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CHOIX DE I.FÎCTL'nES.»
M. DE uncLiÈiiES, — Avatit-bicr lu l'écliappas du logis, sans ma permission.
Tiiiioi'iin-E. — C était pour aller joiudrc mou cousin.
M. DE BELLikaEs. — Il ne manquera pas sûrement de revenir aujourd'hui pour te tenter encore. Comment feras-tu s il veut t'en^'agcr à manquer à tes devoirs?
TfiKopiiiLE. — Je prierai Dieu de ne pas permettre que je lui désobéi^se.
M. DE BELJLiÈRES. — Et commcnt le prieras-tu ?
THÉOPHILE. — Mon Dieu , donnez-moi le désir d'être sage, et ne permettez pas que mon cousin me fasse faire le mal.
M. DE BEULiÈRES. — .Mais n'y a-t-il que ton cousin qui l'ait jamais engagé à mal faire?
THÉOPHILE. — Oh ! pardmnez-moi.
Le petit Léon m'a mené quelquefois dans son jardin, pour l'aidera voler des pommes, et puis Germain qui m'apprenait à jurer pour se faire rire.
M. DE Bxni lÈ tEs. — Ainsi je vois qu'il te faut encore ajuuter quelque chose à ta prière.
THÉOPHILE. — Oui , mon papa ! je dois dire: Mon Dieu, ne permettez pas que personne m'engage à faire le mal.
M. DE BECLiÈREs. — 11 y 3 six scmalncs que tu étais malade. Tu priais alors le médecin de te rendre la santé. T'en souviens-tu? Qu'est ce qu'il te répondit?
THÉOPHILE. — Oui , je le ferai volontiers, mon petit ami; mais il faut avaler tout de suite cette médecine. N'allez pas surtout vous découvrir. Tenez-vous chaudement, et soyez bien tranquille, de peur que la fièvre ne vous reprenne.
M. DE BEULIÈRES. — Si tu n'avais pas voulu faire ce qu'il demandait, aurais-tu recouvré la santé?
THÉOPHILE. — Oh! non sûrement.
M. DE BEULIÈRES. — Dicu nous a prescrit de môme ce qu'il faut faire pour lui
obéir. Te souviens-tu de ce que je t'ai dit a ce sujet?
THÉOPHILE. — Je ne l'ai pas oublié. Il
f.i;it toujours s'occuper de lui , songer au
j)laisir qu'il y a de faire le bien, et a ce
I qu'il en coûte de faire le mal.
I M. DE BEULIÈRES. — Tou cousin u'au-
I rait qu'à venir actuellement pour t'exciter
a l'aire une mauvaise action.
THÉOPHILE. — Ah ! mon papa ! je penserais aux reproches que je mériterais de votre part pour l'avoir écouté.
M. DE BEULIÈRES. — Fort bien , mon ami : mais si tu priais Dieu de te rendre obéissant, et que tu ne voulusses rien faire de ce qu'il faut pour Tétre, crois-tu que ta seule prière pût produire un grand effet?
THÉOPHILE. — Non ! je ne le crois pas.
M. DE BEULIÈRES. — Aiusi tU VOiS ,
mon fils, pourquoi Dieu exauce si rarement les prières des hommes. Car, ou elles ne consistent que dans le récit précipité de quelques formules , qui conviennent aussi peu aux circonstances que ton livre d'oraison a la maladie de ta grand' maman ; ou bien ils n'ont aucune véritable crainte de Dieu; ou, enfin, ils ne font rien de ce qu'il serait nécessaire de pratiquer pour obtenir ce qu'ils demandent.
On vint dans ce moment annoncer à M. de Beulièrcs qu'un étranger voulait lui parler. Il interrompit l'entretien , et promit à son fils de le reprendre le jour suivant.
Théophile était fort satisfait de voir tous ses doutes si bien éclaircis. Plein de reconnaissance et de joie, il se jette à genoux, et fait cette prière : Mou Dieu, comme je me réjouis de ce que je te suis cher , plus cher encore qu'à mon papa ! Ah! si j'étais parfaitement bon! si je t'obéissais en toutes choses ! Donne-moi le désir et la force de me préserver de tous ceux qui voudraient m'engagcr à devenir
CHOIX DE LliCTURES.
méchant. Ouil mon Dieu, je veux faire ce qui est en mon pouvoir pour que tu m'accordes la grâce de me soumettre à tes volontés.
