‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 107 sur 264 · I. AMI DES F.NFANS · texte numérisé non relu

I. AMI DES F.NFANS

lienté de ces secousses, se retourna brusquement , et repoussa le pauvre Marcelin avec tant de rudesse, qu'il l'envoya tomber à la renverse à l'autre bout de la chambre.

Marcelin restait la étendu sans aucune apparence de vie et de sentiment; et, comme sa tête avait porté contre la corniche saillante d'une armoire, le sang coulait à grands finis de ses tempes.

Dieu ! quel spectacle pour le malheureux Ferdinand, qui n'avait certainement jamais eu dans son cœur l'intention de faire du mal à son tendre ami , pour lequel il aurait donné la moitié de sa vie!

Il se précipite à son côté , en disant avec de grands cris : II est mort , il est mort ! J'ai tué mon cher Marcelin . mon meilleur ami! Au lieu de songer aux moyens de lui donner des secours , il demeurait couché auprès de lui, en poussant les plus tristes sanglots.

Heureusement s<sn père avait entendu ses gémissemens. 11 accourut, prit Marcelin dans ses bras, l'emporta dans son Ml , lui fit respirer des sels , et lui jeta au visage quelques gouttes d'eau fraîche, qui le firent bientôt revenir à lui-môme.

Le retour de Marcelin à la vie . fit na.tre une vive joie dans le cœur de Ferdinand; mais elle ne fut pas assez puissaute pour calmer entièrement sa douleur.

On visita la blessure. Il s'en fallait de bien peu qu'elle ne fût dangereuse, et peut-être mortelle.

Marcelin, transporté dans la maison de son père, eut un accès de fièvre trèsviolent. Sa lêleétailpiise; et il commença bientôt ;i tiélirer.

Ferdinand ne s'éloigna pas un moment de son chevet. Il gaulait un morne

silence; car personne ne lui adressait la parole. On ne cherchait ni à le consoler, ni a l'affliger.

Marcelin l'appelait sans cesse dans ses rêveries. Mon cher Ferdinand, s'écriait-il, que t'ai-je donc fait pour que tu m'aies traite si méchamment;' Ah! tu dois être encore plus malheureux que moi, de m'avoir blessé sans sujet. Ne l'afflige pas , je te pardonne. Pardonne-moi aussi de t'avoir fait mettre en colère, je ne voulais pas te fâcher.

Ces discours que Marcelin lui adressait sans le voir, quoiqu'il fût devant ses yeux et qu'il lui tint la main , redoublaient encore la tristesse de Ferdiuand.

Chaque trait de tendresse était un coup de poignard pour son cœur.

Enfin, Dieu voulut que la fièvre se calmât peu à peu , et que la plaie commençât à guérir. Au bout de six jours , Marcelin lut en état de se lever.

Qui pourrait se représenter la joie de Ferdinand? Ah' certainement personne, a moins qu'il n'ait senti une fois dans sa vie la douleur qu'il éprouva aussi longtemps qu'il fut témoin des souffrances de son ami.

Lorsqu'il Fut entièrement rétabli. Ferdinand reprit un visage serein . et . sans qu'on eût besoin de lui faire d'autres leçons, il travailla de tuute la force de son caractère à vaincre celle humeur emportée qui le dominait.

Marcelin ne garda de sa chute qu'une cicatrice légère à la tempe. Ferdinand ne la regardait jamais sans émotion, même dans un âge plus avancé. Toutes les fois qu'il rencontrait Marcelin, il le baisait sur cette cicatrice, qui devint le sceau de la tendre intimité dont ils furent unis l'un a l'autre dans tout le cours de leur vie.

I, AMI UKS EXFAXS.

Page 1