‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 110 sur 197 · M. DE VERVILLE , THIBAUT , MARGUE- RITE , JEANNETTE, LOUISON · texte numérisé non relu

M. DE VERVILLE , THIBAUT , MARGUE- RITE , JEANNETTE, LOUISON

MARGUERITE. — Tcuez , mcs chèfcs filles, regardez bien. Tout ce que vous voyez là , vous savez que nous l'avions donné à monseigneur? Eh bien ! monseigneur nous l'a rendu. Il ne veut ni de notre argent, ni de noire blé, ni de nos vaches. Il nous donne quittance pour rien de notre dette entière.

LOUISON, allant chercher le chapeau, et le présentant à M. de Vervilîe. — Vous ne voulez donc pas de notre argent non plus?

M. DE VERVILLE. — Nou , nics chèrcs

ttlBLlOÏIIbOLE DES VILLAGES.

amies! Lardeur que vous avez montrée a secourir vos parens , m'a appris combien vous méritez les uns et les autres qu'on vous soulage dans vos peines. Keprenez donc ce que vous m'avez donné pour eux ; mais faites-en l'usage que vous avait d'abord inspiré votre tendresse. Par exemple, Louison, puisque ton père a perdu son troupeau, ne serais-tu pas bien aise d'employer tes épargnes a lui en acheter un autre?

LOUISON, d'iin air triste. — Hélas! il s'en faut que j'aie assez pour cela.

M. DE vERViLLE. — IVIais si tu en avais assez , serais-tu bien contente de lui faire ce présent?

LOUISON. — Ah ! monseigneur, comme je serais joyeuse !

M. DE VERVILLE. — Je suls curicux de voir la mine que tu aurais , ainsi que Jeannette. Thibaut, comme tu l'y connais un peu mieux que tes filles, je te charge d'aller demain pour elles au marché, et de leur acheter 'a chacune six jeunes vaches, les plus belles que tu pourras découvrir. Tu en trouveras l'argent tout prêt chez moi. C'est un petit cadeau que je fais à tes enfans , pour qu'ils aient le plaisir de te le faire à leur tour.

MARGUERITE. — Eh! monseigucur, ne vous lasserez-vous point de nous accabler de vos bienfaits? Remerciez-le donc avec moi , mes enfans. {Marguerite, Jeannette et Louison tombent aux genoux de monsieur de VoTille, les embrassent, et baisent ses mains, en pleurant de joie, tandis que Thibaut immobile et muet, le considère dans une profonde surprise.)

Si. DE TERviLi.E , dctouniant In tête ]}our cacher ses larmes. — Relève -toi donc, Marguerite; relevez - vous , mes chères amies.

THIBAUT. — Monseigneur , je savais bien que vous étiez un homme , un digne homme , mais je ne vous connaissais pas encore; et je ne sais plus comment vous

traiter. (A Marguerite.) 0 ma bonne femme ! si nous pouvions rassembler dans un mot , en un seul mot , tout ce que nous dit notre cœur. '(Se tournant avec vivacité vers M. de Verville. ) Monseigneur, je prierai jour et nuit le ciel, non pas pour vous, car une de vos actions vaut mille de mes prières ; mais pour qu'il paraisse de temps en temps sur la terre des hommes tels que vous l'êtes , alin d'empêcher les malheureux de se désespérer. (// va prendre Jeannette et Louison , et les mené devant une fenêtre. )

Mes enfans, voyez-vous cette colline du haut de laquelle on aperçoit la ville où demeure notre bienfaiteur? Nous y montons tous les dimanches en allant à l'église. Eh bien ! nous n'y monterons plus sans chercher des yeux le quartier qu'il habite, sans y envoyer sur lui nos bénédictions, sans prier le ciel pour lui, pour sa femme , pour tout ce qui le touclie, avant d'aller prier pour nous-mêmes. Vous en souvieudrez-vous?

JEANNETTE. — Ah! mon père, si ja^ mais je l'oublie! ...

LOUISON. — Nous commencerons en parlant de la maison.

THIBAUT. — Oh I monseigneur, chaque jour, choque minute, aux champs, dans notre cabane , partout où nous serons , nous vous donnerons nos premières pensées. Nous ne sentirons pas un seul instant la vie, sans songer que c'est par vous que nous en jouissons , sans être prêts 'a l'offrir à Dieu pour la moindre de vos prospérités. Vous pourrez, quand il vous plaira, nous demander notre sang.

Il est a vous. Ah ! que ne puis-je, en ce moment, verser tout le mien dans vos veines, pour vous donner une double vie! M. DE VERVILLE. — Sois licureux , Thibaut , fais le bonheur de ta femme , élève toujours tes enfans à penser comme toi. Je viendrai quelquefois jouir de ce spectacle ; et je suis sûr de m'en porleu

BIBLIOTHEQUE DES VILLAGES

mieux. Mais voici uos affaires terminées; sais-tu bien que je vais tederaanderadîner?

THIBAUT , Ini tendant joyeusement la main. — Ah ! tant mieux , tant mieux , nouvelle fête !

MARGUERITE , d'un ûvr plein d'embarras et de confusion. — Mais, mon cher homme , que présenterons-nous à monseigneur?

THIBAUT , d'un air libre. — Le peu que nous avons , ma femme. Je le connais. Un morceau de pain sec lui fera plus de plaisir que s'il avait trouvé chez nous un grand rôti sans l'attendre.

MARGUERITE. — Mais , Cependant

M. DE TERVILLE , UVCC Wl SOUrirC. —

Ne sois pas inquiète, Marguerite. [En lui montrant la corbeille que Champagne et Picard ont apportée.) Tu trouveras Ta-dedans de quoi nous régaler. Mais allons tous ensemble faire un tour de jardin. Nous avons besoin, les uns autant que les autres , de prendre un peu Pair pour nous remettre. (// sort, en prenant Jeannette et Louison par la main. Thibaut et Marguerite le suivent en levant les yeux au ciel, et baisant les pans de S071 habit.)

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