SCÈNE H
Madame de preval, léonor.
M™" DE PREVAL. — Eh bien! Léonor, où donc est la sœur?
LÉONOR. — Dans le jardin, maman.
jytue pg PREVAL. — Quoi! toujours au jardin! Qu'y fait-elle?
LÉONOR. — Elle est occupée sans doute à courir après des papillons.
M*"^ DE PREVAL. — La belle occupation à son âge! C'est une petite fille bien dissipée. Il n'entre jamais une idée sérieuse dans sa tête. Je ne crois pas qu'elle devienne raisonnable; et c'est l'aînée pourtant!
LÉONOR. — Je pense que je ferai bien de ne pas prendre exemple sur elle. Mais moi, maman... {Elle baise la main de sa mère d'un air flatteur.) Êtes-vous contente de moi?
M™" DE PREVAL. — Oul , ma fille.
Quoique la plus jeune, tu es la plus posée et la plus réûéchie; et j'espère que tu deviendras de jour en jour plus digne de ma tendresse.
LÉo-NOR. — Oh oui, maman! je vous le promets.
M""= DE PREVAL. — Quc faisais-lu ici renfciincc toute seule dans la chambre?
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CHOIX DE LECTURES
i-ÉONOR. — Je répétais ma leçon de clavecin. Mon maître ne doit pas venir d'aujourd'hui; mais je n'ai point voulu laisser passer l'heure marquée pour cet exercice.
M™* DE PREVAL. — Tu m'cnchantes , ma chère fllle ! Écoute. Je suis obligée de sortir pour une heure. Lorsque ta sœur reviendra^ ne manque pas de lui dire combien je suis mécontente de sa légèreté.
LÉooR. — Laissez-moi faire, je lui parlerai comme il convient.
M™* DE PREVAL. — Fais-liù , cu mou nom , une sévère réprimande. Elle mérite cette humiliation. Si elle ne la reçoit pas bien de ta part, c'est à moi qu'elle aura affaire.
LÉoxoR. — Oui! maman.
jitnc pg PREVAL. — Je ne te charge qu'à regret d'une commission si fâcheuse. Je sens combien ton cœur doit souffrir.
LÉoxoR. — Oh! quand c'est par amitié!
m"* de PREVAL. — Tu la gâtes. Ne la ménage point, je te prie. Elle abuse de mes bontés !
LÉONOR. — Âh ça! maman, reviendrez-vous bien vite? Vous savez que je suis toujours triste loin de vous.
m"^ de PREVAL. — Oui! ma chère enfant, le plus tôt qu'il me sera possible. Ma plus grande joie est de te voir. C'est toi qui me consoles des chagrins que ta sœur méfait éprouver. Adieu. {Elle embrasse Léonor, et la quitte. Léonor prend un air affligé, qu'elle dépouille par degrés, à mesure que sa mère s'éloigne.) SCENE 111.
LÉONOR, seule.
LÉONOR, aussitôt qu'elle voit madame de Preval au bas de l'escalier, elle court se poster devant un miroir, caresse sa coiffure, et se donne des grâces. — Je pensais bien aussi que je valais mieux que ma sœur ! Je ne lui épargnerai pas les
reproches que maman ma chargée de lui faire. Elle sentira que je mérite la supériorité, quoiqu'elle soit l'aînée. Je gage qu'elle est à discourir avec le jardinier sur ses choux et sur ses laitues, ou qu'elle joue avec les enfans de Babet , et leur donne tout son argent , au lieu de l'employer à acheter de jolis rubans. Cela ne pense à rien de solide.