SV
5° Il y a cependant des essuistes et des confesseurs qui permettent la fréquentation des spectacles; on est en droit de les écouter plutôt que ceux qui la défendent. Si cela était vrai , nous nous contenterions de répondre avec l'Evangile , qae ce sont des aveugles qoi conduisent d'autres aveugles, et que tous doivent tomber dans le précipice, Matth., c. xv, v. 14. Mais c'est une calomnie ; on ne peut citer aucun casuisle qui ail décidé sans restriction que la fréquentation des spectacles est permise et innocente. On a peut-être tiré celte fausse conséquence des principes posés par quelques-uns ; mais ils l'auraient désavouée s'ils avaient prévu l'abus que l'on en fait. Il n'est point de règle plus fausse que de juger de la morale dos confesseurs par la conduite des pénitents. Sait-on ce que les premiers onl fait pour ouvrir les yeux à des aveugles volontaires, et pour ramener au bien des mondains obstinés, les prétextes qu'on leur oppose , les difficultés qu'on leur allègue, les fausses promesses qu'on leur fait, etc.? Au milieu d'une dépravation générale et incurable, ils voient que plusieurs mondains renonceront plutôt aux sacrements et à toute profession du christianisme qu'à l'habitude des spectacles; est-il aisé de choisir entre ces deux extrémités ? Ils gémissent, ils exhortent, ils tolèrent, ils espèrent une résipiscence future, etc. On conclut de là très-mal à propos qu'ils approuvent ou qu'ils permettent la fréquentation des spectacles ; ils sont forcés de tolérer bien d'autres désordres auxquels personne ne veut renoncer. Ce qu'il y a de certain , c'est que tous les pénitents qui veulent sincèrement revenir à Dieu, commencent par s'interdire pour toujours ce pernicieux amusement ; donc il n'est pas vrai que les confesseurs le permettent.
Nous objectera-t-on enfin qu'au mépris des canons, des lois, des censures, il y a des ecclésias'iquesqui ne se font pas scrupule de fréquenter les théâtres? Nous disons hardiment que ces prévaricateurs n'ont rien d'ecclésiastique que l'habit, et qu'ils ne le portent que pour le déshonorer; que si les premiers pasteurs jouissaient encore de leur ancienne autorité, ils les puniraient elles forceraient d'observer les bienséances de leur élat. Mais dans un temps de vertige auquel les incrédules onl répandu de toutes parts une morale pestilentielle, où l'on ne connaît poinl de plus grande satisfaction que de braver les lois, où les mondains ne font accueil qu'à ceux qui se conforment à leurs mœurs, il n'est pas étonnant que le poison ait infecté plusieurs de ceux qui étaient destinés par leur élat à en arrêter les funestes influences. Voy. Discipline et Lois ecclésiastiques (1).
SPINOS1SME, système d'athéisme imaginé par Benoît Spinosa, juif portugais , mort en Hollande l'an 1677, a 44 ans. Ce système est aussi nommé panthéisme, parce qu'il consiste a soutenir que l'univers, rèwSv, est Dieu, ou
(1) Voy. le Dictionnaire de Tlic-dogio morale
SIM
Si'l
qu'il n'y <1 point d'antre Dieu que l'universnlilé des êtres. D'où il s'ensuit que tout ce qui arrive est l'effet nécessaire des lois éternelles et immuables de la nature, c'est-à-dire d'un être i n li n i et universel, qui existe et qcri agit nécessairement. Il est aisé d'apercevoir les conséquences absurdes et impies qui naissent de ce système. On voit d'abord qu'il consiste à réaliser des abstractions, et. à prendre tous les termes dans un sens faux et abusif. L'être en général, la substance en général, n'existent point; il n'y a dans la réalité que des individus et des natures individuelles. Tout être, toute substance, toute nature, est ou corps ou esprit, et l'un ne peut être l'autre. Mais Spwosa pervertit toutes ces notions, il prétend qu'il n'y a qu'une seule substance, de laquelle la pensée et l'étendue, l'esprit et le corps sont des modifications; que tous les êtres particuliers sont des modifications de l'être eu général. Il su Ait de consulter le sentiment intérieur, qui est le souverain degré do l'évidence, pour être convaincu de l'absurdité de ce langage. Je sens que je suis moi et non un autre, une substance séparée de toute autre, un individu réel , et non une modification; que mes pensées, mes volontés, mes sensations, mes affections, sont à moi, et non à un autre, et que celles d'un autre ne sont pas les miennes. Qu'un autre soit un être, une substance, une nature aussi bien que moi , celte ressemblance n'est qu'une idée abstraite, une manière de nous considérer l'un l'autre , ma:s qui n'établit point l'identité ou une unité réelle entre nous. Pour prouver le contraire, Spinosa ne fait qu'un sophisme grossier. « Il ne peut y avoir, dil-il, plusieurs substances de même attribut ou de différents attributs ; dans le premier cas, elles ne seraient point différentes, et c'est ce que je prétends ; dans le second, ce seraient ou des attributs essentiels ou des attributs accidentels : si elles avaient desattiibuts essentiellement différents , ce ne seraient plus des substances ; si