‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 149 sur 264 · ALEXIS , EDOUARD · texte numérisé non relu

ALEXIS , EDOUARD

Edouard , portant par les deux anses une grande corbeille. — Viens , je te prie, m'aider, mon cher Alexis, pour que je ne laisse rien tomber. Tout cela devient à présent sacré pour moi. J'ai laissé le gâteau dans le buffet , crainte de le briser. Je Tirai chercher quand il en sera temps. Voici toujours la boîte de confiture. (// l'ouvre et la donne à Alexis.) Tiens, c'est ici le milieu ; prends tout ce côté pour Charles, et laisse l'autre moitié pour moi dans la boite.

alexis. — Non , non ; il vaut mieux qu'il soit témoin du partage. H croirait peut-être que nous avons mangé quelque chose dans sa pi rlion. Voyons les autres friandises. — Quatre cédrats confits; deux pour l'un et deux pour l'autre. — Six cornets de pastilles ; trois pour chacun. (Il fait deux parts qu'il place aux deux bouts de la table.) Combien y a-t-il de jetons dans cette bourse?

Edouard. — Deux cents.

ALEXIS, après en avoir compte cent , qu'il dispose dix par dix. — Voila les

L AMI DES ENFANS

siens. La bourse ne peut pas se partager ; elle te reste avec les autres jetons.

Edouard. — Et ces quatre compagnies de soldats ? Ah ! comme nous nous serions amusés à les ranger en bataille! N'y as-tu pas de regrets , Alexis ?

alexis. — J'en aurais si tu les gardais. Je te donne les uniformes rouges ; ils sont plus brillans que les bleus. Un jeu de loto et un microscope.

Edouard. — Heureusement ni l'un ni l'autre ne se partagent.

alexis. — II est bien vrai . à la rigueur; mais cela peut faire deux lots, un pour chacun. Charles viendrait nous chicaner, et il faut prévenir jusqu'à ses injustices. Laissons-lui le loto , et gardons le microscope pour nous. Il pourra servir à nous instruire, en nous faisant connaître mille beautés de la nature qui se déroberaient à nos regards.

Edouard. — Ah! voilà maintenant ce qui me coûte le plus ! ces treize jolies figures de porcelaine.

alexis. — Tu n'aurais jamais pu les placer ensemble sur ta cheminée. Sais-tu ce qu'elles représentent ?

Edouard.— Les neuf Muses et les quatre Saisons.

alexis. — Donne-lui les Saisons. Tu as droit à la meilleure part , et les Muses ne se séparent jamais. Mais veux-tu m'en croire? ne faisons pointleschoses à demi. Accordons-lui, pour égaliser, le reste des jatons et la bourse. (Il remet les cent jetons de Charles dans la bourse , et met le tout ensemble de son côté.) Les voilà dans son lot.

Edouard. — Tu me fais faire ce que tu veux.

alexis. — Ce que j'aurais fait moimême à ta place. Ha , ha ! des estampes encadrées ! J'avais oublié de lui eu parler.

Edouard, avec joie. —Est-il bien vrai, mon ami?

alexis , d'un air sévère. — Et qu'im porte? N'est-ce pas comme s'il le savaii? Combien y en a-t-il ? Voyons ! Une, deux, trois. (// compte jusqu'à vingt-quatre', en parcourant leurs inscriptions l'une après l'autre, et les partageant à mesure en deux lots. ) Ici les princes régnans de l'Europe , et là les grands hommes de France.

Edouard.— Eh bien! lesquels choisirons-nous?

alexis , lui présentant deux estampes qu'il admises de côté dans le second lot. — Ah ! mon cher Edouard , notre choix est tout fait. Voici La Fontaine et Fénelon. Gardons les amis de notre enfance. (// baise les deux portraits; ensuite il met les princes dans le lot de Charles, et les grands hommes dans celui d'Edouard.) Voilà tout, je crois ?

Edouard, tristement. — Hélas ! oui.

alexis. — Pourquoi cet air si triste?

Edouard. —C'est que tu veux que mon bien lui appartienne.

alexis. — Non , mon cher Edouard ce n'est pas moi qui le veux ; c'est toi qui l'as voulu , et qui le veux encore. N'est-il pas vrai, tu le veux toujours?

Edouard. — Oui, oui; fais seulement que je ne voie plus cela, que j'en sois débarrassé.

alexis. —N'y pense plus, mon ami ; tu as fait ton devoir. Je cours trouver Charles et lui parler. S'il t'a trompé , je veux qu'il en meure de honte. (// sort. )

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