A peine eut-il fini sa prière , qu'il se trouva beaucoup plus gai , et plus porté vers le bien , qu'il ne l'était auparavant. 11 se mit promptement à étudier la leçon qu'il devait réciter le lendemain ; etcomme il s'en occupait avec plaisir , il remarqua qu'il l'apprenait avec une extrême facilité.
Pendant qu'il était livré tout entier à l'étude , arrive son cousin Deshayos , qui ne manque pas de lui proposer, selon sa coutume , quelques nouvelles polissonneries. Théophile trouva d'abord l'idée assez drôle : cependant il lui vint aussitôt dans l'esprit qu'il ne serait pas bien de laisser là son ouvrage pour aller jouer. Mon cher cousin , lui dit-il, je suis fâché de ue pouvoir te suivre ; mais , dans ce moment ce que tu me demandes est impossible. Tiens, dès que j'aurai fini mon devoir, je suis a toi.
Ne vous pressez pas, monsieur, lui répondit Deshayes d'un ton ironique. Vous pouvez rester toute la journée cloué sur vos livres.
Eh bien ! mon cher cousin , j'y resterai toute la journée, s'il le faut. Je te prie seulement de ne pas m'interrompre , et de me laisser tranquillement apprendre ma leçon.
M. Deshayes ne s'attendait pas à cette fermeté. 11 lire sur lui la porte de toutes ses forces , et se retire honteux et chagrin. Théophile, au contraire, s'applaudit d'avoir résisté h des instances si séduisantes et a son propre penchant. 11 sut fort bien s'amuser tout seul le reste du jour ; et il se mit au lit, en rendant grâces a Dieu de ce qu'il l'avait exaucé d'une manière si évidente.
Le lendemain , il se leva de bonne heure, et courut trouver son père dans le jardin. Mon cher papa, lui dit-il; je sais à pré-
sent que Dieu exauce les prières de ceux qui le craignent. 11 m'a donné le désir de faire le bien , et la force d'éviter le mal. J'ai trouvé du plaisir à apprendre mes leçons. Deshayes est venu me tourmenter, quand je faisais mes devoirs, pour aller jouer avec lui , et moi j'ai été assez ferme pour le renvoyer.
M. de Beulières , attendri , l'embrassa.
Courage, mon enfant, lui dit-il. Continue, mon cher Théophile. Sois toujours aussi fidèle à ta promesse, et Dieu te bénira de plus en plus. Tu verras un jour que ceux qui le craignent sincèrement ne l'ont jamais prié en vain.
THÉOPHILE. — Ainsi donc , si je l'avais prié de cette manière pour ma grand'maman , je n'aurais pas eu le malheur de la voir mourir.
M. DE BEULIÈRES. — Je répondrai à ta question , après que tu auras satisfait à celle que j'ai à te faire.
THÉOPHILE. — Avec plaisir, mon papa, si j'en suis capable.
M. DE BEULIÈRES. — Lorsquc tu m'as demandé l'éclaircissement de quelques difficultés, ou l'explication d'une règle de la grammaire , t'ai-je refusé quelquefois ?
THÉOPHILE. — Non, mon papa, jamais,
M. DE BEULIÈRES. — Et pourquol ne t'ai-je jamais refusé?
THÉOPHILE. — C'est que, par amitié pour moi , vous désirez que je m'instruise davantage.
M. DE BEULIÈRES. — Mais , lorsquc tu m'as demandé certaines friandises, des habits de telle étoffe, ou de telle couleur, as-tu toujours été aussi heureux ?
THÉOPHILE. — Oh ! vraiment non.
M. DE BEULIÈRES. — Et pourquoi non?
THÉOPHILE. — Vous mc répoudicz que vous saviez fort bien ce qui pouvait me convenir. J'en étais d'abord affligé ; mais je voyais ensuite que vous aviez eu raison. Aussi , dès que vous me refusez quelque
CHOIX DE LECTLIIES.
fliose , j'imagine aussilùt quelle n'est pas bonne pour moi.
M. DE BEULiÈREs. — Ht u'aurais-tii pas la même confiance envers Dieu?
THÉOPHILE. — Oh! pardonnez-moi, mon papa. 11 doit savoir encore mieux que vous ce qui rac convient.