ces attributs n'étaient qu'accidentellement différents, ils n'empêcheraient point que la substance ne fût une et indivisible.» On aperçoit d'abord que ce raisonneur joue sur l'équivoque du mot tnrme et du mot différent, et que. son svslème n'a point d'autre fondement. Noos soutenons qu'il y a plusieurs substances de même attribut, ou plusieurs substances dont les unes diffèrent essentiellement, les autres a cidentellement. Deux hommes sont deux substances de même attribut , ils ont même nature et même essence, ce sont deux individus de même espèce, mais il ne sont pas le m me; quant au nombre, ils sont différents, c'esl-â-dire distingués. Spinosa confond l'identité de nature ou d'espèce , qui n'est qu'une ressemblance, avec l'identité individuelle, qui est l'unité; ensuite il confond la distinction des individus avec la différence des espèces : pilovable logique ! au contraire, un homme et une pierre sont deux substances de différents attributs, dont la nature, l'essence, l'espèce, ne sont point lesmêtnesou
ne se ressemblent point. Cela n'empêche pas qu'un homme et une pierre n'aient l'attribut commun de substance; tous deux subsistent à part cl séparés de tout autre être; ils n'ont besoin ni l'un ni l'autre d'un suppôt, ce ne sont ni des accidents ni des modes ; s'ils ne sont pas des substances, ils ne sont rien. Spinosa et ses partisans n'ont pas vu que l'on prouverait qu'il n'y a qu'un seul mode, une seule modification dans l'univers, par le même argument dont ils se servent pour prouver qu'il n'y a qu'une seule substance; leur système n'est qu'un tissu d'équivoques et de contradictions. Ils n'ont pas une seule réponse solide à donner aux objections dont on les accable.
Le comte de Boulainvilliers, après avoir fait tous ses efforts pour expliquer ce système ténébreux et inintelligible, a été forcé de convenir que le système ordinaire qui représente Dieu comme un Etre infini, distingué, première cause de tous les êtres, a de grands avantages et sauve de grands inconvénients. Il tranche les difficultés de l'infini qui paraît divisible et divisé dans le spinosisme; il rend raison de la nature des êtres; ceux-ci sont tels que Dieu les a faits , non par nécessité, mais par une volonté libre ; il donne un objet intéressant à la religion, en nous persuadant que Dieu nous tient compte de nos hommages; il explique l'ordre du monde, en l'attribuant à une cause intelligente qui sait ce qu'elle fait; il fournit une règle de morale qui est la loi divine, appuyée sur des peines et des récompenses; il nous fait concevoir qu'il peut y avoir des miracles, puisque Dieu est supérieurà toutes les lois et à toutes les forces de la nature, qu'il a librement établies. Le spinosisme au contraire ne peut nous satisfaire sur aucun de ces chefs, et ce sont autant de preuves qui l'anéantissent.
Ceux qui l'ont réfuté ont suivi différentes méthodes. Les uns se sont attachés principalement à. en développer les conséquences absurdes. Dayle en particulier a très-bien prouvé que, selon Spinosa, Dieu et l'étendue sont la même chose ; que l'étendue étant composée de parties dont chacune est une substance particulière, l'unité prétendue de la substance universelle est chimérique et purement idéale. Il a fait voir que les modalités qui s'excluent l'une l'autre, telles que l'élendue et la pensée, ne peuvent subsister dans le même sujet; que l'immutabilité de Dieu est incompatible avec la division des parties de la matière et avec la succession des idées de la substance pensante; que les pensées de l'homme étant souvent contraires les unes aux autres, il est impossible que Dieu en soit te sujet ou le suppôt. Il a montré qu'il est encore plus absurde de prétendre que Dieu est le suppôt des pensées criminelles, des vices et des passions de l'humanité : que, dans ce système, le vice cl la vertu sont des mots vides de sens ; que, contre la possibilité des miracles, Spinosa n a pu alléguer . que sa propre thèse, savoir la nécessité de toutes choses Ihèse non proQrée cl dont on
SPI
SH
ne peul pas seulement donner la notion; qu'en suivant ses propres principes, il ne pouvait nier ni les esprits, ni les miracles, ni les enfert; Dict. crit. Spinosa.
Dans l'impuissance de rien répliquer de solide, les spinosistes se sont retranchés à dire que Bavle n'a pas compris la doctrine de leur maître, et qu'il l'a mal exposée. Mais ce critique, aguerri à la dispute, n'a pas été dupe de cette défaite, qui est celle de tous les matérialistes; il a repris en détail toutes les propositions fondamentales du système, il a déQé ses adversaires de lui en montrer une seule dont il n'eût pas exposé le vrai sens. En particulier, sur l'article de l'immutabilité et du changemeut de la substance, il a démontré que ce sont les spinosistes qui ne s'entendent pas eux-mêmes ; que, dans leur système, Dieu est sujet à toutes les révolutions et les transformations auxquelles la matière première est assujettie selon l'opinion des préripatéticiens ; Ibid. rem.