‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 114 sur 197 · M. DE VERVILLE , THIBAUT , MARGUE- RITE , JEANNETTE , LOUISON · texte numérisé non relu

M. DE VERVILLE , THIBAUT , MARGUE- RITE , JEANNETTE , LOUISON

LOUisoN, portant un bouquet énorme de roses, de chèvrefeuille et de jasmin, s' avance vers M. de Verville, lui fait une révérence, et luidit: — Monseigneur voudrait-il me permettre de le mettre à sa boutonnière?

M. DE VERVILLE. — Grand merci , ma chère Louison ( // l'embrasse ) : mais il est aussi gros que toi. Je parie que tu n'en auras pas laissé pour tous tes parens. Allons , je vais partager. Je n'ai rien à moi seul aujourd'hui. Tiens. Marguerite; tiens, Thibaut ; tiens, Jeannette ; tiens, Louison. (// leur distribue des fleurs. )

THIBAUT. — ■ Ce sera donc comme un jour de noces, chacun son bouquet?

JEANNETTE. — On prendrait monseigneur pour la mariée. Il donne le repas et les fleurs.

uiULioriityuii Des villages.

TiiiBAi I . — Fort bien ! voilà ma Jeaunelle en poiulc de gaîté.

M. DE vEKviLLE. — Ccllc pcUle saillic lui vaudra un trousseau pour le jour de son mariage.

THiBAXT. — Oui-da, monseigneur! il n'y aurait quà vous laisser faire, et rester les bras croisés. Son trousseau, il faut qu'elle le gagne elle-même.

LouisOiN. — Et si j'ai plus tôt gagné le mien ?

THIBAUT. — Voyez-moi cette petite fille!

il vous sied bien d'avoir de ces choses en tête ! Allons, allons , il ne faut songer qu'à dîner. De la joie , de la joie 1

M. DE vERviLLE. — Je veux attendre que tes garçons soient de retour. Je ne dînerai point que je n'aie tout mon troupeau rassemblé autour de moi.

MAKGUERrrE. — Qucl dommage, monseigneur , que vous n'ayez pas d'enfans I Vous paraissez tant les aimer!

M. DE VERVILLE. —Ail! Margucrîtc , quelle plaie tu rouvres dans mon cœur ! le ciel m'avait donné un fils...

MARGUERITE. — Uu fils uulque? et il est mort ? c'est bien cruel I

M. DE VERVILLE. — S'il cst mort , je l'ignore; mais il n'en est pas moins perdu pour moi.

THIBAUT. — C'est qu'il est peut-être dans une terre étrangère , et que vous ne recevez pas de ses nouvelles. ( Voyant des laiines prêles à couler des ijeux de M. de VerviUe, il prend sa main et lu serre.) Ne vous affligez pas , mon bon seigneur, je vous en prie. S'il vit encore , vous le reverrez sûrement. Quoi ! vous soulageriez les peines des malheureux . et vous seriez malheureux vous-même ! Non , non , le ciel est trop juste. Voyez comme il me traite pour n'avoir fait que mon devoir ; et vous qni allez si loin par-delà , il vous abandonnerait ! Cela n'est pas possible. Allons, égayez-vous un peu. Gardons-nous de rien perdre de ce grand jour de plaisir.

M. DE VERVILLE ( essuijuni SCS ycux ) — Oui , mon cher Thibaut, je me reprocherais d'empoisonner ta joie.

THIBAUT. — Vous me le devez : ce serait gâter votre ouvrage. Pourquoi mes fils sont-ils si lents à rentrer aujourd'hui? ( // se lève de table et va regarder par la fenêtre. ) Je vais voir s'ils viennent. Bon! je vois George qui s'avance. {H lui fait signe de la maiyi de se hâter. )

MARGUERITE. — Quoi ! Georgetout seul?

Est-ce qu'il n'amène pas Valentin ? Il doit savoir que c'est l'heure du dîner. Mille pardons , ^onseigneur, de vous faire attendre.

M. DE VERVILLE. — Nous aurotts le temps , Marguerite; je ne m'ennuie pas dans une si douce compagnie. Une heure plus tôt, une heure plus tard , cela ne me dérange point. Les jours sont longs; et pourvu que j'arrive à la ville avant la nuit, ma femme ne sera pas inquiète.

MARGUERITE. — Voici George, toujours.

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