‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 254 sur 264 · THOMAS , JEANNE , ADRIEN, SUZETTE , LUBIN · texte numérisé non relu

THOMAS , JEANNE , ADRIEN, SUZETTE , LUBIN

Jeanne accourt de la ferme, portant un petit enfant dans ses bras. Adrien, Suzette et Lubin la suiven'.

jeanne, se jetant au cou de Thomas.

— Ah ! mon cher ami, quelle joie de te revoir!

thomas, l'embrassant tendrement. — Ma chère femme! (// prend l'enfant qu'elle tient sur son sein, et qui lui tend les bras; il le serre dans les siens, l'embrasse, et le rend à sa mère.) Mais Adrien où est-il? Que je le voie!

adrien, courant à lui. — Me voici mon père nourricier, me voici, {liregarde de tous côtés.) Vous êtes seul?

Mon papa , maman , ma petite sœur Julie, où sont-ils?

thomas, avec transport.— En sûreté, mon fils. Embrasse-moi.

adrien, se jetant dans ses bras.— Oh !

quelle joie J

jeanne. — Nous étions bien en peine.

Tous les autres gens du village sont déjà de retour.

thomas. — Ils n'avaient pas leur bienfaiteur à sauver !

jeanne. — Mais au moins tout est - il éteint à présent ?

thomas. — Éteint , ma femme ? Oh !

ce n'est plus une maison , une rue ; c'est la ville tout entière embrasée ! Si tu voyais cette désolation ! les femmes courant échevelées, et vous demandant à grands cris leurs maris et leurs enfans ! le son des cloches, le bruit des chariots et des pompes, le fracas épouvantable des maisons qui s'écroulent ! les chevaux furieux et les flots de peuple effrayé qui vous renversent ! les flammes qui vous poursuivent et se croisent devant vous ! les poutres brûlantes qui tombent sur la foule et l'écrasent... Je ne sais comment j'en suis revenu.

jeanne. — Tu me glaces le sang dans les veines.

suzette. — Ah ! ma mère, voyez ses sourcils, ses cheveux tout brûlés 1

thomas. — Et mon bras encore ! Mais qu'est-ce que tout cela ? Trop heureux d'en sortir la vie sauve ! Je ne l'aurais pas marchandée.

jeanne. — . Que me dis-tu , mon ami?

l'ami des bnfans.

ooo

thomas. — Quoi ! ma femme , pour notre bienfaiteur? N'est-ce pas lui qui a fait notre mariage ? n'est-ce pas à lui que nous devons cette ferme et tout ce que nous possédons? N'as-tu pas nourri son entant? [Adrien passe ses bras autour du corps de sa nourrice. ) Ah ! j'aurais eu mille vies que je les aurais toutes risquées.

jeanne, avec attendrissement. — Tu Tas donc pu secourir?

thomas. - Oui , j'ai eu ce bonheur. Lui sa femme et sa fille étaient à peine sortis de leur maison toute en flammes lorsqu'une charpente embrasée est tombée a leurs pieds. Heureusement je n'étais encore qu'à vingt pas. Tout le monde les croyait écrases , et fuyait. J'ai entendu leurs cris ; je me suis précipité au milieu des ruines brûlantes , et je les en ai retires. J avais déjà sauvé la cassette que voici ; et mon chariot est chargé de leurs etlets les plus précieux.

adrien, se jetant dans ses bras — o mon père nourricier ! sois sûr d'en être bien recompensé.

thomas. - Je le suis déjà , mon ami , Ton père ne comptait peut-être pas sur moi, et je lai secouru; me voilà mieux paye qu il n est en son pouvoir de le faire Mais ce n est pas tout. Il ne tardera pas sans doute a venir avec sa famille et ses gens....

vohTIEN" ~" °h ' JG Vais donc ,es re" thomas. - Cours, ma femme: va urer de notre excellent Tin vieux ; fais traire nos vaches ; prépare nos meilleures provisions; qu'on mette des draps blancs au grand lit; nous irons coucher dan»

i etable.

jeanne.- Oui, j'y vole, mon ami.

Page 1