‹ Œuvres complètes de Bernard PalissyChapitre 19 sur 32 · DV MASCARET · texte numérisé non relu

DV MASCARET

veu en hyiier ; aussi sçais-ie bien que la terre qui fait diuisien entre la Dourdongne et la Garonne , fait vne pointe entre Bordeaux etBIaye, là où les deux riuieres se rencontrent, laquelle pointe, viz à viz de Bourg, l’on appelle le bec d’Ambez. le me suis trouué quelquefois en laditte pointe où il y a plusieurs maisons ou métairies, lesquelles sont fondées sur la terre , parce que s’ils creusoyent pour faire fondement , ils trouueroyent l’eau qui les empescheroit de bastir, et ne faut douter qu’il n’y aye un grand pays de ladite pointe qui est soutenu par les eaux d’vn bout , et de l’autre bout elle est arrestée par les terres fermes deuers le costé du haut pays ; cela ay-ie conneu , par ce qu’en me secouant sur lesdittes terres ie faisois bransler tout alentour de moy, comme si c’eust esté vn plancher : ie voyois aussi qu’au mois d’Aoust et de Septembre , les terres de laditte pointe sont fendues de fentes si grandes que bien souuent la iambe d’un homme y pourroit entrer ; cela me fait croire et assurer que le mascaret n’est causé sinon de l’aër enclos, ce que i’ay aussi conneu par autres exemples des pluyes qui tombent des couuertures des maisons és ruisseaux , et forment par les vents vne vessie ronde , laquelle se creue 'quand le vent en est sorty. Fay aussi plusieurs fois contemplé les sources naturelles, lesquelles amènent en cas pareil des vents enclos formés en globe , qui tiennent leurs formes rondes iusques à ce que l’a’ér les ait creuées : puis que tu vois que l’aër estant poussé par la pesanteur des eaux, a puissance d’esleuer vne si grande quantité desdites eaux, tu peux connoistre par là que telles choses ou semblables peuuent engendrer vn tremblement de terre , non pas si grand comme les trois matières desquelles i’ay traité au discours escrit en ce liure , sur les faits des causes du tremblement,

DES MÉTAVX

AV LECTEVR,

-MI lecteur, le grand nombre de mes iours et la diuersité des hommes m’a fait connoistre les diuerses affections et opinions indicibles qui sont en l’vniuers : entre lesquelles i’ay trouué l’opinion de la multiplication , génération et augmentation des métaux, plus inueteree en la ceruelle de plusieurs hommes que nulle des autres opinions. Et par ce que ie sçay que plusieurs cherchent ladite sçience sans penser en fraude ny malice , ains pour vne asseurance qu’ils ont que la chose est possible : cela m’a causé protester par cest escrit que ie n’entens aucunement blasmer trois maniérés de personnes. Sçauoir est les seigneurs, qui pour occuper leurs esprits et par maniéré de récréation, sans estre menez d’affection de gaing illégitime. Les seconds sont toutes especes de physiciens, ausquels est requis de connoistre les natures. Les troisièmes sont ceux qui ont le pouuoir, et qui croyent la chose estre possible, et qui pour rien ne voudroyent en abuser. Et parce que, i’ay entrepris de parler contre vn milier d’autres qui sont indignes d’vne telle science , et totalement incapables , à cause de leur ignorance et peu d’experience. Aussi parce qu’ils n’ont le pouuoir de supporter les pertes des fautes qui suruiennent, ils sont contraincts abuser de teintures extérieures et sophistications de métaux. Pour ces causes ay-ie entrepris de parler viuement , auec prennes inuincibles, ie dis inuincibles à ceux desquels ie parle, et s’il y a quelqu’vn qui aye tant fait par son labeur qu’il ait esmeu la chanté de Dieu à luy reue- 1er un tel secret, ie n’entend parler de tels personnages ; Mais au contraire, d’autant que la capacité de mon esprit ne peut s’accommoder à croire que telle chose se puisse faire, lors que ie verray le contraire, et que la vérité me redarguera, ie confesseray qu’il n’y a rien plus ennemy de science que les ignorans, entre lesquels ie n’auray point de honte de me mettre au premier rang, en ce qui consiste la génération des me-

RT ALCHIMIE

taux. Et s’il y a quelqii’vn à qui Dieu aye distribué ce don, qu’il excuse mon ignorance : car suyuant ce que i’en croy ie m’en vay mettre la m^in à la plume, pour poursuyure ce que i’en pense , ou pour mieux dire , ce que i’en ay apris auec vn bien grand labeur, et non pas en peu de iours , ny en la lecture de diuers liures : Ains en anatomizant la matrice de la terre , comme Ton pourra voir par mon discours cy apres.

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