‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 111 sur 264 · I. AMI DES EN FANS · texte numérisé non relu

I. AMI DES EN FANS

des soupirs d'impatience , et des murmures très-inutiles contre le temps , Angélique enfin attrapa le bout de la soirée. Elle fit sans appétit un léger repas, et se mit au lit, bien mécontente de ses plaisirs.

Avec quelle joie elle se réveilla le lendemain aux premiers rayons d'un soleil saus nuage ! Avec quelle ardeur elle pressa le moment du départ !

Eufin la voiture se trouva prête, et madame de Fayeuse, ayant généreusement récompensé la bonne vieille de ses secours , se remit en route , aussi satisfaite de la journée de la veille , quelle avait causé à Angélique d'humeur et de dépit.

La pluie avait rompu tous les chemins ; l'eau qui les couvrait encore empêchait d'apercevoir les ornières ; la voiture tombait d'un trou dans un autre; on entendait crier l'essieu et craquer les soupentes , enfin une roue se brisa, et la voiture fut renversée. Heureusement, ni madame de Fayeuse ni sa fille ne furent blessées dans la chute. Elles se remirent peu à peu de leur frayeur. On découvrait a quelque distance un joli hameau bâti sur le penchant d'une colline. Madame de Fayeuse prit d'une main celle de sa fille , passa l'autre sous le bras de son domestique, et s'achemina vers ce hameau , pour envoyer du secours à son cocher.

Il n'y avait dans cet endroit ni serrurier , ni charron. Il fallut attendre près de deux jours pour faire venir des roues de la ville.

La pauvre Angélique ! comme elle pleurait! comme elle se plaignait de la

longueur de temps ! L'impression de frayeur qu'elle avait gardée de sa chute lui dérobait l'usage de ses jambes. Elle n'était pas en état de marcher. Que pouvait madame de Fayeuse pour la distraire de son ennui ? La justice exacte qu'elle s'était imposée avec sa fille l'empêchait de lui céder son ouvrage; et d'ailleurs, Angélique avait si fort négligé de cultiver son talent pour la broderie , qu'elle aurait tout gâté.

Elle commença alors a sentir le prix du travail ; et toute honteuse, elle dit à sa mère :

Ah ! maman , j'ai bien mérité ce qui m'arrive. Je comprends aujourd'hui , pour la première fois , pourquoi vous m'exhortiez si vivement au travail. J'ai bien senti l'ennui du désœuvrement ! Elle se jeta dans les bras de sa mère , et pressant sa main sur son cœur : Pardonnez moi , maman , de vous avoir affligée par mon indolence. Je vous ai vue chagrine de me voir souffrir. Ah! pour vous et. pour moi , me voila corrigée pour toute ma vie.

Madame de Fayeuse embrassa sa fiile , la loua de sa résolution ; et profitant de la leçon qu'Angélique avait reçue d'ellemême , elle lui fit sentir combien le goût du travail nous sauve d'ennuis, et combien il peut adoucir les peines de la vie , en nous fournissant une distraction agréable et salutaire. Elle bénit les accidens d'un voyage qui avait opéré un changement si heureux dans sa fille. Angélique tint la parole qu'elle lui avait donnée. Elle alla même au-delà de ce qu'elle avait promis , et madame de Fayeuse n'eut plus de reproches à lui faire que sur l'excès de son activité.

ItS

L AMI DES EXFANS.

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