SCÈNE V
Madame DE FLEURY, FABIEN.
Mme de fleury, avec empressement — Où est-il? où est-il? (Elle l'aperçoit. ) Est-ce toi, mon cher Fabien ? J'ai donc enfin réuni toute ma nouvelle famille.
(// lui baise la main ; elle le prend dans ses bras, le presse contre son cœur, et l'embrasse avec tendresse. En le regardant avec amitié.) L'heureuse physionomie ! Que je me réjouis de pouvoir nommer mon fils un si aimable enfant !
fabien. — Je voudrais bien aussi pouvoir me réjouir; mais, hélas!
uroc de fleury. — Qu'est-ce donc , mon petit ami? tu me parais bien triste. (Fabien se 7net à pleurer sans lui répondre.) Tu 'e détournes, la pleures? D'où viennent ces larmes? Mon cher Fabien , n'as-lu pas de confiance en moi ? Ne veux-tu pas me dire ce que tu as sur le cœur ?
L AMI DES ENFANS
Fabien. — Ce n'est rien , rien du tcut.
Mme de fleury. — C'en est trop pour rn'affliger. Dis-moi ton chagrin, que je te console. Si ton papa ou tes sœurs venaient en ce moment, et qu'ils te vissent dans la tristesse , ils pourraient croire qu'il t'est arrivé quelque accident fâcheux. Ah 1 ils se sont promis bien de la joie de ton arrivée. Est-ce que tu serais fâché de les embrasser !
fabien. — Que me dites-vous? Je n'aurai plus d'autre plaisir. Mais pourrezvous aussi me faire embrasser maman ?
c'est elle que je pleure.
Mme de fleury. — Il y a six mois que tu l'as perdue , et tu la pleures encore ?
fabien. — Ah! toujours, toute ma vie. (Avec des sanglots. ) 0 maman, ma chère maman I
Mme de fleury. — N'en parlons plus, mon cher ami, puisque c'est renouveler toutes tes douleurs.
fabien. — Non , non , au contraire ; parlons-en, je vous prie, pour me soulager. Voudriez-vous que sitôt après votre mort , vos enfans vous eussent déjà oubliée ?
Mme de fleury. — Excellente petite créature 1 (Elle l'embrasse.) Tu l'aimais donc bien ta maman ?
fabien. — Je le sens mieux encore , depuis que je ne l'ai plus. Elle était si bonne et si douce !
Mme de fleury. — Je voudrais pouvoir la rendre à tes regrets ; ou plutôt je veux prendre sa place dans ton cœur. Je veux t'aimer comme elle, et te rendre les mêmes soins.
fabien. — Mais ce ne sera jamais vous qui m'aurez fait naître, qui m'aurez nourri de votre.lait, qui m'aurez élevé dans mon berceau. Elle était ma mère , et vous n'êtes que ma marâtre.
ume de fleury. — Pourquoi m'ap-
pelles-tu de ce nom? je ne t'ai pas appelé mon beau-fils.
fabien. — Pardonnez - moi , je vous prie. Ce n'était pas pour vous fâcher.
Vous me semblez aussi bien aimable et bien caressante. Mais vous avez des enfans à vous, et vous les aimerez toujours plus que moi.
Mme de fleury. — Tu ne t'apercevras jamais de la différence. Quelques jours encore, pour nous mieux connaître, et lu verras si tu ne te croiras pas toi-même mon propre ûls.
fabien. — Oh ! si cela pouvait arriver sans oublier maman !
Mnie de fleury. — Je ne demande pas que tu l'oublies ; au contraire, nous en parlerons tous les jours. Je veux que ta tendresse pour elle serve d'émulation et d'exemple à mes enfans. Viens, viens, je brûle de te les présenter.
fabien. — Oh ! je les ai vus. Ne vous ont-ils pas déjà porté des plaintes contre moi?
Mme de fleury. — Non , mon ami , aucune. Est-ce que vous auriez eu quelque différend ? J'en serais au désespoir. Tous mes plus vifs désirs sont de vous voir tendrement unis et attachés les uns aux autres, comme de véritables frères.
fabien. — Je ne demande pas mieux que d'aimer : cela fait tant de plaisir ! Mais où est mon papa ? où sont mes sœurs? Faites-les-moi voir, que je les embrasse.
Mme de fleury. — Ton papa ne tardera pas à revenir. Il est allé terminer quelques affaires, pour avoir tout le reste de la journée à te donner. Mais, en attendant, je peux te mener auprès de tes sœurs. Elles t'apprendront ce que tu dois penser sur mon compte
fabien. — Je veux bien qu'elles me parlent de vous ; mais qu'elles me parlent d'abord de noire pauvre maman. (Ils
2SÏ
L VM1 DES EXIANS.
sortait ensemble sans voir Prosper et Casimir r/ui s'avancent d'un autre côté.)