SCÈNE U
LE VIEILLARD, sans voir Babet; BABET , toujours à part.
LE VIEILLARD. — C'est le pain de mes enfans que ce fagot. U devrait me paraître fort léger, et je ne saurais le porter. (// jette à terre son fagot. )
BABET. — 11 aime les enfans , il ne me fera pas de mal.
LE VIEILLARD. — Ah! vieillesse !
vieillesse! tu pèses plus que lui sur mes épaules. — L'amitié me donne du courage. A quoi sert le courage? Les ans m'ôtent la force.... Pauvres enfans! vous trouvez que je tarde trop long-temps, vous pleurez, mais vous ne m'accusez pas, j'en suis sûr.... Vous savez.... j'ai bien fait de ne pas vous croire, j'ai bien fait. — Si je l'avais emporte, le reste du pain, je n'aurais pas faim à présent. — Mais vous?
B.4^BET. — Il a faim , j'ai bien faim aussi.
LE VIEILLARD. — Hélas ! peut-êtrc l'auront-ils mangé trop tôt. (// regarde le soleil.) Il y a bien six heures que je suis parti : oui , il y a au moins six heures que je les ai quittés. S'ils l'ont mangé tout de suite , ils sont à présent comme ces petits oiseaux que j'ai vus tantôt dans leur nid. — Us m'ont fait grande pitié , ces petits oiseaux. — Quelqu'un aura-t-il pitié de mes petits à moi ?
BABET. — Oh ! moi j'en aurais pitié , si je les voyais.
LE VIEILLARD. — Si je laissais là mon fagot, je marcherais plus vite, j'arrive-
rais, au moins je les tirerais d'inquiétude. — Malheureux vieillard , comme tu te trompes ! Sais-tu ta route ? te voilà perdu dans le plus épais du bois ; pas un sentier.
BABET. — Si j'osais l'aborder , je lui dirais bien par où il faut prendre.
LE VIEILLARD. —Le solcU balssc ; j'ai vu ici autour des bestiaux; on viendra les chercher avant la nuit; j'entendrai les cornemuses des bergers , ils me remettront dans mon chemin , restons. — Mais la faim ! la faim ! ce n'est pas la mienne qui me tourmente le plus. .. Si je pouvais dormir l (Il se couche sur son fagot et s'endort. )
BABET. — u dort déjà, — Oh 1 non , il n'est qu'assoupi: c'est la fatigue... Vraiment si fait , il dort. Mais il a faim , le pauvre homme ! Au moins il faut le laisser dormir; peut-être