‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 35 sur 264 · FRÉDÉRIC. ROBERT · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC. ROBERT

robert. — Bon , nous voilà seuls : nous pouvons imaginer entre nous deux quelque drôlerie.

Frédéric. — Jene demande pas mieux.

Voyons.

robert. — Il y aurait un tour à jouer aux petits Duverney.

Frédéric. — Non , non , je n'entends pas raillerie là-dessus. Point de malices à mes amis.

robert. — On m'avait dit que vous étiez si gai , que vous aimiez tant les espiègleries !

Frédéric. — Si je les aime ? Eh ! je ne vis que de cela ; mais toujours sans fâcher personne. Quel tour aviez-vous donc imaginé?

robert. — Tenez , voyez-vous ? voici deux grosses aiguilles. Je vais les enfoncer par dessous deux chaises , et faire passer la pointe seulement d'un demipouce. Vous présenterez les sièges à vos amis, car peut-être se défieraient-ils de moi. Et puis , lorsqu'ils voudront s'asseoir : Aye ! aye ! aye ! Figurez- vous leurs grimaces. Ha, ha, ha, ha! cela me fait étouffer de rire d'avance. Ces demoiselles, qui font tant les renchéries , eu mourront elles-mêmes de plaisir.

Frédéric — Et si je vous en faisais aillant à vous , comment prendriez-vous la chose?

robert. — Oh ! moi , c'est bien différent. Mais ces petits idiots?

Frédéric. — Vous les croyez idiots, parce qu'ils ne font pas de méchancetés?

ROBERT. — Vous êtes bien difficile au moins? Eh bien! en voulez-vous d'un autre?

Frédéric. — A la bonne heure.

ROBERT. — J'ai du gros fil dans ma poche, je vais enfiler une de ces aiguilles. Les demoiselles ne tarderont guère à

l'ami des enfans.

descendre . L'un de nous deux ira poliment a leur rencontre , leur fera bien des mignardises, bieD des révérences; et l'autre , caché par derrière , coudra leurs robes ensemble. 11 faudra danser, nous les prendrons , et crac 1 crac ! Entendezvous ? Ha, ha, ha, ha !

Frédéric. —Oui, pour déchirer leurs habits, et les faire gronder par leurs mamans ?

robert. — Eh ! tant mieux ! c'est le plaisir !

Frédéric. — N'en trouvez-vous donc qu'à faire du mal ?

robert. — Mais cela ne m'en fait pas à moi.

Frédéric. — Ah 1 je comprends. Vous ne voyez que vous seul dans l'univers, vous comptez tous les autres pour rien.

robert. — H faut pourtant imaginer quelque chose pour rire. Écoutez, si nous faisions peur a la petite Louise et au petit Duverney ?

Frédéric. — Mais c'est vilain encore !

On n'aurait qu'a vous faire peur aussi à vous.

robert (fan air fanfaron.— Oh! je le permets. Je n'ai peur de rien , moi.

Frédéric, en se mordant le bout du doigt — Oui da? nous le verrons. ( Haut à Robert. ) Passe pour cela.

robert. — Eh bien ! j'ai a la maison un masque effroyable , je cours le chercher. Tâchez de faire descendre ici les deux enfans tout seuls ; et vous verrez ! Je suis à vous dans un moment.

Frédéric. —Bon! bon! Robert fait quelques pas pour sortir (Frédéric à part. ) C'est toi qui y seras pris, va. (// court après lui. ) monsieur Robert ! monsieur Robert !

robert, revenanlsur ses pas. —Qu estce donc ?

Frédéric. — il faut mieux attendre qu'ils soient tout seuls là-haut. Car lorsqu'il n'y a que deux ou trois personnes

dans ce salon , il y revient quelquefois un esprit ; et nous pourrions nous en trouver fort mal nous-mêmes.

robert. — Que voulez-vous dire avec vos esprits?

Frédéric. — Oui. D'abord on entend un grand tintamarre , ensuite on voit un fantôme avec une torche allumée , puis la chambre paraît tout en feu. ( II se recule, en affectant de la frayeur. ) Tenez, il me semble que je le vois.

robert , un peu effrayé. — Eh ! mon Dieu, que me dites- vous? Et d'où cela vient-il donc?

Frédéric , à voix basse , en le tirant à part. — C'est qu'il logeait ici autrefois un avare à qui on vola son argent. Il se coupa la gorge de désespoir, et son ombre revient de temps en temps pour chercher son trésor.

robert , tremblant. — Oh ! je ne reste plus avec vous , tant qu'il n'y aura pas de monde.

Frédéric. — Vous faisiez tant le brave tout à l'heure.

robert. — Ce n'est pas que j'aie

peur mais mais c'est que je

cours chercher mon épouvantai!.

Frédéric. — Oui , allez, allez. Je vais tout disposer moi. Oh ! quel plaisir !

robert, avec un sourire méchant. — Sentez-vous comme ce sera plaisant !

Frédéric. — On aura une belle frayeur, je vous en réponds.

robert. —Eh! tant mieux, tant mieux ! Je ne ferai qu'un saut pour aller et revenir. ( Il sort. )

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