‹ Œuvres completes de BergierChapitre 212 sur 255 · PRINCIP. DE MOU · texte numérisé non relu

PRINCIP. DE MOU

de> citoyens. C'est ainsi gue les républiques dos pirates des côtes d'Afrique, quoiqu'elles

semblent avoir en vue d'opprimer et de dépouiller les autres, se proposent, comme les autres Etats , la sûreté de leurs citoyens, et en conséquence elles cherchent non-seulement a se mettre à l'abri des attaques du dehors, mais elles rendent encore aux citoyens auxquels on a fait quelque tort une justice très-rigoureuse.

6G. Par la fin des sociétés civiles, et par

nion des époux, ni apporter quelque obstacle les moyens qu'elles emploient, on peut juger

à l'éducation des enfants, ni diminuer le profit que le père de famille a droit d'attendre du travail des serviteurs.

nAPITRE VI'.

De l'origine îles sociétés civiles, ot des différentes formes de gouvernements.

G3. Si on examine les choses avec attention, on trouvera que c'est l'injuste violence des brigands qui a été l'origine ot la cause occasionnelle de la fondation des Etats. Dans l'état de nature, tous les hommes étant égaux et jouissant d'une pleine liberté, et tel étant le caractère des brigands qu'ils veulent dominer sur les autres, et les dépouiller de ce qui leur appartient, il a dû arriver nécessairement que plusieurs pères de familles de ce caractère aient joint leurs forces pour assujettir les autres. Et comme une grande société devient nécessairement une espèce de gouvernement, il a été nécessaire que celle troupe de brigands se soit donné un chef, et lui ait prescrit une certaine forme de souveraineté; et que de 15 il soit né une société civile, ou Etat; car un Etat n'est autre chose qu'une multitude d'hommes rassemblés pour leur sûreté, sous la conduite d'un chefqui les commande.

64. Ceux mômes qui, parmi les pères de famille, aimaient le plus Injustice, craignant quelque violence de la part des brigands attroupés, ne purent employer d'autre remède que d'opposer la force à fa force. Or, comme un petit nombre de familles ne suffisait pas pour arriver à cette fin, la nécessité d un côté, la méchanceté de l'autre, contraignirent les hommes à se réunir en société. Ainsi les pères de famille, gens de bien et aimant la justice , durent joindre leur force dans la crainte des méchants, et se rassembler aussi sous un commun gouvernement, et former par conséquent une société civile, ou un Etat.

05. Ainsi les Etals ou gouvernements politiques ont dû avoir une double origine. Mais de même que souvent des choses qui ont eu une origine vicieuse sonl ensuite réformées et deviennent bonnes, qu'au contraire, celles qui ont été bonnes dans l'origine dégénèrent, il a pu se faire que des associations de brigands devinssent des gouvernements légitimes, et qu'à leur tour des gouvernements légitimes devinssent des associations de brigands. Cependant dans les uns et dans les autres la lin, par rapport aux citoyens, a toujours été la même, c'est-à-dire qu'ils ont eu également pour but la sûreté

OEtJVRES COMPLÈTES WE BehGIKK. I.

des droits et des devoirs des associés qui les composent : c'est de faire toutes les choses sans lesquelles ils ne pourraient arriver à celte fin commune, qui est la sûreté des citoyens. Et comme la violence, ennemie de la sûreté des citoyens, consiste dans les forces rassemblées des brigands, il est indispensable à ceux qui veulent se mettre à l'abri de ceux-ci d'unir aussi leurs forces en une société plus grande, capable de repousser les attaques de voisins mal intentionnés.

G7. L'Etat ne consiste donc pas dans le territoire, dans les villes, les murs, les maisons, mais dans les hommes. Et il n'est pas nécessaire qu'un nombre de familles se réunissent pour former un Etat : il suffit qu'il y ait un nombre de personnes, et qu'elles aient assez de forces pour vaincre l'ennemi, ou assez d'adresse pour le surprendre.

.-68. Comme dans toutes les sociétés on ne doit concevoir qu'une seule et même volonté, qu'un seul et même entendement, il faut en dire autant de l'Etat ou gouvernement civil. Et comme tous les membres associés ne peuvent ni entendre ni vouloir une même fin, qu'autant qu'an ou plusieurs d'entre eux seront chargés d'examiner la fin et les moyens, il est évident que les citoyens d'un Etat doivent soumettre leurs volontés soit h un seul, soit à plusieurs personnes, et qu'ainsi celui-là, ou ceux-là, commandent à qui les citoyens ont soumis leurs volontés.

G9. Par conséquent, il ne peut y avoir que trois sortes de gouvernements. Lorsque tous les citoyens soumettent leur volontés à un seul, l'Etat est alors une monarchie; une royauté, ou une principauté; si c'est a plusieurs, c'est une aristocratie ; si c'est la volonté de la multitude oui décrète comme volonté de l'Etat entier, c est un gouvernement populaire, ou une démocratie.

70. Mais soit qu'un seul ou plusieurs, ou tous commandent, si quelqu'un s'empare injustement de l'Etat, il y a alors tyrannie, oligarchie ou ochlocratie. Polybe observe que ces formes vicieuses ressemblent beaucoup aux formes régulières, cl que celles-ci dégénèrent faiblement en celles-là. Nous dirons avec plus de justesse que la tyrannie, l'oligarchie et l'ochlocralie, ne sont point des formes de gouvernement, mais des abus et des maladies du corps politique, qui affaiblissent les espèces et ne les multiplient pas.

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