‹ Œuvres complètes de Berquin (volume 2)Chapitre 60 sur 264 · CHARLES , SOPHIE , AGATHE , CHARLOTTE · texte numérisé non relu

CHARLES , SOPHIE , AGATHE , CHARLOTTE

Charles , se jetant dans un fauteuil :

Allons , c'est ici que je m'établis.

sophie. — Je pense qu'il aurait été a propos d'en demander la permission.

charles. — A toi , peut-être?

sophie. — Je ne suis pas seule ici.

charlotte. — Je vois que ton frère nous compte pour rien.

agathe. — C'est qu'il s'imagine apparemment nous honorer beaucoup en restant avec nous.

charles. — Oh ! je sais bien que vous pourriez vous passer de ma compagnie ; mais , moi , je ne me priverais pas si aisément de la vôtre.

sophie. — Voilà au moins une apparence de compliment. Il est vrai que tu aurais dû y faire entrer le the pour quelque chose.

charles. — Mais vraiment , ma chère sœur , ne te figure pas que je sois ici pour toi.

sophie. — Oh ! pour cela , je pense trop humblement de mon mérite. Tout ce qui pourrait me donner de l'orgueil, c'est d'être la sœur d'un garçon aussi honnête. (Justine apporte le thé , et le met auprès de Sophie. )

charles. — Laisse-moi le verser , je le prie.

sophie. — Non, non, c'est mon affaire; tu es un peu trop gauche. Si tu veux te charger de quelque soin, présente les tasses a ces demoiselles.

\(,athe. — Pas tant de sucre pour moi.

L AMI DES ENFAKS.

sophie. — Prends loi-même ce qu'il te faut , mon cœur. {Elle lui présente le sucrier et une tasse. Charles en prend une pour lui, et s'empare du sucrier.) A Charles. Tu as déjà trois gros morceaux.

charles. — Mais ce n'est pas trop , j'aime à boire un peu doux. (// prend plusieurs morceaux de sucre l'un après l'autre, jusqu'à ce que sa sœur lui retire le sucrier des mains. )

sophie. — N'as-tu pas de honte , mon frère? lu vois bien qu'il n'en restera pas pour nous.

charles. — Ne sais-tu pas où est le buffet ?

sophie. — Mon frère se reprocherait d'épargner une peine à sa sœur.

charles. — C'est que par-là tu me procurerais le plaisir d'être seul auprès de ces demoiselles.

agathe. — Tu l'entends , Sophie. Disnous maintenant que ton frère n'est pas un garçon bien galant.

sophie, après avoir rassemblé près d'elle toutes les lasses, pour verser une seconde fois du thé. — Charles > présente cette lasse à Agathe,

[Charles prend la lasse, et, en laprésentant à Agathe , il la verse sur sa robe. Elles se lèvent toutes avec précipitation.)

sophie. — Voilà une preuve de sa galanterie. (Bas à Charles.) Jeparierais, méchant, que tu l'as fait à dessein.

agathe. — Ah , Dieu I que dira maman? et qu' allons-nous faire?

charlotte. — C'est la seconde fois qu'elle met celte robe. Allons, vite un verre d'eau fraîche.

sophie. — Non , j'ai ouï dire qu'il était mieux de frotter avec un linge sec. Voici un mouchoir tout blanc. (Elles vont à Agathe. Charlotte tient la robe , ei So-

phie frotte. Pendant ce temps , Charles reste à table, et boit tout à son aise.)

charlotte. — Bon , bon , cela passe :

il faut le laisser sécher.

agathe. — Par bonheur, c'est dans un pli où l'on ne va pas s'aviser de regarder.

charles , à part. — Ce n'est pas ma faute.

sophie. — Tiens , vois , Charlotte , je ne crois pas qu'il y paraisse.

charlotte. — Si je n'avais pas vu d'abord la tache

agathe. — A la bonne heure. Mais , monsieur Charles , une autre fois, je vous

l'ami des enfans.

Prie de vous épargner la peine de me servir.

sophie. — Remettons-nous , mes bonnes amies. (Elle veut verser dit thé, et elle trouve la théière vide. Elle regarde Charles avec indignation.) Non , cela est d'une grossièreté qu'on ne saurait imaginer. Croiriez-vous bien , mesdemoiselles, que dans le temps où nous étions si fort en peine, il a pris tout le thé? Je vais dire qu'on en fasse d'autre : attendez un moment.

charlotte. — Non . c'est assez ; je n'en boirai plus une goutte.

agathe. — Le malheur qui est arrivé à ma robe m'a ôté la soif.

charles. — Mais ne vous gênez pas.

On peut en faire une seconde fois.

agathe. — Effectivement, tu aurais dû prévoir que ton frère serait notre convive.

sophie. — Ceux qui ne sont pas invités devraient au moins attendre que ce fût leur tour.

Charlotte. — N'en parlons plus, je n'y ai pas le moindre regret.

sophie. — Eh bien , à présent , qu'allons-nous faire ? Ah ! voici notre ami Saint-Firmin , il nous aidera à choisir quelque jeu.

charles . d'un ton moqueur. — Notre ami Saint-Firmin!.... mesdemoiselles, il faut que je lui parle avant vous. (// t'a au-devant de Saint-Firmin , tandis que les jeunes demoiselles s'entretiejinenl ensemble.)

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