‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 142 sur 264 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

M. DE CALVIÈRES , SÉRAPBINE , EUS- TACHE, LÉON, RUFIN qui porte la levrette sous son bras.

séraphine , avec un cri de joie. — Ah ! Diane, ma chère Diane ! (Elle court à elle, la prend dans son sein et la caresse. )

rufin. — Vous voyez combien j'étais coupable et combien peu je méritais votre générosité. Oh ! pourrez-vous me pardonner ce vol , et mon indigne conduite? ( Apercevant M. de Calvières. ) Ah ! monsieur , quel monstre vous avez devant les yeux!

m. de calvières. — On cesse de l'être lorsqu'on reconnaît ses fautes , et qu'on cherche, comme vous faites, à les ré-

parer. Voici la bague de monsieur votre père.

rufin. — Je meurs de honte d'avoir offensé de si braves enfans. Quelle différence entre eux et moi ! Comme je suis méchant, et comme ils sont généreux !

séraphine. — Ce n'est qu'une petite espièglerie de votre part, monsieur Rufin; et vous n'auriez pas laissé passer la journée sans me rendre Diane.

rufin. — Vous pensez trop bien sur inan compte. Je l'avais cachée dans uu grenier, et....

m. de calvières. — Nous ne voulons pas en savoir davantage. C'est assez que vous ayez des remords de ce que vous avez fait : vous voyez , par vous-même , que les mauvaises actions nous font des ennemis de Dieu et des hommes , et qu'elles sont tôt ou tard découvertes.

J'ose aussi vous proposer pour modèle la conduite de mes enfans. 0 généreuses petites créatures ! que j'ai de grâces à rendre à Dieu du présent qu'il m'a fait en vous ! Vous voyez que la plus noble et la plus sûre vengeance est celle des bienfaits, et qu'il n'est rien de si digne d'un grand cœur, que de répondre à la méchanceté par de bons offices.

rufin. — Ah ! je le sens moi-même ; et c'est avec une vive et amère douleur. ( à Eustache et à Séraphine. ) Me pardonnerez-vous jamais?

eustache, .l'embrassant. — Dès ce moment , et de toute mon ame.

séraphine , lui tendant la main. — J'ai retrouvé ma Diane ; tout est oublié.

rufin, à Léon. — Voilà un exemple dont nons serions indignes si nous ne le suivions pas.

léon. — Oh ! je suis aussi confus que vous ; et cette leçon ne sera pas perdue pour moi.

rufin. — Je viens d'avouer tout à

L AMI DES EXKANS.

mon père. Autant il était indigné contre moi , autant il a été touché de votre générosité. Il demande la permission de venir vous remercier dans une heure , et de vous apporter un gage léger de sa recons naissance.

m. de calvières. — Non , non , qu'il garde ses présens. Mes enfans , pour faire le bien , n'attendent de récompense que d'eux-mêmes. D'ailleurs , rendre à chacun ce qui lui appartient , est un devoir rigoureux, et rien de plus.

eustache. — Combien il est doux de remplir ce devoir! re me suis fait un ami pour la vie . n'est-il pas vrai , Rulin?

rdfin. — Si je pouvais répondre à cet honneur ! Je vais du moins faire tout ce qui sera en mon pouvoir , pour m'en rendre digue.

léox. — Ne me rejetez pas de votre amitié. Je n'étais pas meilleurque Rufin ; mais je viens de sentir combien la vengeance peut devenir une noble passion.

séraphix'e, caressant la levrette. — Ah ! petite volage ! cela l'apprendra une autre fois à t' écarter de tes maîtres. Tu as passé une nuit en prison. Avise-t-en encore pour voir.... Eh bien ! qu'en arriverait-il ? Non , non . quoi que tu fasses, je sens bien que je t'aimerai toujours.

h AMI DES ENl-ANS.

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