‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 237 sur 264 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

M. D'ORVAL , AUGUSTE , RENAUD l'aîné, RENAUD le cadet, DUPRÉ l'aîné, DU- PRÉ le cadet.

Ils prennent tous un maintien respectueux à l'aspect de M. d'Orval. Auguste s'écarte, et pleure de rage.

m. d'orval, à Auguste, en jetant sur lui un regard d'indignation. — Qu'est-ce donc que j'entends , monsieur? (Les sanglots empêchent Auguste de répondre.)

renaud l'aîné. — Pardonnez , monsieur , le désordre dans lequel nous paraissons à vos yeux. Ce n'est pas nous qui l'avons causé. Dès le premier instant de notre arrivée, monsieur votre fils nous a si mal reçus...

m. d'orval. — Rassurez-vous, mon cher ami ; je suis instruit de tout. J'étais dans la chambre voisine ; et j'ai entendu dès le commencement les indignes propos de mon fils. Il est d'autant plus coupable, qu'il venait de me faire les plus belles promesses. Il y a long-temps que je soupçonnais son impudence ; mais je voulais voir par moi-même à quel excès

il pouvait la porter. De crainte qu'il n'arrivât quelque malheur , j'ai mis , comme vous voyez , à son épée une lame qui ne fera jamais couler de sang. (Les enfans poussent un éclat de rire. )

renaud l'aîné. — Pardonnez -moi , monsieur , la liberté que j'ai prise de lui dire un peu crûment ses vérités.

m. d'orval. — Je vous en dois plutôt des remercîmens Vous êtes un brave jeune homme, et vous méritez mieux quelui de porter cette marque d'honneur. Pour gage de mon estime et de ma reconnaissance , acceptez cette épée ; mais je veux d'abord y remettre une lame plus digne de vous.

renaud l'aîné. — Je suis confus de vos bontés , monsieur ; mais permettez-nous de nous retirer. Notre compagnie pourrait n'être pas agréable aujourd'hui à monsieur votre fils.

m. d'orval. — Non, non , restez, mes chers enfans. La présence de mon fils ne troublera point vos plaisirs. Vous pouvez vous divertir ensemble, et ma fille aura soin de pourvoir à tout ce qui pourra vous amuser. Venez avec moi dans un autre appartement. Pour vous, monsieur (en s' adressant à Auguste), ne vous avisez pas de sortir d'ici ; vous pouvez y célébrer tout seul votre fête. Vous n'aurez jamais d'épée que vous ne l'ayez bien méritée, quand il vous faudrait vieillir sans la porter.

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