M. DE BELLiÈREs. — Aiusidonc, pour Ini demander une grâce , comment faut-il lui adresser la prière? Supposons qu'aujourd'hui tu voulusses prier pour ta grand' maman, (jue lui dirais-tu?
THÉOPHILE. — Seigneur, mon Dieu.
si vous croyez que ce soit mon avantage, ne laissez pas mourir ma grand'maman.
M. DE BEULIÈRES. — IMais tu ne dois pas prier uniquement pour Ici. Tu dois aussi prier pour ta grand'maman.
THÉOPHILE. — Cela est vrai.
M. DE BEI LiÈREs. — Et si elle traînait une vie accablée d'infirmités, si la mort devait terminer ses souffrances , pourraistu demander a Dieu que, pour l'amour de toi, il rendit ta grand'maman malheureuse ?
THÉOPHILE. — Non , certes.
M. DE BELLIÈRES. — Ainsl , tU VOiS
qu'il faut encore ajouter quelque chose à ta prière.
THÉOPHILE. — Oui , je dois dire : Mon Dieu, si c'est mon avantage, et celui de ma grand'maman , laissez-la vivre encore, je vous en supplie.
M, DE BEULIÈRES. — Si tu l'avais prié de cette manière, et que cependant ta grand'maman fût morte, que penseraistu de lui?
THÉOPHILE. — Qu'il aurait vu , par sa sagesse, qu'une plus longue vie n'était utile à elle, ni a moi.
M. DE BEDLiÈREs. — Pourrais-tu te plaindre avec justice de ce qu'il n'aurait pas exaucé ta prière ?
THÉOPHILE. — Non , sans doute , puisque je ne l'aurais prié de laisser vivre ma
grand'maman qu'autant que ce serait son avantage et le mien.
M. DE BEULIÈRES. — Aiusi , lU VOis ,
mon ami , que Dieu exauce toujours les prières de ceux qui le craignent. Car , ou ils ne lui demandent que la force de faire le bien , parce que Dieu veut qu'ils soient bons ; ou s'ils lui demandent quelque autre grâce, c'est toujours sous la condition qu'il la juge nécessaire à leur bonheur. Ils savent que c'est un père tendre , qui les aime , et qui leur donne, de son gré, tout ce qui peut leur être utile. Si quelquefois leurs vœux ne sont point exaucés, ils s'en consolent, et se disent h euxmêmes : C'est que Dieu a vu que cela ne nous serait pas avantageux.
Théophile ne tarda pas à profiter de cette instruction. Le matin, dès qu'il se réveillait , il priait Dieu de lui inspirer le désir de faire le bien; et lorsqu'il se trouvait près de manquer à ses devoirs, il le priait de l'aider à se vaincre soimême.
11 s'était accoutumé de bonne heure a penser a Dieu , et à se mettre en sa présence. Il se peignait sans cesse les doucours attachées à une bonne action, et les chagrins que traînent à leur suite la paresse, l'orgueil , le mensonge et le libertinage. Enfin, il devint si honnête, si sage et si vertueux , que tous les pères le proposaient pour modèle a leurs enfans.
Au bout de quelques années son père tomba malade. Tous les jours il invoquait le Seigneur pour sa guérison. Le cœur gros de soupirs, et les yeux remplis de larmes, il lui disait : Dieu tout-puissant, que ta volonté soit faite; mais si la vie de mon papa nous doit être utile à l'un et à l'autre, daigne prolonger ses jours, même aux dépens des miens.
Son père mourut. Ah ! qu'il en fut affligé! Cependant il s'écriait avec quelque consolation , dans l'excès même de sa douleur : Le Dieu de bonté ne m'aurait pas
CHOIX DE LECTURES
enlevé mon père , sans quelque vue secrète de sa providence. Sans doute il a voulu le récompenser de ses vertus ; et il ne m'a privé de ses tendres secours que pour me montrer que c'est lui seul qui est mon véritable père.
Théophile avouait souvent à ses amis que, par le moyen de la prière, il s'était
épargné bien des chagrins, et qu'il avait su adoucir ses infortunes. Il allait un jour de chaque semaine sur le tombeau de son père; et l'arrosant de ses larmes, il s'écriait : 0 le meilleur de tous les pères ! toi qui sus m'appremlre a prier , qu{ Dieu t'en récompense dans son sein paternel !