‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 28 sur 264 · M. DE VALCOURT , FRÉDÉRIC , MA- RIANNE, DOROTHÉE , PÉTREL · texte numérisé non relu

M. DE VALCOURT , FRÉDÉRIC , MA- RIANNE, DOROTHÉE , PÉTREL

Frédéric se précipite aux pieds de son oncle. Pétrel se jette contre terre à son côté, passe un bras sous les genoux de M. de Valcourt, et l'autre autour de Frédéric , leur baise les mains et les habits, et fait des éclats extravagans de joie. Marianne et Dorothée s'embrassent en pleurant.

Frédéric. — Ah! mon oncle ! mon oncle ! me pardonnez-vous ?

m. de valcourt , d'une voix étouffée, à force de le presser. — Te pardonner ! Ali ! lu mérites que je t'aime raille fois plus qu'auparavant, que je ne me sépare jamais de toi.

Frédéric. — Oui, mon oncle, jamais, jamais. (// se retourne, se jette sur Pétrel, et se suspend d'un bras à son cou.) Ah ! si vous aviez vu la misère de ce pauvre homme et de ses enfans ! si vous aviez été la cause de leur malheur !

pétrel. — C'est moi! pourquoi vous laisser grimper sur mon siège et vous livrer des chevaux fringans ? Mais qui pouvait vous refuser quelque chose? Non, quand la voiture aurait dû me passer sur le corps. Tenez , monsieur Frédéric, ne me demandez plus rien d'injuste. 11 faudrait vous l'accorder ; mais j'irais de là rae jeter dans la rivière.

m. de valcourt. — Que ne m'instrui-

sais-tu de tout cela , au lieu de vendre ta montre, tes livres et peut-être tes habits? C'est toujours une imprudence à un enfant comme toi , qui ne connaît pas le prix des choses.

Frédéric. — Oui , cela est vrai. Mais chaque moment de plus que je laissais souffrir cette famille , il me semblait commettre un assassinat. Et puis , comme vous aviez chassé Pétrel , dans votre colère , je craignais que vous ne me fissiez défense de le secourir, et que par ma désobéissance a vos ordres exprès , je ne me rendisse plus coupable.

m. de valcourt. — Tu m'aurais donc alors désobéi?

Frédéric — Oui, mon oncle; mais en cela seulement.

m. de valcourt. — Embrasse-moi , brave Frédéric... Cependant j'ai encore sur le cœur un article de la lettre , qui dit que tu as découché une nuit. Où F astu donc passée ?

Frédéric — C'était le jour que je portais l'argent à Pétrel. Le préfet n'était pas à la pension , et je savais que la porte serait fermée le soir à dix heures. Je croyais être de retour auparavant , j'y aurais été, si je ue me fusse égaré dans les ténèbres.

Dorothée. — Mon pauvre frère, où as-tu donc couché?

Frédéric — Je trouvai une masure abandonnée, je m'y étendis sur une grande pierre , et jamais je n'ai si bien dormi. J'étais si content d'avoir soulagé Pétrel !

Marianne. —Ah ! méchant Rodolphe !

il s'est bien gardé de nous apprendre toutes ces choses; il les savait pourtant.

m. de valcourt. — Dès ce moment je lui retire ma tendresse , et toi seul

Frédéric— Non, mon oncle, je ne veux être heureux aux dépens de personne , et encore moins aux dépens de votre fils.

L AHI DES ENFANS

DonoTHÉB lui tend la main. — 0 mon frère , combien je dois t' aimer !

m. de valcourt. — Eh bien ! qu'il reste dans sa pension. Pour toi , tu ne me quitteras plus. Je veux toujours t'avoir auprès de mon cœur. Je te ferais plutôt venir des maîtres de toute espèce , do deux cents lieues. ( Frédéric lui baise la main. )

pétrel , lui baisant le pan de son habit. — Mon digne maître , vous êtes toujours le même !

M. de valcourt, lui frappant sur l'épaule.— Pétrel, as-tu pris des engagerons avec M. de Vienne?

je n avais pas mon

pétrel. — Bon!

certificat.

m. de valcourt. — Tu n'en auras plus besoin. Je sens que je vous rendrai heureux , Frédéric et toi , en vous remettant ensemble. Mais ne lui laisse plus prendre ta place sur ton siège. On pourvoira aussi à tes enfans.

pétrel se met à sangloter et à crier : — Mou cher maître ! . . . monsieur ! . . . c' estil bien vrai ? n'est-ce qu'un songe? Frédéric ! II. Frédéric! mes pauvres enfans I... Ah I que j'aille revoir mes chevaux 1

I1! il

ililihdL*

Page 1