‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 130 sur 264 · SÉRAPHINE, EUSTACHE, LÉON, RUFIN · texte numérisé non relu

SÉRAPHINE, EUSTACHE, LÉON, RUFIN

rufin. — On m'a dit, Léon, que tu étais venu me demander pour une revanche à la paume. Je suis prêt à te la donner. Ahl bonjour, Eustache. Votre serviteur très-humble, mademoiselle.

séraphine. — Vous allez vous divertir, monsieur Rufin, rien ne vous chagrine ; et nous , nous restons ici à nous désoler.

bufin. — Quel est donc le sujet de votre peine?

séraphine. — Notre petite levrette, que nous avons perdue.

rufin. — Ah ! c'est bien dommage ! Elle était gentille vraiment. Le corps grisde-cendre , la poitrine , les pattes et la queue blanches , avec de petites taches noires par-ci , par-là. Elle vaut deux lonis comme un liard.

séraphine. — Vous vous la remettez si bien ! Ne pourriez- vous pas nous aider à la retrouver?

rufin. — Est-ce que je suis inspecteur des chiens? Ou m'avez- vous donné le vôtre à garder?

eustache. — Ma sœur n'a pas voulu te fâcher , mon ami.

séraphine. — Mon Dieu , non. Ce n'était qu'une petite question d'amitié. Vous demeurez dans notre voisinage. C'est ici tout près qu'elle s'est perdue. J'ai pensé que vous auriez pu nous en donner des nouvelles.

léon. — Certainement, on ne pouvait pas irieux s'adresser.

rufin. — Que voulez-vous dire par-là, monsieur Léon?

léon. — Ce que vous devez entendre encore mieux que moi-même, quoique je sois parfaitement instruit.

rufin. — Si ce n'était par considération pour mademoiselle....

léon. — Rendez-lui grâces vous-même de ce que je ne vous châtie pa^ de votre impudence.

eustache. , écartant Léon. — Doucement donc, mon ami, ou notre chienne est perdue.

séraphine, retenant Rufin. — Si, comme vous le dites , vous avez quelque considération pour moi, monsieur Rufin, faites-moi la grâce de m' écouter attentivement , et de me répondre par un oui , ou un non.

léon. — Et sans barguigner.

séraphine. — N'avez-vous point notre levrette? ou ne savez- vous pas où elle est?

rufin, déconcerté. — Moi, moi? votre levrette?

léon. — Vous vous troublez , vous l'avez. Aussi-bien j'en sais toutes les circonstances. Vous l'avez prise en traître, en l'affriandant d'un marron.

rufin. — Qui vous a dit cela?

léon. — Qui vous a vu faire.

séraphine. — Je vous le demande en

L'AMI UES ENFA.MS

;',race, monsieur Rufln, cela est-il vrai,

ou faux?

m -nN. — Et quand j'aurais régalé votre chienne de marrons, quand je l'aurais prise un moment pour la caresser, s'ensuit-il que je l'aie , ou que je sache ce qu'elle est devenue?

séraphine. — Nous ne le disons pas non plus. Nous vous demandons seulement si vous ne savez pas où elle est daus ce moment-ci?

eustache. — Ou si , par espièglerie, tu ne l'aurais pas gardée cette nuit chez toi, pour nous mettre un peu en peine, et nous causer ensuite le plus grand plaisir?

RUFIN. — Est-ce que vous prenez ma maison pour une auherge de chiens?

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