‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 55 sur 264 · LES FRAISES ET LES GROSEILLES · texte numérisé non relu

LES FRAISES ET LES GROSEILLES

Le petit Anselme avait entendu dire a son père que les enfans ne savaient rien de ce qui pouvait leur convenir , et que toute leur sagesse était de suivre les conseils des personnes au-dessus de leur âge. Mais il n'avait pas voulu comprendre cette leçon, ou peut-être l'avait-il oubliée.

On avait partagé entre son frère Prosper et lui un petit carreau du jardin , afin que chacun eût sa portion de terre en propre. 11 leur avait été permis d'y semer ou d'y planter tout ce qu'ils voudraient.

Prosper se souvenait à merveille de l'instruction de son père. 11 alla trouver le jardinier, et lui dit : Mon ami Rufin , dis-moi, je te prie, ce que je dois planter dans mor. jardin , et comment il faut m'y prendre. Kutin lui donna des ognons et des graines choisies. Prosper courut aussitôt les mettre en terre. Kufiii eut la complaisance d'assister a ses travaux , et de les diriger.

Anselme levait les épaules de la doci-

lité de son frère. Voulez-vous , lui dit le jardinier , que je fasse aussi quelque chose pour vous? Fi donc! lui répondit Anselme , j'ai bien besoin de vos leçons ! 11 alla cueillir des fleurs, et les planta , par la tige , dans la terre. Rufin le laissa faire comme il voulut.

Le lendemain , Anselme vit que toutes ses fleurs étaient fanées , et penchaient tristement leur front. Il en planta d'autres qui furent dans le même état le jour

I d'après. Il fut bientôt dégoûté de cette

| manœuvre. C'était en effet acheter assez cher le plaisir d'avoir des fleurs dans son

; jardin. 11 cessa d'y travailler, et la terre

\ ne tarda guère a se couvrir d'orties et de

, chardons.

Vers le milieu du printemps , il aperçut, sur le terrein de son frère , quelque

! chose de rouge, suspendu a des bouquets d'herbes. 11 s'approcha : c'étaient des fraises du plus beau pourpre, et d'un goût exquis. Mi ! s'écria-t-il . si j'en avais

; aussi planté dans mon jardin !

L AMI DES ENFÀNS.

Quelque temps après , il vit de petites graines d'une couleur vermeille qui pendaient en grappes entre les feuilles d"un épais buisson. 11 s'approcha : c'étaient des groseilles appétissantes , dont la seule vue réjouissait le cœur. Ah ! s'écria-t-il encore , si j'en avais planté dans

mon jardin! Manges-en, lui dit son frère, comme si elles étaient à toi.

Il ne tenait qu'a vous, ajouta le jardinier, d'en avoir d'aussi belles. Ne méprisez plus a l'avenir les avis de personnes plus expérimentées que vous.

i — 1 1 a< ii—

Page 1