‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 167 sur 197 · LES FLATTEURS CONFONDUS · texte numérisé non relu

LES FLATTEURS CONFONDUS

Alonsor , prince doué de tous les sentimens qui caractérisent la vertu , considérant la statue équestre d'un de ses ancêtres, et voyant sur le piédestal de cette statue, des figures en bronze qui représentaient un chat, une tourterelle, et un oiseau portant une couronne dans une cage d'or , entourée d'une inscription en anciens caractères , assembla son conseil pour lui en demander l'explication. A peine a-t-il entendu prononcer quelques mots, qu'il s'aperçoit qu'on le trompe par les allusions les plus flatteuses et les plus recherchées. 11 impose silence , et fait appeler un philosophe célèbre pour le consulter sur ce sujet. Ce philosophe, retiré depuis long-temps dans sa cellule, vivait loin du tumulte de la cour et des villes. Ses principales occupations étaient l'étude de la musique , des astres et des fleurs. 11 chantait des hymnes à la gloire de l'Etre suprême : il l'admirait dans la contemplation de ce globe lumineux dont il mesu-

rait l'étendue ; il le servait en portant au pied de ses autels des bouquets ornés d'oeillets, de tulipes et d'immortelles. Au milieu de la félicité dont il jouit, on le trouble ; il reçoit les ordres du souverain et vient en rendre compte. Seigneur , ditil , voici l'explication que je crois trouver dans ces caractères anciens. Le chat est l'emblème des courtisans souples et dangereux qui entouraient l'empereur; la tourterelle , l'image de la fidélité de son peuple; l'oiseau couronné dans la cage d'or, celle de l'esclavage du prince au milieu des richesses et de la royauté... A peine eut-il prononcé , que les courtisans s'attendaient à une punition exemplaire ; mais le roi qui aimait la vérité , et qui était naturellement bon, pardonna à ceux qui l'avaient trompé , et récompensa le philosophe , qui employa les bienfaits du roi à soulager les indigens et les malheureux.

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