‹ Œuvres completes de BergierChapitre 43 sur 255 · SCR LÀ POSSIBILITÉ D'UNE RÉVÉLATION SURNATURELLE · texte numérisé non relu

SCR LÀ POSSIBILITÉ D'UNE RÉVÉLATION SURNATURELLE

Monsieur,

Dans la cause du souverain , qui est celle de l'Etat, tout sujet est né soldat ; lorsque la religion est en péril, tout chrétien est obligé de rendre témoignage de sa foi (/ Petr. ni, 15); quand l'honneur d'un corps est attaqué, chacun de ses membres est en droit de venger sa réputation. 11 semble que vous n'avez pris la plume que pour outrager le christianisme, le gouvernement, le clergé : de si puissants intérêts ne peuvent être abandonnés sans crime. Lors même que vous feignez de vouloir seulement, vous défendre, vous attaquez tout le genre humain : se pourrait-il faire que personne ne se crût assez fort pour repousser des traits lancés au hasard ? Persuadé que vous êtes iait pour dire au public des vérités dures, vous ne devriez pas être surpris si quelqu'un, par reconnaissance, prenait enfin la liberté de vous dire ies vôtres.

Quelle prise ne donnez-vous pas à la satiry, par le récit burlesque de vos aventures, et de ce que vous appelez la bizarrerie de votre destinée ? ( Lettre à M. l'archevêque de Paris, pag. 1. ) Cette bizarrerie, Monsieur, n'est une énigme que pour vous; et vous pourriez en trouver l'application en vous-même, pour peu que vous voulussiez vous examiner avec impartialité. Dans vos divers ouvrages il y a ordinairement un peu de bien et beaucoup de mal, quelques vérités et beaucoup d'erreurs ; tout cela revêtu des plus brillantes couleurs, il n'est donc pas étonnant que vous ayez eu des admirateurs et des ennemis , des partisans et des censeurs, des prospérités et des revers. Depuis environ vingt siècles que la place de Diogène était vacante , vous vous êtes présenté pour lui succéder; qui eût osé vous disputer ce privilège? Comme lui, vous affichez le mépris pour les hommes, la haine contre leurs lois, leurs sentiments, leurs usages; comme lui, sous un extérieur de

modestie, vous laissez apercevoir un fond d'orgueil et de malignité; comme lui, vous affectez une pauvreté fastueuse. Ne poussons pas plus loin le parallèle. Est-ce donc une merveille que vous ayez été recherch-é à la cour ? L'homme que vous copiez amusa quelques moments le loisir d'Alexandre. La curiosité, il est vrai, est un mouvement aussi peu durable qu'il est vif quelquefois ; c'est aussi, à le bien prendre, tout ce que mérite la singularité.

Mais, Monsieur, supprimons les personnalités. Si je commence par des reproches qui peuvent vous paraître offensants, c'est contre mon inclination, et uniquement pour vous montrer qu'il ne serait pas difficile de vous répondre sur le ton indécent que vous avez pris. A Dieu ne plaise que j'imite votre exemple 1 je voudrais pour l'honneur des lettres, pour votre propre gloire, que vous ne l'eussiez jamais donné. Un stylo aigre, mordant, passionné, peut convenir à ceux qui attaquent la religion; ils ne sont pas scrupuleux sur le choix des armes • on ne le pardonnerait point à ceux qui la défendent. Nous sommes également redevables aux plus sages 'et ià ceux qui le sont le moins (1). C'est en souffrant et en plaignant ceux-ci, qu'il faut essayer de les guérir.

Je rends justice à vos talents; je respecte les vertus morales dont vous faites profession; j'applaudis au zèle que vous faites paraître pour les grandes vérités de la religion naturelle ; je vous passe les saillies de votre humeur, niais je ne dois aucun ménagement à vos opinions. Vous me permettrez d'en démontrer la fausseté et les pernicieuses conséquences, avec toute i;i force dont je puis être' capable.

Malheureusement, vous n'avez pas en moi un adversaire fort redoutable : c'est pour la première fois que j'ose entrer en lice. Je suis, peut-être, un de ces cuistres en petit collet, un de ces chétifs habitués de paroisse, que vous traitez si mal. Mais les qualités sont étrangères au sujet qui va nous occuper. Fussiez-vous cent fois plus grand, et moi cent ibis plus petit, vous pourriez, par

(1) Sapienîibus et insipkntibus debitor sum. (Iiom. xm, 14.)

hasard, avoir tort, tandis quo j'aurais rai- plutôt à la magie, ajoutez-vous fièrement,

son. Sans avoir autant d'esprit que vous on en peut avoir assez pour vous faire voir que vous vous trompez. Non, Monsieur, je ne possède point le talent dangereux d'éblouir les lecteurs, de déguiser le faux sous Ips apparences du vrai; je n'ai point ce style brillant, nerveux, tranchant, qui vous distingue, ni cette intrépidité qui vous fait envisager de sang-froid les conséquences absurdes de vos principes : je n'ai pour moi

que de reconnaître la voix de Dieu dans des leçons contre la raison. (Lettre, page 10G.) Vous ne seriez pas le premier qui aurait cru à la magie sans croire en Dieu ; mais ce n'est pas de quoi il s'agit. Enfin, vous déclarez nettement qu'il est impossible de croire des mystères.

