‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 168 sur 197 · MAXIMES · texte numérisé non relu

MAXIMES

L'ame du paresseux ressemble à une terre qu'on ne cultive pas : elle ne produit que des ronces et des chardons.

On demandait à Thaïes un moyen sûç

de régler sa conduite. « Ne faites jamais ce que vous blâmez dans les autres, »

répondit ce grand philosophe.

CHOIX DE LECTURES

L'HEUREUSE ACQUISITIOU.

Le cardinal d'Amboisc avait fait bâtir on magnilique château à la campagne.

Comme cette superbe maison était trop resserrée, et enveloppée de tous côtés par des possessions étrangères , un genlilboranie du cardinal crut faire sa cour a sou maître , en déterminant un de ses amis à lui vendre une terre titrée , qui enclavait le plus le château. Le seigneur fut invité h diner. Après le repas, le cardinal l'ayant conduit dans un cabinet, lui demanda par quel motif il voulait vendre sa terre. Monseigneur , répondit le gentilhomme , c'est par le plaisir de vous accommoder d'un bien qui est si fort à voire bienséance. Gardez votre terre, répliqua le cardinal ; c'est l'héritage de vos pères, le premier titre d'un nom illustre qu'ils vous ont transmis , et que vous devez conserver à vos descendans. Je préfère d'ailleurs un voisin tel que vous à toutes les commodités de mon château.

Monseigneur , reprit le gentilhomme , je suis très-attaché k ma terre , et ce qu'il vous a plu de me faire observer , me la rend inflniment plus précieuse. Mais j'ai une tille : un gej)tilhomme du voisinage voudrait l'épouser : le nom , la fortune , le caractère , tout me convient ; mais il demande une dot que je ne puis absolu-

ment lui donner. J'ai considéré qu'en vendant ma terre, je pourrais faire le bonheur de ma fllle , et placer avantageusement le restant de la somme pour moi. Ce projet n'a rien que de raisonnable , répondit le cardinal; mais n'y aurait-il pas quelque moyen pour marier votre fille comme vous le désirez , et de conserver votre terre ? Ne pourriez-vous pas , par exemple, emprunter de quelqu'un de vos amis, la somme dont vous avez besoin, sans intérêt , et remboursable à des termes fort éloignés , économiser tous les ans quelque chose sur votre dépense , et vous trouver quitte sans presque vous en apercevoir ? Ah ! monseigneur , s'écria le gentilhomme , où sont aujourd'hui les amis qui prêtent une pareille somme sans intérêt , et remboursable à des termes fort éloignés ? — Ayez meilleure opinion de vos amis , répliqua le cardinal en lui tendant la main; mettez-moi du nombre, et recevez la somme dont vous avez besoin , aux conditions que je viens de vous expliquer. » Le gentilhomme tombant aux genoux de son bienfaiteur, ne put répondre que par des larmes à un procédé si noble ; et le cardinal ne parut jamais si content , que d'avoir acquis un ami au lieu d'une terre.

LA VRAIE GémâROSITÉ.

Le calife Almansor allait périr sous les coups d'une troupe de rebelles , qui l'ivaient surpris , lorsqu'un Arabe , appelé Maan , qui jusque-là s'était tenu caché

pour éviter le ressentiraentdu calife, parce qu'il avait été l'un des principaux chefs du parti ennemi , voyant le prince en si grand danger, sort de sa retraite avec

CHOIX DE LECTDRtS.

quelques vaiets, tuuiuc sur les factieux , et les charge avec tant de vigueur, qu'il les met eu fuite , et arrache le monarque à une mort qui paraissait inévitable. Celte générosité de Maan était si peu commune, qu'elle a passé en proverbe parmi les Arabes. Elle lui valut les bonnes grâces du calife, qui, pour première marque de faveur , le pria de lui raconter ses aventures.

