SCÈNE XIV
M. DE CRESSAC, madame DE CRESSAC, JULIE, ADRIEN, toujours évanoui.
m. de CRESSAC. — Mais c'est Godefroi , je pense ? ( // l'appelle. ) Godefroi ! où vas-tu donc? où est Adrien?
Mrae de cressac. — Il fuit ! Qu'a-t-il fait de mon fils?
jolie, vouant un corps étendu à terre.
— Que vois je ? Qui est couché la? ( Elle se baisse pour le considérer; elle reconnaît Adrien, cl se jette sur lui.) Dieu! mon frère ! Il est mort !
m"" de cressac — Que dis-tu? [Elle
s'arrache du brus de M. de Cressac , tt se précipite à corps perdu de l'autre côté.) Mon fils ! Adrien 1
m. de cressac. — Il manquait encore quelque chose à notre malheur ! (// tombe à genoux auprès d'Adrien et le soulevé. Adrien fait un léger mouvement. ) Dieu soit loué ! Il respire. Ma femme, ton fils a besoin de toi. Garde tes forces pour le secourir. Assieds-toi.
Mme DE CRESSAC, avec UU CÙ doulou
veux. — Mon fils , mon fils ! ( Elle tombe presque évanouie.)
jclie. — Ah ! mon pauvre frère ! que les flammes eussent plutôt tout dévoré l Réveille-toi , réveille - toi. (Pendant ces paroles de Julie, M. de Cressac relève madame de Cressac sur son séant, et remet Adrien dans ses bras, en sorte que la tête de l'enfant porte sur le sein de sa mère, qui le couvre de baisers.)
m. de cressac. — Ne perdons pas un moment. As-tu des sels sur toi?
Mme de cressac. — Je ne sais ; je suis toute troublée. Après tant de frayeurs , une encore qui les surpasse toutes ! Je donnerais tout ce qui nous reste pour quelques gouttes d'eau. ( M. de Cressac regarde autour de lui, aperçoit la fontaine, et y vole.)
JOUE , fouillant dans le tablier de sa mère. — Maman, voici votre éther. ( Elle ouvre le flacon; madame de Cressac le saisit avec transport, et le fait respirer à son fils. )
Julie. — Mon frère, reviens à toi , si lu ne veux pas que je meure à ton côté. Adrien! mon cher Adrien! (Adrien paraît un peu se ranimer.) Ciell il respire, il m'entend! (Elle court à son père.) Venez , venez, mon papa. [M. dr Cressac revient, portant de l'eau dam le creux de sa main. Il y trempe le bout de son mouchoir, bassine te front et les tempes d'Adrien, puis lui jette quelques gouttes d'eon sur le visage du bout de ses doigts.)
I, AMI DES ENFANS
Adrien, les yeux encore fermés, agite un peu ses bras, et pousse des soupirs à demi- étouffés. — Hélas ! hélas I mon papa.
Mme de cressac. — Mon cher Adrien.
adrien , comme dans un songe. — 11 est donc mort !
m. de cressac. — Il me croit mort!
C'est cet imbécile de Godefroi qui l'aura effrayé.
jume, avec transport. — Ciel ! il entr'ouvre les yeux.
Mme de cressac. — Mon fils ! ne nous reconnais-tu pas ?
m. de cressac. — Adrien ! Adrien !
jdue. — Mon frère 1 c'est moi.
adrien, comme s'il se réveillait d'un profond sommeil, regarde en silence autour de lui. — Suis -je vivant? Où suisje ? (// se relève tout à coup , et se jette au cou de sa mère.) — Maman !
m. de cressac. — Mon fils ! tu vis encore !
adrien se retourne, et se jette dans les bras de son père. — Et vous aussi , mon papa?
julie l'embrasse, suspendu comme il l'est au cou de son père. — Mon Adrien ! mon frère, je crois revivre comme toi !
adrien. — 0 quelle joie, ma sœur, de te revoir ! (v(se tourne vers sa mère.) Ah 1 maman ! s'est votre douce voix qui m'a rendu la vie.
m. de cressac. — Je déplorais mon malheur ! Je vois maintenant que je pouvais perdre bien plus encore que je n'ai perdu.
Mme de cressac. — N'y pensons plus, mon ami.
m. de cressac. — Je n'y pense que pour me réjouir. Je vous vois tous sauvés; je ne regrette rien.
julie. — Mais que t'est-il donc arrivé, mon frère?
adrien. — C'est cet étourdi de Godefroi ....
m. de cressac. — Ne l'ai-je pas dit ?
adrien. — Il me disait que vous étiez ensevelis sous les flammes.
julie, montrant la colline. — Ah ! le voilà là haut! (Tous le regardent; Godefroi retire sa tête qu'il avançait entre les arbres.)