‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 135 sur 197 · COURAGE ET BIENFAISANCE D'UN PAYSAN · texte numérisé non relu

COURAGE ET BIENFAISANCE D'UN PAYSAN

La grandeur d'ame ne suppose pas nécessairement une haute naissance. Les sentimens généreux se trouvent souvent dans les classes les plus basses des citoyens. Un paysan de la Fionie vient d'en fournir un exemple qui mérite d'être connu. Le feu avait pris au village qu'il habite. Il courut porter des secours aux lieux où ils étaient nécessaires. Tous ses soins furent vains. L'incendie fit des progrès rapides. On vint l'avertir qu'il avait gagné sa maison. Il demanda si celle de son voisin était endommagée. On lui dit qu'elle brûlait, mais qu'il n'avait pas un moment à perdre s'il voulait conserver

ses meubles. J'ai des choses plus précieuses à sauver, répliqua-t-il sur-lechamp. Mon malheureux voisiu est malade et hors d'état de s'aider lui-même. Sa perte est inévitable s'il n'est pas secouru, et je suis sûr qu'il compte sur moi. Aussitôt il vole à la maison de cet infortuné ; et , sans songer à la sienne qui faisait toute sa fortune , il se précipite à travers les flammes qui gagnaient déjà le lit du malade. Il voit une poutre embrasée , prête à s'écrouler sur lui , il tente d'aller jusque-la. 11 espère que sa promptitude lui fera éviter ce danger, qui sans doute eût arrêté tout autre. Il s'élance

CHOIX DE LECTURES

auprès de sou voisin , le diarge sur ses épaules, et le conduit heureusement en lieu de sûreté.

La chambre économique de Copenhague, touchée de cet acte d humanité peu commun , a envoyé à ce paysan un gobelet d'argent rempli déçus danois. La pomme du couvercle est surmontée d'une couronne civique , aux côtés de laquelle

pendent deux petits médaillons, sur lesquels celte action est gravée en peu de mots. Plusieurs particuliers de cette capitale lui ont fait aussi des présens pour i indemniser de la perte de sa maison et de ses effets. Leur bienfaisance mérite des éloges. Récompenser la vertu , c'est encourager les hommes a la pratiquer.

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