‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 153 sur 264 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Edouard , alexis.

alexis. — Charles ne tardera pas h venir. Il en est allé demander la permission à son père. Courage , mon cher

Edouard, ne laissons pas soupçonner que ces bagatelles nous tiennent si fort ii cœur. Je commence à croire que Charles n'est pas de bonne foi. Je lui ai parlé vivement , et il m'a semblé voir dans ses réponses un peu d'embarras.

Edouard. — Il me trompe , j'en suis sûr; et il faut encore que je paraisse content.

alexis. — N'as-tu pas sujet de l'être?

Tu as rempli ton devoir.

Edouard . — Eh bien ! je tâcherai de me vaincre et de faire bonne contenance devant lui. Mais sais-tu ce que me disait tout à l'heure ma sœur? qu'il fallait prier ma tante ou mon papa de me défendre de donner la moindre chose de mes présens ; que de cette manière , je conserverais mon honneur et toutes mes étrennes.

alexis. — Et le repos de ta con science , le conserverais-tu aussi par ce moyen?

Edouard. — Hélas! non : je sentais déjà en moi qu'il serait malhonnête d'en user ainsi.

alexis. — Pourquoidonc balancer davantage? 0 mon cher Edouard ! ne résistons jamais à ces premiers sentimens de droiture et de générosité. Tu verras bientôt quel plaisir on trouve à les suivre. Est-ce que nous aurions besoin de toutes ces babioles pour être heureux ? Va , je te promets de n'en être que plus empressé à te procurer d'autres amusemens. Si mon amitié est quelque chose pour toi , je t'en aimerai cent fois davantage de te voir honnête et délicat.

Edouard. — Oui, je le suis , je veux l'être , mon cher Alexis , et c'est à toi que je le devrai. Je me fais gloire de sentir le prix de ton conseil, et je le suivrai, quoi qu'en ail pu dire ma sœur. Fi de ces misères ! Pour te prouver combien je les méprise, je vais encore rnellredeux cor-

nets de pastilles de plus dans la portion de Charles.

alexis. — Bien comme cela, mon ami !

C'est le triomphe d'un héros qui revient victorieux d'une bataille.

éuouard. — Prends toujours soin de ma faiblesse ; et si tu me voyais fléchir , parle pour moi.

alexis. — Je n'en aurai pas besoin.

Mais doucement : c'est Charles qui s'avance.

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