LE BON ROI
Louis XII, roi de France, parvenu au trône par le chemin de l'adversité , y fit régner avec lui les vertus d'un bon roi. C'était un prince religieux, magnanime, économe , d'un accès facile , ami de la justice et de la vérité, plein de tendresse pour son peuple, et n'ayant point de plus forte passion que de le rendre heureux. Louis ne craignait rien tant que de fouler ses sujets ; aussi aucun roi ne fut plus tendrement aimé. Ses yeux paternels ne pouvaient se lever , qu'ils ne rencontrassent un ami. Ses voyages étaient des triomphes : on s'empressait de se trouver sur son passage; les chemins étaient jonchés de fleurs, l'air retentissait de cris d'allégresse, de murmures flatteurs, de vœux que l'on faisait pour la conservation de ses jours. Les gens de la campa-
gne accouraient de dix et de vingt lieues à la ronde, l'entouraient, le pressaient, faisaient toucher des linges à sa personne, <i ses habits, à son cheval , et les remportaient chez eux comme les plus précieuses reliques. Ils ne l'appelaient point autrement que le père du peuple , litre préférable à tous ceux que l'héroïsme donne.
Voici un trait de sa bienfaisance et de ses sentimens paternels.
Un homme de la cour demandait à Louis la confiscation des biens d'un riche bourgeois d'Orléans, qui s'était déclaré ouvertement contre ce prince , avant son avènement au trône. « Je n'étais pas son roi, répondit-il, lorsqu'il m'a offensé. En le devenant , je suis devenu son père. Je dois lui pardonner et le défendre. »