LE TAILLEUR ET LE TISSERAND
Un tailleur de Londres, nommé Swith , très-pauvre et sans autre ressource qu'un ami aussi pauvre que lui , appelé Thoms , et tisserand de sa profession , partit pour les Indes Orientales , dans l'espérance d'y améliorer son sort. Il y fit fortune, et épousa une fille riche, qui avait une sœur aussi opulente ; l'une et l'autre voulurent suivre Swith dans sa patrie , lorsqu'il se crut a l'abri de tout événement. Arrivé à Loudres, il n'eut pas de peine à se rappeler sa première misère. Cette idée lui retrace l'image de Thoms. H vole chez son ami, dont il n'est pas reconnu, et s'informe de lui-même s'il est à son aise ,
s'il a une maison , s'il est marié. Toutes ses réponses furent négatives ; et à chacune , Swith fit paraître une joie si vive, que le tisserand crut avoir affaire h un insensé, ou à un homme opulent, qui insultait a sa misère. Dans peu d'heures il fut détrompé , un carrosse s'arrête à sa porte ; on lui dit d'y monter : il y monte. On arrive dans une belle maison. Thoms y reconnaît Swith , qui avait repris ses anciens habits , et qui lui dit : Mon ami, quand nous n'avions rien , nous nous consolions ; le premier de nous qui avait un schelling , le partageait avec l'autre; cette maison est à toi , avec tout ce qu'elle con-
CFÎOIX DE LECTURES.
lient : voilà la sœur de ma femme ; elle veut un honnête homme; elle est riche; je lui ai parlé de toi ; elle consent à te donner sa main. Je t'appelais autrefois
mon frère, tu l'es actuellement. Oublions tout , excepté l'amitié qui nous lie , et qui ne finira qu'avec nous.