‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 30 sur 264 · FRÉDÉRIC, JULIE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC, JULIE

Frédéric. — Eh bien ! ma sœur, maman est-elle sortie ? Notre petite société est-elle arrivée?

jl lie. — Mes amies sont déjà ici ; mais il n'est encore venu aucun de tes camarades.

Frédéric. — Oh ! je le crois bien.

Nous ne sommes pas éventés comme vous autres. 11 faut toujours nous arracher de l'étude. Tiens, je parie qu'en ce moment ils travaillent encore, que la tête leur en brûlé.

Julie. — Oui , à forger quelqu'une de leurs bonnes malices. A propos , est-il bien vrai que mon papa nous ait permis déjouer ici dans le salon? Notre chambre là-haut est si petite, si petite, qu'on ne sait où se fourrer.

Frédéric. — Est-ce qu;il avait quelque chose a refuser, dès que je me mêlais de la négociation? Ah ça! petite fille, prenez bien garde à ne pas brouiller les papiers qui sont sur la table.

julie. — Garde cet avis-là pour toi et pour tes petits vauriens.

Frédéric , avec un a'ir d'importance.

— C'est pourtant moi qu'on a chargé de mettre ici de l'arrangement.

jolie. — Vraiment, mon papa s'est adressé à un homme d'ordre. Allons , voyons, que je t'aide un peu. Ensuite je rangerai les chaises et les Fauteuils. Je vais d'abord prendre quelques livres.

Frédéric. — Avise-toi d'\ toucher.

Tout ce que je puis te permettre, c'est

de me les mettre sur les bras. (Il joint les mains en dessous dciumt lui. Julie y pose un livre, puis un autre, tant qu'il en ait jusqu'au menton. )

julie. — Mais lu en as trop?

Frédéric , reculant la tête, et se penchant en arrière. — Encore un. Bon ; en voilà assez pour un voyage. (// fait quelques pas, et laisse tomber toute la charge au milieu de la chambre.)

julie , poussant un grand éclat de rire. — lia. ha, ha, ha ! voilà tout le bataclan par terre ! Ces beaux livres que mon papa ne voulait pas nous laisser toucher, même du bout du doigt! H aura, je crois, bien du plaisir de les voir si joliment accommodés.

Frédéric. — Tu ne sais pas, loi? c'est que j'ai perdu le centrum de la gravilatis , comme dit mon précepteur. C'est bien savant , au moins? (// se met à ramasser les livres; et tandis qu'il en prend un, il en laisse retomber un autre.) Diantre ! il faut que ces drôles-là aient appris à faire la cabriole.

julie , approchant de lui. — Tu ne finirais jamais sans moi. Tiens, arrangeles dans mon tablier.

Frédéric. — Ah ! c'est bien dit. {Frédéric se jette à genoux ; et d'une main appuyé contre terre, de l'autre il met les livres dans le tablier de Julie.)

JULIE. — Doucement doue, pour qu'ils ne se froissent pas. Bon, les voilà tous. Je vais les porter dans le cabinet, et les placer sur la cheminée. (Elle sort.)

Frédéric , se relevant tout essoufflé.

— Ouf I je ne vaudrais rien dans le pays où les hommes vont à quatre pattes, comme des singes. (// s'évente avec son chapeau.)

julie, en rentrant. — Si tu voyais comme c'est rangé ! Dépêche-toi de me donner le reste. (Frédéric assemble les papiers et le reste des livres, et les donne à Julie, qui dit en les recevant : > Il faut

L AMI DES EXFAXS .

convenir que les filles ont bien plus d'ordre que les garçons.

Frédéric. — Oh oui ! toi surtout. Ta sœur est occupée du matin au soir à remettre tes chiffons à leur place.

julie. — Et toi donc! si ton précepteur n'y veillait sans cesse, tu ne saurais jamais où trouver tes thèmes et tes versions. (Elle regarde autour d'elle.) Mais voilà tout , je pense.

Frédéric. — Oui , je ne vois plus rien, va. (Julie sort.)

Frédéric range la table, les fauteuils et les chaises. — Bon , nous aurons nos coudées franches à présent. Comme nous allons nous en donner ! Je suis pourtant surpris qu'ils n'arrivent pas. Pour moi j'ai cela de bon , que je ne me fais guère attendre aux rendez-vous de plaisir.

julie , en 1-entrant, regarde de tous côtés. — Ah ! voilà qui est bien ! Mais le porte-voix , il faut le cacher. Si tes camarades l'aperçoivent , ils vont se mettre à corner, jusqu'à nous rompre les oreilles.

Frédéric. — Attends, je vais le mettre derrière la porte. J'en aurai peut-être besoin. Que tes petites demoiselles viennent m'étourdir, nous verrons qui criera le plus fort.

julie. — Bah ! nous n'aurious qu'à nous réunir, nous viendrions bien à bout d'un petit garçon comme toi.

Frédéric. — Oui-da ? Si vous avez du babil , mesdemoiselles, nous autres hommes, nous avons une voix mâle qui se fait respecter. ( Eu grossissant sa voix. ) M'entends-tu ?

julie , haussant les épaules. — 0 mon Dieu ! je te respecte si fort , que je m'en vais. Adieu. Je cours retrouver ma sœur et mes amies.

Frédéric. — Fais-moi le plaisir dédire au portier de m'envoyer ici ma petite société sitôt qu'elle arrivera.

julie, en sortant. — Oui, oui.

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