‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 1 sur 264 · Oeuvres complètes de Berquin · texte numérisé non relu

Oeuvres complètes de Berquin

Cet ouvrage a le double objet d'amuser les enfans , et de les porter naturellement à la vertu , en ne l'offrant jamais a leurs yeux que sous les traits les plus aimables. Au lieu de ces fictions extravagantes et de ce merveilleux bizarre dans lesquels on a si longtemps égaré leur imagination , on ne leur présente ici que des aventures dont ils peuvent être témoins chaque jour dans leur famille. Les sentimens qu'on cherche a leur inspirer ne sont point au-dessus des forces de leur ame : on ne les met en scène qu'avec euxmêmes, leurs parens , les compagnons de leurs jeux, les domestiques qui les entourent , les animaux dont la vue leur est familière. C'est dans leur langage simple et naïf qu'ils s'expriment.

Intéressés dans tous les événemens,

ils s'y abandonnent à la franchise des mouvemens de leurs petites passions.

Ils trouvent leur punition dans leurs propres fautes, et leur récompense dans le charme de leurs bonnes actions. Tout y concourt à leur faire aimer le bien pour leur bonheur , et à les éloigner du mal, comme d'une source d'humiliations et d'amertumes.

Il est inutile d'observer que cet ouvrage convient également aux enfans des deux sexes. La différence de leurs goûts et de leurs caractères n'est pas encore assez marquée a cet âge pour exiger des traits différens. D'ailleurs on a eu l'attention de les réunir , le plus souvent qu'il a été possible, pour contribuer à faire naître cette union et cette intimité qu'on aime tant à voir régner entre des frères et des sœurs.

On a cherché à répandre de la variété entre les divers morceaux qui doivent composer chaque volume. Il n'eu est aucun dont on n'ait d'abord essayé l'effet sur des enfans d'un âge et d'une intelligence plus ou moins avancés-, et l'on a retranché tous les traits qui semblaient ne pas les intéresser vivement.

B y aura dans chacun des volumes un et quelquefois plusieurs petits drames , dont les principaux personnages seront des enfans, afin de pouvoir leur faire acquérir de bonne heure une

contenance assurée, des grâces daus leurs gestes et dans leur maintien , et une manière aisée de s'énoncer en public.

La représentation de ces drames sera de plus une fête de famille qui servira à leur amusement. Les parens ayant toujours un rôle a y jouer, goûteront le charme si doux de partager les divertissemens de leur jeune famille j et ce sera un nouveau lien qui les attachera plus tendrement les uns aux autres par la reconnaissance et par le plaisir.

Les écrits destinés à l'enfance abon dent , mais cette abondance , on la retrouve dans toutes les branches de la littérature , et , loin d'être le gage d'un succès facile , elle n'atteste partout que la rareté du talent ou ses méprises.

Aussi des nombreux ouvrages composés pour l'éducation, peu ont mérité d'être conservés , et parmi ceux-ci les oeuvres de Berquin occupent toujours le premier rang.

Bercruin , né à Bordeaux en i 748 ou i 749 , débuta par des idylles et des romances. Bientôt , vouant sa plume a l'instruction des enfans qu'il aimait beaucoup, il publia successivement

Y Ami des Enfans, les Lectures pour les enfans, Y Ami de l'adolescence,

Y Introduction familière a la connaissance de la nature (traduction libre

de l'anglais de miss Trimmev), Sandfort et Merton , le Petit Grandisson , la Bibliothèque des villages, le Livre de famille. Ce fut à Y Ami des Enfans que l'Académie française décerna, en \ 784-, le prix institué pour l'ouvrage le plus utile qui eût paru dans l'année. Berquin en a imité la plus grande partie des ouvrages allemands de Weisse \ mais une preuve qu'il s'est approprié ce qu'il imitait , et que son talent a éclaté même dans ces emprunts, c'est que Y Ami des enfans a été traduit en allemand.

Berquin fut pendant quelque temps un des rédacteurs du Moniteur , et il travailla, avecGinguené etGrouvelle, à la Feuille villageoise. Proposé en 179-f comme un des candidats aux fonctions d'instituteur du prince rovol,

il mourut à Paris , le ÎM décembre de la même année, dans la quarante-troisième année de son âge.

La meilleure édition des œuvres de Berquin est celle donnée , en 1 803 , par M. Renouard. Ainsi que nous l'ar vons annoncé dans le prospectus, nous l'avons prise pour modèle de la nôtre.

M. Renouard a réuni sous le titre commun & Ami des En/ans , Y Ami des En/ans et Y Ami de l'adolescence.

Il a rangé dans un ordre raisonné et proportionné aux progrès de l'intelli-

gence , les contes et drames que Berquin livrait tous les mois à ses souscripteurs dans de petits volumes de 144 pages, en ne consultant le plus souvent , comme on le conçoit , que l'étendue des pièces. Quelques morceaux en ont été distraits pour être compris dans la Bibliothèque des villages dont l'auteur n'avait donné que cinq numéros, et la pièce intitulée le Système du monde a été jointe a Y Introduction familière à la connaissance de la nature.

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