui >onl conçus eu termes Irès-éludiés, et qui, pris à la lettre, sont assez raisonnables, ont un tout autre sens dans la pratique; tels sont ceux qui regardent le purgatoire, l'invocation des saints, le culte des images et des reliques; les théologiens les p.eunenl peut-êire dans le même sens que le concile; mais le peuple, en les suivant, se livre évidemment à l'idolâtrie. — Réponse. Une calomnie cent fois rélulée ne fera jamais honneur à ceux qui la répètent. Les catéchismes destinés à instruire le peuple sont entre les mains de tout le monde; que nos adversaires nous y montrent quelque chose de plus ou de moins-