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renoncer au démon, à ses pompes el à ses œuvres. On refusait ce sacrement aux acteurs dramatiques qui ne voulaient pas quitter leur profession, et on les excommuniait, si, après l'avoir quittée, ils y retournaient. A mesure que le christianisme s'est établi, les théâtres sont tombés, et il n'y a pas encore trois siècles que l'on a commencé parmi nous à les relever.
On nous répond que chez les païens les spectacles étaient beaucoup plus licencieux qu'ils ne sont aujourd'hui ; que les Pères ont parlé principalement des jeux du cirque et des combats de gladiateurs , dont il ne reste plus aucune trace. C'est une fausseté. Tertullien ne condamne pas avec moins de rigueur la comédie el les pantomimes que les autres spectacles ; il demande aux chrétiens par dérision, si c'est en respirant par tous leurs sens les attraits de la volupté, qu'ils font l'apprentissage du martyre. Du temps de saint Jean Chrysostome el de saint Augustin, sous le règne de Théodose et de ses enfants, les spectacles sanglants ne subsistaient plus ; Constantin , premier empereur chrétien, les avail défendus, el sa loi fut exécutée.
Bayle , dans ses Nouvelles de la République des Lettres, avait fait beaucoup valoir cette prétendue correction du théâtre moderne ; mais, ouîre qu'il est prouvé que les pièces de Piaule el de Térence ne sont pas plus licencieuses que plusieuis drames que l'on joue aujourd'hui , l'on a répondu que les obscénités déguisées sous un voile transparent n'en sont que plus dangereuses; Bayle lui-même en est convenu ailleurs. Le P. Porée , jésuite , dans un discours latin ; l'auteur d'une leitre sur l'article Genève de l'Encyclopédie; Y Espion chinois, dans ses lettres, etc., ont fait voir que la comédie, en corrigeant des ridicules , a fait naître des vices, el qu'elle est une des principales causes de la corruption des mœurs actuelles. De même que la peinlure des mœurs devient plus pernicieuse, à mesure que celles-ci se dépravent , ainsi à leur tour les mœurs se corrompent à l'imitation des modèles que l'on présente sur le théâtre. Un drame de nos jours a été justement censuré par tous les sages, précisément parce qu'il a peint toi hummes tels qu'ils sont. Pour se dédommager d'un reste de décence que nos auteurs dramatiques sont encore forcés d'observer, ils se sont permis de lancer des sarcasmes contre la religion, el c'est le plus célèbre de nos incrédules qui eu a donné le premier l'exemple.
Si l'on nous demande en qui endroit de l'Evangile les spectacles sont expressément défendus, non citerons hardiment ces paroles de Jésus-Christ , Malth. , c. v , v. 28 : Quiconque regardera une femme pour exciter en lui un désir impur, a déjà commis l'adultère dans son cœur. C. xvîii, v- 7 : Malheur au monde, par les scandales qui y régnent; el par celles de sainl Paul, Ephes. , c. v, v. 3 cl b : Que l'on n'entende jamais parmi vous de railleries , de paroles bouffonnes ou ol/~
DlCT. DE T;lÉOL. DOGMATIQUE. IV
scènes; elles ne conviennent point à des hommes destinés à être saints. Le goût, la coutume, les prétextes, l'exemple, quelque général qu'il soit, ne prescriront jamais contre ces lois.
Le P. Lebrun avait écrit d'une manière très-sensée contre les spectacles, et en avail fail connaître tout le danger; c'était un pré- Ire, on n'avait point de raisons solides à lui opposer ; on ne lui a répondu qu'en affectant de le mépriser. Mais M. de Boissy n'était ni prêire, ni théologien, ni casuiste, el ses lettres contre les spectacles en sont à la sixième édition. Boileau a peint l'opéra comme une école de libertinage ; on ne s'en esl pas dégoûté pour cela. Un déiste célèbre a démontré que la comédie ne vaut pas mieux, il n'a eu pour contradicteurs que des auteurs dramatiques engagés par inlérêt à soutenir l'innocence de leurs ouvrages; on lui a répondu par des personnalités, par des sarcasmes, et non par des raisons.
Pour braver tous ces écrivains, on a doublé et triplé le nombre des spectacles; les plus grossiers ont été protégés ; on a travaillé les jours de fêtes et de dimanches à construire el à décorer ces lemplesdu vice; aucune ville ne peul plus s'en passer : ainsi la victoire est demeurée du côté des poètes et des acteurs. A en juger par le degré de considération dont ils jouissent déjà, nous devons nous attendre à leur voir accorder bientôt des lettres de noblesse, pour les consoler de l'infamie qui leur était imprimée par les lois romaines et par les canons de l'Eglise. Dès à présent, parmi ceux que l'on appelle honnêtes gens, la fréquentation des théâtres esl censée faire partie essentielle de l'éducation de la jeunesse.