» Prince , répondit Maan , ma vie , depuis l'élévation de votre famille, fut celle d'un fugitif qui, voyantsans cesse levé sur sa tête le glaive de la vengeance, s'enferma dans l'obscurité, pour éviter ses coups. Je restai long-temps caché dans la maison d'un de mes amis à Basrah. Mais ne me croyant point en sûreté dans celte ville , j'en sortis sur le soir , et je pris , à la faveur d'un déguisement , le chemin des déserts. J'avais évité toutes les gardes, et je me croyais hors du danger d'ôlre reconnu, lorsque tout à coup un homme d'assez mauvaise mine saisit la bride de mon chameau , et me demanda si je n'étais pas celui que le calife faisait chercher partout , et dont la découverte devait faire la fortune de celui qui le dénoncerait ? — Non, répondis-je. — Quoi! vous n'êles pas Maan? — Je fus déconcerté. Je pris un de mes joyaux, et le lui présentant : Recevez, lui dis-je, cette faible récompense du service que vous me rendrez, en favorisant ma fuite par votre silence : si les temps deviennent plus heureux pour moi , ma fortune sera la vôtre. Cet homme considérant le prix de ce joyau , me dit : J'ai une demande à vous faire; je vous prie de me répondre avec sincérité. Ne

vous est-il jamais arrivé de donner en une seule fois tout votre bien? car je sais que vous passez pour un homme très-libéral. — Non. — N'en avez-vous jamais donné la moitié? — Non. Enfin , descendant par degrés, au tiers, au quart, et jusqu'à la dixième partie , la honte me fit dire que je pourrais bien en avoir donné la dixième. Hé bien ! reprit-il , afin que vous sachiez qu'il y a des personnes encore plus libérales que vous , moi, qui ne suis qu'un simple fantassin , qui ne tire que deux écus par mois de solde ; je vous donne ce joyau , dont le prix passe plus de mille pièces d'or. En achevant ces mots , il me jette le joyau, et disparaît. Surpris de cet acte héroïque, je vole après lui , et le supplie de revenir sur ses pas. Non, m'écriai-je, j'aime mille fois mieux être découvert et perdre la tête,qued'être vaincu par un procédé aussi généreux. Ame magnanime! ou je vais vous suivre, ou vous recevrez le tribut de ma reconnaissance. A ces mots, il revient à moi, se jette h mon cou, et me dit : Vous voudriez donc me faire passer pour un voleur de grands chemins? Non , je ne recevrai point votre présent, car je ne pourrais pas en toute ma vie vous rendre la pareille. Aprèf cela, nous nous séparâmes. »

Almansor fut si charmé de ce récil, qu'il fit chercher dans toute l'étendue de l'empire ce soldat généreux , pour couronner sa vertu. Mais toutes les perquisitions furent inutiles ; et cette action sublime fut publiée dans toutes les provinces musulmanes, sans que celui qui Tavait faite, daignât se montrer.

CMOIX l)E LKCTURES.

COSROES ET MITRARE.

Le préjugé de la naissance est un grand obstacle à la bonne éducation.

Cosroës , roi de Perse , avait un ministre, dont il était content, et dont il se croyait aimé. Un jour ce ministre vint lui demander à se retirer. Cosroës lui dit : Pourquoi veux-tu me quitter? J'ai fait tomber sur toi la rosée de l'abondance. Mes esclaves ne distinguent point entre tes ordres et les miens ; je t'ai approché de mon cœur, ne t'en éloigne jamais. Mitrane , c'était le nom du ministre , répondit : O roi ! je t'ai servi avec zèle , et tu m'en as trop récompensé ; mais la nature m'impose aujourd'hui des devoirs sacrés, laisse-les moi remplir. J'ai un fils ; il n'a que moi pour lui apprendre 'a te servir un jour comme je t'ai servi. Je te permets de te retirer, dit Cosroës, mais à une condition. Parmi les hommes de bien que tu m'as fait connaître , il n'en est aucun qui soit aussi digne que toi d'élever un jeune prince : finis ta carrière par le plus

grand service qu'un homme puisse rendre aux hommes : qu'ils te doivent un bon maître. Je connais la corruption de la cour ; il ne faut pas qu'un jeune prince la respire : prends mon fils , et va l'instruire avec le tien, dans la retraite ,«au sein de la vertu.

Mitrane partit avec les deux enfans, et après cinq ou six années , il revint avec eux auprès de Cosroës , qui fut charmé de revoir son fils ; mais qui ne le trouva pas égal en mérite au fils de son ancien ministre. 11 s'en plaignit à Mitrane, qui lu' répondit : 0 roi ! mon fils a faiE un meilleur usage que le tien des leçons que j'a données à l'un et l'autre. Mes soins on* été partagés également entre eux : mais mon fils savait qu'il aurait besoin des hom mes , et je n'ai pu cacher au tien que les hommes auraient besoin de lui.

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