‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 136 sur 197 · LE VIEUX SAUVAGE · texte numérisé non relu

LE VIEUX SAUVAGE

On trouve partout de bonnes gens, même parmi Les sauvages.

Cn jour que je revenais de la promenade avec les gens de ma maison . nous entendîmes à l'entrée d'un bois une voix plaintive. Nous allâmes du côté de la voix, et nous trouvâmes couché sous un arbre un Saovage déjà sur le retour, qui était épuisé de fatigue et de besoin. Ce vieillard paraissait n'attendre là que la fin de ses jours. D'abord il ne voulut pas nous répondre, quoique je lui parlasse dans sa langue, que j'avais apprise dans le cours de mes expéditions. Enlin , il nous dit d'un ton plaintif: Hélas! je me suis levé avec l'aurore , dans l'espérance de me rendre à mon habitation ; je me suis égaré ; il se fait tard , les forces me manquent , et je suis contraint de rester ici. Sans doute que je serai la proie des serpens , ou des bêtes féroces , ou de mes ennemis. Ma pauvre femme ! mes pauvres enfans! Il se désolait. Je le priai de nous accompagner. — Mais, dit-il, tu ne me connais pas. — Je n'ai pas besoin de te connaître, lui répondis-je; viens. Nous remmenâmes dans ma hutte. Après qu'il eut pris de quoi réparer ses forces, je lui fis préparer nn gîte près de mon lit.

Une toile des Indes , tendue en forme d« rideau, était la seule cloison qui nous séparât. Il se coucha. Au milieu de la nuit, un bruit me réveille. Je crus l'entendre se lever. La peur me saisit. J'écoutai , et je connus bientôt quelle injustice ma frayeur lui avait faite. Jamais je n'oublierai ce trait. Le Sauvage était à genoux en prières , et il s'exprimait à peu près en ces termes : 0 Dieu ! je te remercie d'avoir fait luire ton soleil sur ma route; je te remercie de ce qu'aucun serpent ne m'a piqué , de ce qu'aucune bêle féroce ua fondu sur moi , et de ce que mes ennemis ne m'ont pas rencontré. Je le remercie de ce que ce bon étranger s'est présenté et m'a conduit dans sa huile. 0 Dieu! quand cet étranger, ou ses enfans, ou ses amis voyageront, fais luire Ion soleil sur leur route , garantis-les des serpens , des bêtes féroces et de leurs ennemis ; et si quelqu'un d'eux s'égare en chemin . fais qu'il se présente un homme aussi bon qui le mène dans sa huile.

Telle fut sa prière. Voici celle que je fis : Donne-moi , ô mon Dieu ! une petite place dans ton paradis ^ côté de ce Sauvage.

CHOIX DE LECTUflli».

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