Mais on a de grandes objections à nous faire, il faut les écouter. 1" Nous avons besoin de délassement ; un homme de cabinet, fatigué par le travail et par les affaires, ne peut pas se procurer un amusement quand il le voudrait ; il en trouve un tout prêt à une heure marquée ; lui fera-t-on un crime de s'y livrer? Non, si c'est un amusement honnête, et dans lequel il n'y ait aucun danger pour la verlu ; mais il faut commencer par prouver que les spectacles sont de ce genre. Siècle malheureux , dans lequel de grands enfants ne savent plus se distraire innocemment 1 Comment faisaient nos pères lorsqu'ils n'avaient pas des troupes d'histrions à leurs ordres? Nous voudrions sa* voir de quel délassement ont besoin des hommes oisifs toute leur vie; ce sont là les principaux piliers des spectacles. Tertullien répondait, il y a quinze cents ans, que le spectacle de l'univers fournit à un homme sensé des objets plus dignes de l'occuper et de le distraire, que tout ce qu'il peut voir et entendre au théâtre. Toute celle objecîion dans le fond se réduit à dire : Nous sommes ignorants , désœuvrés , dépravés ; donc il nous faut des spectacles. Corrigez- vous, et vous n'en aurez plus besoin. Tel qui s'en est fait un besoin par l'habitude, laisse de cêté les affaires les plus essentielles, les dê-
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voirs le9 plus sacrés de son emploi, les intérêts du prochain les plus précieux, pour no pas manquer à l'heure du spectacle. — 2° Un homme , dil-on , paraît singulier et biz;irre, lorsqu'il n'y assiste pas. Heureuse singularité que celle qui nous dislingue d'une génération corrompue 1 Un homme de bien, un bon chrétien fut toujours remarquable dans un siècle pervers. Mais viendra le jour auquel les esclaves de la mode et de la coutume diront en parlant des justes : Voilà ceux dont nous nous sommes autrefois moqués, et que nous avons couverts de ridicule. Insensés que nous étions ! nous regardions leur conduite comme une folie et comme un travers méprisable : les voilà aujourd'hui placés parmi les enfants de Dieu, et leur sort ett arec les saints. Cest donc nous qui nous sommes égarés, qui n'avons connu ni la vérité, ni la justice, etc., etc. (Sap. v, 3). — 3° Je ne reçois, nous dit-on encore, aucune impression fâcheuse de ce que je vois ni de ce que j'entends au spectacle. Cela peut être; l'habitude du poison peut en diminuer insensiblement les effets : la question est de savoir s'il est jamais louable de s'y accoutumer. Mais une conscience dél.cale s'y trouverait souvent blessée. Comme la plupart des spectateurs ont contracté d'avance les mœurs dont ils voient le tableau, ils n'en sont pas fort émus. Us se trouvent là comme chez eux ; le langage de la scène est à peu près celui de leurs conversations, et ils ne reconnaissent dans les acteurs que les hommes do leur société. Si le vice, devenu presque général , perd enfin toute sa noirceur, nous serons forcés d'avouer qu'il est désormais inutile de vouloir en détourner les hommes. Mais nous voyons en eux le monde tel que Jésus-Christ l'a représenté, le monde qui n'a pas voulu le reconnaître , Joan., c. i, v. 10 ; qui a fermé les yeux à la lumière, c. m, v. 19 ; qui ne peut pas recevoir son esprit, c. xiv, v. 17, duquel il a séparé ses disciples , et duquel il a encouru la haine, c. xv,'v. 18 et 19; qui a regardé son Evangile comme une folie, / Cor., c. i , V. 18, etc. — 4° Plusieurs drames renferment une très-bonne morale païenne sans doute ; pour la morale chrétienne, elle y serait très-déplacée. Quelques tirades de morale so-sl le palliatif nécessaire pour faire passer les maximes f.jusses et pernicieuses, les obscénités et les images du vice qui viennent à la suite. Dans le siècle dernier, pour rendre le théâtre moins odieux, l'on mit sur la scène des tragédies tirées de l'Ecriture sainte ; aujourd'hui que l'on ne veut plus entendre parler de Dieu ni de ses saints , on n'aura plus recours à cet expédient, les spectacles universellement accrédités n'en onl plus besoin, et ce sera une profanation de inoins. 11 reste toujours à savoir si des chrétiens seront jugés de Dieu selon la morale du théâtre, ou selon les règles de l'Evangile. Quant à ceux qui ne croient plus de Dieu m d'autre vie, nous n'avons rien à leur dire ; nous ne parlons ici qu'à ceux auxquels il teste encore quelques principes de religion
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et de crainte de Dieu.