‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 127 sur 264 · SÉRAPHINE, EU STAC HE · texte numérisé non relu

SÉRAPHINE, EU STAC HE

eustache , qui a entendu les derniers mots. — Je vois qu'il est ici question de moi.

sÉRAPHiNE. — Et de qui, serait-ce donc? Si tu ne t'étais pas obstiné à la prendre hier en sortant, elle ne serait pas perdue.

eustache. — Cela est vrai, et j'en souffre bien autant que toi. Mais que puis-je y faire à présent?

séraphine. — Ne t'avais-je pas prié de me la laisser ? mais tu ne pouvais faire un pas sans l'avoir sur tes talons.

eustache. — J'en conviens. J'avais tant de plaisir lorsqu'elle m'accompagnait, quand je la voyais aller tantôt devant , tautôt derrière moi ! Quelquefois elle s'échappait , comme si je la poursuivais : puis elle revenait de toutes ses jambes se jeter , en caracolant , dans les miennes.

séraphine. — Tu devais donc y faire plus d'attention.

eustache. — Oui , je l'aurais dû.

Mais comme elle était accoutumée à s'éloigner et a revenir d'elle-même, sans que j'eusse besoin de l'appeler , je croyais....

séraphine. — Tu croyais !.... Tu ne doutes jamais de rien , et voilà pourquoi Diane est perdue.

eustache. Une autre fois , ma sœur , je te promets....

séraphine. — Oui, une autrefois, quand nous n'avons plus rien à perdre, le n'ai pu dormir un quart-d'heure tranquille de toute la nuit. Je n'ai fait que rêver a elle. 11 me semblait l'entendre m'appeler de loin, en jappant. Je cou-

raisdu côté d'où paraissaient venir ses cris. Je me réveillais , et je me trouvais seule. Ah 1 je suis sûre qu'elle est aussi bien triste de son côté.

eustache. — Cela me fait doublement de la peine, ma petite sœur, en voyant tes regrets. Si je pouvais la ravoir pour tout ce que je possède !

séraphine. — Tu m'affliges encore plus. Mais ne sais-tu pas au moins dans quel endroit tu l'as égarée? On pourrait s'informer chez toutes les personnes du quartier.

eustache — Je parierais qu'elle m'a suivi jusque dans notre rue , et même tout près de la maison. Comme elle va furetant dans toutes les allées, il faut qu'on l'ait retenue , en fermant la porte sur elle.

séraphine. — Oui, je crois que cela est comme tu dis ; car elle serait revenue à son gîte. Elle en sait bien le chemin.

eustache. — Léon, qui était alors avec moi, m'a protesté qu'il l'avait vue un instant avant qu'elle ne se perdît.

C'est lui qui en est cause. Il faisait de si drôles de polissonneries que j'ai oublié un moment de prendre garde à Diane.

séraphine. — Il aurait bien dû au moins t'aider à la chercher.

eustache. — C'est ce qu'il a fait aussi tout hier au soir, et encore aujourd'hui de bonne heure. Nous avons parcouru toutes les places et tous les carrefours. Nous avons visité la balle et tous les marchés. Nous sommes allés chez tous nos amis, chez tous les gens de notre connaissance, nous n'en avons eu aucunes nouvelles. Je n'ose te regarder, ma sœur. Tu dois être bien en colère contre moi !

séraphine lui tentant la main. — Je ne suis plus fâchée; ton intention n'était pas de me faire de la peine ; et (u es toimême si affligé ! Mais j'entends quelqu'un sur l'escalier. Vois qui c'est.

L AMI DES BNF ANS

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