Votre axiome fondamental est cette proposition : Dieu ne peut nous révéler, et nous ne pouvons croire que ce qui est démontre

que la raison et la vérité; si elles triomphent «rat*. (Emile, tome II, p. 322.) Toute votre imr une plume aussi peu aguerrie que la Lettre à M. V archevêque de Paris , toute la

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mienne, elles en auront tout l'honneur

Pour entrer en matière, commençons par nous tracer un plan suivi des questions que nous avons à traiter, et qui seront l'obiet d'autant de lettres. Nous examinerons dans la première, ce que Dieu peut ou ne peut pas nous révéler, ou, si vous voulez, la possibilité d'une révélation surnaturelle; dans la seconde, sa nécessité; dans la troisième, nous en verrons l'existence et les preuves; dans la quatrième, nous chercherons quelle est la voie par laquelle Dieu veut nous la faire connaître : c'est l'autorité de l'Eglise; dans la cinquième, jusqu'où

profession de foi du Vicaire savoyard, dont cette lettre est l'apologie, ne consistent qu'à développer les conséquences de ce faux principe; une courte analyse convaincra le lecteur de ce fait, qu'il est essentiel d'établir.

Dieu ne peut nous révéler, et nous ne devons croire que ce qui est démontré vrai. Comme la doctrine catholique sur la chute de l'homme et le péché originel effarouche votre raison, vous l'avez rejetée pour lui substituer ce dogme fondamental , que l'homme est un être naturellement bon, aimant la justice et l'ordre, et qu'il n'y a point

s'étend cette autorité, et quelle doit être la de perversité originelle dans le cœur humain.

C'est ^ur cette maxime que vous avez bâti votre nouveau plan d'éducation; et vous ,? déclarez ainsi dans votre Lettre, page 15 et suivantes.

Nous ne devons croire que ce qui est démontré vrai. Un enfant n'étant pas encore capable de comprendre les démonstrations sur lesquelles sont appuyés la croyance d'un Dieu, d'une vie à venir, et les principes des mœurs, vous avez conclu que l'on ne devait en parler aux enfants que dans un âge avancé , lorsque le jugement est développé et la raison formée ; que l'éducation contraire qu'on leur donne est vicieuse ; qu'il la faut changer, et suivre celle que vous proposez. {Emile, tome 1er, page 179; tome II, p. 321; Lettre, page 25 et suivantes.)

Nous ne devons croire que ce qui est démontré vrai. Or, la création proprement dite, loin d'être démontrée, est inconcevable, et sujette à des difficultés infinies; aussi avez-vous travaillé à nous en faire

tolérance en matière de religion ; nous par lerons dans la sixième des abus réels ou supposés que l'on impute à la révélation; nous discuterons dans la septième deux dogmes particuliers que vous avez révoqués en doute, la création et la chute de l'homme ; dans la huitième, nous ferons quelques réflexions sur la manière d'instruire, et sur le plan d'éducation que vous proposez; ('ans la neuvième, sur l'accord du christianisme avec la saine politique; dans la dixième, sur votre apologie, et sur les accusations formées contre vous; enfin, vos Lettres écrites de la montagne seront le sujet de la onzième et de la douzième.

Je me propose de ne laisser aucune difficulté sans réponse; mais vous me dispenserez, s'il vous plaît, de vous suivre exactement dans vos écarts; ils sont ordinaires aux grands génies : en marchant, ils regardent à droite et a gauche, et cela est quelquefois cause qu'ils ne voient plus devant eux; pour moi, qui crains de m'égarer, je

m'assujettis aune route certaine, et je tâche douter. (Emile, tome III, page 8G; Lettre,

de rétablir l'ordre dans une matière où vous page 45 et suivantes.)

avez mis beaucoup de confusion. Nous ne devons croire que ce qui est de-

Examinons d'abord le principe sur le- montré vrai. Conséquemmcnt vous déclarez

quel porte tout votre système de religion, dans votre profession de foi que vous êtes

qui est la base de tous"vos raisonnements, chrétien selon l'Evangile, mais sans tour-

que supposent toujours les incrédules, et menter votre raison sur ce qui vous y pa-

qu'i's n'ont jamais prouvé. Ce principe est, (pue Dieu ne peut nous prescrire d'autre religion que celle dont notre raison nous démontre les dogmes ; qu'il ne peut nous enseigner une doctrine qui nous parait absurde et contradictoire. Le Dieu que j'adore, dites-vous, n'est point un Dieu de ténèbres; il ne m'a point doué d'un entendement pour m'en interdire l'usage : me dire de soumettre ma raison , c'est outrager son auteur. (Emile, ioiuc 111, p. l'JO. ; Je croirais

raît obscur; que vous prenez l'Ecriture et la raison pour les règles de votre croyance. Vous soutenez que la foi des mystère , est une hypocrisie; que toutes les religions qui se disent révélées ont beaucoup fait do mal à l'humanité. (Lettre, page 56 et suivantes.)

Nous ne sommes obligés de croire que ce qui est démontré vrai. Par conséquent , il y a de l'injustice à obliger quelqu'un à croire ce qui ne lui est point démontré, et a pro-

oeuvres complètes de rergier.

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