‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 187 sur 264 · M. DE VALENCE , VALENTIN · texte numérisé non relu

M. DE VALENCE , VALENTIN

valentix, « Matthieu, qu'il repousse.

— Non , laissez-moi. Mon papa , c'est ce petit sot de paysan qui vient toujours m'interrompre dans ma lecture.

il. de valence. — Pourquoi traiter de petit sot cet honnête garçon?

\ ai entin. — C'est qu'il ne sait rien.

m. de valence. — De ce que tu as appris, à la bonne heure; mais il sait aussi bien des choses que lu ignores ; et

vous pourriez vous instruire tous les deux , en vous communiquant vos connaissances.

valentin. — 11 peut apprendre beaucoup de moi ; mais que puis-je apprendre de lui?

m. de valence. — Si tu dois posséder quelque jour une terre , crois-tu qu'il te soit inutile de prendre de bonne heure une idée des travaux de la campagne .

d'apprendre à distinguer les arbres et les plantes ; de connaître le temps des semences et des récoltes ; d'étudier les merveilles de la végétation ? Matthieu possède déjà toutes ces connaissances , et ne demande qu'à les partager avec toi. Elles te seront un jour de la plus grande utilité. Celles , au contraire , que tu pourrais lui communiquer , ne lui serviraient à rien. Ainsi, tu vois que dans ce commerce tout l'avantage est de ton côté.

valence. — Mais, mon papa, me siérait-il bien d'apprendre quelque chose d'un petit paysan?

m. de valence. — Pourquoi non, s'il est en état de t'instruire? Je ne connais de véritable distinction entre les hommes que celles des lalens utiles et de l'honnêteté ; et lu conviendras que , sur ces deux points , il l'emporte également sur toi.

valentin. — Comment donc ? sur l'honnêteté aussi?

ri. de valence. — Elle consiste, dans tous les étals, à remplir ses devoirs. Il remplit les siens euvers toi, en te montrant de l'attachement et de la complaisance. Remplis-tu de même les tiens envers iui , et lui lémoignes-tu de la bienveillance et de la douceur? 11 paraît cependant les mériter. Il est actif et intelligent. Je lui crois de la bonté dans le caractère , de l'élévation dans le cœur et de la finesse dans l'esprit. Ta devrais l'estimer fort heureux d'avoir un compagnon aussi aimable, et avec qui tu peux

L AMI DES EN FANS

profiter en l'amusant. Sou père est mou frère de lait, el m'a toujours aimé avec tendresse. Je suis sûr que Matthieu n'en a pas moins pour toi. Tiens , le voilà qui rôde sur la terrasse pour te chercher; songe à le traiter avec affabilité. Il y a plus d'honneur et de probité dans sa chaumière que dans beaucoup de palais. Sa famille cultive nos terres de père en fils; et je serais bien aise que cette liaison se perpétuât entre nos enfans. (Il sort.)

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