‹ Œuvres complètes de BerquinChapitre 185 sur 197 · X.ÉONOR , MARGUERITE , MARIETTE , JEANNETON · texte numérisé non relu

X.ÉONOR , MARGUERITE , MARIETTE , JEANNETON

MARGUERITE court avecjoievers Léonor : ses filles la suivent avec une con-

tenance timide et embarrassée. — 0 ma chère enfant, ma chère Léonor! comme vous voila grande et bien formée! Qui m'aurait dit que j'aurais eu tant de peine 'a vous reconnaître?

LÉo.Non , sans la regarder. — Bonjour, Marguerite, bonjour.

MAHGLERiTE, cu lui tcudant Ics hrus.

— Bonté divine, je la mangerais, je crois, de mes yeux. Moi, qui lai vue si petite, si pelile! pas plus haute que ça. Oh!

comme les enfans vous ont bien vite rattrapé! Mais je ne puis y tenir plus longtemps. Que je vous embrasse. {Elle se penche sur elle. ) Je pleure de joie de vous sentir contre mou cœur.

LÉONOR, poussant un cri. — Oh! ne me serrez pas si fort, je vous prie!

MARGUERITE. — Vous ctes dcvenuc bien délicate ! Il n'en était pas ainsi autrefois. Quand je vous étouffais de tendresse , vous vous laissiez volontiers mijoter.

LÉONOR , sans discontinuer son travail. — Oui , lorsqu'on est petite ; mais aujourd'hui...

MARGUERITE, prenant Jeanneton par ta main, et la menant à Léonor. — Tenez , voici ma Jeanneton. Elle était si aise de venir vous voir! N'est-ce pas? la voilà aussi bien grande et bien robuste ; mais elle n'est pas sûrement aussi jolie que vous. {A Jeanneton.) Eh bien! Jeanneton, qu'as-tu à reculer comme une écrevisse? Viens donc à Léonor.

JEANNETON. — Je suis toute honteuse, ma mère.

LÉONOR. — Elle a raison , Marguerite; ne la tourmentez pas.

MARGUERITE. — Nou , non , c'cst uuc simplicité. Eh bien donc? est-ce que tu ne reconnais plus Léonor, ta chère sœur de lait? Vous étiez autrefois si bien ensemble. Vous serabliez n'avoir qu'une tête et un cœur a vous deux! Avance i donc . ma fille.

CHOIX DE LECTDRES.

JEANNETON s'approclie enfin pour embrasser Léonor. — Si mamselle veut me le permettre....

LÉONOR, se reculant d'un air de dédain. — Non pas de si près , je vous prie; vous gâtez ma robe.

JEANNETON, les lamies aux yeux. — Vous le voyez, ma mère. Ce n'est pas cette Léonor qui m'aimait tant !

MARGUERITE. — Non , ma fille , c'est toujours elle ; mais depuis qu'elle est sortie de chez nous, elle nous a oubliées. On l'a couverte de beaux habits, et ces beaux habits lui ont tourné la tête. Ne vois-tu pas? elle a honte de ce que nous ne sommes pas aussi nobles et aussi riches qu'elle. Il lui aurait fallu une princesse pour la nourrir.

JEANNETON. — Qucl mal lui avonsnous fait pour ne plus nous aimer?

MARIETTE. — Ah ! ma sœur Julie nous recevrait bien mieux, j'en suis sûre.

MARGUERITE. — Ouj , OUÏ, tU peUX y

compter ! il en sera de l'une tout comme de l'autre. Tant que ça reste petit, ça vous est d'une amitié charmante. Ça vous appelle mie Marguerite! ma chère Marguerite ! Ça vous dit cent fois par jour ; Oh ! combien je t'aime ! va , sois tranquille , toute notre vie nous penserons à toi. Tant que nous aurons quelque chose, rien au monde ne pourra te manquer :

ne crains rien. Et puis , quand ça devient grand , et que ça peut voir dans un miroir que c'est mieux habillé que vous, ça vous oublie et vous méprise.

LÉONOR, d'un ton d^amertuine. — Eh bien ! Marguerite , finirez - vous bientôt votre bavardage? Si vous m'avez nourrie et soignée, c'était votre devoir, et maman n'est sûrement pas en reste avec vous.

MARGUERITE. — Oh ! votrc maman est une bonne dame ! Je ne me plains pas

d'elle. Elle m'a fait toutes sortes de biens et d'amitiés. Elle me les continue toujours. Mais vous, que j'ai tant chérie; vous , que j'ai regardée comme mon propre enfant , me traiter avec tant de mépris! Ça me fend le cœur. {Elle se détourne pour pleurer. )

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